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29 décembre 2012

Céline Righi: interview pour la sortie de l'EP d'Odonata

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céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorParfois, on écoute un disque pour sa musique ou pour la voix de l’interprète. En ce qui me concerne, c’est surtout pour les textes. J’ai découvert Céline Righi en écoutant l’album de Scotch et Sofa (mandorisés ici). Outre la voix de Chloé et la musique de Romain, j'ai été touché et impressionné par les textes que j’entendais. Ils ne se contentaient pas d’avoir une sacrée musicalité ou sonner comme des instruments, il y avait du sens. Et du sens qui me parlait profondément. C’est ainsi que j’ai découvert le travail de Céline Righi, puisque c’est elle l’auteure de toutes ces chansons.

Quand j’ai su qu’elle se lançait elle-même dans la bataille (parce qu’aujourd’hui, monter un groupe et tenter d’exister, c’est une bataille), j’ai voulu en savoir plus, écouter son travail en tant que chanteuse. Elle m’a fait parvenir le premier EP d’Odonata. Là, aussi, gros coup de cœur pour l’ensemble du projet. Et toujours les textes de Céline qui me collent à la peau.

Le  19 décembre dernier, la jeune femme (venue de Strasbourg, quand même) s’est assise sur le nouveau canapé de l’agence pour une interview en bonne et due forme mandorienne.

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Le groupe Odonata :

Un trio sans guitare ni clavier. Chaque chanson se construit à partir de la basse, de la batterie et du chant, en français. La musique d’Odonata est impressionniste, elle parle de multiples langages. Odonata se plaît à faire feu de tous bois et à piocher dans des influences variées et assumées, influences qui sont avant tout l’expression des goûts différents – mais pas incompatibles – des trois « odonates ».

Pour écouter Odonata, c'est là !

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui est Céline Righi ?

Chanteuse et parolière du trio, elle prête aussi sa plume à d’autres artistes (Célia Reggiani, Armelle Ita, Nilem), et en particulier au duo Scotch et Sofa dont elle signe tous les titres de l’album Par petits bouts, à l’exception du titre « Visite des recoins », qu'elle co-signe avec Oxmo Puccino (mandorisé là).
L’aspect rythmique et musical de sa plume s’explique par l’amour qu’elle porte à la musique, au moins tout aussi grand que celui qu’elle réserve aux mots. Plus attirée par le côté rythmique que par les harmonies, réceptive aux fréquences ténébreuses, Céline prend des cours de basse pendant cinq ans, avec, entre autres, le bassiste-contrebassiste Arnaud Grosfilley ( Rumbayazz, album « 73 touches » de Hocus Pocus ).
Son engouement pour les notes et pour la langue française réveille en elle aujourd’hui une belle envie, jusqu’alors assoupie mais néanmoins vivace : celle de chanter.

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Interview :

En lisant tes textes de chansons pour les uns et pour les autres, j’ai bien compris que tu étais une amoureuse des mots.

Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Il y avait beaucoup de livres à la maison grâce à mes parents. Ils ont toujours été portés vers la culture en général et la littérature et le cinéma en particulier. Du coup, j’ai appris à lire très tôt. Je crois que je savais lire avant de rentrer en CP. Mes parents se sont aperçus que je lisais grâce à l’émission « Des chiffres et des lettres ». Ensuite, plus tard, en fac de Lettres, je lisais ce que l’on me demandait de lire. J’ai un DEA de Lettres, le seuil du doctorat. Je devais embrayer avec une thèse sur Henri Michaux, mais la vie m’a emmené ailleurs et c’est très bien comme ça. Très vite, j’ai voulu lire dans les marges. Je ne voulais pas rester dans des lectures académiques.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui sont les écrivains « dans les marges » ?

Henri Michaux, par exemple, ou Tristan Egolf. J’ai toujours été attirée par la différence. Par exemple, mon mémoire de DEA, je l’ai fait sur Michaux, mais sur Michaux qui a greffé sa parole poétique sur des paroles d’aliénés. J’ai toujours été fasciné par l’art psychopathologique. Je me suis toujours mise du côté de ceux qui sont en dehors, des parias, des gens qui sont par terre dans la rue… les marginaux. Un thème qui revient souvent dans mes textes, c’est justement, l’incertitude, le fait que tout soit toujours en mouvement, que l’on peut toujours tout remettre en cause et que rien n’est défini.

Quand on est féru de littérature, on se dit que l’on va écrire soi-même. J’ai tendance à penser que la logique voudrait que l’on se dirige vers les romans, et pas forcément vers la chanson.

Sauf que moi, j’ai un baobab dans la main. Je suis incapable d’écrire un roman. Peut-être que je m’adonnerai à cette activité quand je serai plus âgée. Mais pour l’instant, j’écris seulement des fragments, des bouts. Peut-être que ça vient du fait que j’ai adoré faire des puzzles quand j’étais petite. Ça me permet de reconstituer les choses, je ne sais pas. Je n’arrive pas à écrire quelque chose sur le long terme, quelque chose de longue haleine. Je m’épuise à l’avance. Ça me fait penser à ce que disait l’écrivain voyageur, Nicolas Bouvier. Il n’a pas écrit beaucoup de livres dans sa vie, mais il disait que quand il en écrivait un, il avait l’impression de perdre des litres de sang. Ça me fait un peu ça. Quand j’écris, j’ai l’impression de m’arracher des anticorps. Quand j’ai écrit pendant quelques heures d’affilée, c’est bizarre, mais j’ai souvent besoin d’aller m’aérer ou même de prendre un bain.

De te purifier ?

Oui, tu as raison. Il y a presque de ça. C’est paradoxal, parce qu’en fait, ça me fait du bien d’écrire.

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Tu écris des textes très introspectifs. Par exemple, dans le premier titre de ton EP, « De cimes en abîmes ». On va au tréfonds de toi-même.

Ce texte est un clin d’œil à l’enfance. J’explique que je descends en enfance comme on va au charbon. « Creuser son existence comme un mineur de fond… ». La mine, pour moi, c’est une image forte parce que mes deux grands-pères étaient mineurs dans les mines de fer. C’est une image qui m’a marquée, avec toute sa symbolique. Le fait d’aller au fond du trou, dans le noir, dans les recoins sombres, c’est un peu explorer les fibres obscures de l’inconscience.

Dans mon travail d’intervieweur, j’essaie de repérer les failles chez mes interlocuteurs. Repérer et tenter de m’y engouffrer. Si on ne fait pas ça, on ne fait pas grand-chose. Or, toi, tu emploies le mot faille et c’est un de tes thèmes principaux. Ça me plait beaucoup…

Moi, c’est là-dedans que je puise pour créer. Je ne veux pas employer de grands mots, mais il y a presque quelque chose d’alchimique dans la création artistique. C’est transformer le pas beau en beau. Transformer le plomb en or. Baudelaire disait  qu’avec la boue, il faisait de l’or. Je  suis céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorquelqu’un d’hyper sensible, donc, plutôt que de pleurer sur le monde qui m’entoure, c’est ma façon à moi de mettre un peu de poésie… dans ce monde de brutes.

Tu cites, Baudelaire, je saute sur l’occasion pour parler de « Ô douleur ». 

Pour ce texte, les puristes vont certainement crier au sacrilège. J’ai repris certains vers de « L’ennemi » de Baudelaire, un poème qui m’a toujours touché, mais j’ai écrit mes propres couplets. Il y a une fusion entre le texte de Baudelaire et le mien. Je prends ça au premier degré, presque comme un exercice de style, voire un hommage à ce poète que j’adore vraiment. L’ennemi intérieur est un thème qui me parle. J’en parle aussi dans d’autres chansons, mais autrement.

Évoquons « À l’ouest »... un texte qui me touche aussi beaucoup.

J’ai un sens déplorable de l’orientation, mais c’est dû au fait que je suis très tournée vers l’intérieur. Au point que je peux arriver chez mes parents et dire : « Oh ! Il est chouette le nouveau tableau que vous avez  accroché au mur. » Et  ma mère de me répondre que ça fait 15 ans qu’il est là. C’est à ce point-là. Je ne suis pas observatrice du dehors, mais plutôt du dedans.

Tu n’arrives pas à te trouver où tu aimes te perdre ?

J’ai envie de répondre par une phrase de chanson que j’ai écrite pour Scotch et Sofa, « Visite des recoins ». « Je vais dans tous les sens, mais je ne m’égare pas. » Je cherche, ça c’est sûr, mais je ne m’égare pas. Plus j’avance dans la vie, plus j’ai l’impression de me rapprocher de moi-même, que tout ce précise et que tout fait sens.

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C’est en écrivant des textes de chansons que tu te trouves ?

Je me sens de plus en plus en paix et en adéquation avec moi-même. Au départ, je n’avais pas conscientisé cela, je ne savais pas que j’écrivais pour cette raison-là. Quand on me demandait pourquoi tu écris, je répondais souvent : « j’écris parce que je ne peux pas ne pas écrire ». Ça fait partie de moi. C’est vraiment imprimé dans chacune de mes cellules. L’écriture a pour moi des vertus apaisantes et ça me permet de découvrir et de soulever d’autres voiles. Je m’aperçois que cette instabilité qui apparaît dans mes textes, elle est mienne aussi. On peut toujours tout remettre en question. Michaux disait : même si c’est vrai, c’est faux.

Sais-tu facilement quand tu as terminé un texte ?

Oui. Je sens quand un texte est fini parce qu’à un moment donné, ça me transperce. Mais je suis d’une exigence avec les mots qui peut être pénible parfois pour les gens qui m’entourent. Quand j’écris des chansons, je fais comme Flaubert. Je dis les textes à voix haute et je sens quand ça raccroche.Ca me fait comme si j’entendais une fausse note. Ça dérange mon oreille, donc je recommence. J’ai un côté très perfectionniste et pointilleux. Je déteste l’approximatif. Ça peut me prendre du temps. Et à un moment donné,  j’ai cette espèce de sentiment d’évidence.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorPour Scotch et Sofa par exemple, ce que chante Chloé Monin, ce sont des histoires qui te racontent ?

Un peu oui. En tout cas, elles sont le reflet de ma réalité, parce que ces textes existaient avant que je rencontre le duo. Les textes ont parlé à Chloé et Romain et la musique de Scotch et Sofa a été tissée sur les textes. Ce qui est amusant, c’est que Chloé est encore plus en accord avec les textes aujourd’hui qu’au début, il y a 8 ans.

Tu écris tout le temps ?

Oui, je suis graphomane.

Tu me disais en off que les livres sont tes voyages…

Je ne suis pas quelqu’un qui voyage beaucoup. Je n’ai pas besoin de me déplacer physiquement pour me nourrir. J’ai un tout petit terrain de jeu. Je suis bien dans mon antre. Ce qui me nourrit ce sont les œuvres d’art de manière générale. Les livres, les tableaux, les sculptures, ça peut me faire voyager pendant des heures.

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Parlons de ton groupe Odonata. Tu t’es dit un jour : « Tiens, si je chantais moi-même mes propres chansons ? »

Le chemin de « j’écris, je mets des mots sur une feuille blanche » à « je chante mes mots » a été long. Mais de manière générale, je suis quelqu’un qui a un développement assez lent. Il faut que les choses infusent avant que j’en prenne conscience. Ce sont des rencontres importantes dans ma vie qui m’ont ouvert les yeux sur certaines choses. Au départ, je voulais être musicienne. Je me suis mise à la basse tard. Mais dans les mots, j’ai détecté la musicalité.  

Tu n’as jamais imaginé que tu pourrais toi-même chanter ?

Non, parce que je ne connaissais pas ma voix et parce que j’étais tournée vers l’écriture de manière très forte... La première rencontre qui m’a donné confiance musicalement, c’est le bassiste Marcello Guiliani (le bassiste d’Érik Truffaz). Il m’a offert une basse et m’a incité à en jouer. Ça a été un élément déclencheur. J’ai commencé à prendre des cours de basse, ensuite, j’ai joué dans des groupes avec cet instrument à Rouen. Déjà, je me suis dit que j’avais envie d’être sur scène. Ensuite, j’ai rencontré une personne qui est très importante pour moi et qui est bassiste aussi, c’est Christophe Piquet, le bassiste d’Odonata. Il m’entendait chanter mes textes et du coup, il m’a demandé pourquoi je ne le faisais pas officiellement. Timidement, j’ai commencé à me mettre devant un micro. Au départ, je susurrais plus que je ne chantais. De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres personnes, dont mon professeur de chant actuel, Hervé Andrione, qui a réussi à faire sauter plein de verrous. Je veux encore travailler et me perfectionner dans cette voie-là. Aujourd’hui, j’ai juste envie d’être sur scène et de chanter.

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Avec Odonata, tu n’as pas encore fait de scène ?

Non, pas encore. Ça me manque d’ailleurs beaucoup. (En souriant). Bon, je suis sur scène un petit peu tous les jours, devant mes élèves. Je suis professeur de français.

Je comprends. Il faut maîtriser le public.

Voilà, c’est ça. Le fait d’être face à un groupe c’est quelque chose que je connais bien depuis 12 ans.

Dans Odonata, vous êtes trois. Christophe Piquet à la basse et à la basse piccolo, Jérémy Steibel, à la batterie et aux percussions et toi aux textes et à la voix.

Christophe et Jérémy sont amis depuis longtemps, puisqu’ils faisaient partie du même groupe, Question d’humeur, il y a quelques années. Ils ont arrêté le groupe qui pourtant commençait à cartonner. Bref, ils sont de nouveau ensemble pour ce projet.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorLa question que je ne pose jamais habituellement, mais là, je suis un peu obligé de le faire parce que ça explique votre musique. Pourquoi Odonata ?

Les odonates, c’est le terme générique qui regroupe toute la famille des libellules et des demoiselles. J’aimais bien ce nom parce qu’il est beau et prononçable dans plein de langues différentes. Il y a une petite consonance latine que j’aime bien. Je trouve que la libellule est un insecte fascinant. Avant de se transformer en belle danseuse aérienne, c’est une larve hideuse et carnivore. Il faut beaucoup de mues de sa part pour pouvoir se transformer et ça me ressemble parfaitement. Ce qui m'intéresse aussi, ce sont les facettes qu’il y a sur les yeux de la libellule, elles sont kaléidoscopiques. Ca ressemble à notre musique parce que Jérémy, Christophe et moi, on ne vient pas du tout des mêmes univers musicaux, mais nous trois mis ensemble, ça donne ce résultat un peu composite.

Du coup, qualifier votre musique est impossible.

Je n’y parviens pas en tout cas. Peut-être rock electro. Il y a aussi un peu de jazz et les lignes de basse sont très inspirées par le funk. Il y a des influences pop et des envolées très lyriques…

Avec cet EP, qu’attendez-vous ?

Que la libellule aille s’envoler partout. Cet EP n’est pas destiné à la vente. C’est plus pour promouvoir le groupe, faire découvrir notre univers. Comme c’est la période des vœux, notre souhait est d’avoir des dates de concerts.

Tu es confiante en l’avenir ?

J’ai des moments de doutes où je tombe dans des gouffres d’incertitude pas possible, mais la trame de fond, elle, elle est constante. Je le sens depuis le début. Pour moi tout a un sens et les choses n’arrivent pas vraiment par hasard. Je sais qu’un jour je vais monter sur une scène et je que serai très heureuse. J’ai juste envie d’aller chanter et de partager avec Christophe et Jérémy et le public…

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Sachez enfin que, désormais, vous pourrez retrouver Céline Righi sur le blog littéraire L'anagnoste (avec Eric Bonnargent, Marc Villemain et Romain Verger).

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27 décembre 2012

Myriam Thibault et Kevin Juliat : interview croisée pour Plagiat

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Ca faisait un moment que je voulais réunir ces deux amis, Myriam Thibault, 19 ans et Kevin Juliat, 23 ans. L’une est auteure de deux romans et d’un recueil de nouvelles, l’autre travaille dans l’édition. Leur point commun : réussir dans le milieu de l’édition et travailler assidument pour.

L’excuse (parce qu’il en faut une) pour organiser cette rencontre est la sortie du deuxième roman de Myriam Thibault, Plagiat. Le 14 décembre dernier, Myriam (déjà mandorisée là) et Kevin sont passés à l’agence.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguet4e de couverture :

Formant avec sa femme un couple bourgeois empêtré dans la routine, le narrateur de Plagiat, acteur et écrivain sûr de lui quoique légèrement désabusé, ne voit pas la catastrophe arriver  : par une sorte de paresse affective, il se laisse surprendre par le départ soudain de sa femme. Désormais seul dans leur maison, il commence à fouiller dans de vieux papiers et découvre la correspondance qu’ils avaient échangée au début de leur relation. Lui qui pensait n’avoir aucune inspiration pour son nouveau livre se décide alors à raconter leur histoire à partir de ces lettres. Mais lorsque le livre paraîtra, et connaîtra le succès, ce geste vengeur se retournera contre lui.
Amplifiant ce qu’elle avait ébauché avec ses deux premiers livres, Myriam Thibault pose la question de l’authenticité des sentiments à travers la figure d’un homme qui, en cherchant à tout prix la gloire, précipite sa propre chute.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetInterview :

Je vous ai réuni parce que je sais que vous vous connaissez et qu’il y a une solide amitié entre vous. Comment est-elle née ?

Kevin : Nous avions chacun un blog littéraire respectif. Quand Myriam est arrivée à Paris, nous nous sommes vus rapidement.

Vous avez quasiment le même parcours. Vous venez de province et vous êtes venus à Paris pour réussir dans le milieu littéraire, et ce, de manière parfaitement assumée. Myriam comme écrivain et Kevin comme, je n’ai pas encore tout à fait compris… mais en tout cas pour travailler dans le milieu de l’édition. Bref, vous vous êtes reconnus.

Kevin : Sauf que Myriam est beaucoup plus précoce que moi.

Myriam : Non, c’est juste que nous ne faisons pas la même chose. Au final, ça revient au même. Toi tu es dans l’édition, moi dans l’écriture.

Vous vous connaissez depuis combien de temps ?

Myriam : Depuis 3 ans… finalement depuis la sortie de mon premier livre.

Donc, quand tu es arrivée à Paris, Myriam, c’était rassurant d’avoir un ami comme Kevin ?

Myriam : Oui. C’est d’ailleurs un des rares que je connais dans le milieu qui a mon âge. Il y a peu de jeunes d’une vingtaine d’années aussi motivés que nous.

Myriam, qu’apprécies-tu chez Kevin ?

Myriam : Plein de choses. Il est super impliqué dans ce qu’il fait. Il sait ce qu’il veut faire. Nous avons à peu près les mêmes attentes et les mêmes envies. Pas au millimètre près, mais ça se recoupe.

Moi, je vous aime bien parce que vous êtes tous les deux très sympathiques, vous savez où vous voulez aller et vous vous en donnez les moyens. Vous avez une soif de réussir,  mais sans le côté arriviste qui m’exaspère habituellement.

Kevin : Quand j’explique que je suis venu à Paris pour réussir dans le milieu littéraire, c’est la première crainte que j’ai. Passer pour un arriviste. Toi-même, tu m’appelles Rastignac, ce n’est pas pour rien.

C’est au second degré Kevin.

Kevin : Je reconnais qu’au début, j’ai un peu joué à ça parce que j’ai fait des rencontres dans ce but, mais ça n’a pas été concluant. Certains ont voulu me mener vers des chemins où je ne voulais pas aller. D’autres m’ont dit de faire attention à ce milieu. J’ai écouté leurs conseils et effectivement, je ne dois pas faire n’importe quoi. Quand j’ai signé mon premier contrat dans l’édition, j’ai eu plus confiance en moi et je me suis calmé.

Tu fais quoi actuellement ?

Kevin : Je suis assistant commercial dans l’édition.

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Myriam, toi, tu viens de sortir ton troisième livre, Plagiat, toujours chez Léo Scheer. J’arrive à peine à suivre ton rythme de parution, dis donc !

Myriam : Ma fréquence de publication va peut-être s’amoindrir. Et je suis toujours chez Léo Scheer, parce que je m’entends bien avec lui. Je m’entends aussi très bien avec Angie David, l’éditrice qui s’occupe de moi. Elle a une trentaine d’années et elle comprend parfaitement ce que j’ai envie de faire. Elle me corrige, me conseille, me suggère, mais dans l’ensemble, le texte de base n’est pas trop modifié. Je me sens assez libre et c’est fort plaisant.

Pour ce livre, tu t’es inspirée de ce que tu vois dans le milieu?

Myriam : Le personnage principal est inspiré de Patrick Poivre d’Arvor. Ce n’est pas lui complètement, mais le fond est inspiré de lui.

Le plagiat, en 2012, c’est quand même pas mal jouer avec le feu.

Myriam : Oui, c’est complètement dingue de s’adonner à ça. Cela étant, je me suis moi-même un peu amusée. J’ai mis en exergue de mon livre une phrase de Jean-Jacques Schuhl. J’ai placé la même citation à la fin, mais sans le citer. Personne ne m’en a fait la remarque. Je ne sais pas si les gens l’ont remarqué. J’ai fait du plagiat pour m’amuser et je joue avec ça.

En tout cas, c’est un sujet intéressant le plagiat.

Myriam : Oui. L’année dernière, j’ai l’impression que l’on a parlé que de ça. Il y a eu les « affaires »  Rama Yade, PPDA avec Hemingway, Joseph Macé-Scaron…

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Dans Plagiat, on sent, une fois encore, que les coulisses de ce monde-là te passionnent. J’ai l’impression que tu ne peux écrire que sur ce sujet.

Myriam : Oui, c’est vrai. Je pense que je ne pourrais pas consacrer du temps et de l’énergie à un sujet qui ne me passionnerait pas. Pour écrire ce livre, j’ai lu tous les comptes rendus d’audience de PPDA, j’ai lu tous les articles qui ont été publiés sur le plagiat Camille Laurens-Marie Darrieussecq, le fameux plagiat « psychique »… bref, j’ai enquêté et ça m’a appris plein de choses.

As-tu envoyé ton livre à PPDA ?

Myriam : Non.

Penses-tu qu’il l’a lu ?

Myriam : Je ne sais pas. Je ne pense pas.

Dans ton livre, tu as délocalisé l’action. Fini Paris ?myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguet

Myriam : Tout le monde m’avait fait la remarque, Kevin compris, que mes héros et l’histoire évoluaient toujours à Paris. On m’a fait comprendre que ce serait bien de me libérer de la capitale.

Kevin : J’avais peur que ça fasse trop « provinciale qui arrive à Paris ». Si on t’a dit de changer de ville, c’est pour que tu ne te fasses pas allumer au prochain livre.

Myriam : J’en ai marre que l’on me parle de ça. Cela dit, le fait de vivre à Paris me donne moins envie d’écrire dessus.

Mon avis est que le lieu n’a aucune espèce d’importance si le livre est bon. Kevin, je sais que tu es gêné de donner ton avis sur Plagiat. Donc, je vais te demander de le faire.

Kevin : Je l’ai lu avec plaisir. Mais je savais que c’était elle qui l’avait écrit, j’avais donc sa voix dans la tête. Je trouve que le style s’est enrichi par rapport au précédent roman. Je pense qu’elle a bien évolué et que son année en Lettres à Paris lui a beaucoup apporté. (S’adressant à Myriam). Pour avoir lu tes interviews quand tu avais 17 ans, les références littéraires que tu donnais, Nicolas Rey, Frédéric Beigbeder par exemple, ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Je ne crache pas du tout sur celles-ci, mais tes goûts ont évolué. En te lisant, je vois que tu as commencé à apprendre de la littérature…disons plus classique. Il y a une nette évolution en termes de références. Sinon, je trouve que tu mènes bien ton histoire du début à la fin. Il n’y a pas de temps mort. J’ai aimé, mais je continue à croire que le prochain sera toujours meilleur. J’ai hâte de lire ce que tu écriras quand tu auras trente ans.

Myriam : Moi, je ne me rends pas compte de cette évolution dont tu parles, mais c’est vrai que mon éditeur me dit la même chose. Quand Léo à lu Plagiat, il m’a dit que c’était incomparable avec les précédents.

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C’est bien que tu sois tombé sur un éditeur qui te laisse évoluer comme ça. C’est très rare.

Myriam : C’est pour ça que je reste avec lui.

Kevin : Sinon, Myriam, tu t’es encore une fois mise dans la peau d’un homme… moi, j’attends vraiment que tu écrives avec la voix d’une femme.

C’est intéressant ce que tu dis Kevin. Le fait d’écrire à la place d’un homme, c’est quand même un peu éviter d’écrire en ton nom.

Myriam : Mais c’est complètement ça. Je n’ai pas encore envie d’écrire sur moi, et si j’écris en me mettant dans la peau d’une femme, j’ai l’impression que c’est ce que je vais faire. Dans la peau d’un homme, je m’échappe un peu. J’ai plus de facilité à être cynique et sarcastique.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetCe que je remarque aussi, c’est que tu écris des histoires de personnes qui ne sont pas de ton âge. Ce sont des quarantenaires généralement… et il est beaucoup question de tromperies, de coucheries.

Je n’ai pas envie de raconter des histoires de personnes de mon âge. Je ne vois pas qui ça peut intéresser. Si je raconte que j’ai 18 ans, que je suis étudiante à la fac à la Sorbonne, qu’il se passe telle ou telle chose… personne ne va me lire. Moi, en tout cas, ça ne m’intéresse pas du tout. Au départ, j’ai été étiquetée « plus jeune romancière française », aujourd’hui j’essaie de sortir un peu de ce truc.

Kevin : Je peux aussi te dire que je suis ravi de ne plus lire de name dropping dans Plagiat. Avant, tu en faisais trop.

Myriam : Je sais, tout le monde me l’a dit aussi. Je tiens compte des remarques quand elles reviennent constamment et que je les trouve pertinentes.

Ceci dit, dans Plagiat, le chien s’appelle Truffaut, ce n’est pas un hasard, tu évoques aussi Patrick Dewaere…

Myriam : Oui, mais c’est du name dropping un peu différent, beaucoup plus discret.

Je trouve que les journalistes qui écrivent sur tes livres sont plutôt bienveillants. Comme s’ils savaient que l’évolution de ton écriture allait exploser un jour et qu’il fallait encore un peu patienter.

Myriam : Oui, je me sens privilégiée. J’ai eu l’année dernière un article dans Le Monde, cette année, le Figaro Littéraire. Même Beigbeder, l’année dernière, avait été gentil. Il m’attaquait un peu, mais il m’encourageait.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetKevin, de ton côté, tu es en train d’écrire un livre en ce moment, non ?

Kevin : Enfin, pas tout à fait. C’est une étudiante à Rennes, qui était à la Sorbonne l’an passé, qui adorait que je raconte sur mon blog mes petites aventures dans l’édition. Elle a 7 livres à éditer pour la fin de l’année. Elle doit trouver les auteurs, les illustrateurs, faire la fabrication. Elle a pensé à moi pour être l’un des 7 auteurs. Elle veut que j’écrive sur l’histoire d’un provincial qui débarque à Paris pour réussir dans le monde de l’édition…

Ça me rappelle quelque chose…

Kevin : Oui, enfin, ça ne sera pas complètement ma vie et ça ne sera pas du tout trash. Et puis, ça sort très confidentiellement. Il sera tiré à 200 exemplaires. C’est vraiment un exercice. Ça me force aussi à écrire, parce que, contrairement à Myriam, je suis un peu une grosse feignasse. J’ai un roman en cours, qui n’a rien à voir avec ma vie, et j’en suis à plus de la moitié. Mais je procrastine à mort.

Vous avez un projet commun de prix littéraire. Ce que j’en sais, c’est qu’il sera destiné à des auteurs de moins de 30 ans. 

Kevin : On s’est mis d’accord sur les gens avec lesquels on avait de bosser pour le jury, par exemple. Tu es dans la liste d’ailleurs, mais on en reparlera plus tard… pour les autres membres, on ne dit rien encore. On monte une association pour mener à bien ce projet-là.

Comment s’appellera ce prix ?

Kevin : Le Prix Raymond Radiguet. Sa nièce, Chloé Radiguet, avec laquelle j’ai des échanges de mails, semble favorable pour qu’on utilise ce nom. On aimerait remettre ce prix, fin avril, début mai.

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Les blogs de Myriam Thibault (ici) et de Kevin Juliat ().

22 décembre 2012

Sandra Reinflet : interview pour Je t'aime [maintenant]

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© Farid Karioty

La première fois que j’ai rencontré Sandra Reinflet, c’était il y a deux ans, au Salon du livre de Châteauroux (voir là). Elle chantait accompagnée de sa guitare au lieu de signer ses livres (mais, bon, en vrai, elle alternait ses deux activités). C’est sûr, quand on croise son chemin, on s’arrête, on l'observe et on finit par vouloir communiquer avec elle.

Deux ans plus tard (donc), la jeune femme sort un livre très original, à la fois personnel et finalement sacrément universel. Il m’a paru normal de la recevoir pour en parler.

C’est ce que j’ai fait le 5 décembre dernier à « l’agence ».

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorNote de l’éditeur :

Sandra Reinflet a aimé vingt-quatre fois. Au moins. Son père, celui du premier baiser, son premier amant, l'homme qui n'a pas voulu, une attirance homosexuelle, celui avec lequel elle a vécu... Je t'aime [maintenant] retrace un cadran amoureux composé de 24 heures distinctes et liées par un fil : l'Histoire d'amour de l'auteure. Pour chacune des personnes, elle a choisi une heure correspondant à un moment fort. En un court texte et une photographie, elle retranscrit ce que la mémoire en a conservé. Elle est ensuite partie en quête de ces hommes parfois perdus de vue depuis des années, pour confronter le souvenir au réel, et les a photographiés chez eux. Cette histoire pourrait tout aussi bien être la nôtre. Un jeu de miroir subtil, qui dresse le portrait d’une génération. Une génération qui tarde à s’installer dans la vie adulte, refuse la contrainte, et pourtant, semble encore chercher l’éternelle rime de l’amour avec toujours.

L’auteure :

Sandra Reinflet est née en 1981. De ses rencontres avec 81 femmes autour du monde, elle en a tiré un premier livre Same same but different  (éditions Michalon), mais surtout une expérience inoubliable. Aujourd'hui, sous le pseudonyme de Marine Goodmorning, elle écrit, compose, interprète et travaille à la réalisation de son deuxième album.

Rencontre avec une jeune femme qui croque la vie !

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Interview :

J’ai lu quelque part que tu as conçu ce projet « pour interroger notre rapport à l’instantané et à l’exclusivité dans l’histoire d’amour. » Comment en as-tu eu l’idée ?

J’étais célibataire, je rentrais du Canada où j’avais passé deux mois. Je venais de vivre une histoire très poétique avec un québécois. Il était venu me voir à un concert. Quand on sort et qu’on arrive à sa voiture, on constate que son pare-brise est explosé. Il y a plein de bouts de verre partout. Il en ramasse un, me le met sur le doigt et me dit « je te fabriquerai une bague avec ». Il était aussi du genre à faire 400 kilomètres pour venir me chercher, m’accompagner à l’aéroport et me dire au revoir… C’était très platonique, mais hyper joli. En rentrant, j'ai raconté ça à mes copines qui semblaient impressionnées. Considérant que c’est un prince charmant, elles m’ont demandé si j’allais le revoir après. Quand j’ai répondu non, elles ont été déçues. Il y avait un côté « ça n’a plus de valeur parce que ce n’est pas un truc pérenne ». C’était trop ancré dans le temps. Après la réaction de mes amies, je n’ai pas beaucoup dormi. Je me suis réveillée au milieu de la nuit avec l’idée de ce projet. Cette histoire m’a marqué autant qu’une autre qui a duré 3 ans.

Il y a 24 histoires. Il a fallu sélectionner ? (Sourire).

Tu crois quoi ? Qu’il y en a beaucoup plus ? (Rire) Au début, je ne mangeais plus, je ne dormais plus. C’est le genre de projet qui prend toute ton énergie. Je n’arrêtais pas d’y réfléchir. C’est une sorte d’introspection. On se rappelle de toutes les histoires, pas forcément des plus récentes. Les souvenirs d’enfance et d’adolescence, ça te marque pour toujours.

Partir à la recherche de son passé, des gens qui ont traversé sa vie, c’est risqué. Un peu casse-gueule même. On peut être sacrément déçu !

Tu as raison. Ce qui est bien c’est que l’expérience a initié l’idée du livre, mais l’idée du livre recrée l’expérience. En même temps, tu sais que tu vas abîmer ton souvenir. J’y ai beaucoup pensé. Tu sais, il y a des gens qui ont refusé de me voir parce que pour certains, une fois que c’est fini, c’est fini. Il y en a un qui m’a dit non parce que l’histoire est enfermée dans un tiroir et qu’il n’a pas envie de l’ouvrir.

Lecture de "10:00"
Soirée de lancement de "Je T'aime [maintenant]" de Sandra Reinflet. Le 29 novembre 2012 at Le Thé des écrivains.

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorEn allant voir un comédien que tu aimais quand tu avais 10 ans parce que tu le regardais à la télévision, il était prévisible que ça allait ternir tes souvenirs.

Tu parles de l’acteur Patrick Bach qui jouait le rôle de Silas. Évidemment, c’était un héros, il avait 10 ans, il faisait du cheval, il était à la télé… je me doutais bien qu’en le voyant 25 ans plus tard, je n’allais pas être aussi enthousiaste. L’idée était de se demander si le cerveau est capable de faire la part des choses entre ce que tu as gardé et ce que tu vois aujourd’hui. Quand je vais penser à Silas sur son cheval, je vais forcément avoir en filigrane le visage de Patrick Bach devant. Mais, je ne trouve pas que le réel soit laid. D’ailleurs, je ne sais pas si tu as lu une remarque qu’une des personnes que j’ai photographiées m’a formulée. Il m’a dit : "je ne suis pas d’accord avec ton projet parce que tu ne m’as pas demandé de me maquiller, tu ne m’as pas rendu beau, tu n’as pas changé la lumière…". C’est vrai. C’était l’idée de ce projet. Ne pas rendre le réel esthétisant. Je les ai pris chez eux tels quels, à l’heure qui correspondait aux souvenirs. Je voulais faire du brut. Les regarder droit dans les yeux, face à l’objectif, sans artifice.

Tu as eu peur d’être déçue, certes, mais a contrario, n’as-tu pas eu peur de retomber amoureuse ?

Le premier portrait du livre, c’est celui d’un garçon dont l’histoire d’amour que je vivais avec lui n’était pas terminée. Tu sais, il y a beaucoup d’histoires qui se terminent de manière contextuelle. Moi, je voyageais beaucoup, donc parfois, la fin provenait d’un départ. Alors, quand tu revois quelqu’un dont l’histoire d’amour avec lui n’était pas achevée, tu ne sais jamais ce qui va se produire quand tu les ravives un petit peu. Je me suis dit que ce livre allait être compliqué si dès le premier homme revu, c’était aussi dur. Et puis non. Les pages avec les autres hommes étaient vraiment tournées.

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sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorTu racontes tes histoires avec ces hommes-là. Ensuite, il y a la rencontre, et là où je trouve que tu pousses loin le bouchon,  c’est que tu leur demandes de raconter une histoire avec une autre femme.

Eux acceptent d’être 1 parmi 24, ce qui n’est pas facile pour quelqu’un avec lequel tu es resté longtemps. Je ne voulais pas qu’ils se sentent seulement une de mes heures et que moi, je leur donne l’impression de penser que je suis la seule dans leur vie.

Parfois, il y a de la jalousie de ta part quand tu entends ces histoires qui ne te concernent pas ?

Ce n’est pas toujours facile d’entendre un homme que tu as aimé te raconter un moment intime avec une autre femme. Ça dépend des gens. Il y en a qui sont devenus des amis et avec lesquels il y a beaucoup de distance, mais il y en a d’autres, ça pique encore un petit peu. Je ne suis pas très jalouse en général, mais j’ai été confrontée à la jalousie des autres. Il y a des hommes qui ont accepté cette expérience, mais en cachette de leur compagne. Certains m’ont demandé de ne pas leur envoyer le livre pour qu’il ne soit pas dans sa maison. J’ai donc constaté qu’il y a des gens qui veulent occulter le passé de l’autre. Moi, j’aime bien prendre quelqu’un en totalité, avec sa petite charrette de souvenirs.

À ces hommes, tu leur demandes aussi de raconter comment ils voient votre histoire…

Souvent, ils m’ont demandé ce que j’avais choisi moi comme moment avec eux. Parfois, ils ne sont pas d’accord. Ils m’ont dit : « Mais moi, je ne m’en rappelais pas de ce moment ! ». Les souvenirs sont très sélectifs et subjectifs. Ce sont plus des bribes de conversation que j’ai gardées parce que ça m’a marqué. Mais, ça ne parle pas toujours de moi. Parfois, ça parle de leur conception de l’amour. Mon père qui me dit par exemple : « Il faut toujours être celui qui aime le moins ».

Tiens ! Tu parles de ton père. Qu’est-ce que tes proches ont pensé de ce projet, quand même très intime ?

C’était difficile et c’était même une de mes angoisses par rapport à ce livre. Mais je ne pouvais pas traiter ce sujet sans parler d’intime. Je ne pouvais pas en parler « en général ». J’avais envie d’une implication et pour toucher les gens il faut être touché soi-même. Pour Erwan, mon compagnon d'aujourd'hui, ça ne me gêne pas du tout. Parce qu’on a une relation équilibrée, on n’est pas jaloux ni l’un ni l’autre. On est assez fataliste.

Tu as de la chance d’être tombé sur quelqu’un comme lui.

Tu te rends compte, je rencontre quelqu’un et je lui dis que pendant un an je vais voyager pour aller photographier mes ex aux quatre coins du monde. Il m’a toujours dit : « Ecoute, s’il doit se passer un truc, je n’y pourrai rien. Alors, je te fais confiance et si tu es plus heureuse avec quelqu’un d’autre qu’avec moi, tant mieux, et si ce n’est pas le cas, je préfère que tu ailles au bout et pas que tu idéalises et que tu fantasmes un truc ». Par contre mon père, il a dit oui pour me faire plaisir, mais tout ça lui passe au-dessus. Il est très « terrien », pas du tout dans l’art ou la culture. Quand je lui ai parlé de ce projet la première fois il m’a dit : « Parfois, je me demande si je suis vraiment ton père !». Nos idées sont éloignées. Je lui ai donné le livre, mais il n’arrive pas à le lire.

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© Ramez El Said

En lisant, je me disais que c’était un projet malin. On a tous le fantasme d’aller à la recherche de ses anciens amours. Du coup, ton livre touche tout le monde.

Je suis très contente quand on me dit qu’on s’y reconnait. Un ami m’a envoyé un mail en me disant : « Tu parles tellement bien du JE que ça devient un NOUS. » Ça me fait vraiment plaisir parce que c’était le but de ce livre. Ce n’était pas une autothérapie, je voulais que tout le monde se sente concerné. J’espère que ça agira comme un miroir, que chacun se posera des questions, que ça rappellera des souvenirs, que ça fera rigoler, que ça fera pleurer… on écrit pour que ça fasse un écho à l'histoire des lecteurs.

Tu n’as jamais eu peur que ton livre soit trop egocentré ?

J’ai eu très peur des réactions des gens. Moi, je savais pourquoi je le faisais, mais une question m’interpellait : est-ce que j’aurai la force de supporter les critiques, les réflexions, les réticences, les jugements de valeur des uns et des autres. J’ai essayé d’élargir le champ en allant de mon histoire à l’histoire des hommes dont je parle, jusqu’à l’histoire du lecteur. Ce sont des cercles concentriques.

As-tu eu la tentation de romancer l'histoire pour le plaisir littéraire ?

J’ai vraiment cherché à ne jamais trafiquer le réel. J’aurais pu avoir envie de le faire, mais non. Ça aurait été mentir à moi, aux hommes dont il est question dans le livre et aux lecteurs.

Il y a des passages où les hommes qui parlent de toi le font dans leur langue. Tu ne traduis pas.

C’est une réflexion qu’on a eue avec mon éditeur. Parfois, il y a des gens qui ne comprendront pas les rares passages en anglais et le passage en allemand. Je trouvais ça intéressant parce que moi aussi ça m’arrive de ne pas comprendre. On ne se comprend pas toujours en amour. J’aime bien cette petite ambigüité du langage. On n’est pas toujours sur la même longueur d’onde.

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorCe n’est pas la première fois que tu te bases sur ta vie pour écrire un livre. Dans Same Same but different (déjà chez Michalon), tu en as fait autant. Du 5 avril 2006 au 3 juin 2007, tu as passé 14 mois avec ton amie Yuki à sillonner la planète du Bostwana à l’Inde, en passant par le Chili, l’Australie, l’Indonésie ou encore le Japon et le Népal. Vous êtes partis à la rencontre de 81 femmes de 25 ans, toutes porteuses d’un projet fort ou l’ayant réalisé. Et nées, pour la plupart, en 1981. Un bel hommage à l’importance de croire en soi et de réaliser ses rêves.

J’adore l’aventure, j’adore l’expérience, donc j’aime bien quand la création provoque quelque chose, quand les deux sont interconnectés. « 81 femmes », c’était plus du reportage qu’artistique.

Il y a un côté sériel dans ton œuvre. Tu as d’abord rencontré 81 femmes, puis 24 hommes…

Oui, mais là, j'arrête ce procédé, involontaire en plus. Je travaille sur un nouveau projet photos/textes qui s’intitule Qui a tué mon école Jacques Prévert. J’ai retrouvé mon ancienne école primaire grâce au livre Je t’aime [maintenant]. C’est drôle comme les choses sont liées parfois. Je suis allée prendre une photo de la cour d’école, et je l’ai retrouvée à l’abandon, les vitres explosées. Elle avait été squattée. J’ai pris des photos de l’intérieur de l’école et j’ai trouvé très esthétique l’état dans lequel elle est désormais. À côté de chaque photo, je raconte juste un souvenir. Ce projet existe pour ranimer les murs et pour questionner le problème des écoles en province qui ferment. J’ai traité ce phénomène artistiquement.

Il y a toujours un travail photographique dans tes livres. Tes activités artistiques sont souvent associées…

Parfois, ça me pose des problèmes parce qu’en France, on aime bien les spécialistes. Quand j’ai fait ce voyage, ces articles et ce livre, on m’a dit « c’est super, tu peux en refaire à droite à gauche… ». Moi, le problème, c’est que je ne veux jamais faire deux fois la même chose. Je veux m’essayer à quelque chose que je ne sais pas faire. J’aime bien être nouvelle, avoir un regard neuf, pour inventer mieux. J’ai toujours voulu toucher à plein de choses. Quand j’étais gosse, je disais toujours que je serais chanteuse, voyageuse, écrivain, photographe. J’aime utiliser un autre outil pour exprimer la même chose.

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Cet été, tu es partie avec une amie, Aurélie Streiff, faire Paris-Istambul en autostop. Il y a d’ailleurs un blog qui raconte cette aventure.

Il faut que la vie soit un jeu. Après, il y a des grosses phases de travail parce que c’est laborieux d’écrire un bouquin ou de bosser sur un album. Tu sais, le temps passe vite. J’ai eu un accident de voiture quand j’avais 20 ans. J’ai réalisé que j’étais mortelle alors que c’est une considération très abstraite quand on a cet âge. Ça a été le déclic qui m’a fait réaliser qu’il fallait vivre ses rêves et qu’on n’avait pas forcément 60 ans devant nous pour les réaliser. J’ai la chance depuis l’enfance de savoir ce que je veux faire, mais au début, j’ai été lâche… j’ai fait des études. Un master de commerce. J’étais dans ce domaine et j’aurais pu facilement me laisser couler dans cette voie toute tracée.

C’est difficile de concrétiser ses envies ? Il y a tellement de paramètres dans la vie qui empêche de faire ce que l’on veut…

Moi, je pense que c’est plus dur de ne pas suivre ses envies. C’est une question de tempérament. Je m’épanouis dans l’instabilité. Il faut se connaitre soi-même et tout le monde ne peut pas supporter cette vie. Je n’ai jamais une vision à plus de trois mois de et où je vais être, de ce que je veux faire, de est-ce que j’aurai un peu de fric ou pas. C’est super précaire. Mais moi j’aime bien ça. Ça m’anime le fait de ne pas savoir, d’avoir des surprises.

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© Sommeil Paradoxal (http://www.sommeilparadoxal.com/)

Tu n’as pas l’impression que tu es une fille énervante ?

Dans quel sens ?

Tu es une femme libre, heureuse, belle, qui fait ce qu’elle veut, et qui est toujours souriante.

Ce n’est qu’en surface. S’ils viennent chez moi, ils verront que c’est galère. Je le répète, il y a des côtés précaires qui ne sont pas toujours faciles à assumer. Quand ça ne va pas, je ne m'épanche pas. Mais comme je n'ai aucun contrôle sur mes émotions, je suis capable de pleurer en une seconde dans la rue. C’est facile de faire croire que tout va bien, mais tout ne va pas bien tout le temps.

Tu es quelqu’un de très indépendant en tout cas.

Oui. Et les projets viennent de moi, c’est d’ailleurs une des difficultés. C’est difficile, mais je ne veux pas m’apitoyer là-dessus, parce que c’est aussi une grande liberté. Il faut se lever tout seul, se motiver tout seul, personne ne t’attend. Tu as envie de ne rien foutre et bien tu n’existes pas socialement. Et tant que ton livre n’est pas publié, pour les autres, tu ne fais rien. Quand tu écris, tu peux dire à tes amis, « j’écris un bouquin », mais tant qu’il n’est pas publié, ça compte pour du beurre… et les gens te disent « oui, OK ! Tu ne fous rien ! ». Il faut une force de caractère pour assumer ça.

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Sandra Reinflet en concert au Bus Palladium (Crédit : Dominique Gellez)

Quel est ton ambition littéraire et musicale?

Ce que j’espère, c’est d’avoir une reconnaissance suffisante pour que chaque projet soit moins compliqué à monter que le précédent.

À quand un roman ? Un vrai.

Je n’ai jamais voulu faire de la fiction. Je me suis toujours dit que ce n’était pas pour moi. C’est un travail de perfectionniste, ce que je ne suis pas. Mais j’écoute beaucoup mes rêves. J’ai rêvé d’une histoire, au printemps dernier. Juste après, je suis allé au Salon du livre et du vin de Saumur et j’ai rencontré plusieurs auteurs, dont Bernard Werber avec qui j’ai déjeuné. À la fin du déjeuner, il me dit : « Sandra, tu sais pourquoi on se rencontre ? ». Je réponds que non et il me dit : « parce que je sens qu’il faut que je te passe un message. Il faut que tu écrives de la fiction… et sans attendre ».  Ça me va très bien ce genre de signe...

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18 décembre 2012

Les amants d'un jour : interview de Sophie Tellier et Jérôme Pradon

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La Fnac est partenaire des Amants d’un jour. Pour ActuFnac (daté du mois de décembre 2012-janvier 2013),  j’ai donc interviewé deux des comédiens-chanteurs-danseurs principaux de cette comédie musicale, Sophie Tellier et Jérôme Pradon.

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"Milord" interprété par Sophie Tellier et la troupe des Amants d'un jour.

Mini clip de "Sous le ciel de Paris" par Jérôme Pradon et la troupe des Amants d'un jour.

17 décembre 2012

CD'Aujourd'hui : Céline Dion pour "Sans attendre"

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Avec plus de 200 millions d'albums vendus à travers le monde, Céline Dion est une des plus grandes stars mondiales de la chanson.

(Je l’ai rencontré au début de sa carrière. Au tout début de sa carrière, comme en témoigne cette ancienne mandorisation).

Céline Dion n'avait pas sorti d'album français depuis D'Elles (composé par Jean-Jacques Goldman) en 2007. Elle revient avec  un disque rempli d’émotions, aux textes évocateurs sur les tracas et les joies de l’amour. Pour ses nouvelles chansons, elle s'est entourée notamment de Luc Plamondon, Grand Corps Malade, Maxime Leforestier et Miossec. L’interprète québécoise nous propose notamment trois duos : avec Johnny Hallyday, avec le regretté Henri Salvador et enfin avec le chanteur québécois, Jean-Pierre Ferland. Les nouveaux titres de Céline Dion sauront sans nul doute rejoindre son vaste public.

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Pour l’émission CD’Aujourd’hui, on m’a donné rendez-vous dans les coulisses de l’émission Céline Dion en toute intimité, le 29 novembre dernier, dans un studio de la Plaine-Saint-Denis.

Bon, je ne rentre pas dans les détails, mais disons que le tournage fut un peu, comment dire… compliqué à tourner.

L'émission est là... (mais aussi sur le site de l'émission).

Je tiens à préciser que la chanteuse a été très gentille, serviable et humainement irréprochable. Mais quand on est star mondiale, il y a un entourage parfois un peu… pointilleux (je ne sais pas si c’est précisément le terme). Bref, il ne nous à pas facilité la tache.

Petite photo après l'interview... (Céline, j'aurais aimé te parler du passé et te rappeler nos nombreuses rencontres dans les années 80. Mais non. Temps limité. Et garde rapprochée).

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Merci au blog Detoutsurvous pour les captures d'écran.

CD'Aujourdhui : Sheila pour "Solide"

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Sheila fête cette année ces cinq fois dix ans de carrière (elle a vendu 85 millions de disques, dont 39 disques d'or, presque autant que Johnny Hallyday). A l'occasion de son jubilé fêté il y a quelques semaines à l'Olympia à guichets fermés, Sheila est de retour avec Solide, un 26e album très personnel sur le mode de l'inventaire.
Outre Yves Martin, de nombreux artistes ont participé à la réalisation de cet album dont Gilles Morvan pour Je pardonnerai, Nina Bouraoui et Jacques Veneruso pour le titre Une arrière-saison, Patrick Lemaitre pour la chanson Pour sauver l'amour, Aurélie Anatolini pour La même histoire, Bruno Dandrimont pour Mon Eldorado et Florian Gazan pour la chanson Et je me passe.

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sheila,solide,cd'aujourdhui,mandorCe n’était pas ma "première fois" avec Sheila (1ere mandorisation, ici), mais c’est toujours avec plaisir que je pars à la rencontre de ce genre d’artiste. Ceux qui ont 50 ans de carrière ne sont plus légion. Ils ont tout vu, tout connu, tout vécu. J’aime donc me retrouver en face d’eux, car j’ai l’impression d'être en présence de "monuments". Si je n'écoute pas sa discographie, je ne peux que respecter cette grande dame de la variété française. Elle a fait son job de chanteuse populaire, nul ne peut le contester.

Le 13 novembre dernier, pour CD’Aujourdhui, j’ai interviewé Sheila chez Goumard, un restaurant du 1er arrondissement de Paris. Très souriante, de bonne humeur et particulièrement chaleureuse, elle semble très heureuse de ce retour dont les médias disent qu’il est gagnant.

Pour voir l’émission, cliquez là !

Pour finir, deux photos de l'enregistrement de la session musicale...

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Après l'interview...

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16 décembre 2012

Rodolphe Fontaine : interview pour "Nostalgie, quand tu nous tues"

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(Crédit : Yann Cielat)

Rodolphe Fontaine vient de sortir un deuxième roman, Nostalgie, quand tu nous tues. Un polar très bien mené avec deux héros enquêteurs attachants. Partant du principe élémentaire qu’une personne qui écrit tous les jours (sans exception) progresse de livre en livre, il n’est pas interdit de penser que cet auteur encore confidentiel deviennent  un jour un maître du polar. Le 29 novembre dernier, j’ai reçu Rodolphe Fontaine dans les locaux de « l’agence ».

rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandor4e de couverture :

Lorsqu’un corps sans vie est retrouvé à Rouen, au pied du pont Flaubert, le commandant de police Marius Korda est persuadé d’une chose : il a déjà croisé la victime lorsqu’il était en compagnie de son meilleur ami, Hippolyte Delyon. Alors que l’enquête n’en est qu’à ses balbutiements, un nouveau meurtre est commis et les deux amis se rendent compte que le passé des victimes est lié au leur. Peu à l’aise dans cette affaire, Marius n’hésite pas à mandater Hippolyte pour mener des investigations non officielles.
Mais le résultat de ces dernières pose un véritable problème : celui par qui les crimes sont perpétrés semble être la première victime de cette série de meurtres…

L’auteur :

Né en 1979 dans la Drôme, Rodolphe Fontaine aspirait à devenir l'enquêteur des romans policiers qu'il dévorait adolescent. Finalement, ses études de droit l'ont conduit vers le « social », milieu dans lequel il a évolué pendant plus de sept ans. Passionné depuis son plus jeune âge de lecture et d'écriture, c'est au cours d'une énième nuit d'insomnie, en juillet 1998, qu'il prend la décision d'écrire son premier roman. Mais c'est seulement en 2008, à la suite d’événements personnels ayant radicalement changé sa vision de la vie, qu'il décide de partager ses écrits. Il signe ici un excellent roman, réunissant tous les ingrédients du bon polar : suspense à volonté, psychologie, et de surcroît non dépourvu de culture littéraire !

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rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorInterview :

C’est une nuit de l’année 1998 que tu as décidé d’écrire sérieusement.

C’était une nuit d’insomnie, suite à la lecture d’un roman de Stephan King, Salem, un roman qui m’a donné envie de passer le cap. Je me suis dit « pourquoi pas moi ? ». À l’époque, je me suis lancé dans un roman fantastique. Il n’a jamais été édité, j’ai dû écrire 150 pages. Pour les avoir relu il n’y a pas longtemps, je trouve que ça ressemble beaucoup à du Stephen King, le talent en moins (rires). Je tentais d’employer les mêmes ficelles.

Tu ne lisais que de la littérature fantastique à l’époque ?

Au début oui. Et puis aussi des romans policiers, les grands classiques comme les Agatha Christie, et puis petit à petit, je me suis plus orienté vers les thrillers. Aujourd’hui, par contre je dévore les romans policiers.

De toutes ces lectures, as-tu acquis des automatismes littéraires, des ficelles pour mener l’intrigue par exemple ?

Oui, mais je me dis aussi souvent : « Tiens ! Les choses sont amenées comme ça, moi, je ne serais pas allé dans la même direction, j’aurais utilisé un effet différent… ». Oui, le cerveau travaille pas mal quand je lis mes confrères.

Tu lis beaucoup ?

Oui. Et ça me stimule. Ça me donne envie de faire mieux (rires). Je lis vraiment de tout. Des romans autoédités, mais aussi des classiques du roman policier. Je suis un grand fan de Fred Vargas par exemple, de Brigitte Aubert, Exbrayat aussi. De temps en temps, je me replonge aussi dans PD James ou Agatha Christie. Je lis aussi du Houellebecq, Jean Teulé. Là, en ce moment, je suis dans ma période Bret Easton Ellis…

Bon, un jour tu écris Mortelle Tutelle. Et tu le sors en autoédition…, comme Hippolyte rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorDelyon, ton héros écrivain détective de Nostalgie, quand tu nous tues.

Oui, c’est vrai. Nous avons ce point commun avec Hippolyte (sourire). J’ai évidemment tenté de me faire éditer dans des maisons d’édition, mais sans succès.

Comme c’est le cas pour bon nombre d’écrivains au début de leur carrière.

J’assume parfaitement d’être passé par là. Je m’étais lancé via The Book Edition, qui est un site qui permet d’imprimer à la demande. Grâce à Internet et le bouche à oreille, le livre a fini par trouver ses lecteurs. J’ai réussi à le placer dans quelques librairies.

Tu as joué la carte de « je suis un auteur régional » ?

Non, je ne me suis jamais basé là-dessus. Comme j’habite à côté de Rouen, on me demande si  j’ai fait exprès d’avoir situé l’action dans cette ville. C’est simplement la volonté d’écrire sur des lieux que je connais, voire que je fréquente. Je n’ai pas la volonté de me dire "comme ça, j'en vendrai beaucoup à Rouen". Ce n'est pas du tout ma démarche.

Mais ton roman a quand même du succès dans cette ville ?

Oui, les gens aiment bien s’identifier à certains personnages ou reconnaître des lieux. Bon, mais soyons clair, je n’ai pas voulu écrire un guide touristique. Je connais des auteurs qui publient chez des éditeurs régionaux, on leur demande plus de description de lieux, de monuments de la ville. Moi, je ne voulais pas tomber dans ce cliché-là. Je suis plus sur des ambiances…

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(Crédit : Yann Cielat)

J’en reviens à l’autoédition. Tu sais qu’un auteur publié ainsi est plutôt mal considéré.

Je le vis plutôt bien. Le lecteur en lui-même, il s’en moque que ce soit autoédité. Lui, il a un livre entre les mains. C’est plus par rapport aux gens de l’extérieur, qui d’ailleurs généralement n’ont pas lu le livre, qui disent que le livre est mauvais parce qu’il n’a pas trouvé preneur dans une maison d’édition.

Je vais te dire franchement, je suis aussi un peu comme ça. Quand je reçois un livre autoédité, j’ai un à priori. Mais je commence à le lire quand même pour valider ou non mon jugement facile.

C’est un réflexe classique, je te comprends. Encore une fois, il y a beaucoup d’auteurs qui commencent par l’autoédition et qui finissent par être publiés dans une vraie maison d’édition. La preuve, c’est le cas pour mon second livre, Nostalgie, quand tu nous tues.

Comment as-tu trouvé un éditeur ?

Au hasard de discussions sur internet. Une blogueuse littéraire ma parlé d’une maison d’édition de taille moyenne, Les 2 encres. Je leur ai envoyé mon manuscrit et ils m’ont appelé trois semaines après et m’ont proposé de manière enthousiaste de m’éditer .

À ce moment-là, on a l’impression de franchir un cap supérieur ?

Je croyais en ce roman parce que je n’ai pas eu des lettres de refus impersonnels comme pour le précédent. Les lettres étaient plus explicatives et personnalisées. Souvent je suis passé en deuxième lecture de comités de lecture de maisons qui ont pignon sur rue. Je me dis que ce n’est pas encore, mais ça accroche.

Et quand tu reçois le carton de livre chez toi ?

Quand on a le livre entre les mains on est content, mais en fin de compte, c’est à ce moment que tout commence.

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(Crédit : Yann Cielat)

Parlons du livre. Hippolyte Delyon est écrivain. Il aide son pote Marius Korda dans ses enquêtes policières. Pourquoi en as-tu fait un écrivain autoédité ?

Parce que j’ai voulu parler de ce monde-là qui était moins connu. Celui des gens qui écrivent, mais qui galèrent pour être édités. Je voulais parler de ce que j’avais vécu. Les lettres de refus, le stress quand on envoie son manuscrit. Il y a un peu de moi dans Hippolyte, mais il y a aussi un peu de moi dans Marius.

Marius Korda, lui, est commandant de police. Il a un jeu littéraire avec Hippolyte. L’un des deux cite une phrase d’un livre et l’autre doit deviner de quel livre est tiré la citation… ça intellectualise tes héros.

Oui, c’est vrai. Ce jeu, sorte de gimmick durant tout le livre, je le trouvais intéressant. Hippolyte est plus cultivé que Marius, mais Marius tente d’arriver au niveau de son copain. Peut-être aussi que ça peut donner envie aux lecteurs d’aller découvrir les auteurs cités. Le plus dur, c’est de trouver la citation qui est cohérente dans l’histoire.

rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorQuelle est la difficulté pour bien mener une intrigue policière ?

C’est que tout soit cohérent sur toute la longueur du livre et qu’il y ait du rythme. Concernant l’intrigue, je fonctionne toujours de la même façon. J’ai une idée en tête, je commence à écrire et au bout de 150 pages, je me dis que le coupable que j’ai en tête, et  bien, ce ne sera pas lui. Après, évidemment, je reviens sur mon texte en modifiant ce qu’il faut, toujours pour obtenir la cohérence maximale. Je ne veux pas que l’on devine l’intrigue avant que l’on atteigne les dix dernières pages. J’ai le syndrome Agatha Christie.

Tu es en cours d’écriture du troisième roman ?

Je pars de Rouen, mais on va se promener du côté de la Grèce et de la Tunisie. Ce seront deux nouveaux personnages. Un détective privé et un prof de fac qui vont partir à la recherche de l’ex-femme du prof de fac. J’avais envie de faire voyager les lecteurs, sortir un peu de mes lieux habituels.

Tu n’aimerais pas avoir des héros récurrents ? Parce que je trouve qu’Hippolyte et Marcus sont des héros intéressants.

Eux vont revenir. Ce ne sera pas une suite de Nostalgie, quand tu nous tues, mais une toute nouvelle aventure.

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(Crédit : Yann Cielat)

Tu as un travail dit « alimentaire » ?

Je mets en œuvre des politiques publics à un niveau régional. Je m’occupe du financement et du pilotage de centres d’hébergement dans la réinsertion sociale.

Comment tes collègues prennent-ils ton activité d’écrivain?

Ça les intrigue et les interpelle. Moi, je ne leur en avais jamais parlé. C’est le hasard qui a fait qu’ils l’ont découvert. Ils achètent, ils lisent et d’après ce qu’ils me disent, ça leur plait.

As-tu confiance en ta destinée d’écrivain ?

Concrètement, j’aimerais bien en faire ma vie. Écrire toute la journée et en vivre. Mais je ne cherche, ni la notoriété, ni la richesse, je veux juste exercer ce métier dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, j’écris de 23h à 3h du matin, j’aimerais avoir les moyens d’écrire plus. Il y a des jours où je me dis que j’y arriverai, parce que j’ai plein d’idées d’histoires. J’espère un jour trouver un éditeur national qui ait confiance en moi. J’écris ce qui me plait, j’essaie d’être honnête avec moi-même et de ne pas suivre des courants opportunistes. Si je m’étais lancé dans des romans de vampires pour ados, par exemple, j’aurais plus de chance d’être publié, je suppose.

Cela étant, les romans policiers, ça marche bien.

Oui, mais il y a beaucoup de concurrence.

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Merci à Yann Cielat pour toutes les photos (sauf les deux prises à l'agence).

Pour découvrir le travail de ce photographe fort talentueux, cliquez ici!

Et découvrez sa page Facebook.

14 décembre 2012

Joël Dicker : interview pour La vérité sur l'Affaire Harry Quebert

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© Jeremy Spierer

L'écrivain genevois, Joël Dicker, a séduit le jury du Prix Goncourt des lycéens 2012, composé de centaines de lycéens français avec La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, un roman complexe au souffle américain. Quatre autres auteurs figuraient en finale de ce prix organisé par la Fnac : Gwenaëlle Aubry pour Partages (Mercure de France), Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), Linda Lê pour Lame de fond (Bourgois) et Joy Sorman pour Comme une bête (Gallimard).

Large favori, le jeune auteur suisse, déjà couronné cet automne par le Grand prix du roman de l'Académie française, a été choisi par 9 voix contre 4 à Joy Sorman par un jury de quatre garçons et neuf filles réunis à Rennes, au terme d'un processus de sélection qui a mobilisé une cinquantaine de lycées et près de 2000 élèves. L'an passé, c'est le livre de Carole Martinez, Du domaine des murmures (Gallimard) qui avait obtenu le prix.

Comme je travaille pour le journal gratuit de la FNAC, j’ai eu pour agréable mission de rencontrer Joël Dicker.Le 21 novembre 2012, rendez-vous est pris dans un hôtel parisien. Malgré le tourbillon médiatique qui le célèbre alors, l’auteur semble détendu. Il arrive souriant et avenant. Et je me rends vite compte qu’il est parfaitement lucide sur ce qui lui arrive. Ça me le rend particulièrement sympathique. Voici le fruit de notre entretien pour ActuFnac (daté du mois de décembre 2012/janvier 2013).

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La remise du Prix Goncourt des lycéens à Joël Dicker.

Interview bonus:

joël dicker,la vérité sur l'affaire harry quebert,interview,mandor,actufnacRevenons sur vos débuts dont on parle peu finalement et qui expliquent pourtant comment vous en êtes venu à écrire La vérité sur l’Affaire Harry Quebert.

J’avais écrit un précédent roman, Le dernier jour de nos pères, qui est sorti dans les librairies en janvier 2012, mais qui existait depuis juin 2009. Cela faisait en fait 3 ans que j’avais terminé ce roman et je n’avais trouvé personne qui voulait le faire paraître. Je me suis senti un peu déçu, un peu triste en recevant les lettres de refus des éditeurs. J’étais réellement triste que le livre ne puisse pas exister au-delà du manuscrit que j’avais écrit. Je me suis dit que c’était dommage de rester sur un sentiment qui soit celui de la déception, de l’erreur. Après tout, la vocation du livre, c’est aussi peut-être simplement quelque chose que tu écris pour toi, quelque chose qui te permette de grandir, de comprendre et d’avancer. Je me suis remis immédiatement au travail et c’est comme ça que j’ai commencé ce livre, La vérité sur l’affaire Harry Quebert. Je me dis, « écris un livre qui te donne du plaisir, écris un livre qui t’offre du plaisir et qui t’apporte quelque chose à toi de façon à ce que, si par hasard, lorsque tu l’auras terminé personne n’en veut, tu sois quand même heureux et qu’il se soit passé quelque chose en toi ». C’était vraiment le but du livre, ce qui explique au fond pourquoi il est peut-être si gros, pourquoi il y a parfois un tel mélange des genres. C’est qu’il y a eu  un plaisir et un amusement tout au long de son écriture.

En tout cas, toute la presse et les lecteurs louent l’originalité de votre livre… ces différentes strates dont nous parlions plus haut…

Cette originalité, j’avais peur que ce soit la faiblesse du livre. J’avais peur que l’on me reproche que ce livre soit à contre-courant de ce qui se fait, de ce qui se lit. Le monde de l’édition, quand il traverse des moments difficiles, a tendance à vouloir qu’un livre reste dans un certain créneau pour assurer à un livre de marcher plus ou moins. Mon livre, c’était vraiment quitte ou double.

Outre vos deux prix, vous êtes passé à deux doigts du Goncourt. Cela fait de vous un phénomène d’édition. Comment vit-on ce statut ?

On le vit de façon très calme. C’est un bonheur, mais c’est un bonheur qui est très éphémère. En France, on a la chance, entre fin août et fin novembre, d’avoir cette rentrée littéraire, avec ces prix et toutes ces excitations générées autour des livres et qui les mettent très en avant. Quand vous avez la chance et le bonheur d’avoir un livre qui figure dans ces prix, il est particulièrement relayé et très vu et donc, du coup, on parle beaucoup de vous. Au mois de janvier, il y a la deuxième rentrée littéraire qui balaye la première, qui sera balayée par la troisième rentrée, celle d’avril-mai, les romans de l’été, qui eux même seront balayés à leur tour par la rentrée de septembre 2013. Tout ça pour vous dire qu’on est perpétuellement remplacé.

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Vous êtes en train de relativiser ce que vous êtes en train de devenir dans le monde des lettres.

Je relativise parce qu’il faut relativiser. Je reste calme parce que j’ai conscience que c’est un moment très éphémère et que c’est important de le prendre comme ça. Mais, tout ceci me permet de mieux respirer sur ma condition d’écrivain et m’encourage fortement.

Votre livre est aussi une réflexion sur l’acte d’écrire, sur le monde de l’édition et sur la littérature en général. Vous êtes d’ailleurs assez impitoyable. Qu’en pensent vos propres éditeurs ?

Mes éditeurs n’ont rien de commun avec ceux qui figurent dans mon livre, soyez-en certain. C’est marrant, vous êtes le premier à me poser cette question. A priori, ils ne se sont heureusement pas sentis concernés.

Vous avez du mal à rendre votre texte ?

C’est compliqué en effet. Il faut le rendre quand on pense qu’il est aboutit et qu’on ne peut pas faire mieux. À un moment, on sent qu’on ne peut pas aller plus loin, il se passe quelque chose. On a tout fait, on a lu, relu, on sent que c’est terminé. Ensuite, on le soumet à son éditeur. Et puis le temps passe et on se met à réécrire certains passages. On pourrait passer sa vie à réécrire éternellement le même livre et ne jamais en être satisfait. On peut toujours faire mieux, c’est un fait établi. Il faut savoir être raisonnable. Juste, il faut se dire que le prochain sera mieux parce qu’on aura plus d’expérience. C’est important si on veut avoir l’impression d’une évolution dans son  écriture et dans son travail.

Vous êtes serein pour attaquer le prochain roman ?

Vous savez, ce qui me plait le plus, c’est d’écrire. C’est important de faire la promo des livres, mais j’ai peu de temps pour écrire le prochain. Je me réjouis beaucoup de rentrer chez moi pour me remettre au travail. 

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Avec Joël Dicker, le 21 novembre à l'hôtel d'Aubusson, après l'interview.

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12 décembre 2012

Carole Aurouet : si Prévert m'était conté....

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carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorCarole Aurouet est maître de conférence à l’université Paris-Est-Marne-La-Vallée et spécialiste de Jacques Prévert. Je l’ai connu il y a une dizaine d’années. Elle était mon invité pour Le livre à la page une émission diffusée uniquement sur le net (cinema-tv.com était alors précurseur dans ce domaine). Elle est venue présenter un ouvrage collectif sur Prévert et le cinéma. Une amitié est née alors.

Depuis, Carole Aurouet a participé au catalogue d’exposition Jacques Prévert, Paris la belle (Flammarion, 2008) et a écrit bon nombre de livres sur Prévert, dont Jacques Prévert. L’humour de l’art (Naïve, 2007), Prévert. Portrait d’une vie (Ramsay, 2007) et Les Scénarios de Jacques Prévert (Dreamland, 2008).

Le 26 novembre dernier, je l’ai reçu à l’agence pour deux ouvrages sortis simultanément ce mois-ci (et qui feront de beaux cadeaux de Noël).

Ce qu’en dit l’éditeur, Textuel (en version réduite) :

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorL'amitié selon Prévert :

Anniversaire, rendez-vous, dîners entre amis, Prévert plaçait l’amitié au centre de sa vie. À partir de la fin des années 1950, installé cité Véron, il prend l’habitude d’y consacrer chaque jour une belle éphéméride : une fleur dessinée au feutre et vivement colorée aux côtés de laquelle il notait les noms et souvent l’occasion de ses rendez-vous. Le geste est superbe, le défilé des noms vertigineux…  Fidèle à lui-même, Prévert y apparaît taquin et attachant.

Dans une galerie de seize courts portraits, Carole Aurouet raconte les liens qui attachaient Prévert à chacun de ses amis. Au fil des pages, on retrouvera donc les compères, les intimes, les inséparables : Arletty, Maurice Baquet, René Bertelé, Pierre Brasseur, Henri Crolla, Robert Doisneau, Marcel Duhamel, Jean Gabin, Paul Grimault, Joan Mirò, Aimé Maeght, Édith Piaf, Marcel Mouloudji, Pablo Picasso, Pierre Prévert, Simone Signoret, Alexandre Trauner et Boris Vian. C’est toute une époque qui défile ainsi sous nos yeux, bouillonnante, créative, éclectique.

Le cinéma dessiné de Jacques Prévert :

Dans ce livre, Carole Aurouet retrace de manière exhaustive les rapports de Jacques Prévert au carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorcinéma : sa petite bande d'acteurs composée d'Arletty, Brasseur, Bussières, Gabin, Morgan, Reggiani et les autres, son tandem avec son frère Pierre, ses nombreuses collaborations avec Carné, sa tendresse sans borne pour les personnages humbles et son esprit de résistance... Mais cet ouvrage montre aussi sa création à l'œuvre. Sont ainsi présentées, pour la première fois, les planches scénaristiques dessinées de l'auteur. Cet ensemble iconographique exceptionnel est complété par des fragments de scénarios autographes mis en lumière par Carole Aurouet, proposant ainsi un aperçu complet des traces et supports de la création scénaristique de Jacques Prévert. Dans un texte richement documenté, l’auteure raconte le parcours cinématographique de Jacques Prévert depuis ses premières émotions de spectateur en culotte courte, dans les années 1910, à ses derniers films, dans les années 1970. Cette présentation est illustrée de nombreuses photographies incomparables, certaines étant l'œuvre de Savitry, toutes prises durant les tournages ou au moment de la création elle-même.

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Interview :

Je t’ai interviewé la première fois il y a plus de 10 ans et c’était déjà pour un livre sur Prévert.

Oui, je n’avais pas encore soutenu ma thèse. C’était un ouvrage collectif sur Prévert et le cinéma que je dirigeais.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandor10 ans après, tu as toujours la même passion. D’où t’es venue cette passion que tu ne lâches pas ?

Au début, c’était un peu un hasard. Je l’ai rencontré à l’école quand j’étais petite, comme tout le monde. Je sais que je l’ai aimé à cette période-là, parce que j’ai retrouvé des ouvrages de Paroles dans lesquels j’essayais de recopier les poèmes. Après, je l’ai un peu perdu de vue parce qu’à l’école, on le perd de vue au bout d’un moment. Quand j’ai commencé à chercher un sujet de maîtrise, qu’on appelle maintenant un master 1, j’avais envie d’allier mes deux passions, en l’occurrence, la littérature et le cinéma. J’ai trouvé un poète scénariste que j’aimais beaucoup, donc j’ai commencé ma maîtrise en travaillant sur Prévert et puis ça m’a passionné.

Ensuite, tu as continué dans le cadre de tes recherches universitaires en master 2 et en thèse.
Oui et depuis, j’ai écrit une dizaine d’ouvrages sur Prévert. Prévert, c’est à la fois, le cinéma, la poésie, la littérature pour les enfants, les collages, le théâtre, la chanson… il y a donc énormément de choses à faire et découvrir autour de son œuvre. On ne s’ennuie jamais. Je pense que d’ici deux, trois ans, j’aurai fait un peu le tour, mais là, il me reste encore des pans à fouiller.

Continues-tu d’apprendre des choses sur lui ?

Oui, constamment, sinon je m’arrêterais. En fait, c’est tout le paradoxe de Prévert. On a l’impression de bien le connaître, c’est censé être le poète le plus connu et préféré des Français, mais en fait, ce que l’on connait de lui, c’est surtout Paroles et quelques grands films comme Les enfants du Paradis. Il faut quand même savoir qu’il a écrit une centaine de scénarios et qu’il y en a plein qui sont restés sur le papier sans avoir été tournés et qui sont encore à découvrir. Ça fait partie des pans de son œuvre à fouiller. Je suis en plein dedans, parce que je prépare l’édition de ses œuvres scénaristiques pour Gallimard. Elle devrait paraître vers 2014-2015.

Bande annonce de "Les enfants du paradis".

Son oeuvre est un puit sans fond...

Oui, c'est exact. Sur le cinéma, évidemment, mais j’apprends aussi sur ses pièces de théâtre qui est une partie que je connaissais moins. Il y a beaucoup de choses à découvrir, mais c’est quelqu’un qui ne nous a pas facilité la tâche. Il ne conservait rien, alors il faut toujours partir en quête de tous les documents, que ce soit des manuscrits ou des textes. J’ai aussi initié ce qu’on appelle la génétique scénaristique. C’est l’étude de ses brouillons de scénarios qui sont très très particuliers, pour comprendre comment il crée une œuvre. Non, mais vraiment, il y a beaucoup de choses à faire.

Du coup, tu es devenue la spécialiste française, voire mondiale, de Jacques Prévert. Dès qu’il y a un livre à écrire sur lui, on fait appel à toi. C’est flatteur ?

Oui. D’avoir une reconnaissance sur son travail, c’est tout à fait agréable. Dans l’optique d’une reconnaissance, il y a aussi Le cinéma dessiné de Jacques Prévert qui concoure pour le Prix du livre de cinéma 2013. Je ne sais pas si je l’aurai, mais il sera décerné au mois de février. Il y a un engouement de la part des lecteurs, de la part des éditeurs, de la part de la famille Prévert pour mon travail… et j’en suis fière.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorCette crédibilité acquise depuis des années t’a ouvert les archives familiales de Prévert. Pour L’amitié selon Prévert,  par exemple, tu as puisé dedans. Parlons de cet ouvrage, véritable célébration de l’amitié.

L’amitié chez Prévert avait déjà été abordée, mais ponctuellement, dans des biographies, mais jamais dans un ouvrage tout seul. Comme c’est quelque chose qui est capital pour lui, il me semblait nécessaire de lui consacrer un livre. À partir de l’année 1955, Jacques Prévert, tous les matins, dessine des grandes pages d’agenda. Il commence à esquisser une immense fleur, jamais la même, puis il note le jour de la semaine… malheureusement, il ne met jamais le mois et l’année. C’est assez difficile de les classer chronologiquement.

Il était bordélique ?

Non, mais en fait, il ne sacralisait pas ses créations et ne pensait pas du tout à la postérité et à la manière dont on allait pouvoir les agencer plus tard. Après, il notait tous ses rendez-vous de la journée. C’est très amusant parce qu’on va retrouver tous ses amis, pour la plupart très célèbre, même si lui, il avait comme ami aussi bien la concierge que Picasso.

Il n’y avait pas de hiérarchie selon l’importance de la personne.

Aucune. Ce sont des éphémérides qui nous permettent de reconstituer toute la galaxie amicale de carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorPrévert, donc on va trouver Picasso, Miro, Arletty, Doisneau… la famille du cinéma, la famille des photographes, la famille des musiciens, la famille des comédiens. Ce qui est amusant c’est que, comme il ne se prend jamais au sérieux, on trouve beaucoup de blagues sur ses éphémérides. Elles sont aussi instructives qu’émouvantes et drôles. On retrouve son esprit qui ne veut jamais se prendre au sérieux. Il utilise aussi une orthographe phonétique qui, je trouve, préfigure les SMS.

J’ai lu qu’il savait en un clin d’œil reconnaitre ou non un ami ?

Il ne s’est jamais trompé. Comme il est quelqu’un de très entier, il peut être très amical et chaleureux, comme il peut être exécrable d’un coup, s’il n’aime pas la personne. Ce qu’il faut préciser, c’est qu’il est très fidèle en amitié et c’est un véritable engagement que Prévert demande en retour. Lui, par exemple a commis des actes extrêmement courageux. Il a aidé le compositeur Joseph Kosma et le décorateur Alexandre Trauner pendant la guerre. Ils étaient juifs et n’avaient pas le droit de travailler. Il les a cachés dans une demeure et il leur a permis de travailler clandestinement pour Les visiteurs du soir et Les enfants du Paradis. Prévert a une amitié qui s’implique et qui est courageuse.

Prévert était-il l’homme parfait ?

Non, certainement pas un homme parfait, mais il était toujours entier, honnête et juste. Il avait la vérité des sentiments et  les choses étaient dites.

Comment as-tu fait pour obtenir tous les dessins qui illustrent L’amitié selon Prévert ?

Ils sont mélangés dans des cartons des archives de la succession Fatras/ Jacques Prévert. L’ayant droit de Jacques Prévert, c’est sa petite-fille, Eugénie Bachelot-Prévert. C’est elle qui m’a donné accès aux éphémérides. On les a choisis avec l’éditeur pour essayer de montrer le panel des amis de Prévert. 

Ça continue à t’émouvoir quand tu tombes sur ce genre d’archive ?

Bien sûr. A chaque fois que je découvre quelque chose de nouveau qui me permet d’éclairer un aspect de l’art de Jacques Prévert, ça continue à m’émouvoir. Et j’en découvre toujours… j’ai l’impression que la source est intarissable.

Dans L’amitié selon Prévert, tu portraitises certains de ses amis.

J’ai essayé de prendre ceux qui étaient incontournables, ceux qui apparaissaient sur les éphémérides. Il fallait que ce soit éclectique pour qu’il y ait des gens de la littérature, du cinéma et de la chanson.

C’est une bonne manière de montrer l’art de cette époque sous toutes ses formes.

Oui, c'est vrai. Quoi qu'il fasse artistiquement, Prévert n’aimait travailler qu’avec des copains sinon, il n’avait pas envie. Il était toujours dans l’idée d’équipe, de partage, de respect, de créations communes sans se soucier des normes, de non hiérarchie entre les membres d’un même projet.

Pourquoi l’amitié était si importante pour Prévert ?

C’est quelqu’un qui s’est construit jeune avec des bandes, notamment celle des « surréalistes ». C’est quelque chose qui l’a forgé de 1924 à 1930. Ensuite, il a participé au groupe Octobre, la troupe de théâtre révolutionnaire. C’est quelqu’un qui s’est forgé, qui s’est formé comme ça.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorAbordons Le cinéma dessiné de Jacques Prévert. Le quidam moyen, quand il pense à Prévert et le cinéma, il pense à Quai des brumes, Les visiteurs du soir, Les enfants du paradis, Les portes de la nuit, Les amants de Vérone… alors qu’il a signé ou co-signé les scénarios de 100 films.

Il y a une vingtaine de films très connus qui sont passés à la postérité. Il y a des dialogues cultes comme « T’as de beaux yeux, tu sais » ou « Moi j’ai dit bizarre, comme c’est bizarre »… Il a travaillé avec les grands réalisateurs de l’époque, Carné et Cayatte, parmi les plus célèbres, mais, effectivement,  il a écrit en tout plus d’une centaine de projets. Je dis projets, parce que parfois, ça peut être simplement un synopsis de 4 pages qui n’a jamais abouti. On parlait d’émotion tout à l’heure, mais je me suis retrouvée à décacheter des enveloppes de 1932 dans lesquelles il y avait des scénarios qui étaient dans ses enveloppes depuis. J’ai aussi retrouvé des scénarios qu’il avait écrits et que personne ne connaissait.

Pourquoi certains scénarios n’ont pas dépassé le stade de projet ?

Souvent, c’est la censure officielle qui a sévi. Il y a par exemple un projet que Prévert tenait absolument à porter à l’écran et qui évoquait les bagnes d’enfants. Parfois c’est une censure plus officieuse. C’est la volonté des producteurs  ou des vedettes et comme Prévert ne voulait pas faire de concessions, s’il fallait qu’il modifie son scénario, il refusait. Je pense qu’il pouvait être à l’écoute. Si la remarque était constructive, il était prêt à retravailler, mais s'il l’a jugeait inopportune, il ne transigeait pas. J’ai aussi retrouvé des scénarios qui ont été tournés, mais qu’il a refusé de signer parce que justement le scénario avait été modifié. Quand on essaie de reconstituer sa filmographie, finalement on trouve plein de choses inattendues. J’espère que l’édition des scénarios que je prépare permettra ou donnera envie à certains réalisateurs d’aujourd’hui de les porter à l’écran.

Ce serait formidable que grâce à ton travail, on remette Jacques Prévert à l’honneur.

Oui. J’essaie modestement de le faire depuis 15 ans, parce qu’il me semble qu’on a une image de Prévert qui n’est pas juste. On a tendance à le minimiser et à l’édulcorer. Prévert, on essaie de le cantonner au « cancre » et à « En sortant de l’école », des poèmes plus doux et rêveurs pour les enfants, alors qu’il a écrit des textes très engagés, très crûs, anti cléricaux, anti militariste. Ce n’était pas seulement le gentil monsieur à casquette et cigarette. Si on voulait être percutant dans les images, Prévert c’est deux volumes dans La Pléiade. « Paroles », c’est une centaine de pages dans La Pléiade, donc Prévert, c’est une œuvre immense et diversifiée.

Tu as l’impression que ton travail commence à porter ses fruits.

Oui, j’ai l’impression. Mais le « combat » est encore long. Au niveau du collage et du théâtre, il me semble qu’il y a encore beaucoup de choses à faire.

Dans Le cinéma dessiné de Jacques Prévert, j’ai vu des superbes scénarios. Ce sont de véritables œuvres d’art.

Quand on les met à côté de tableau de Miro, il y a certaines similitudes. Ses planches sont la première étape de ses brouillons de scénario. Il fonctionne toujours de la même manière. Il prend deux grands bristols qu’il scotche ensemble. Il trace des lignes à main levée. Dans ces lignes, il va créer les personnages, ils mentionnent les principaux, toujours des plus importants au moins importants, il commence à préciser leurs caractéristiques et puis parfois des écrits des bribes de dialogues. Ensuite il ajoute ses fameux petits dessins qui permettent soit de montrer des accessoires, soit de donner à voir des costumes des personnages ou alors, certaines scènes. Il y a des dessins qui servent le propos, mais il y en a d’autres qui sont là par pur plaisir.

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Une planche du scénario d'"Une partie de campagne".

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"Les enfant du paradis".

Il écrit des bêtises parfois sur ses planches…

Prévert ne pouvait pas s’empêcher de faire des facéties. Sur l’une d’elles, il écrit « merde à celui qui lira » ou bien encore « Jésus Christ est parti sans laisser d’adresse »…

Penses-tu qu’il était conscient de la qualité de son œuvre.

S’il en avait une conscience intime, en tout cas, il l’a rejeté. Il ne se prenait pas au sérieux, il ne conservait pas ses brouillons. Il ne voulait pas que Paroles soit édité. Quand il est sorti en 1946, ça a été un succès inégalé. 5000 exemplaires d’un recueil de poésie en une semaine, ça laisse rêveur tout le monde, même aujourd’hui. C’est le recueil de poèmes français le plus traduit et le plus vendu dans le monde.

Il ne voulait recevoir aucun prix, je crois ?

Ça ne l’intéressait pas du tout. L’éditeur de Paroles a voulu le présenter à un prix littéraire. Prévert lui a envoyé un télégramme, qui est dans les archives, et qui n’était pas piqué des hannetons. Il lui a dit que la poésie n’avait pas de prix, même la sienne, et que c’était hors de question qu’il soit présenté à un prix. Il refusait prix, hiérarchie et classement. Il écrivait pour faire plaisir à certains et pour en emmerder d’autres.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorIl est beaucoup question de son frère Pierre dans ce livre.

Oui, j’aimerais aussi le réhabiliter. Il a 6 ans de moins que Jacques. Alors que petits, ils ne s’entendaient pas vraiment, quand Jacques Prévert revient de son service militaire, ils deviennent inséparables. Ils sont tous les deux passionnés de cinéma, mais c’est Pierre qui amène Jacques vers cet art-là. Ils vont réaliser trois films ensemble, après ils travailleront aussi pour des courts métrages et pour la télévision. C’est une grande amitié et une grande collaboration entre les deux frères.

Le cinéma dessiné de Jacques Prévert est sorti récemment et c’est bientôt Noël… ça tombe bien. C’est un beau cadeau.

C’est le livre de mes rêves. La qualité des reproductions, le papier, la mise en page, le travail de la graphiste… tout est extraordinaire ! Je trouve ce livre magnifique !

J’espère te revoir avant dans 10 ans, en tout cas…

D’accord (rires).

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10 décembre 2012

Adamo: CD'Aujourd'hui + interview pour "La grande roue" + photos

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Salvatore Adamo est un artiste important dans ma vie. Il fait partie des artistes qui figurent dans mon livre Les chroniques de Mandor (avec cette chronique) … Quand on m’a proposé d’aller de nouveau à sa rencontre pour CD’aujourd’hui, j’ai été ravi.

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Ainsi le 12 novembre dernier, rendez-vous fut pris dans un hôtel (caché) de la capitale.

Pour voir l’émission, cliquez ici !

Comme, rien ne se perd avec moi, voici l'interview décliné pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de décembre 2012/janvier 2013), suivi de son bonus mandorien...

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Extrait du clip "je vous parle d'un ami".

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Interview bonus:

Votre précédent album d’il y a deux ans a été disque d’or, est-ce que vous êtes étonnés d’être encore un chanteur en état de marche ?

Je prends ça comme un moteur. Les moindres encouragements sont les bienvenus. Ce disque a suscité un bel intérêt. Je me sens un peu gâté. Si ça veut continuer encore.

Vous ne vieillissez pas. Je trouve ça complètement dingue.

Intellectuellement, il s’agit simplement de rester curieux des choses du monde, de s’intéresser aux autres. Après, avoir l’impression de ne pas vieillir, cette impression de garder cette adolescence en soi, c’est sans doute le statut de l’artiste. Nous les artistes, on a cet immense privilège que le public attende que nous voyions les choses avec un peu de candeur, de naïveté ou une lucidité terrible qu’on essaie de faire passer à travers une forme de poésie. De par mon métier, j’ai été un peu éloigné de la vraie vie. Attention, je ne dis pas « préservé » de la vraie vie. À partir du moment où j’ai commencé à être connu, j’ai dû renoncer à certaines choses que tout le monde fait tranquillement, ne serait-ce que ces courses. Il y a 3 ans, au Québec, pour une émission de télé, on m’a lâché dans un supermarché pour faire mes courses. J’étais complètement perdu. Malheureusement, je vis un peu comme au théâtre et c’est une des raisons pour lesquelles je m’étais permis d’écrire un roman pour me forcer à retrouver les choses de la vie. J’ai peut-être une vision parfois édulcorée de la vie, je le sais. Quand je vais quelque part, même dans des pays où il y a des problèmes, les organisateurs me montrent ce qu’il y a de mieux. Après, c’est à moi de décider si je veux aller voir le reste. Ce que je fais souvent, d’ailleurs. Grâce à certains engagements, l’UNICEF notamment, là au contraire, je vais au cœur de certains problèmes du monde. Je suis allé au Vietnam, au Kosovo et en Afghanistan. Là, j’ai vu des choses que tout à chacun n’aurait pas vues. Je me considère comme privilégié parce que ça me permet d’être encore plus en paix avec ma conscience…

Parlons de l’état d’artiste. Vous faites rêver le monde… c’est très méritoire.

C’est une belle mission et je suis heureux, fier, et d’une certaine façon honoré, de pouvoir la pratiquer. Après, il y a sans doute que j’ai l’air d’une personne facile à vivre, ce qui n’est pas forcément le cas dans le privé, parce que tous ces privilèges que j’ai la chance d’avoir impliquent que j’ai dû sacrifier une partie de ma vie privée, du temps avec mes enfants, avec ma famille, avec ma femme, avec mes amis. Quand je rentre, je suis encore dans mon rêve et on me parle de réalité. Il y a parfois ce décalage dont je vous parlais dans la vraie vie, c’est plus souvent à domicile qu’il se révèle.

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Avez-vous été tenté d’aller vers le spirituel, comme vous le chantez dans « La grande roue » ?

J’ai l’impression que le fait d’écrire des chansons, d’essayer d’amener le public vers des ailleurs plus faciles à vivre, il y a un début de spiritualité. Moi, à 20 ans, j’étais en technique de diffusion relation publique à Saint-Luc à Tournay. C’était des frères des écoles chrétiennes, j’étais donc tout imprégné de relation et de liturgie. Avec le temps, je me suis posé des tas de questions, j’ai abandonné des tas de choses qu’on m’a apprises. Quand on me demande si je crois, je dis, « j’espère ». J’espère toujours que nous ne sommes pas le fruit du hasard. Il y a un tel agencement magistral dans le monde, qu’il doit y avoir un ingénieur. Je ne mettrai pas de nom dessus. Même une appartenance à une âme cosmique. J’aime aussi l’idée très poétique que notre âme soit une parcelle d’une âme universelle.

C’est cette âme-là qui donnerait l’inspiration aux artistes ?

Il y a peut-être aussi une transmission de ce côté-là. Euh… je ne veux pas aller dans le paranormal, ce n’est pas du tout ma tasse de thé, mais il m’est arrivé, et j’en ai discuté avec des collègues, de me réveiller en ayant une chanson. Je parle en collectif. On se réveille, on a son petit carnet, on note des choses. Maintenant, est-ce que c’est simplement un effet mathématique de toutes ces notes que nous entendons dans la journée et qui dans le sommeil continue à s’amalgamer et qui pousse tellement que ça réveille l’artiste parce qu’une mélodie s’est formée… Il m’est même arrivé de me réveiller avec une mélodie sur des harmonies que je n’ai pas étudiées. Il y a une espèce de gestation spontanée dans la tête, dans le rêve.

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Pour finir, voici quelques photos de la session acoustique tournée pour CD'Aujourd'hui...

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