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29 décembre 2012

Céline Righi: interview pour la sortie de l'EP d'Odonata

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céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorParfois, on écoute un disque pour sa musique ou pour la voix de l’interprète. En ce qui me concerne, c’est surtout pour les textes. J’ai découvert Céline Righi en écoutant l’album de Scotch et Sofa (mandorisés ici). Outre la voix de Chloé et la musique de Romain, j'ai été touché et impressionné par les textes que j’entendais. Ils ne se contentaient pas d’avoir une sacrée musicalité ou sonner comme des instruments, il y avait du sens. Et du sens qui me parlait profondément. C’est ainsi que j’ai découvert le travail de Céline Righi, puisque c’est elle l’auteure de toutes ces chansons.

Quand j’ai su qu’elle se lançait elle-même dans la bataille (parce qu’aujourd’hui, monter un groupe et tenter d’exister, c’est une bataille), j’ai voulu en savoir plus, écouter son travail en tant que chanteuse. Elle m’a fait parvenir le premier EP d’Odonata. Là, aussi, gros coup de cœur pour l’ensemble du projet. Et toujours les textes de Céline qui me collent à la peau.

Le  19 décembre dernier, la jeune femme (venue de Strasbourg, quand même) s’est assise sur le nouveau canapé de l’agence pour une interview en bonne et due forme mandorienne.

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Le groupe Odonata :

Un trio sans guitare ni clavier. Chaque chanson se construit à partir de la basse, de la batterie et du chant, en français. La musique d’Odonata est impressionniste, elle parle de multiples langages. Odonata se plaît à faire feu de tous bois et à piocher dans des influences variées et assumées, influences qui sont avant tout l’expression des goûts différents – mais pas incompatibles – des trois « odonates ».

Pour écouter Odonata, c'est là !

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui est Céline Righi ?

Chanteuse et parolière du trio, elle prête aussi sa plume à d’autres artistes (Célia Reggiani, Armelle Ita, Nilem), et en particulier au duo Scotch et Sofa dont elle signe tous les titres de l’album Par petits bouts, à l’exception du titre « Visite des recoins », qu'elle co-signe avec Oxmo Puccino (mandorisé là).
L’aspect rythmique et musical de sa plume s’explique par l’amour qu’elle porte à la musique, au moins tout aussi grand que celui qu’elle réserve aux mots. Plus attirée par le côté rythmique que par les harmonies, réceptive aux fréquences ténébreuses, Céline prend des cours de basse pendant cinq ans, avec, entre autres, le bassiste-contrebassiste Arnaud Grosfilley ( Rumbayazz, album « 73 touches » de Hocus Pocus ).
Son engouement pour les notes et pour la langue française réveille en elle aujourd’hui une belle envie, jusqu’alors assoupie mais néanmoins vivace : celle de chanter.

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Interview :

En lisant tes textes de chansons pour les uns et pour les autres, j’ai bien compris que tu étais une amoureuse des mots.

Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Il y avait beaucoup de livres à la maison grâce à mes parents. Ils ont toujours été portés vers la culture en général et la littérature et le cinéma en particulier. Du coup, j’ai appris à lire très tôt. Je crois que je savais lire avant de rentrer en CP. Mes parents se sont aperçus que je lisais grâce à l’émission « Des chiffres et des lettres ». Ensuite, plus tard, en fac de Lettres, je lisais ce que l’on me demandait de lire. J’ai un DEA de Lettres, le seuil du doctorat. Je devais embrayer avec une thèse sur Henri Michaux, mais la vie m’a emmené ailleurs et c’est très bien comme ça. Très vite, j’ai voulu lire dans les marges. Je ne voulais pas rester dans des lectures académiques.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui sont les écrivains « dans les marges » ?

Henri Michaux, par exemple, ou Tristan Egolf. J’ai toujours été attirée par la différence. Par exemple, mon mémoire de DEA, je l’ai fait sur Michaux, mais sur Michaux qui a greffé sa parole poétique sur des paroles d’aliénés. J’ai toujours été fasciné par l’art psychopathologique. Je me suis toujours mise du côté de ceux qui sont en dehors, des parias, des gens qui sont par terre dans la rue… les marginaux. Un thème qui revient souvent dans mes textes, c’est justement, l’incertitude, le fait que tout soit toujours en mouvement, que l’on peut toujours tout remettre en cause et que rien n’est défini.

Quand on est féru de littérature, on se dit que l’on va écrire soi-même. J’ai tendance à penser que la logique voudrait que l’on se dirige vers les romans, et pas forcément vers la chanson.

Sauf que moi, j’ai un baobab dans la main. Je suis incapable d’écrire un roman. Peut-être que je m’adonnerai à cette activité quand je serai plus âgée. Mais pour l’instant, j’écris seulement des fragments, des bouts. Peut-être que ça vient du fait que j’ai adoré faire des puzzles quand j’étais petite. Ça me permet de reconstituer les choses, je ne sais pas. Je n’arrive pas à écrire quelque chose sur le long terme, quelque chose de longue haleine. Je m’épuise à l’avance. Ça me fait penser à ce que disait l’écrivain voyageur, Nicolas Bouvier. Il n’a pas écrit beaucoup de livres dans sa vie, mais il disait que quand il en écrivait un, il avait l’impression de perdre des litres de sang. Ça me fait un peu ça. Quand j’écris, j’ai l’impression de m’arracher des anticorps. Quand j’ai écrit pendant quelques heures d’affilée, c’est bizarre, mais j’ai souvent besoin d’aller m’aérer ou même de prendre un bain.

De te purifier ?

Oui, tu as raison. Il y a presque de ça. C’est paradoxal, parce qu’en fait, ça me fait du bien d’écrire.

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Tu écris des textes très introspectifs. Par exemple, dans le premier titre de ton EP, « De cimes en abîmes ». On va au tréfonds de toi-même.

Ce texte est un clin d’œil à l’enfance. J’explique que je descends en enfance comme on va au charbon. « Creuser son existence comme un mineur de fond… ». La mine, pour moi, c’est une image forte parce que mes deux grands-pères étaient mineurs dans les mines de fer. C’est une image qui m’a marquée, avec toute sa symbolique. Le fait d’aller au fond du trou, dans le noir, dans les recoins sombres, c’est un peu explorer les fibres obscures de l’inconscience.

Dans mon travail d’intervieweur, j’essaie de repérer les failles chez mes interlocuteurs. Repérer et tenter de m’y engouffrer. Si on ne fait pas ça, on ne fait pas grand-chose. Or, toi, tu emploies le mot faille et c’est un de tes thèmes principaux. Ça me plait beaucoup…

Moi, c’est là-dedans que je puise pour créer. Je ne veux pas employer de grands mots, mais il y a presque quelque chose d’alchimique dans la création artistique. C’est transformer le pas beau en beau. Transformer le plomb en or. Baudelaire disait  qu’avec la boue, il faisait de l’or. Je  suis céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorquelqu’un d’hyper sensible, donc, plutôt que de pleurer sur le monde qui m’entoure, c’est ma façon à moi de mettre un peu de poésie… dans ce monde de brutes.

Tu cites, Baudelaire, je saute sur l’occasion pour parler de « Ô douleur ». 

Pour ce texte, les puristes vont certainement crier au sacrilège. J’ai repris certains vers de « L’ennemi » de Baudelaire, un poème qui m’a toujours touché, mais j’ai écrit mes propres couplets. Il y a une fusion entre le texte de Baudelaire et le mien. Je prends ça au premier degré, presque comme un exercice de style, voire un hommage à ce poète que j’adore vraiment. L’ennemi intérieur est un thème qui me parle. J’en parle aussi dans d’autres chansons, mais autrement.

Évoquons « À l’ouest »... un texte qui me touche aussi beaucoup.

J’ai un sens déplorable de l’orientation, mais c’est dû au fait que je suis très tournée vers l’intérieur. Au point que je peux arriver chez mes parents et dire : « Oh ! Il est chouette le nouveau tableau que vous avez  accroché au mur. » Et  ma mère de me répondre que ça fait 15 ans qu’il est là. C’est à ce point-là. Je ne suis pas observatrice du dehors, mais plutôt du dedans.

Tu n’arrives pas à te trouver où tu aimes te perdre ?

J’ai envie de répondre par une phrase de chanson que j’ai écrite pour Scotch et Sofa, « Visite des recoins ». « Je vais dans tous les sens, mais je ne m’égare pas. » Je cherche, ça c’est sûr, mais je ne m’égare pas. Plus j’avance dans la vie, plus j’ai l’impression de me rapprocher de moi-même, que tout ce précise et que tout fait sens.

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C’est en écrivant des textes de chansons que tu te trouves ?

Je me sens de plus en plus en paix et en adéquation avec moi-même. Au départ, je n’avais pas conscientisé cela, je ne savais pas que j’écrivais pour cette raison-là. Quand on me demandait pourquoi tu écris, je répondais souvent : « j’écris parce que je ne peux pas ne pas écrire ». Ça fait partie de moi. C’est vraiment imprimé dans chacune de mes cellules. L’écriture a pour moi des vertus apaisantes et ça me permet de découvrir et de soulever d’autres voiles. Je m’aperçois que cette instabilité qui apparaît dans mes textes, elle est mienne aussi. On peut toujours tout remettre en question. Michaux disait : même si c’est vrai, c’est faux.

Sais-tu facilement quand tu as terminé un texte ?

Oui. Je sens quand un texte est fini parce qu’à un moment donné, ça me transperce. Mais je suis d’une exigence avec les mots qui peut être pénible parfois pour les gens qui m’entourent. Quand j’écris des chansons, je fais comme Flaubert. Je dis les textes à voix haute et je sens quand ça raccroche.Ca me fait comme si j’entendais une fausse note. Ça dérange mon oreille, donc je recommence. J’ai un côté très perfectionniste et pointilleux. Je déteste l’approximatif. Ça peut me prendre du temps. Et à un moment donné,  j’ai cette espèce de sentiment d’évidence.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorPour Scotch et Sofa par exemple, ce que chante Chloé Monin, ce sont des histoires qui te racontent ?

Un peu oui. En tout cas, elles sont le reflet de ma réalité, parce que ces textes existaient avant que je rencontre le duo. Les textes ont parlé à Chloé et Romain et la musique de Scotch et Sofa a été tissée sur les textes. Ce qui est amusant, c’est que Chloé est encore plus en accord avec les textes aujourd’hui qu’au début, il y a 8 ans.

Tu écris tout le temps ?

Oui, je suis graphomane.

Tu me disais en off que les livres sont tes voyages…

Je ne suis pas quelqu’un qui voyage beaucoup. Je n’ai pas besoin de me déplacer physiquement pour me nourrir. J’ai un tout petit terrain de jeu. Je suis bien dans mon antre. Ce qui me nourrit ce sont les œuvres d’art de manière générale. Les livres, les tableaux, les sculptures, ça peut me faire voyager pendant des heures.

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Parlons de ton groupe Odonata. Tu t’es dit un jour : « Tiens, si je chantais moi-même mes propres chansons ? »

Le chemin de « j’écris, je mets des mots sur une feuille blanche » à « je chante mes mots » a été long. Mais de manière générale, je suis quelqu’un qui a un développement assez lent. Il faut que les choses infusent avant que j’en prenne conscience. Ce sont des rencontres importantes dans ma vie qui m’ont ouvert les yeux sur certaines choses. Au départ, je voulais être musicienne. Je me suis mise à la basse tard. Mais dans les mots, j’ai détecté la musicalité.  

Tu n’as jamais imaginé que tu pourrais toi-même chanter ?

Non, parce que je ne connaissais pas ma voix et parce que j’étais tournée vers l’écriture de manière très forte... La première rencontre qui m’a donné confiance musicalement, c’est le bassiste Marcello Guiliani (le bassiste d’Érik Truffaz). Il m’a offert une basse et m’a incité à en jouer. Ça a été un élément déclencheur. J’ai commencé à prendre des cours de basse, ensuite, j’ai joué dans des groupes avec cet instrument à Rouen. Déjà, je me suis dit que j’avais envie d’être sur scène. Ensuite, j’ai rencontré une personne qui est très importante pour moi et qui est bassiste aussi, c’est Christophe Piquet, le bassiste d’Odonata. Il m’entendait chanter mes textes et du coup, il m’a demandé pourquoi je ne le faisais pas officiellement. Timidement, j’ai commencé à me mettre devant un micro. Au départ, je susurrais plus que je ne chantais. De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres personnes, dont mon professeur de chant actuel, Hervé Andrione, qui a réussi à faire sauter plein de verrous. Je veux encore travailler et me perfectionner dans cette voie-là. Aujourd’hui, j’ai juste envie d’être sur scène et de chanter.

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Avec Odonata, tu n’as pas encore fait de scène ?

Non, pas encore. Ça me manque d’ailleurs beaucoup. (En souriant). Bon, je suis sur scène un petit peu tous les jours, devant mes élèves. Je suis professeur de français.

Je comprends. Il faut maîtriser le public.

Voilà, c’est ça. Le fait d’être face à un groupe c’est quelque chose que je connais bien depuis 12 ans.

Dans Odonata, vous êtes trois. Christophe Piquet à la basse et à la basse piccolo, Jérémy Steibel, à la batterie et aux percussions et toi aux textes et à la voix.

Christophe et Jérémy sont amis depuis longtemps, puisqu’ils faisaient partie du même groupe, Question d’humeur, il y a quelques années. Ils ont arrêté le groupe qui pourtant commençait à cartonner. Bref, ils sont de nouveau ensemble pour ce projet.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorLa question que je ne pose jamais habituellement, mais là, je suis un peu obligé de le faire parce que ça explique votre musique. Pourquoi Odonata ?

Les odonates, c’est le terme générique qui regroupe toute la famille des libellules et des demoiselles. J’aimais bien ce nom parce qu’il est beau et prononçable dans plein de langues différentes. Il y a une petite consonance latine que j’aime bien. Je trouve que la libellule est un insecte fascinant. Avant de se transformer en belle danseuse aérienne, c’est une larve hideuse et carnivore. Il faut beaucoup de mues de sa part pour pouvoir se transformer et ça me ressemble parfaitement. Ce qui m'intéresse aussi, ce sont les facettes qu’il y a sur les yeux de la libellule, elles sont kaléidoscopiques. Ca ressemble à notre musique parce que Jérémy, Christophe et moi, on ne vient pas du tout des mêmes univers musicaux, mais nous trois mis ensemble, ça donne ce résultat un peu composite.

Du coup, qualifier votre musique est impossible.

Je n’y parviens pas en tout cas. Peut-être rock electro. Il y a aussi un peu de jazz et les lignes de basse sont très inspirées par le funk. Il y a des influences pop et des envolées très lyriques…

Avec cet EP, qu’attendez-vous ?

Que la libellule aille s’envoler partout. Cet EP n’est pas destiné à la vente. C’est plus pour promouvoir le groupe, faire découvrir notre univers. Comme c’est la période des vœux, notre souhait est d’avoir des dates de concerts.

Tu es confiante en l’avenir ?

J’ai des moments de doutes où je tombe dans des gouffres d’incertitude pas possible, mais la trame de fond, elle, elle est constante. Je le sens depuis le début. Pour moi tout a un sens et les choses n’arrivent pas vraiment par hasard. Je sais qu’un jour je vais monter sur une scène et je que serai très heureuse. J’ai juste envie d’aller chanter et de partager avec Christophe et Jérémy et le public…

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Sachez enfin que, désormais, vous pourrez retrouver Céline Righi sur le blog littéraire L'anagnoste (avec Eric Bonnargent, Marc Villemain et Romain Verger).

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Commentaires

Ben..j'aime bien les mots. J'ai bien beaucoup aimé l'interview de Mademoiselle Libellule. Alors, a suivre..tenez moi au courant alternatif...

Écrit par : charlet | 27 janvier 2013

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