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27 décembre 2012

Myriam Thibault et Kevin Juliat : interview croisée pour Plagiat

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Ca faisait un moment que je voulais réunir ces deux amis, Myriam Thibault, 19 ans et Kevin Juliat, 23 ans. L’une est auteure de deux romans et d’un recueil de nouvelles, l’autre travaille dans l’édition. Leur point commun : réussir dans le milieu de l’édition et travailler assidument pour.

L’excuse (parce qu’il en faut une) pour organiser cette rencontre est la sortie du deuxième roman de Myriam Thibault, Plagiat. Le 14 décembre dernier, Myriam (déjà mandorisée là) et Kevin sont passés à l’agence.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguet4e de couverture :

Formant avec sa femme un couple bourgeois empêtré dans la routine, le narrateur de Plagiat, acteur et écrivain sûr de lui quoique légèrement désabusé, ne voit pas la catastrophe arriver  : par une sorte de paresse affective, il se laisse surprendre par le départ soudain de sa femme. Désormais seul dans leur maison, il commence à fouiller dans de vieux papiers et découvre la correspondance qu’ils avaient échangée au début de leur relation. Lui qui pensait n’avoir aucune inspiration pour son nouveau livre se décide alors à raconter leur histoire à partir de ces lettres. Mais lorsque le livre paraîtra, et connaîtra le succès, ce geste vengeur se retournera contre lui.
Amplifiant ce qu’elle avait ébauché avec ses deux premiers livres, Myriam Thibault pose la question de l’authenticité des sentiments à travers la figure d’un homme qui, en cherchant à tout prix la gloire, précipite sa propre chute.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetInterview :

Je vous ai réuni parce que je sais que vous vous connaissez et qu’il y a une solide amitié entre vous. Comment est-elle née ?

Kevin : Nous avions chacun un blog littéraire respectif. Quand Myriam est arrivée à Paris, nous nous sommes vus rapidement.

Vous avez quasiment le même parcours. Vous venez de province et vous êtes venus à Paris pour réussir dans le milieu littéraire, et ce, de manière parfaitement assumée. Myriam comme écrivain et Kevin comme, je n’ai pas encore tout à fait compris… mais en tout cas pour travailler dans le milieu de l’édition. Bref, vous vous êtes reconnus.

Kevin : Sauf que Myriam est beaucoup plus précoce que moi.

Myriam : Non, c’est juste que nous ne faisons pas la même chose. Au final, ça revient au même. Toi tu es dans l’édition, moi dans l’écriture.

Vous vous connaissez depuis combien de temps ?

Myriam : Depuis 3 ans… finalement depuis la sortie de mon premier livre.

Donc, quand tu es arrivée à Paris, Myriam, c’était rassurant d’avoir un ami comme Kevin ?

Myriam : Oui. C’est d’ailleurs un des rares que je connais dans le milieu qui a mon âge. Il y a peu de jeunes d’une vingtaine d’années aussi motivés que nous.

Myriam, qu’apprécies-tu chez Kevin ?

Myriam : Plein de choses. Il est super impliqué dans ce qu’il fait. Il sait ce qu’il veut faire. Nous avons à peu près les mêmes attentes et les mêmes envies. Pas au millimètre près, mais ça se recoupe.

Moi, je vous aime bien parce que vous êtes tous les deux très sympathiques, vous savez où vous voulez aller et vous vous en donnez les moyens. Vous avez une soif de réussir,  mais sans le côté arriviste qui m’exaspère habituellement.

Kevin : Quand j’explique que je suis venu à Paris pour réussir dans le milieu littéraire, c’est la première crainte que j’ai. Passer pour un arriviste. Toi-même, tu m’appelles Rastignac, ce n’est pas pour rien.

C’est au second degré Kevin.

Kevin : Je reconnais qu’au début, j’ai un peu joué à ça parce que j’ai fait des rencontres dans ce but, mais ça n’a pas été concluant. Certains ont voulu me mener vers des chemins où je ne voulais pas aller. D’autres m’ont dit de faire attention à ce milieu. J’ai écouté leurs conseils et effectivement, je ne dois pas faire n’importe quoi. Quand j’ai signé mon premier contrat dans l’édition, j’ai eu plus confiance en moi et je me suis calmé.

Tu fais quoi actuellement ?

Kevin : Je suis assistant commercial dans l’édition.

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Myriam, toi, tu viens de sortir ton troisième livre, Plagiat, toujours chez Léo Scheer. J’arrive à peine à suivre ton rythme de parution, dis donc !

Myriam : Ma fréquence de publication va peut-être s’amoindrir. Et je suis toujours chez Léo Scheer, parce que je m’entends bien avec lui. Je m’entends aussi très bien avec Angie David, l’éditrice qui s’occupe de moi. Elle a une trentaine d’années et elle comprend parfaitement ce que j’ai envie de faire. Elle me corrige, me conseille, me suggère, mais dans l’ensemble, le texte de base n’est pas trop modifié. Je me sens assez libre et c’est fort plaisant.

Pour ce livre, tu t’es inspirée de ce que tu vois dans le milieu?

Myriam : Le personnage principal est inspiré de Patrick Poivre d’Arvor. Ce n’est pas lui complètement, mais le fond est inspiré de lui.

Le plagiat, en 2012, c’est quand même pas mal jouer avec le feu.

Myriam : Oui, c’est complètement dingue de s’adonner à ça. Cela étant, je me suis moi-même un peu amusée. J’ai mis en exergue de mon livre une phrase de Jean-Jacques Schuhl. J’ai placé la même citation à la fin, mais sans le citer. Personne ne m’en a fait la remarque. Je ne sais pas si les gens l’ont remarqué. J’ai fait du plagiat pour m’amuser et je joue avec ça.

En tout cas, c’est un sujet intéressant le plagiat.

Myriam : Oui. L’année dernière, j’ai l’impression que l’on a parlé que de ça. Il y a eu les « affaires »  Rama Yade, PPDA avec Hemingway, Joseph Macé-Scaron…

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Dans Plagiat, on sent, une fois encore, que les coulisses de ce monde-là te passionnent. J’ai l’impression que tu ne peux écrire que sur ce sujet.

Myriam : Oui, c’est vrai. Je pense que je ne pourrais pas consacrer du temps et de l’énergie à un sujet qui ne me passionnerait pas. Pour écrire ce livre, j’ai lu tous les comptes rendus d’audience de PPDA, j’ai lu tous les articles qui ont été publiés sur le plagiat Camille Laurens-Marie Darrieussecq, le fameux plagiat « psychique »… bref, j’ai enquêté et ça m’a appris plein de choses.

As-tu envoyé ton livre à PPDA ?

Myriam : Non.

Penses-tu qu’il l’a lu ?

Myriam : Je ne sais pas. Je ne pense pas.

Dans ton livre, tu as délocalisé l’action. Fini Paris ?myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguet

Myriam : Tout le monde m’avait fait la remarque, Kevin compris, que mes héros et l’histoire évoluaient toujours à Paris. On m’a fait comprendre que ce serait bien de me libérer de la capitale.

Kevin : J’avais peur que ça fasse trop « provinciale qui arrive à Paris ». Si on t’a dit de changer de ville, c’est pour que tu ne te fasses pas allumer au prochain livre.

Myriam : J’en ai marre que l’on me parle de ça. Cela dit, le fait de vivre à Paris me donne moins envie d’écrire dessus.

Mon avis est que le lieu n’a aucune espèce d’importance si le livre est bon. Kevin, je sais que tu es gêné de donner ton avis sur Plagiat. Donc, je vais te demander de le faire.

Kevin : Je l’ai lu avec plaisir. Mais je savais que c’était elle qui l’avait écrit, j’avais donc sa voix dans la tête. Je trouve que le style s’est enrichi par rapport au précédent roman. Je pense qu’elle a bien évolué et que son année en Lettres à Paris lui a beaucoup apporté. (S’adressant à Myriam). Pour avoir lu tes interviews quand tu avais 17 ans, les références littéraires que tu donnais, Nicolas Rey, Frédéric Beigbeder par exemple, ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Je ne crache pas du tout sur celles-ci, mais tes goûts ont évolué. En te lisant, je vois que tu as commencé à apprendre de la littérature…disons plus classique. Il y a une nette évolution en termes de références. Sinon, je trouve que tu mènes bien ton histoire du début à la fin. Il n’y a pas de temps mort. J’ai aimé, mais je continue à croire que le prochain sera toujours meilleur. J’ai hâte de lire ce que tu écriras quand tu auras trente ans.

Myriam : Moi, je ne me rends pas compte de cette évolution dont tu parles, mais c’est vrai que mon éditeur me dit la même chose. Quand Léo à lu Plagiat, il m’a dit que c’était incomparable avec les précédents.

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C’est bien que tu sois tombé sur un éditeur qui te laisse évoluer comme ça. C’est très rare.

Myriam : C’est pour ça que je reste avec lui.

Kevin : Sinon, Myriam, tu t’es encore une fois mise dans la peau d’un homme… moi, j’attends vraiment que tu écrives avec la voix d’une femme.

C’est intéressant ce que tu dis Kevin. Le fait d’écrire à la place d’un homme, c’est quand même un peu éviter d’écrire en ton nom.

Myriam : Mais c’est complètement ça. Je n’ai pas encore envie d’écrire sur moi, et si j’écris en me mettant dans la peau d’une femme, j’ai l’impression que c’est ce que je vais faire. Dans la peau d’un homme, je m’échappe un peu. J’ai plus de facilité à être cynique et sarcastique.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetCe que je remarque aussi, c’est que tu écris des histoires de personnes qui ne sont pas de ton âge. Ce sont des quarantenaires généralement… et il est beaucoup question de tromperies, de coucheries.

Je n’ai pas envie de raconter des histoires de personnes de mon âge. Je ne vois pas qui ça peut intéresser. Si je raconte que j’ai 18 ans, que je suis étudiante à la fac à la Sorbonne, qu’il se passe telle ou telle chose… personne ne va me lire. Moi, en tout cas, ça ne m’intéresse pas du tout. Au départ, j’ai été étiquetée « plus jeune romancière française », aujourd’hui j’essaie de sortir un peu de ce truc.

Kevin : Je peux aussi te dire que je suis ravi de ne plus lire de name dropping dans Plagiat. Avant, tu en faisais trop.

Myriam : Je sais, tout le monde me l’a dit aussi. Je tiens compte des remarques quand elles reviennent constamment et que je les trouve pertinentes.

Ceci dit, dans Plagiat, le chien s’appelle Truffaut, ce n’est pas un hasard, tu évoques aussi Patrick Dewaere…

Myriam : Oui, mais c’est du name dropping un peu différent, beaucoup plus discret.

Je trouve que les journalistes qui écrivent sur tes livres sont plutôt bienveillants. Comme s’ils savaient que l’évolution de ton écriture allait exploser un jour et qu’il fallait encore un peu patienter.

Myriam : Oui, je me sens privilégiée. J’ai eu l’année dernière un article dans Le Monde, cette année, le Figaro Littéraire. Même Beigbeder, l’année dernière, avait été gentil. Il m’attaquait un peu, mais il m’encourageait.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetKevin, de ton côté, tu es en train d’écrire un livre en ce moment, non ?

Kevin : Enfin, pas tout à fait. C’est une étudiante à Rennes, qui était à la Sorbonne l’an passé, qui adorait que je raconte sur mon blog mes petites aventures dans l’édition. Elle a 7 livres à éditer pour la fin de l’année. Elle doit trouver les auteurs, les illustrateurs, faire la fabrication. Elle a pensé à moi pour être l’un des 7 auteurs. Elle veut que j’écrive sur l’histoire d’un provincial qui débarque à Paris pour réussir dans le monde de l’édition…

Ça me rappelle quelque chose…

Kevin : Oui, enfin, ça ne sera pas complètement ma vie et ça ne sera pas du tout trash. Et puis, ça sort très confidentiellement. Il sera tiré à 200 exemplaires. C’est vraiment un exercice. Ça me force aussi à écrire, parce que, contrairement à Myriam, je suis un peu une grosse feignasse. J’ai un roman en cours, qui n’a rien à voir avec ma vie, et j’en suis à plus de la moitié. Mais je procrastine à mort.

Vous avez un projet commun de prix littéraire. Ce que j’en sais, c’est qu’il sera destiné à des auteurs de moins de 30 ans. 

Kevin : On s’est mis d’accord sur les gens avec lesquels on avait de bosser pour le jury, par exemple. Tu es dans la liste d’ailleurs, mais on en reparlera plus tard… pour les autres membres, on ne dit rien encore. On monte une association pour mener à bien ce projet-là.

Comment s’appellera ce prix ?

Kevin : Le Prix Raymond Radiguet. Sa nièce, Chloé Radiguet, avec laquelle j’ai des échanges de mails, semble favorable pour qu’on utilise ce nom. On aimerait remettre ce prix, fin avril, début mai.

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Les blogs de Myriam Thibault (ici) et de Kevin Juliat ().

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