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16 décembre 2012

Rodolphe Fontaine : interview pour "Nostalgie, quand tu nous tues"

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(Crédit : Yann Cielat)

Rodolphe Fontaine vient de sortir un deuxième roman, Nostalgie, quand tu nous tues. Un polar très bien mené avec deux héros enquêteurs attachants. Partant du principe élémentaire qu’une personne qui écrit tous les jours (sans exception) progresse de livre en livre, il n’est pas interdit de penser que cet auteur encore confidentiel deviennent  un jour un maître du polar. Le 29 novembre dernier, j’ai reçu Rodolphe Fontaine dans les locaux de « l’agence ».

rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandor4e de couverture :

Lorsqu’un corps sans vie est retrouvé à Rouen, au pied du pont Flaubert, le commandant de police Marius Korda est persuadé d’une chose : il a déjà croisé la victime lorsqu’il était en compagnie de son meilleur ami, Hippolyte Delyon. Alors que l’enquête n’en est qu’à ses balbutiements, un nouveau meurtre est commis et les deux amis se rendent compte que le passé des victimes est lié au leur. Peu à l’aise dans cette affaire, Marius n’hésite pas à mandater Hippolyte pour mener des investigations non officielles.
Mais le résultat de ces dernières pose un véritable problème : celui par qui les crimes sont perpétrés semble être la première victime de cette série de meurtres…

L’auteur :

Né en 1979 dans la Drôme, Rodolphe Fontaine aspirait à devenir l'enquêteur des romans policiers qu'il dévorait adolescent. Finalement, ses études de droit l'ont conduit vers le « social », milieu dans lequel il a évolué pendant plus de sept ans. Passionné depuis son plus jeune âge de lecture et d'écriture, c'est au cours d'une énième nuit d'insomnie, en juillet 1998, qu'il prend la décision d'écrire son premier roman. Mais c'est seulement en 2008, à la suite d’événements personnels ayant radicalement changé sa vision de la vie, qu'il décide de partager ses écrits. Il signe ici un excellent roman, réunissant tous les ingrédients du bon polar : suspense à volonté, psychologie, et de surcroît non dépourvu de culture littéraire !

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rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorInterview :

C’est une nuit de l’année 1998 que tu as décidé d’écrire sérieusement.

C’était une nuit d’insomnie, suite à la lecture d’un roman de Stephan King, Salem, un roman qui m’a donné envie de passer le cap. Je me suis dit « pourquoi pas moi ? ». À l’époque, je me suis lancé dans un roman fantastique. Il n’a jamais été édité, j’ai dû écrire 150 pages. Pour les avoir relu il n’y a pas longtemps, je trouve que ça ressemble beaucoup à du Stephen King, le talent en moins (rires). Je tentais d’employer les mêmes ficelles.

Tu ne lisais que de la littérature fantastique à l’époque ?

Au début oui. Et puis aussi des romans policiers, les grands classiques comme les Agatha Christie, et puis petit à petit, je me suis plus orienté vers les thrillers. Aujourd’hui, par contre je dévore les romans policiers.

De toutes ces lectures, as-tu acquis des automatismes littéraires, des ficelles pour mener l’intrigue par exemple ?

Oui, mais je me dis aussi souvent : « Tiens ! Les choses sont amenées comme ça, moi, je ne serais pas allé dans la même direction, j’aurais utilisé un effet différent… ». Oui, le cerveau travaille pas mal quand je lis mes confrères.

Tu lis beaucoup ?

Oui. Et ça me stimule. Ça me donne envie de faire mieux (rires). Je lis vraiment de tout. Des romans autoédités, mais aussi des classiques du roman policier. Je suis un grand fan de Fred Vargas par exemple, de Brigitte Aubert, Exbrayat aussi. De temps en temps, je me replonge aussi dans PD James ou Agatha Christie. Je lis aussi du Houellebecq, Jean Teulé. Là, en ce moment, je suis dans ma période Bret Easton Ellis…

Bon, un jour tu écris Mortelle Tutelle. Et tu le sors en autoédition…, comme Hippolyte rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorDelyon, ton héros écrivain détective de Nostalgie, quand tu nous tues.

Oui, c’est vrai. Nous avons ce point commun avec Hippolyte (sourire). J’ai évidemment tenté de me faire éditer dans des maisons d’édition, mais sans succès.

Comme c’est le cas pour bon nombre d’écrivains au début de leur carrière.

J’assume parfaitement d’être passé par là. Je m’étais lancé via The Book Edition, qui est un site qui permet d’imprimer à la demande. Grâce à Internet et le bouche à oreille, le livre a fini par trouver ses lecteurs. J’ai réussi à le placer dans quelques librairies.

Tu as joué la carte de « je suis un auteur régional » ?

Non, je ne me suis jamais basé là-dessus. Comme j’habite à côté de Rouen, on me demande si  j’ai fait exprès d’avoir situé l’action dans cette ville. C’est simplement la volonté d’écrire sur des lieux que je connais, voire que je fréquente. Je n’ai pas la volonté de me dire "comme ça, j'en vendrai beaucoup à Rouen". Ce n'est pas du tout ma démarche.

Mais ton roman a quand même du succès dans cette ville ?

Oui, les gens aiment bien s’identifier à certains personnages ou reconnaître des lieux. Bon, mais soyons clair, je n’ai pas voulu écrire un guide touristique. Je connais des auteurs qui publient chez des éditeurs régionaux, on leur demande plus de description de lieux, de monuments de la ville. Moi, je ne voulais pas tomber dans ce cliché-là. Je suis plus sur des ambiances…

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(Crédit : Yann Cielat)

J’en reviens à l’autoédition. Tu sais qu’un auteur publié ainsi est plutôt mal considéré.

Je le vis plutôt bien. Le lecteur en lui-même, il s’en moque que ce soit autoédité. Lui, il a un livre entre les mains. C’est plus par rapport aux gens de l’extérieur, qui d’ailleurs généralement n’ont pas lu le livre, qui disent que le livre est mauvais parce qu’il n’a pas trouvé preneur dans une maison d’édition.

Je vais te dire franchement, je suis aussi un peu comme ça. Quand je reçois un livre autoédité, j’ai un à priori. Mais je commence à le lire quand même pour valider ou non mon jugement facile.

C’est un réflexe classique, je te comprends. Encore une fois, il y a beaucoup d’auteurs qui commencent par l’autoédition et qui finissent par être publiés dans une vraie maison d’édition. La preuve, c’est le cas pour mon second livre, Nostalgie, quand tu nous tues.

Comment as-tu trouvé un éditeur ?

Au hasard de discussions sur internet. Une blogueuse littéraire ma parlé d’une maison d’édition de taille moyenne, Les 2 encres. Je leur ai envoyé mon manuscrit et ils m’ont appelé trois semaines après et m’ont proposé de manière enthousiaste de m’éditer .

À ce moment-là, on a l’impression de franchir un cap supérieur ?

Je croyais en ce roman parce que je n’ai pas eu des lettres de refus impersonnels comme pour le précédent. Les lettres étaient plus explicatives et personnalisées. Souvent je suis passé en deuxième lecture de comités de lecture de maisons qui ont pignon sur rue. Je me dis que ce n’est pas encore, mais ça accroche.

Et quand tu reçois le carton de livre chez toi ?

Quand on a le livre entre les mains on est content, mais en fin de compte, c’est à ce moment que tout commence.

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(Crédit : Yann Cielat)

Parlons du livre. Hippolyte Delyon est écrivain. Il aide son pote Marius Korda dans ses enquêtes policières. Pourquoi en as-tu fait un écrivain autoédité ?

Parce que j’ai voulu parler de ce monde-là qui était moins connu. Celui des gens qui écrivent, mais qui galèrent pour être édités. Je voulais parler de ce que j’avais vécu. Les lettres de refus, le stress quand on envoie son manuscrit. Il y a un peu de moi dans Hippolyte, mais il y a aussi un peu de moi dans Marius.

Marius Korda, lui, est commandant de police. Il a un jeu littéraire avec Hippolyte. L’un des deux cite une phrase d’un livre et l’autre doit deviner de quel livre est tiré la citation… ça intellectualise tes héros.

Oui, c’est vrai. Ce jeu, sorte de gimmick durant tout le livre, je le trouvais intéressant. Hippolyte est plus cultivé que Marius, mais Marius tente d’arriver au niveau de son copain. Peut-être aussi que ça peut donner envie aux lecteurs d’aller découvrir les auteurs cités. Le plus dur, c’est de trouver la citation qui est cohérente dans l’histoire.

rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorQuelle est la difficulté pour bien mener une intrigue policière ?

C’est que tout soit cohérent sur toute la longueur du livre et qu’il y ait du rythme. Concernant l’intrigue, je fonctionne toujours de la même façon. J’ai une idée en tête, je commence à écrire et au bout de 150 pages, je me dis que le coupable que j’ai en tête, et  bien, ce ne sera pas lui. Après, évidemment, je reviens sur mon texte en modifiant ce qu’il faut, toujours pour obtenir la cohérence maximale. Je ne veux pas que l’on devine l’intrigue avant que l’on atteigne les dix dernières pages. J’ai le syndrome Agatha Christie.

Tu es en cours d’écriture du troisième roman ?

Je pars de Rouen, mais on va se promener du côté de la Grèce et de la Tunisie. Ce seront deux nouveaux personnages. Un détective privé et un prof de fac qui vont partir à la recherche de l’ex-femme du prof de fac. J’avais envie de faire voyager les lecteurs, sortir un peu de mes lieux habituels.

Tu n’aimerais pas avoir des héros récurrents ? Parce que je trouve qu’Hippolyte et Marcus sont des héros intéressants.

Eux vont revenir. Ce ne sera pas une suite de Nostalgie, quand tu nous tues, mais une toute nouvelle aventure.

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(Crédit : Yann Cielat)

Tu as un travail dit « alimentaire » ?

Je mets en œuvre des politiques publics à un niveau régional. Je m’occupe du financement et du pilotage de centres d’hébergement dans la réinsertion sociale.

Comment tes collègues prennent-ils ton activité d’écrivain?

Ça les intrigue et les interpelle. Moi, je ne leur en avais jamais parlé. C’est le hasard qui a fait qu’ils l’ont découvert. Ils achètent, ils lisent et d’après ce qu’ils me disent, ça leur plait.

As-tu confiance en ta destinée d’écrivain ?

Concrètement, j’aimerais bien en faire ma vie. Écrire toute la journée et en vivre. Mais je ne cherche, ni la notoriété, ni la richesse, je veux juste exercer ce métier dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, j’écris de 23h à 3h du matin, j’aimerais avoir les moyens d’écrire plus. Il y a des jours où je me dis que j’y arriverai, parce que j’ai plein d’idées d’histoires. J’espère un jour trouver un éditeur national qui ait confiance en moi. J’écris ce qui me plait, j’essaie d’être honnête avec moi-même et de ne pas suivre des courants opportunistes. Si je m’étais lancé dans des romans de vampires pour ados, par exemple, j’aurais plus de chance d’être publié, je suppose.

Cela étant, les romans policiers, ça marche bien.

Oui, mais il y a beaucoup de concurrence.

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Merci à Yann Cielat pour toutes les photos (sauf les deux prises à l'agence).

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Commentaires

Je connaissais déjà un peu cet auteur. Toutefois, j'en ai encore appris sur lui. Merci donc pour cette interview. Belle continuation à vous, François, mais aussi à Rodolphe FONTAINE et son ami photographe Yann CIELAT !

Écrit par : She's North | 18 décembre 2012

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