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14 décembre 2012

Joël Dicker : interview pour La vérité sur l'Affaire Harry Quebert

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© Jeremy Spierer

L'écrivain genevois, Joël Dicker, a séduit le jury du Prix Goncourt des lycéens 2012, composé de centaines de lycéens français avec La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, un roman complexe au souffle américain. Quatre autres auteurs figuraient en finale de ce prix organisé par la Fnac : Gwenaëlle Aubry pour Partages (Mercure de France), Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), Linda Lê pour Lame de fond (Bourgois) et Joy Sorman pour Comme une bête (Gallimard).

Large favori, le jeune auteur suisse, déjà couronné cet automne par le Grand prix du roman de l'Académie française, a été choisi par 9 voix contre 4 à Joy Sorman par un jury de quatre garçons et neuf filles réunis à Rennes, au terme d'un processus de sélection qui a mobilisé une cinquantaine de lycées et près de 2000 élèves. L'an passé, c'est le livre de Carole Martinez, Du domaine des murmures (Gallimard) qui avait obtenu le prix.

Comme je travaille pour le journal gratuit de la FNAC, j’ai eu pour agréable mission de rencontrer Joël Dicker.Le 21 novembre 2012, rendez-vous est pris dans un hôtel parisien. Malgré le tourbillon médiatique qui le célèbre alors, l’auteur semble détendu. Il arrive souriant et avenant. Et je me rends vite compte qu’il est parfaitement lucide sur ce qui lui arrive. Ça me le rend particulièrement sympathique. Voici le fruit de notre entretien pour ActuFnac (daté du mois de décembre 2012/janvier 2013).

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La remise du Prix Goncourt des lycéens à Joël Dicker.

Interview bonus:

joël dicker,la vérité sur l'affaire harry quebert,interview,mandor,actufnacRevenons sur vos débuts dont on parle peu finalement et qui expliquent pourtant comment vous en êtes venu à écrire La vérité sur l’Affaire Harry Quebert.

J’avais écrit un précédent roman, Le dernier jour de nos pères, qui est sorti dans les librairies en janvier 2012, mais qui existait depuis juin 2009. Cela faisait en fait 3 ans que j’avais terminé ce roman et je n’avais trouvé personne qui voulait le faire paraître. Je me suis senti un peu déçu, un peu triste en recevant les lettres de refus des éditeurs. J’étais réellement triste que le livre ne puisse pas exister au-delà du manuscrit que j’avais écrit. Je me suis dit que c’était dommage de rester sur un sentiment qui soit celui de la déception, de l’erreur. Après tout, la vocation du livre, c’est aussi peut-être simplement quelque chose que tu écris pour toi, quelque chose qui te permette de grandir, de comprendre et d’avancer. Je me suis remis immédiatement au travail et c’est comme ça que j’ai commencé ce livre, La vérité sur l’affaire Harry Quebert. Je me dis, « écris un livre qui te donne du plaisir, écris un livre qui t’offre du plaisir et qui t’apporte quelque chose à toi de façon à ce que, si par hasard, lorsque tu l’auras terminé personne n’en veut, tu sois quand même heureux et qu’il se soit passé quelque chose en toi ». C’était vraiment le but du livre, ce qui explique au fond pourquoi il est peut-être si gros, pourquoi il y a parfois un tel mélange des genres. C’est qu’il y a eu  un plaisir et un amusement tout au long de son écriture.

En tout cas, toute la presse et les lecteurs louent l’originalité de votre livre… ces différentes strates dont nous parlions plus haut…

Cette originalité, j’avais peur que ce soit la faiblesse du livre. J’avais peur que l’on me reproche que ce livre soit à contre-courant de ce qui se fait, de ce qui se lit. Le monde de l’édition, quand il traverse des moments difficiles, a tendance à vouloir qu’un livre reste dans un certain créneau pour assurer à un livre de marcher plus ou moins. Mon livre, c’était vraiment quitte ou double.

Outre vos deux prix, vous êtes passé à deux doigts du Goncourt. Cela fait de vous un phénomène d’édition. Comment vit-on ce statut ?

On le vit de façon très calme. C’est un bonheur, mais c’est un bonheur qui est très éphémère. En France, on a la chance, entre fin août et fin novembre, d’avoir cette rentrée littéraire, avec ces prix et toutes ces excitations générées autour des livres et qui les mettent très en avant. Quand vous avez la chance et le bonheur d’avoir un livre qui figure dans ces prix, il est particulièrement relayé et très vu et donc, du coup, on parle beaucoup de vous. Au mois de janvier, il y a la deuxième rentrée littéraire qui balaye la première, qui sera balayée par la troisième rentrée, celle d’avril-mai, les romans de l’été, qui eux même seront balayés à leur tour par la rentrée de septembre 2013. Tout ça pour vous dire qu’on est perpétuellement remplacé.

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Vous êtes en train de relativiser ce que vous êtes en train de devenir dans le monde des lettres.

Je relativise parce qu’il faut relativiser. Je reste calme parce que j’ai conscience que c’est un moment très éphémère et que c’est important de le prendre comme ça. Mais, tout ceci me permet de mieux respirer sur ma condition d’écrivain et m’encourage fortement.

Votre livre est aussi une réflexion sur l’acte d’écrire, sur le monde de l’édition et sur la littérature en général. Vous êtes d’ailleurs assez impitoyable. Qu’en pensent vos propres éditeurs ?

Mes éditeurs n’ont rien de commun avec ceux qui figurent dans mon livre, soyez-en certain. C’est marrant, vous êtes le premier à me poser cette question. A priori, ils ne se sont heureusement pas sentis concernés.

Vous avez du mal à rendre votre texte ?

C’est compliqué en effet. Il faut le rendre quand on pense qu’il est aboutit et qu’on ne peut pas faire mieux. À un moment, on sent qu’on ne peut pas aller plus loin, il se passe quelque chose. On a tout fait, on a lu, relu, on sent que c’est terminé. Ensuite, on le soumet à son éditeur. Et puis le temps passe et on se met à réécrire certains passages. On pourrait passer sa vie à réécrire éternellement le même livre et ne jamais en être satisfait. On peut toujours faire mieux, c’est un fait établi. Il faut savoir être raisonnable. Juste, il faut se dire que le prochain sera mieux parce qu’on aura plus d’expérience. C’est important si on veut avoir l’impression d’une évolution dans son  écriture et dans son travail.

Vous êtes serein pour attaquer le prochain roman ?

Vous savez, ce qui me plait le plus, c’est d’écrire. C’est important de faire la promo des livres, mais j’ai peu de temps pour écrire le prochain. Je me réjouis beaucoup de rentrer chez moi pour me remettre au travail. 

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Avec Joël Dicker, le 21 novembre à l'hôtel d'Aubusson, après l'interview.

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