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08 décembre 2012

Garnier et Sentou... et ma fille.

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Cette chronique est un peu particulière. Elle est dédiée à ma fille Stella.

J’ai rencontré ses idoles, Garnier et Sentou. À sa demande.

Tout est parti d’une provocation. Un jour elle m’a dit que c’était bien joli d’interviewer tous les plus grands artistes, mais si je n’interviewais pas Garnier et Sentou, ça ne servait à rien. Soit. Je ne connaissais que moyennement ses deux humoristes, hormis le fait que ma fille en parle tout le temps à la maison. Alors je suis allé sur YouTube, jeter un œil. Et effectivement, ils m’ont bien fait rire. Stella a du goût en matière d’humour.garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquier

Bref, je raconte l’anecdote sur Facebook et quelques minutes plus tard, le chanteur Fabien Martin répond en commentaire qu’il peut peut-être faire quelque chose… puis nous discutons en message privé. Il me dit qu’il connait la personne qui écrit avec eux et qui les met en scène. Il me conseille de contacter un dénommé Patrice Soufflard. Ce que je fais sur le champ.

J’explique à cet homme que je ne connais pas, la passion de ma fille pour Garnier et Sentou. Je lui dis aussi (sans faire de misérabilisme, rassurez-vous) que depuis que je sais qu’elle a une maladie génétique, je fais tout pour lui faire plaisir, j’essaie de lui rendre la plus belle possible, je m’évertue à lui faire des surprises.

garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquierL’affaire fut pliée dans la semaine. Patrice Soufflard a contacté les deux comédiens qui ont accepté sans hésitation. C’est Cyril Garnier qui m’a appelé directement pour m’inviter à une représentation de leur pièce Les grands moyens au Théâtre de la Gaité Montparnasse. Il me propose que l’on se voie après, dans un bar proche du théâtre. Ainsi fut  fait le 17 novembre dernier.

Bon, la pièce (très drôle) n’était pas destinée à une enfant de 7 ans, mais Stella regardait Garnier et Sentou, comme hypnotisée. À l’issue de la prestation des comédiens, nous nous sommes donc rendus à notre rendez-vous.

Quand ma fille a vu Garnier et Sentou débarquer dans le bar, elle n’a pas trop su comment se comporter. Eux, charmants lui ont fait la bise et l’on mit à l’aise immédiatement.

Je leur ai dit en préambule que mon métier consistait à interviewer des artistes tous les jours, des artistes souvent « importants », mais que là, le contexte me troublait. Sentir ma fille ne pas perdre une miette de la situation. Savoir qu’elle regarde son père interroger ses idoles, c’est un peu déstabilisant. Mais, bon, je me suis mis en mode automatique…

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Interview :

Ma fille de 7 ans vous regarde à la télé, dans l’émission de Ruquier, On ne demande qu’à en rire,  dans le ONDAR Show et sur You Tube. Ça ne vous étonne pas ?

Guillaume Sentou : Moi, au même âge, je bouffais les sketchs des Inconnus au kilomètre. Ce n’est pas si surprenant que ça, vous savez.

Je suis journaliste culturel, mon métier consiste à interviewer des artistes tous les jours… un jour en rentrant à la maison, je lui ai raconté qui j’avais rencontré et elle m’a répondu : « oui, mais Garnier et Sentou, tu ne les as jamais interviewés. Ça ne sert à rien ton métier, pour moi, alors… ». Ça m’a vexé. Je me suis intéressé à vous, à votre travail et nous voilà aujourd’hui réunis.

Cyril Garnier : Ça nous fait très plaisir de pouvoir vous faire plaisir. Vous travaillez pour CD’Aujourd’hui, c’est ça ?

Oui, c’est ça. Entre autres.

Cyril Garnier : Quand je tombe dessus, je regarde. Je trouve cette émission bien faite.

Guillaume Sentou : Moi aussi. J’aime bien cette émission.

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Merci. Bon, là, nous sortons de votre pièce de théâtre, Les grands moyens. En vous voyant évoluer, je me suis fait la réflexion que vous jouiez plus en retenue dans la pièce que dans les sketches.

Guillaume Sentou : Notre duo existe depuis 2005. On a joué notre spectacle à peu près 600 fois, entre Paris, la province, Avignon. Il a évolué au moins tous les trois mois et n’a jamais eu deux fois la même gueule. Notre Point Virgule s’est arrêté en juin 2009. En aout 2009, Jean-Luc Moreau nous appelle pour auditionner pour une pièce de théâtre, À deux lits du délit, à La Michaudière. À partir de septembre 2010, on a commencé cette pièce avec Arthur Jugnot et on est resté toute la saison à l’affiche. Tout ça pour vous dire qu’on vient du théâtre en fait.

Cyril Garnier : On a même fait une école de théâtre. On a joué des pièces avant d’être en duo. Nous étions comédiens et un jour, comme on se connaissait depuis longtemps, on a décidé d’écrire ensemble. Comme ça, un peu pour voir parce qu’on n’avait jamais écrit ni l’un ni l’autre. Et puis ça s’est tout de suite bien passé et on a eu tout de suite de bons retours sur notre qualité de jeu. On a découvert nous même notre propre style finalement.

garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquierJe reviens sur ma constatation initiale. Vous ne jouez pas de la même façon une pièce qu’un sketch.

Guillaume Sentou : Ça reste physique dans les deux cas. Moi, je suis acrobate et je fais de la danse depuis 10 ans pour associer ces deux activités le mieux possible au métier d’acteur. Je me souviens de Robert Hirsh dans Le fil à la patte pour Au théâtre ce soir. Sa façon de s’exprimer et de bouger, ça m’a parlé et ça même fait rêver. Nous, on veut amener des sensations théâtrales similaires.

Cyril Garnier : Arthur Jugnot, qui nous connait bien, a exploité dans la pièce toutes nos qualités multiples : les acrobaties, de la guitare, du ukulélé… Concernant le travail, ça reste un texte à interpréter, la seule différence est que ce ne sont pas nos mots à nous et ce n’est pas notre mise en scène. Quand on joue en duo, on est une heure et demie sur scène à devoir accrocher les gens tout le temps, alors que là, il y a des moments off. Ce n’est ni la même ambiance, ni la même énergie. Nous, dans ce cas de figure, on se met au service du metteur en scène, même si on s’implique beaucoup, ce n’est pas la même chose.

Bande annonce de Les grands moyens.

Mais, je ne peux pas imaginer que vous n’apportiez pas votre touche personnelle dans la mise en scène de Les grands moyens

Guillaume Sentou : Moi, et je crois que Cyril pense différemment, je n’aime pas trop toucher à ce que l’on me dit de dire et de faire. Souvent, quand on commence à désosser et qu’après on réfléchit, on revient souvent à ce qui a été écrit à la base. Il faut intégrer qu’un auteur à déjà bossé. C’est au comédien de se plier à ce qu’on lui demande…

Cette pièce est impressionnante architecturalement parlant. Parfois, il y a deux scènes en même temps… j’ai rarement vu ça !

Cyril Garnier : Je trouve que c’est une pièce très difficile à jouer, mais pas pour les parties dont vous parlez. Ça rebondit, c’est de la musique, ça part dans tous les sens, mais ça, on aime beaucoup. Ce qui est très compliqué, par contre, c’est d’être le plus juste à l’endroit ou on nous a demandé d’être en termes de sentiment qu’on déplace. Comme on est dans une comédie romantique, il y a des moments de romantisme où il ne faut pas être drôle et il y a des moments d’humour où il faut faire attention de ne pas tomber dans le romantisme. On est vraiment constamment sur un fil. Il y a des scènes où l’on peut vite passer de l’un à l’autre.

Guillaume Sentou : Moi, je suis dégoutté, j’ai une scène dramatique, mais les gens rient quand même. (Rires). C’est vexant. Non, sérieusement, ce qui est intéressant, c’est que c’est une pièce dans laquelle on rit beaucoup, mais pas seulement. On est aussi beaucoup ému.

Cyril Garnier : Notre métier, c’est de créer des émotions. La plupart du temps, l’émotion qu’on veut créer, c’est le rire… dans cette pièce, on utilise d’autres tiroirs de nous-mêmes et d’autres ficelles qu’on utilise moins souvent.

Tintin en 3D

Participer à « On ne demande qu’à en rire », c’est important pour vous ?

Guillaume Sentou : Oui, c’est Le petit Théâtre de Bouvard de notre génération. Cette émission nous a révélés à un public beaucoup plus large.

Cyril Garnier : Désormais maintenant, en plus, il y a le Ondar Show le samedi.

Guillaume Sentou : Ce qu’on aime c’est être surprenant à chaque fois, surprendre les gens et se surprendre soi.

Entre le Ondar et votre pièce de théâtre, vous trouvez quand le temps d’écrire ? Inventer des blagues, des situations comiques et un art extrêmement difficile…

Guillaume Sentou : Il y a des gens qui peuvent avoir le meilleur texte du monde, mais qui ne sont pas drôles. Quand on fait rire, en général, c’est qu’on découvre qu’on est drôle. Ce ne sont pas des rouages, ce n’est pas une science, c’est un état. « Toi, tu n’es pas drôle, lui, il me fait rire »… C’est injuste, mais c’est comme ça.

Cyril Garnier : Après il y a des techniques d’écriture. L’émission « On ne demande qu’à en rire » a été géniale pour ça. Pendant deux ans, on a écrit un sketch par semaine, donc maintenant, on a des automatismes qui se mettent en place beaucoup plus rapidement. Au début, on mettait 45 heures pour écrire un sketch, aujourd’hui, on  doit travailler une quinzaine d’heures. On a gagné vachement en efficacité. Dans une journée, on arrive facilement à faire un peu de sport le matin, écrire l’après-midi et être au théâtre le soir.

Du coup, même involontairement, vous ne pensez qu’à ça tout le temps ?

Cyril Garnier : Ce n’est pas quelque chose qui m’obsède du tout. À un moment donné, je me dis que l’on se met au travail et là, je me mets en mode gag. Après, souvent, dans la journée on reste ouvert à d’éventuelles situations gaguesques. On observe ce qu’il se passe autour de nous, mais sans que nous soyons obsédés par ça. Je dois avoir un mode veille dans mon cerveau qui est attentif à ça.

Guillaume Sentou : Moi, je suis un obsessionnel, un brin monomaniaque. Ça mouline assez constamment dans ma tête.

Vous êtes très différents tous les deux. C’est comme ça qu’on peut supporter d’être souvent ensemble ?

Cyril Garnier : Le fait d’avoir des différences enrichit le travail. Le fait que l’on reste ensemble et que l’on s’entende bien, plus que bien d’ailleurs, puisqu’on est super pote depuis 25 ans, c’est qu’on n’a pas d’ego dans notre travail. Notre objectif, c’est toujours notre projet, les sketchs, la pièce. Donc, on peut se parler très librement. Si l’un ou l’autre fait une réflexion, ce ne sera jamais pour se mettre en avant, pour être désagréable ou se placer en avant, donc on peut se parler très librement. C’est une vraie force.

Guillaume Sentou : On essaie d’être de bons parents pour nos sketchs. L’objectif, c’est le commun. Il faut se parler et s’écouter de façon à ce que le projet commun soit le meilleur possible. De temps en temps, comme un gosse, le sketch, il a sa liberté aussi. Parfois, il nous glisse entre les pattes et ce n’est plus ce qu’on avait imaginé au départ.

Garnier et Sentou avec Chantal Ladesou -Promo chic dans le Ondar Show

Comment vivez-vous la notoriété ?

Cyril Garnier : Je ne trouve pas ça compliqué à vivre, d’abord, parce qu’elle n’est pas immense.

Guillaume Sentou : On peut encore faire nos courses, ça va. Je dois avouer que j’aime bien quand même. Quand je rêvais de faire ce métier, à l’âge de 10 ans, j’espérais d’une manière ou d’une autre, être un peu connu parce que ça fait partie d’une part de réussite de ce métier. C’est très flatteur. Quand j’entends des choses sur notre travail, qui sont ce que j’aurais dit aux acteurs et aux gens qui me faisaient rire quand j’étais gamin, ça me conforte. Je voulais être ça et bien je le suis. Comme dit Cyril, la notoriété, c’est un dommage collatéral. Il ne faut surtout pas faire ce boulot pour être connu. Pour être connu, il faut faire « Les ch’tis à Ibiza » et ne pas avoir de cerveau.

Cyril Garnier : La notoriété, c’est un moyen de faire notre métier de façon dans de meilleures conditions. On peut faire plus de choses et rencontrer des gens qui ont de plus grands projets.

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On est plus épié, on n’a moins le droit à l’erreur…

Cyril Garnier : Foresti dit ça très bien : « moi, j’ai toujours gueulé sur les caissières mal polies, aujourd’hui quand je gueule sur une caissière qui me fait chier, on dit que j’ai la grosse tête». Le regard des autres change sur nous. Quand on est abordé, on ne sait plus vraiment si c’est pour nous où pour notre petite notoriété. C’est banal de faire cette constatation, mais c’est la réalité des faits. On peut être un peu plus méfiant aujourd’hui, mais rien de grave. Moi, j’ai gardé tous mes amis d’enfance, du collège. Mes amis d’aujourd’hui, ce sont toujours eux.

Guillaume Sentou : Nos amis s’en foutent que l’on soit connu. Ils sont juste très contents pour nous. Parfois, tu as raison Cyril, le regard change un peu. Moi, c’est dans ma famille que ça se passe. J’ai le droit à des petites réflexions à table, du genre, « la vedette ». Ce n’est pas grand-chose, mais c’est révélateur.

garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquierJe comprends ça. Je suis pote avec Jérôme Commandeur depuis des années et quand il a explosé, je ne savais plus tout à fait comment me comporter avec lui. J’ai dû faire quelques maladresses comportementales. C’était comme si on me prenait mon pote. Bref, je pense que c’est une histoire de se sentir déposséder.

Guillaume Sentou : Ah bon ? C’est intéressant cette anecdote. Moi, je dis clairement qu’il fait que mes proches arrêtent avec ça. Ils me traitent de vedette, même sous couvert d’humour, mais je n’aime pas ça.

Cyril Garnier : Je comprends que ça puisse être compliqué quand on rencontre quelqu’un qu’on a pas vu depuis trois, quatre ans et qu’on lui dit que lundi on était au gala des artistes et qu’on a tourné un sketch avec Catherine Deneuve et Carole Bouquet. Pour nous, c’est en train de devenir notre quotidien.

Guillaume Sentou : À ce propos, ma mère m’a demandé si on pouvait encore m’adresser la parole.

Cyril Garnier : Pour quelqu’un d’extérieur à ce métier, je comprends qu’on puisse s’imaginer qu’on s’en va sur une autre sphère inatteignable, alors que fondamentalement, on n’a pas l’impression d’avoir changé. Personnellement, je travaille plus et je suis épanoui dans mon travail.

Guillaume Sentou : En même temps, ce n’est pas anodin. C’est un cercle où il y a peu d’élus. On a la chance d’imaginer qu’on est en train d’en faire partie. 

Merci à tous les deux ! Merci pour elle… Je n’oublierai pas votre gentillesse et votre disponibilité.

Jusqu’au bout, les deux comédiens humoristes ont été gentils avec Stella. Blagounettes et bisous.

Voir la lumière et la joie dans les yeux et le sourire de sa fille.

Ça m’a donné envie de pleurer.

J’ai retenu mes larmes en la voyant sortir du café.

Se sentir soudain un super papa.

Et aimer sa fille plus que tout.

Qui te prend la main dans la rue en te disant : " Merci papa ! C’est le plus beau jour de ma vie…"

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Garnier et Sentou avec Stella et papounet, le 17 novembre 2012.

Commentaires

super émouvant la fin :-)

Écrit par : NATALY | 08 décembre 2012

Bravo pour cette interview
Et c'est un très beau KDO pour votre fille
Mes Félicitations au Super Papa ;o)

Écrit par : Valérie | 17 décembre 2012

Belle mise en valeur de ces deux artistes en or. :-)

Écrit par : Caroline | 17 décembre 2012

Une super interview, très interessante par un super papa!!! Merci :)

Écrit par : desseux anais | 17 décembre 2012

Félicitation pour cette article...

Écrit par : Marlene | 17 décembre 2012

Merci pour cette interview, car même si ces 2 artistes sont maintenant connus, les vraies interviews sont assez rares ! Merci d'avoir partagé ça avec nous !

Écrit par : OSCAR | 17 décembre 2012

J'ai oublier de dire, c'est vraiment sympa de faire un aussi beau cadeau, à sa fille... Bravo au papounet

Écrit par : Marlene | 18 décembre 2012

C'est drôle le hasard, j'étais là ce jour-là, j'avais pris cette photo où vous êtes tous les quatre sans savoir qui vous étiez ; Très belle interview de ces humoristes que j'aime, bravo et merci :-)

Écrit par : Yann | 18 décembre 2012

Merci à tous et particulièrement à Yann (pour avoir pris la photo) :)

Écrit par : mandor | 18 décembre 2012

J'imagine la timidité mélée à la joie de ta fille...sa petite main dans la tienne dans la rue de la Gaité et cette sensation de légèreté qui vient tout juste après... Tu es un superpapounet !

Écrit par : Maryline | 12 janvier 2013

Très belle rencontre. Garnier et Sentou sont des artistes vraiment doués. Merci de nous avoir permis de les connaître mieux et surtout merci à votre fille qui vous a motivé pour les rencontrer.

Écrit par : carte grise en ligne | 17 janvier 2013

Quelle belle amitié ! Pas étonnant que cela transparaît dans leur collaboration.

Écrit par : Antoun Sehnaoui | 17 janvier 2013

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