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05 décembre 2012

Manon Tanguy: interview pour "Faux semblants"

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Originaire de Saint-Nazaire, Manon Tanguy fait partie des artistes que j’ai découverts au Pic d’Or de l’année dernière. Son manager, Eddy Bonin, m’en avait parlé quelques semaines avant, mais je ne m’étais pas encore vraiment penché sur son cas. A tort. Quand je l’ai vu sur la scène du théâtre de Tarbes, elle m’a proprement fasciné. Ce petit bout de femme, dont la sensibilité sautait aux yeux, chantait des histoires pas faciles, mais qui touchaient toutes les personnes présentes dans le public. Sans exception. La gravité et la pureté sont rarement réunies dans la même personne.

manon tanguy,interview,pic d'or,mandor,laurent duflanc,jenny galvaoPetite biographie de la jeune femme :

Manon raconte ses histoires, insouciante. Aucun plan de carrière, juste pour le plaisir.
Puis la magie Myspace opère sans qu'elle ne la provoque. Elle enregistre 2 titres avec un bassiste (Laurent Duflanc, dit Lolo), pour la compil RD5. Et une échéance, le 8 mai 2010 qui sera une vraie libération avec ses premiers pas sur la scène du VIP à Saint Nazaire.
Puis les choses s'accélèrent et le duo éphémère est devenu groupe à part entière. Les dates s'enchaînent et les professionnels ne tarissent pas d'éloges sur le talent de cette formation (guitare, basse, piano, ukulélé...). Manon livre en 2011 un CD 6 titres prometteurs, enregistrés chez Philippe Henry (Liz et Jeanne Cherhal, Orange Blossom...). En mai ils sont récompensés par le Prix de la Sacem via Chant' Appart avec le soutien du chanteur Jehan. La formation s'étoffera dans le courant de l'été avec l'arrivée d'une violoniste, Jenny Galvao.manon tanguy,interview,pic d'or,faux semblants,mandor,laurent duflanc,jenny galvao

Manon Tanguy a été finaliste du Pic d'Or 2012 à Tarbes et de France ô Folies ! Elle a joué en 1ères parties de Laurent Voulzy, Mina Tindle, Amélie les Crayons... et elle a été « repérage du Chantier des Francos ».

Le 22 novembre dernier, Manon Tanguy est venue à l’agence avec ses deux excellents musiciens, Laurent Duflanc et Jenny Galvao… et aussi avec Eddy Bonin, le manager de tout ce beau monde. Le soir même, ils jouaient au Sentier des Halles en co-plateau avec Garance et Govrache.

manon tanguy,interview,pic d'or,faux semblants,mandor,laurent duflanc,jenny galvaoInterview :

Comment te vient l’inspiration ?

C’est un mystère. J’ai l’impression que le fruit de mes réflexions arrive malgré moi. Parfois c’est le dictionnaire qui va décider de l’orientation que la chanson va prendre. Par exemple, je me suis retrouvée à écrire un texte sur la pédophilie. Il y a des mots qui me viennent et ça va me guider sans aucune barrière de thème et de style. C’est beaucoup mon inconscient qui parle. L’observation que j’ai pu faire dans mon entourage… sinon, petit à petit, je vis des choses qui peuvent m’inspirer. Je grandis, en fait, et mon inspiration se renouvelle de plus en plus en ce moment.

Dans ce premier EP, il est facile de considérer que tu interprètes des histoires personnelles. C’est facile de faire un transfert entre la chanson à la chanteuse.

Dans mon cas, c’est un tort. Ce ne sont pas mes histoires personnelles. En fait, il y a de tout. De ce que j’ai pu observer, de ce que j’ai pu vivre, de ce que j’ai pu entendre des expériences de mon entourage. C’est très personnel dans le regard et dans l’orientation, mais pas forcément dans le vécu des situations décrites.

Tu as des sujets de prédilection ?

Dans mes anciennes chansons, j’évoque les rapports humains et dresse des portraits de personnages. Cela étant, les prochaines ne seront pas conçues de la même manière et dans le même format. Elles sortent un peu de ce schéma-là.

Manon Tanguy chante "Faux Semblants" pour Quai Baco
Session acoustique enregistrée à La Bouche d'Air

Quand je t’ai vu chanter au Pic d’Or de l’année dernière, ce qui m’a impressionné, c’est que tout le monde est rentré illico dans ton univers. On plonge dedans. Tu captes l’attention. Tu remarques cela ?

Je ne me pose pas la question. (En aparté) J’aime bien les interviews parce que, du coup, je fais le point sur ce qui m’arrive. Pourtant, je me pose pas mal de questions, mais là, je ne sais pas quoi répondre parce que moi-même, je ne me rends pas compte de comment on me perçoit dans la salle. J’ai plus tendance à me dire que je ne suis pas à ma place et que je fais chier les gens. Mes premières scènes, j’avais 16 ans et demi. Au début, je prenais ça à la rigolade, mais je me suis vite rendu compte qu’il y  avait de la visibilité autour de ce projet. Il faut que je me montre à la hauteur. J’avais la hantise de passer pour une pourrie gâtée à qui on donnait trop, alors que finalement, il n’y avait pas de fond et que ce n’était pas justifié. En fait, je ne voulais pas voler la place de quelqu’un d’autre. Aujourd’hui, je suis sorti un peu de ce processus.

C’est courant chez les très jeunes artistes. Tu as eu problème de légitimité.

Oui, parce qu’en plus,  je ne suis rien allée chercher. Ce rêve, je ne l’ai pas particulièrement souhaitée, mais il me tombe dessus et j’en suis super heureuse. Petit à petit, j’apprends à me dire que je n’ai pas volé ma place.

Comment ton entourage prend-il ta vie d’artiste ? Cette double vie en somme, puisque tu es étudiante.

On n’en parle pas beaucoup. Un peu quand j’ai un évènement particulier et puis on passe à autre chose. La chanson, c’est mon quotidien, mon plaisir, mon exutoire. C’est comme quelqu’un qui prendrait des cours de danse le mercredi après-midi. Après, si on m’enlevait cette partie-là de ma vie, je me sentirais perdue.

Manon, finaliste du Pic d'Or 2012.

Récemment, tu as fait plein de premières parties sympathiques. Laurent Voulzy, Amélie-les-Crayons, Mina Tindle…

Laurent Voulzy, j’ai un peu halluciné quand même. En plus, on est toujours reçu par des gens hyper chaleureux. Je trouve dingue que les petites chansons que j’ai écrites dans ma chambre se retrouvent interprétées devant des milliers de personnes.

Tu es dans un état d’esprit à faire ce métier ad vitam aeternam ?

Forcément, si on te demande : est-ce que tu veux vivre un rêve toute ta vie ? Tu réponds oui. Après, dans ma tête, je t’avoue que j’ai du mal à me projeter plus loin que dans un an. J’admire ceux qui disent : « ça dépend de moi, je vais prendre les choses à bras le corps et j’y arriverai ». Je réalise tout ce qu’il se passe, je ne suis pas totalement naïve, mais pour le moment, il est vrai que je me laisse porter par les autres, ceux qui croient en moi dans ce domaine. En fait, je suis un peu dépassée.

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Manon Tanguy, Jenny Galvao et Laurent Duflanc en concert...

Ce que je trouve impressionnant chez toi, c’est la différence entre ton jeune âge et la profondeur de tes chansons. Il y a une gravité chez toi, énorme.

Parfois, on me dit même que j’ai dû avoir une enfance dramatique.  J’ai eu une enfance équilibrée. Juste, tout le monde à ses souffrances. Si ce ne sont pas les siennes, il peut les observer chez ses autres, ses proches, ses intimes…  Mais pour être tout à fait franche, moi aussi, je m’étonne parfois de ce que j’écris. Je ne vais pas jusqu’à dire que c’est une écriture divine, pas du tout, mais je ne comprends pas comment vient mon inspiration. J’ai quand même l’impression que si mes chansons ne sont pas crues, elles seront fades. Mais, tu sais, j’essaie toujours de garder un peu de dérision, même si on ne la voit pas spontanément. Si on fait attention aux textes, je t’assure qu’il y en a.

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que tu n’aimes pas ce qui est lisse.

C’est une question de personnalité, je crois. Il y a des gens qui arrivent très bien à vivre en surface, mais moi, je gratte toujours. Et derrière c’est souvent noir.

Je vais faire de la psychanalyse de comptoir. Tes chansons, c’est peut-être la face noire de ta personnalité… celle que tu ne montres pas au public.

Et celle que je ne connais pas moi-même.

Tu m’as l’air pudique et pourtant tu montes sur scène livrer tes chansons à un public.

Tant que c’est sincère, ça s’impose à moi. Je comprends que les gens, quand ils vont voir des concerts, ont envie de faire la fête. S’ils prennent mal mes chansons parce qu’elles ne sont pas très joyeuses, je l’accepterai, mais, je ne me sentirais pas mal dans le sens où j’aurais fait ce que je sais faire et ce que je peux faire. J’aurais fait ce que je suis plus que ce que je veux faire.

(En souriant) Laisse-moi réfléchir à ce que tu viens de me dire.

(Rire) Bon, je résume. Il y a une phrase de Barbara Carlotti qui m’a marqué : « On ne fait pas ce qu’on veut, on fait ce qu’on est ».

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Manon Tanguy, Jenny Galvao et Laurent Duflanc en répétition...

Je t’ai connu en Manon, te voilà Manon Tanguy.

C’est le nom de famille de ma mère. Mon nom de famille c’est Claude, mais ça faisait trop madame Claude, ce n’était pas possible (rire).  Sérieusement, j’ai pris un nom après mon prénom pour les recherches internet. Ce n’était pas pratique d’arriver à tomber sur moi en tapant mon nom sur Google. J’avoue que c’est Eddy Bonin, mon manager qui s’est occupé de ça. Moi, j’avoue, je n’y avais pas pensé. J’ai vraiment besoin d’aide pour ce qui ne concerne pas la chanson. Chacun à se place.

Bon, ton EP il est bien joli, mais à quand un album ?

Il est en préparation et en réflexion…  Il y aura des chansons de l’EP, pas toutes, et évidemment des nouvelles. Depuis septembre, on a déjà trois nouvelles chansons. Je ne veux plus prendre des angles tragiques. Je ne veux pas mentir sur les humains. Les humains ont des blessures ouvertes, mais en même temps, c’est ce qui fait qu’ils ont une énergie pour faire autre chose, c’est ce qui fait qu’ils ont pris ce chemin-là et pas un autre et qu’ils sont riches. Au fond, je ne trouve pas mes histoires tragiques... c’est simplement la vie.

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