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03 décembre 2012

Patrick Dupuis : interview pour la sortie de Passés imparfaits

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Patrick Dupuis, je l’ai croisé dans des salons du livre. Lui était là comme éditeur venant de Belgique. Moi comme animateur. Quand j’ai appris qu’il était aussi auteur, je me suis intéressé de près à son dernier ouvrage, Passés imparfaits. Après lecture, il m’a semblé évident de l’accueillir à « l’agence » pour une mandorisation en règle. Rendez-vous pas facile à caler, car l’homme vivant en Belgique, il a fallu attendre qu’une opportunité de visite parisienne se profile. Ainsi fut fait le 8 novembre dernier.

patrick dupuis,passés imparfaits,luce wilquin,mandor,interviewLe recueil selon l’éditeur :

Vingt et une nouvelles courtes qui explorent le passé de personnages divers et attachants. Ils ont tous des souvenirs, des regrets qui rejaillissent sur la vie qu’ils mènent. En bien, en mal, c’est selon.

Biographie officielle :

Voilà plus de 10 ans que Patrick Dupuis se consacre totalement à la nouvelle. Il est l’une des chevilles ouvrières de Quadrature, une maison d’édition dédiée à ce genre littéraire. Passés imparfaits est son troisième recueil est sort aux Editions Luce Wilquin.

Bibliographie :

Le Conseiller (roman), Ed. Quorum, Ottignies, 1993.
- Le Maître immobile (roman), Ed. Quorum, Ottignies, 1996.
- Un siècle de mouvement wallon (1890-1997) Recueil de textes commentés, Ed. Quorum, Gerpinnes, 1998 (deuxième édition, 1999).
- Ceux d’en Face (nouvelles), Ed. de l’Acanthe, Tournai, 2003.
- Nuageux à serein (nouvelles), Ed. Luce Wilquin, Avin, 2009.
- Passés imparfaits (nouvelles), Ed. Luce Wilquin, Avin, 2012.

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Interview :

Je te connais comme éditeur pour la maison d’édition belge Quadrature. J’aime d’ailleurs  beaucoup certains auteurs que publie cette maison. Mais, tu es aussi auteur de romans et de recueils de nouvelles, ce que je ne savais pas quand je t’ai connu.

Oui, j’ai aussi écrit des bouquins pédagogiques et un essai sur le mouvement wallon. Je reviens sur le fait que je suis éditeur pour Quadrature. Je ne suis pas le seul puisque nous sommes 8 et d’égales importances. Nous sommes une ASBL, une association sans but lucratif, ce qui en France est l’équivalent d’une association loi 1901. Quadrature est une structure dont le but premier n’est pas de faire de l’argent. Nous sommes tous bénévoles. C’est une danseuse qui ne nous coûte rien dans la mesure où l’on gère cela de manière tout à fait professionnelle, tant sur le plan financier qu’artistique. Ça fonctionne vraiment bien depuis 2005. On ne pensait pas que ça allait prendre autant d’importance…

Tu passes ton temps à ça aujourd’hui.

Oui, depuis que je suis à la retraite, c'est-à-dire depuis plus de 5 ans, c’est mon boulot… mais sans salaire. La maison est bénéficiaire et ça suffit à notre bonheur. On a un avantage par rapport aux autres. Nous sommes les seuls à faire que de la nouvelle.

Quadrature, c’est aussi une histoire d’amitié ?

Oui, ça ne pourrait pas marcher sans ça. Ce qui ne nous empêche pas de nous engueuler tout le temps. On a des critères de choix et chacun défend son point de vue, parfois avec véhémence. On se réunit tous les deux mois, chez les uns ou chez les autres. D’abord, il y a un apéro et après, on passe à table. Et on commence à s’engueuler sur les manuscrits.

Chez Quadrature, vous éditez 4 livres par an. Je trouve ça idéal.

Ça nous permet de chouchouter nos auteurs. Cette année, nous avons examiné 113 recueils sur 170 reçus.

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Patrick Dupuis, dans un salon du livre.

Pourquoi n’es-tu pas édité chez Quadrature ?

C’est un choix que nous avons fait dès le départ. Ce serait du grand n’importe quoi que de s’auto éditer. Comment faire passer son propre manuscrit au crible d’un comité de lecture en étant sûr que les autres feront leur travail convenablement. C’est vraiment le type de situation qui peut emmener des tensions.

D’où ta présence chez Luce Wilquin.

Luce Wilquin, c’est le plus gros éditeur indépendant francophone de Belgique. C’est quand même 25 titres par an. Bref, cette maison est une institution.

Tu es fier d’y être.

Oui, franchement. En Belgique, on ne peut pas être mieux loti. Dans mon pays, si on veut éditer des nouvelles, c’est Luce Wilquin ou nous.

T’es-tu demandé si elle avait accepté de publier ton livre parce que toi aussi tu espatrick dupuis,passés imparfaits,luce wilquin,mandor,interview éditeur ?

Non.  Parce qu’elle ma déjà refusé. Elle m’a jeté même. Quand je lui ai remis mon premier recueil,  Nuageux à serein, ça a été cinglant. Après, j’ai dû le retravailler et là, elle l’a accepté. Pour le deuxième, je n’étais donc pas assuré qu’elle me le prenne. Ça c’est mieux passé que pour le premier.

Dans tes nouvelles, tes fins sont très ouvertes… je suis un peu gêné par ça. J’aime bien connaître la fin d’une histoire.

Des nouvelles fermées, pour moi, ce n’est jamais qu’un synopsis de roman. Il faut regarder ça du point de vue du lecteur. On peut considérer que le lecteur de romans est un lecteur faignant. Je caricature volontairement… L’histoire se termine et il y a le mot fin en dessous. Pour moi, la nouvelle ce n’est jamais qu’un instant, qu’une période qui débouche sur… et bien, c’est aux lecteurs de l’imaginer, c’est aux lecteurs de bosser un petit peu. C’est ma vision de la nouvelle et ça permet des interprétations tout à fait différentes.

Ça provoque chez moi de la frustration.

C’est pour ça que dans le monde francophone, la nouvelle est un genre littéraire considéré comme mineur et relativement méprisé. Je comprends qu’il y ait des gens que ça désarçonne et qui n’aiment pas ça.

Tu parles beaucoup de la solitude, des relations de couple, qui ne sont pas très positives d’ailleurs. Ce n’est pas la première fois que tu écris sur ces sujets. Ils te fascinent ?

Aujourd’hui, j’ai envie d’écrire autrement. J’ai l’impression d’être arrivé à la fin d’un cycle. Peut-être pas, je n’en sais rien. Ce qui m’intéresse dans un conte de fées, c’est qui est juste derrière la fin. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Comment vivent-ils après ? Dans le quotidien des gens, qu’est-ce qu’il y a de plus essentiel que les relations de couples. Il y a plus à dire, il y a plus à réfléchir sur des relations boiteuses ou qui posent problème. Moi, je suis en couple depuis 28 ans et ça se passe bien. Mes nouvelles ne sont pas du tout le reflet de ma vie personnelle.

Parfois, tu évoques les choses en surface, mais on les comprend en profondeur. Ça m’a bluffé cet aspect de ton écriture.

Pour moi, le texte idéal serait la page blanche. Je n’arrête pas de barrer, jeter, réécrire tout ce qui est trop explicatif. Le pire ennemi de celui qui écrit, c’est l’adjectif. La nouvelle, c’est une question d’atmosphère.

Tu retravailles beaucoup tes textes. Tu dis même que l’écriture n’est pas particulièrement plaisante, mais par contre, l’amélioration est jubilatoire.

Je suis plus à mon aise dans la réécriture que dans l’écriture. Il y a des moments de grâce dans l’écriture, mais ils sont rares. Le travail de réécriture, j’aime vraiment beaucoup.

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Es-tu un éditeur exigeant?

Autant avoir un texte qui soit le mieux possible, alors oui, il y a souvent beaucoup d’aller-retour. Le gros problème quand on écrit, c’est qu’on a trop le nez dans son texte. La construction d’un recueil, c’est horriblement compliqué, il faut absolument des regards extérieurs, en l’occurrence, ceux des éditeurs. Le regard extérieur est toujours un regard inquisiteur, très clairement. Dans le respect de l’auteur, toujours.

Dans ton recueil, il y a beaucoup de personnages. Il faut adopter un style particulier pour chacun d’eux.

J’essaie de me mettre dans la peau du personnage et de parler comme il parlerait s’il existait vraiment. Le reste vient naturellement.

Quand on est éditeur et aussi auteur, ça ne met pas une petite pression d’être publié ? Genre, tous mes auteurs à moi vont me lire et ils pourront, eux aussi, me juger.

Je ne suis pas un perdreau de l’année, je ne suis certes pas Mérimée, mais je sais que ce que j’écris est correct. Les gens aiment ou n’aiment pas, c’est tout à fait leur droit. Il y a un journaliste qui m’a fait vraiment plaisir. Il a comparé ma prose à celle de Simenon. Je suis un inconditionnel du monsieur.

Tu écris tout le temps ?

Non.

Par période ?

Non plus. Je n’ai pas de règle. J’écris peu et je jette beaucoup. Entre 2009 et aujourd’hui, j’ai écrit les nouvelles de Passés imparfaits. C’est tout. Ce n’est pas beaucoup. Par contre, du coup, j’ai le temps de fignoler mes textes.

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Commentaires

Excellent recueil ! Profond mais jamais lourd !
Chouette interview où je retrouve l'honnêteté de Patrick Dupuis !

Écrit par : luc-michel | 04 décembre 2012

Merci infiniment pour cette interview succulente !!

Écrit par : Kaddour chérif | 13 avril 2013

Quelle belle interview. Bravo !!

Écrit par : Emilie | 12 août 2013

Les commentaires sont fermés.