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30 novembre 2012

CD'Aujourd'hui : Cali pour Vernet-les-Bains

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cd'aujourd'hui,cali,vernet-les-bainsVernet-les-Bains, le nouvel album de Cali commence en douceur, chant apaisé, musique légère, tendre même. Mais les fantômes de Cali l’accompagnent toujours. Une partie de ses textes est une nouvelle fois secouée de tempêtes amoureuses. L’amour est un fardeau et notre catalan le porte à genoux, avec sa ferveur habituelle.

Pour CD’Aujourd’hui, le 17 octobre dernier, je suis allé à sa rencontre au Théâtre de Puteaux, afin qu’il me parle de cet album.

Pour voir l’émission, c’est ici.

Deux photos (que l'on peut qualifier de "fabuleuses" et "irréprochables" techniquement) de la session acoustique pour l'émission...

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Après l'interview...

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Pour finir, le clip officiel de "L'amour est éternel".

28 novembre 2012

Les Yeux d'la Tête : interview pour Madones

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(Crédit : Le Turk)

Une amie de toujours (hello Valérie !) m’avait alerté il y a quelques mois sur l’existence de ce groupe. « Quoi ! Tu n’as jamais interviewé Les Yeux d’la Tête ! Et tu te dis spécialiste de la chanson française !!! » (Bon, j’exagère un peu, le message m’avait été lancé plus diplomatiquement).  Non seulement je n’avais jamais interviewé ce groupe, mais en plus je ne connaissais que très vaguement son existence. Il fallait que je réagisse, afin de combler cette lacune impardonnable. Or, les hasards de la vie (qui ne cesseront de m’étonner), ont fait que j’ai reçu un message de l’attachée de presse du groupe, avec laquelle je travaille depuis quelques années maintenant (hello Marie !), m’indiquant qu’un nouvel album arrivait, Madones, et qu’une rencontre avec Benoît Savard et Guillaume Jousselin, les deux fondateurs (et guitaristes chanteurs) du groupe était jouable…

Soit.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandorAprès avoir reçu le disque, je n’ai pas hésité. J’ai compris l’enthousiasme de mon amie Valérie et moins bien compris que je sois passé à côté de cette formation si longtemps.
Benoît Savard et Guillaume Jousselin ainsi que les autres membres des Yeux d’la Tête, Eddy Lopez  (Saxophones / Chœurs), Émilien Pottier (Contrebasse / Basse électrique), Pierre Chatel (Batterie) et Antoine Alliese (Accordéon) sont réellement enthousiasmants.
Ils ont parfaitement réussi le savant mélange de rock de musique balkanique et tzigane .Une musique sans frontière et sans étiquette portée par une écriture fine et efficace.

Tout est bon. Textes, musique, ambiance générale. Généreux comme personne !

Biographie officielle :

Après plus de 300concerts dans toute l’Europe, la bande de Montmartre a su lever les foules de Paris à Berlin, de Budapest à l'Italie, du festival Alors chante aux Francofolies... les enivrant d'une ambiance chaleureuse et sincère.

Mis en boîte aux mythiques studios Davout et réalisé par Laurent Jais (Amadou et Mariam, Melissmell, Mano Negra), avec Madones ces rois de la scène offrent un album riche et bien produit à l'image de leur évolution et de leur liberté. Ils vont là où on ne les attend pas : samples hip-hop ou électros, guitares électriques, claviers rétros… tous les mélanges sont permis la qualité pour seule limite, l'émotion et les sensations pour objectifs !

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                                                               (Crédit : Le Turk)
Des sonorités gipsy (« La scène ») une valse mélancolique (« Des bouts de Papier »), mais aussi des chansons explicitement rock (« Parisiennes », « La belle inconnue ») et un carpe diem version dance-floor-balkan-beat-electro (« Profitons-en »)...

Benoît Savard et Guillaume Jousselin, les deux « têtes » pensantes des Yeux d’La Tête, sont venus à l’agence, le 31 octobre dernier.

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Interview :

Vous vous êtes rencontrés comment tous les deux ?

Benoît : Nous nous sommes rencontrés dans une école de musique à Pigalle qui s’appelle ATLA. Avec Guillaume, on était au fond de la salle… on s’est connu comme ça.

Guillaume : D’abord, nous sommes devenus amis. Très vite Benoît m’a fait découvrir tout plein de musique de l’est et la musique manouche. Moi, je venais plus du rock français des années 70. J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette musique acoustique, cette musique tzigane qui touche directement au cœur et à l’âme. À côté, nous avions déjà chacun des groupes. Benoît jouait dans une fanfare et moi dans un groupe de rock. Dans le courant de l’année 2006 est né Les Yeux d’la Tête, version light, très acoustique. Le but était de jouer facilement partout. On n’avait pas d’ambitions spéciales à l’époque. Au début, on a pris beaucoup de plaisir à jouer dans les rues de Montmartre. Ça marchait pas mal. Ensuite, on a fait plein de petits bars dans Paris. La sauce a commencé à prendre petit à petit.

Benoît : Au fur et à mesure des concerts, on voyait que le public venait de plus en plus nombreux. Et avec Guillaume, on a très vite remarqué que ça fonctionnait bien entre nous deux, qu’il y avait une alchimie.

Guillaume : En gros, de 2006 à 2008, on a fait des petits concerts un peu partout… même sur des péniches. On est allé un peu en province aussi, mais on est surtout resté beaucoup à Paris. On voulait profiter de l’engouement qui commençait à monter. Et enfin, en 2008, on a fait notre premier album, « Danser sur les toits ».

Benoît : À partir du moment où un disque existe, ça veut dire que le groupe existe officiellement. C’est un peu comme ça que les gens considèrent les choses.

Guillaume : On avait besoin de marquer implicitement cette période, de définir ce qu’on venait de faire, graver toutes les chansons qu’on avait pour passer à autre chose et repartir de plus belle.

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C’est très dur de se démarquer dans la chanson française aujourd’hui…

Guillaume : Notre disque n’a pas eu forcément un accueil unanime des professionnels, mais la presse nous a suivies. Il y a eu pas mal de bonnes chroniques, ce qui, mine de rien, nous a permis de faire des tournées pendant 4 ans et nous dire qu’on allait faire de Les yeux d’la tête notre vie.

L’une des spécificités du groupe, c’est que vous êtes deux chanteurs.

Guillaume : Il n’y a pas de règles. Il y a des chansons que l’on chante ensemble et d’autres que l’on chante en solo. Dans les albums et dans le show, on essaie d’équilibrer nos interventions parce que c’est important de jouer cette dualité. Ce répondant qu’on a tous les deux fait partie de notre originalité.

L’un de vos tourneurs Patchanka est allemand. D’où une notoriété grandissante dans ce pays.

Guillaume : On a commencé à tourner avec ce tourneur en 2009. Il s’occupait en Allemagne d’autres groupes français, les Mass Hystéria, Karpatt, les fils de Theupu, Syrano. Au début, on se demandait ce qu’on allait bien faire en Allemagne et on s’est retrouvé avec un mec passionné par la chanson française qui se démène pour la faire découvrir en Allemagne. Aujourd’hui, c’est un coup de foudre réciproque entre nous et le public allemand. On y va au moins 3 fois par an.

La Scène. Titre présent sur l'album Madones.
Illustré par quelques images des tournées en France et en Allemagne en mai et juin 2012.
Notamment au Fusion Festival et au TFF Festival à Rudolstadt.

Vous avez même remporté le 1er Prix du festival de Folk européen Folkherbst en Allemagne.

Guillaume : un groupe français a reçu ça en Allemagne, c’est assez marrant.

Du coup, en France, on s’intéresse plus à vous. On se dit « c’est quoi ce groupe qui cartonne dans un autre pays que le sien ? »…

Benoît : Oui, on commence à remarquer cela. On nous en parle de plus en plus. C’est un argument qui incite certaines personnes qui n’osent pas prendre de risque avec un groupe qu’ils ne connaissent pas à, du coup, vouloir nous découvrir. Ils ont peur de passer à côté de quelque chose. Le succès à l’étranger interpelle toujours. C’est bien, c’est une façon comme une autre d’arriver aux oreilles des gens.

Vous êtes passé avec succès aussi en Hongrie, en Croatie, en République tchèque…

Guillaume : Une des beautés de ce métier-là, c’est d’avoir la chance d’aller découvrir ce genre de pays. Moi, je n’y étais jamais allé avant. Le fait d’y aller en tant que groupe, c’est un peu différent que d’y aller en touriste. A chaque fois, ça a été un grand bonheur et des expériences uniques.

À l’étranger, on vous demande de quoi parlent vos chansons ? Est-ce que les textes intéressent le public qui ne comprend pas le français ?

Guillaume : Tout le monde n’est malheureusement pas à cheval sur le sens des mots, mais globalement, il y a tous les cas de figure. Certains se satisfont de la mélodie, de l’intention de l’émotion qu’ils arrivent à choper et il y a ceux qui vont avoir besoin de la signification précise.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandorDans vos chansons, l’écriture est aussi importante que la musique.

Guillaume : Ce n’est pas parce que la musique est très riche, qu’il s’y passe plein de choses, qu’on a délaissé le texte.

Benoît : Moi, je dis même que notre groupe est un groupe de chansons. Une chanson, chez nous, commence toujours par le texte. La composition vient autour. Je dirais plutôt qu’on a laissé autant de place à la musique qu’au texte, que l’inverse. La base part du texte et du sens.

Votre disque s’intitule « Madones ». Les femmes… sujets inépuisables ?

Guillaume : Ca n’a pas fait partie de la démarche initiale. Quand on a réuni toutes nos chansons, on s’est rendu compte qu’on avait beaucoup d’inspirations qui venaient des femmes.  Madones exprime toues les facettes des femmes et toutes ses formes d’inspirations qu’elles ont pu nous procurer, que ce soit dans la joie, la surprise, la tristesse et le burlesque. On est des hommes très intéressés par les femmes et par l’amour.

"Parisiennes" par Les Yeux D'La Tête en Session Live sur RFI
Émission La bande passante - diffusée le 22 septembre 2012.

Vous travaillez comment ?

Guillaume : Au fur et à mesure. On est toujours en création.

Benoît : On n’a pas ce réflexe de faire un moment une tournée et un autre, nous occuper de l’album. Toute la création se fait sur la route, un peu tout au long de l’année, du coup on se montre des musiques, des textes, à n’importe quel moment. On n’a aucune pression. C’est nécessaire que cela se passe comme ça. On fuit le côté pas naturel de la création. Le côté « faut pondre », « faut créer », très peu pour nous ! Évidemment, à un moment on se pose pour peaufiner nos chansons. C’est un peu pour ça qu’on a mis 4 ans à faire le deuxième disque. On n’a pas réussi à arrêter de tourner.

L’objet disque est superbe.

Guillaume : Il y a encore quelques passionnés qui achètent des albums, on s’est dit qu’on allait les récompenser. Aujourd’hui, l’intérêt quand on sort un disque, c’est de faire quelque chose de léché. Un petit bijou.

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On vous voit habillé en années 30, dans différentes situations. Ça vous a amusé de poser comme ça ?

Guillaume : On a beaucoup aimé se mettre en scène. La séance photo a duré 17h.

Benoît : Il y a eu une journée pour la pochette du disque, la madone, et la même chose pour toutes les photos intérieures.

Guillaume : L’artiste qui a fait tout ça s’appelle le Turk. On a eu un grand coup de cœur pour son univers visuel.

Les Yeux D'la Tête & Danakil - Peur de Tout
cabaret sauvage avril 2011

Vous serez au Café de la danse le 11 décembre.

Guillaume : on a envie de proposer aux gens qui viendront nous voir ce soir-là, l’univers musical et visuel de l’album.

Benoît : Il y aura aussi les invités qui sont venus jouer sur l’album. Tom Fire aux claviers, les Babylon Circus aux cuivres, le scratcheur de Sam Tach aux platines et Étienne Favier à la guitare manouche. Belle soirée en perspective, je vous assure. On va avoir l’occasion de faire quelque chose de très beau. Les gens s’en souviendront !

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27 novembre 2012

Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière 2012 : Bilan et photos

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C'est la quatrième fois que j'anime le salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. (Voir là en 2009, ici en 2010 et enfin en 2011). Toujours aussi fatigant, mais toujours aussi exaltant, dis-je chaque année. Plus de 40 interviews, un quizz littéraire et je ne sais pas combien de kilomètres parcourus...

Comme chaque année, j'en rapporte quelques souvenirs photographiques.

Ici, avec François Bégaudeau (qui prend goût à Ozoir-la-Ferrière et à mes interviews...)

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Eric Holder a reçu le Prix Ozoir'Elles 2012, pour son livre Embrasez-moi. Ce discret auteur n'aime ni les photos, ni les interviews... mais cède toujours à mes caprices parce qu'il est très gentil et poli.

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 Philippe Grimbert, que je rencontre ici une énième fois, est un homme que je respecte profondément, pour son œuvre et ses qualités humaines.

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Philippe Grimbert avec Véronique Genest.

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L'invité d'honneur du salon était David Foenkinos. Malgré son succès considérable, cet auteur est resté simple, abordable et très sympathique. Je m'en étais déjà rendu compte récemment quand je l'ai reçu à Provins.

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Je retrouve avec plaisir mon amie Gaëlle Pingault, mandorisée récemment (qui vient d'ailleurs de sortir un très joli livre, Bref, ils ont besoin d'un orthophoniste).

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Oui, ben, mon statut d'animateur officiel de ce salon m'apporte quelques avantages. Il n'y a aucun commentaire à faire. J'en profite, c'est tout. Merci à Sophie Adriansen et Gaëlle Pingault...

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Plus sérieusement, Sophie Adriansen était là pour signer ses livres dont son petit dernier, un roman jeunesse, J'ai passé l'âge de la colo.

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Avec Daniel Henocq, pour son roman jeunesse Le joueur de cartes.

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Sur le stand des éditions Volpilière avec Sophie Adriansen et Daniel Henocq.

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Giulia Salvatori, la fille d'Annie Girardot venue présenter son nouveau livre sur sa mère, tout comme l'année dernière.

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Avec Dominique Vautier pour son roman La roue du silence.

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Mon métier est parfois un peu difficile. Heureusement, je peux compter sur le soutien d'Aude Walker et Victoria Bedos.

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Le maire d'Ozoir-la-Ferrière, Jean-François Oneto, et certains auteurs et membres du jury Ozoir'elles.

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David Foenkinos vient de recevoir la médaille de la ville... (Le plus beau jour de sa vie. Je suppose. Donc.)

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Avec Simonetta Greggio, présidente du jury Ozoir'Elles, qui vient chaque année au Salon du Livre d'Ozoir-la-Ferrière.

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Avec Jennifer Murzeau, dont je pressens qu'on va très vite beaucoup en entendre parler. Son roman Les grimaces est très prometteur. (Et si elle devient une personnalité du petit écran pour parler "livres", je n'en serais pas surpris).

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Pour finir, petit bilan de cette journée avec l'organisateur du salon (et néanmoins ami) Luc-Michel Fouassier. Merci à lui pour sa confiance, d'année en année...

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26 novembre 2012

Alexandre Astier : interview pour Que ma joie demeure!

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alexandre astier, que ma joie demeure, interview musiquemag, mandor, jeuxactu, filmsactuAlexandre Astier est de retour dans une performance scénique époustouflante ! L’auteur de la célèbre série Kaamelott monte sur les planches pour interpréter avec finesse et brio Que Ma Joie Demeure !. Un spectacle unique où le portrait insolite de Jean Sébastien Bach est revisité avec la touche Alexandre Astier. Entre les leçons de piano désopilantes et les confessions intimes, il mélange les genres, du rire au drame, du théâtre à la musique.

Pour MusiqueMag et Les chroniques de Mandor, je suis allé à la rencontre de ce comédien auteur inspiré (que je tiens pour un génie depuis des années) dans un appartement parisien… le 15 novembre dernier. Merci à Alexandre Astier, carrément malade ce jour-là, mais qui a eu la gentillesse d’assurer l’interview avec professionnalisme et gentillesse.(Il a annulé le rendez-vous suivant.)

J’étais ce jour-là accompagné par mon collègue de FilmsActu, Fabien Waxin, fan du monsieur (qui a posé les deux dernières questions). Ensuite, il y des liens qui évoquent la fin de Kaamelott,  Kaamelott le jeu vidéo et enfin sa vision de Star Wars 7

Bande annonce...

Interview :

Comment prend-on la décision de bâtir toute une pièce sur Bach. Il faut l’aimer, il faut être touché par sa vie, l’admirer ?

Je l’avais beaucoup étudié avant, musicalement, mais le bonhomme reste un mystère. Avant que je ne fasse des recherches poussées, moi qui ai vécu dans des conservatoires toute mon enfance, il ne transparaissait rien de l’homme. Sa musique est bouleversante et elle fait école. Mais le mec, non. Il a fallu aller à la recherche de qui il était. Ce n’est qu’avec ces recherches que j’ai compris qu’il y a un sacré bonhomme derrière. Même si c’est quelque fois exagéré dans le spectacle, j’ai constaté que c’était quelqu’un de charnel, quelqu’un qui avait mauvais caractère. Il était en bisbille avec sa hiérarchie, tout le temps et sur beaucoup de points. Il était aussi  monomaniaque. Je voulais faire quelque chose sur Bach depuis longtemps, mais les choses étaient tellement floues en ce qui le concernait, que j’ai toujours reporté ce projet. Je n’avais que des choses techniques à dire. Des choses sur la partie « leçon », ça j’avais. Je savais aussi qu’il avait perdu 10 enfants sur 20, mais c’est tout.

Vous dites que c’était un être mystérieux, mais il existait des ouvrages qui ont tenté de percer le mystère, l’armure de Bach.

Notamment ceux du musicologue et écrivain, Gilles Cantagrel. Il a relevé beaucoup de traces de gens qui parlent de lui. J’ai recoupé les témoignages et j’ai pu commencer à dresser un portrait et une personnalité proche de la réalité.

Pour camper le personnage, vous êtes-vous rapproché au maximum de ce qu’on disait de lui ou, au nom de l’humour, vous l’avez un peu caricaturé ?

Je n’ai pas pu respecter de manière immodérée l’homme qu’il était réellement, parce que personne ne peut nous dire comment il était vraiment. Tout ce que je sais, c’est que c’était un bonhomme. La seule chose que je peux dire, c’est que tous les personnages historiques ont eu des vies avec plein de soucis comme on en connait tous. Ils ne sont pas sans aspérités, contrairement on ce qu’on voudrait nous faire croire. Je ne vois pas pourquoi Bach n’aurait pas été comme tout le monde.

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alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactuVous racontez tous les pans la vie de Bach, même les plus tristes. La perte de ses nombreux enfants. Et surtout la peur de la perte de nouveaux enfants… Il y a une scène très émouvante sur le sujet. C’est dur l’équilibre, à trouver, entre le rire et les larmes.

Je crois même que c’est la seule chose difficile. C’est même une quête de tous les instants. Dans Kaamelott c’est pareil, il fallait que je trouve l’équilibre entre le drôle et le pas drôle. La promesse au public, c’est qu’il ne s’ennuie pas. Ça fait un moment que je fais ça, bien avant Kaamelott. J’ai fait des pièces de théâtre avant et il y a avait toujours ce côté comédie et plus grave. Pour moi, c’est une quête permanente que de faire cohabiter les rires et les larmes sans que ce soit indigeste.

Vous dites que l’humour, c’est le verni, c’est ce qui ne se raconte pas, ce sont les couches de peintures qu’on met par-dessus une histoire sérieuse. Mais parfois, avez-vous envie de vous laisser aller aux grosses ficelles de l’humour.

C’est un truc que je n’ai pas envie de faire, mais c’est surtout un truc que je ne sais pas faire. Je crois simplement que je ne les ai pas, ces ficelles. Je ne suis pas doué pour ça. Je n’arrive pas à me fixer sur des choses qui, soi-disant marchent ou ne marchent pas, pas plus qu’un public qui éclate de rire ne me semble un meilleur public qu’un public plus discret, plus attentif, plus pudique. Je ne me base pas là-dessus. Je pense qu’une histoire, c’est une histoire et qu’une histoire n’est pas intrinsèquement drôle. Une histoire, c’est des faits, une situation. L’humour, c’est le vernis, c’est ce qu’il y a dessus, c’est la façon dont on raconte les choses. Oui, c’est une façon, pas forcément le fond. L’humour, ce n’est pas mon métier. Je raconte des histoires et je veux qu’on les prenne telles que je les donne.

Mais pourtant, chez vous l’humour est sous-jacent constamment dans votre œuvre. Vous êtes en train de me dire que l’humour qui se dégage de la façon de raconter vos histoires est naturel et non le fruit de réflexion « pour faire rire ».

C’est de la séduction. Après, comme toutes les séductions, est-ce que c’est sincère ? Est-ce que ce n’est pas se montrer sous son meilleur jour ? Un auteur-acteur sur scène, qu’est-ce que c’est d’autre pour le public que quelqu’un qui s’arrange pour être vu sous son meilleur angle ? Faire rire, ce n’est pas un truc que vous déclenchez au moment d’écrire vos scènes. Vous essayez d’être ça, toute la vie, tout le temps, partout. Vous essayez d’être celui qui arrive à faire sourire, celui qui arrive à avoir un angle de vie un peu particulier sur tel ou tel sujet.

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Donc, Alexandre Astier est un peu comme on le voit dans Kaamelott ou dans Que ma joie demeure ?

Il y a un cousinage. Il y a un fond tragique et un vernis rigolo. Sinon, je ne raconterais pas mes histoires de cette manière. ce phénomène doit s’expliquer, se psychanalyser... ça vient de très loin, je suppose.

Dans Que ma joie demeure, je suis impressionné par votre texte. Il est très compliqué, surtout au début, quand Bach répond à la question, « qu’est-ce que la musique ? »

En l’occurrence, tout ce que je raconte est vrai. C’est parce que c’est vrai que je m’y retrouve. Je suis musicien, j’ai étudié tout ce que je raconte, donc, je n’ai jamais eu de mal à retenir ces choses-là. Ce sont des termes qui sont presque phonétiques, d’où, effectivement, l’impression de complexité.

Quand on vous dit que vous avez un humour fin, spirituel, intelligent, vous avez tendance à faire le faux modeste ?

Comment dire ? Je prends le risque de demander beaucoup du public et d’exiger des choses d’eux. Je ne peux pas leur dire, « venez, je vais vous faire marrer », puis c’est fini. Je leur demande de me suivre aussi quand ce n’est pas drôle, je leur demande de me suivre quand c’est plus compliqué, je leur demande même de me suivre quand c’est même flou ou bancal. Je leur demande de me suivre tout le temps. Donc, quelqu’un qui me dirait « écoute, t’es trop compliqué, moi j’ai envie de passer une bonne soirée, tu me fais chier avec tes histoires », je serais malheureux, évidemment. À l’inverse, quand il se passe ce que vous dites, que les gens disent « j’aime bien Astier parce qu’il me parle comme ça », c’est la vraie récompense. Ça veut dire qu’il y a des gens pour recevoir ce que j’ai envie de faire.

Kaamelott : le mega best of ! (livre I et II)

Pour en revenir à Kaamelott. Il y a deux façons d’appréhender vos épisodes. Soit on se marre franchement, soit on se dit « le mec est très très fort ». Moi, je suis entre les deux…

Je pense qu’il y a les deux.

Dans le DVD, il y a une scène ou Bach parle à ses élèves, et là, j’ai vu Louis de Funes alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactudans La Grande Vadrouille. Je me suis souvenu que Kaamelott est dédicacé à Louis de Funes. En quoi vous a-t-il influencé ?

Je suis obligé d’être plus général à son sujet. Il m’a influencé dans le fait de me donner envie de jouer des situations ou mon personnage est plus rapide que les autres. Pas plus intelligent forcément, mais qui a un cran d’avance. De Funes s’est toujours arrangé pour jouer des personnages qui subissent le rythme des autres. Il est toujours un peu plus rapide que les autres, du coup, tous les autres le font traîner ou retardent ses affaires, ses enjeux. Comme je regarde de Funes depuis que je suis tout petit, je pense que j’ai hérité de l’envie de jouer ça, des situations comme ça. Donc, je joue plus volontiers des situations où Bach parle à des gens qui en savent moins que lui ou qui dirige un orchestre qui lambine et on peut y retrouver, très modestement, un peu de lui. Mais, je le répète, c’est plus général que ça. Parce que dans Kaamelott, le Roi Arthur, dans une réunion de la table ronde avec les chevaliers, c’est hérité de de Funès aussi. Je ne l’imite pas, mais c’est vraiment l’envie de jouer ça avec des gars qui ne veulent pas le suivre, qui ne sont jamais motivés, qu’il faut toujours enthousiasmer… oui, indéniablement, je pense que tout ça vient de lui.

alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactuQuand on voit Kaamelott, on voit l’histoire du Roi Arthur qui cherche sa descendance. Dans Que ma joie demeure, on voit ça aussi. La question de la descendance est-elle primordiale pour vous aussi ?

Bon sang, mais vous avez raison. Même dans mon film David et madame Hansen, il y a un enfant mort. Bon, aujourd’hui, je pense que ça va mieux. Il a fallu tout ça. On est tous en train de fourguer notre angoisse. Je ne suis pas le seul. J’avais un truc qui trainait avec ça. Avant d’avoir des enfants moi-même, j’étais persuadé de ne pas pouvoir en avoir. Je ne sais pas du tout d’où je tiens ça, parce que j’en ai eu sans problème. Je vivais dans le truc de me dire, "je ne vais pas y arriver, ça va m’être interdit". C’était un grand cauchemar alors que depuis l’âge de 16, 17 ans je souhaite en avoir. Je n’ai pas trouvé tout de suite une dame assez courtoise pour m’en faire tout de suite. J’avais 25 ans, mais si j'avais pu en faire plus tôt, je l’aurais fait, je vous assure. J’ai vécu avec cette panique jusqu’à ce que j’en ai, à tel point que quand ma femme m’a annoncé qu’elle était enceinte pour la première fois, je ne l’ai pas cru tout de suite. Je ne sais pas, l’enfance, c’est quelque chose qui me touche. La mienne. Et ma paternité, je n’en fais rien d’original, mais c’est le fruit d’une grande inspiration. Désormais, là, avec votre réflexion, je ne vais plus dire les choses de la même façon. Je pense.

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Avec Alexandre Astier, le 15 novembre 2012.

Bonus de Fabien Waxin :

Alexandre Astier évoque la fin de Kaamelott.

Il donne des détails sur Kaamelott le jeu vidéo.

Et enfin, il livre sa vision de Star Wars 7

25 novembre 2012

Virgule : interview pour la sortie de Précieuses

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Voilà encore une perle. Une artiste à part dont la voix me parle, me fait parfois dresser les poils. Je ne sais pas pourquoi Virgule m’a touché à ce point, mais c'est ainsi. Gros coup de coeur! Il a fallu que je fasse sa connaissance. Ainsi fut fait le 26 octobre dernier.

Son site officiel.

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Les Précieuses sur iTunes.

Les precieuses_visuel.jpgBiographie officielle :

Virgule, auteur compositeur interprète, a appris à respirer dans un Paris qui l'a toujours inspirée, elle y a transformé son asthme en souffle poétique... Après avoir écumé de petites salles, et y avoir changé l'air en or, elle termine ici son premier EP : Les Précieuses. Huit titres sombres, furieux, solaires. Entourée de musiciens aériens et modernes, entre rock sauvage et folk apprivoisé, elle écrit en français et chante le langage du ventre. À mi-chemin entre l'écriture puissante d'un Bashung et les folles envolées musicales d'un Babx, Virgule nous entraine avec Les Précieuses dans un orage de frissons qu'on aime provoquer à l'infini, en touche repeat.

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Interview :

Ça fait une dizaine d’années que tu écris des chansons et 6-7 ans que tu les chantes.

Oui et j’ai fait beaucoup de cafés concerts. Dans les bars, le moment où les gens se taisent pour écouter la chanson, j’ai tout gagné.

Après un premier EP, te voilà avec un premier album. Il est super bien produit.

C’est complètement autoproduit, mais on a essayé de faire ça au mieux. J’y ai mis tout mon argent. C’est une belle carte de visite destinée au public, bien sûr, mais aussi aux journalistes, mais aussi aux directeurs de salle… bref, un moyen de me faire connaître un peu plus. Je suis en train de chercher des tourneurs.

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Cet été, tu as aussi fait une tournée des kiosques des jardins de Paris.

Ça m’a permis de bien roder mon set. Ce qui était étonnant dans cette expérience, c’est que les gens s’arrêtaient vraiment. C’était très agréable parce que l’ambiance était très familiale. On peut dire qu’on est allé à la rencontre des gens et j’en garde une très belle expérience.

Ton travail est assez unique. Tu sais que les journalistes aiment bien faire des comparaisons. Avec toi, je n’ai trouvé aucun autre artiste similaire. Je trouve que, déjà, tu as une identité hyper forte.

C’est très gentil de me dire ça. Après, j’adore la chanson française dans toute sa largesse. Je parle de Brel, Barbara, jusqu’à des artistes d’aujourd’hui comme Babx, Katel, Pauline Croze, Camille…

Elle est Belle la Vie
Extrait du 1er EP de Virgule, "Les Précieuses".

Je te dis franchement, je suis fan de ta voix. C’est rare quand je le dis. J’écoute en boucle « Elle est belle la vie », notamment pour cette raison-là.

C’est marrant, le directeur éditorial de Deezer, qui a fait que j’ai eu un peu plus de publics et des écoutes, a mis en avant cette chanson-là.

As-tu travaillé ta voix?

J’essaie de chanter le plus naturellement possible. Sinon, j’ai fait une année aux ACP, la Manufacture Chanson. J’ai pris des cours de chant collectif. C’était une super expérience et le début de mes petites chansons sur scène.

269223_10150897175623731_829203197_n.jpgLa photo de ta pochette est intrigante. Elle s’explique ?

C’est une photo de ma grand-mère prise en 1952. J’ai fait un voyage en Pologne, il y a deux ans avec elle. Elle n’est ni d’origine polonaise, ni juive, mais elle était orpheline. Pendant la guerre, elle a été dans un orphelinat et comme elle était petite, on lui avait caché que c’était la guerre. Elle ne l’a su qu’en sortant de l’orphelinat. Du coup, toute sa vie, elle s’est intéressée à ça. Un jour, je lui ai proposé d’aller faire un voyage de mémoire là-bas. C’est ce que nous avons fait ensemble. Voilà, c’est aussi un hommage que je voulais lui rendre.

Que pense ta famille de ce que tu entreprends dans la musique ?

Ils sont très contents. Ils me soutiennent beaucoup. Ma maman, notamment, qui vient me voir à toutes les dates. Ils aiment ce que je fais.

Tu écris de quelle manière ?

Quand j’écris, en gros la musique vient avec les paroles. C’est une espèce d’écriture automatique qui arrive et qu’il me suffit de recadrer après. Parfois, je passe trois heures devant ma feuille et rien ne sort, le lendemain, en très peu de temps, j’ai quasiment une chanson toute faite qui me tombe dessus. La magie de la création est fascinante.

Quand tu crées, il faut que tu sois dans un état d’esprit particulier ?

Je suis plutôt une fille très contente de vivre. Plus jeune, je pensais qu’il fallait souffrir pour écrire de belles chansons, et en fait, pas vraiment.

Ton album n’est pas triste du tout, les textes sont un peu sombres, c’est tout.

Même si on peut dire que mes textes sont tristes, j’essaie d’y ajouter toujours un peu de lumière. En grattant, on y trouve plein de choses positives.

Un montage personnel d'Esteban Kang sur la chanson "Les violons secs".

virgule2.jpgComment te vient l’inspiration ?

N’importe quoi peut m’intéresser potentiellement. Je laisse les sujets venir à moi, je ne réfléchis pas vraiment au sujet qui va m’inspirer. Je m’émerveille facilement du monde qui m’entoure.

Sais-tu quand une chanson est terminée ?

Je sais arrêter une chanson dans sa globalité en guitare-voix. Après, les arrangements, j’aurais toujours envie d’aller plus loin, mais il y a des contraintes de temps, d’argent, d’agenda des gens qui jouent avec moi.

Et tu arrives à t’écouter facilement ?

De plus en plus. C’était très difficile au début. C’est pour ça que ça me fait très plaisir tes compliments sur la voix. Au départ je considérais ma voix uniquement comme un instrument pour interpréter mes chansons. C’était simplement ce qui me permettait d’exposer mes chansons au monde. Maintenant, j’aime de plus en plus être une chanteuse et la sensation de chanter, ça commence vraiment à m’intéresser.

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Fais-tu très attention au texte ?

Oui. J’essaie de faire en sorte que mes textes ne me gênent pas à l’oreille. Je ne sais pas si c’est une histoire de pied ou de sonorité, parfois j’écris un mot et je le chante, je me dis que ce n’est pas celui-là, je le change.

Tu es musicienne à la base.

J’ai fait le saxo au conservatoire. J’ai effectué toutes mes études en mi-temps « musique ». J’allais à l’école le matin et au conservatoire l’après-midi. Après, j’ai été opéré des dents de sagesse, je ne pouvais donc plus jouer du saxo. C’est à ce moment-là que j’ai pris une guitare et que j’ai écrit ma première chanson. C’est un nouvel instrument que j’essaie d’apprivoiser chaque jour un peu plus.

As-tu confiance en ton destin musical ?

Oui, je me dis qu’il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas à un moment donné avec autant d’opiniâtreté et d’envie de faire ce métier.

Elle a un Truc
Extrait du 1er EP de Virgule, "Les Précieuses".

virguleconcert1.jpgAs-tu déjà une fan base ?

Oui, mais pour l’instant, elle est petite. Je m’en suis rendu compte avec la sortie de ce disque. Ce qui est hyper cool, c’est que maintenant, il y a des personnes que je ne connais pas. Pas mal sont actifs et ça c’est plutôt positif.

Tu me sembles une fille très positive et heureuse, tes textes ne le sont pas beaucoup. C’est pour expulser le trop-plein du noir qui est en toi ?

Les gens qui me connaissent sont étonnés que j’écrive des chansons comme ça. Mais, quand je tente de faire des chansons plus amusantes, ça ne sort pas. J’ai plein de petites fêlures à l’intérieur et ce n’est pas très marrant en société de les exposer. C’est donc un bon moyen d’en parler.

Tu les évoques avec une pudeur qui me touche beaucoup.

Je suis une fille assez pudique. Mes intimes peuvent comprendre le sens de certaines paroles, mais après, les gens qui me connaissent moins font sans doute leur propre interprétation de mes fêlures à moi. C’est ça la chanson. Chacun prend ce qu’il veut et ça peut éventuellement lui faire du bien.

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Pour finir, voici ses prochaines dates de concerts...

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22 novembre 2012

CD'Aujourd'hui : Enrico Macias pour Venez tous mes amis!

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Enrico Macias fait partie de notre environnement musical depuis 50 ans. Je ne l’avais croisé que sommairement au hasard de ma vie professionnelle, mais je ne l’avais jamais interviewé. C’est chose faite grâce à CD’Aujourd’hui qui m’a proposé de le rencontrer à l’occasion de son album de duos, Venez tous mes amis !.

Avant de continuer, je vous propose ma chronique du disque publiée de Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté du mois de novembre).

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Pour voir le CD’Aujourd’hui consacré à Enrico Macias (qui a été diffusé sur France 2 ce lundi 19 novembre), il faut cliquer là.

Je ne le fais pas systématiquement, mais je vous propose de voir les coulisses de cette émission en photos. Nous étions dans le studio d'enregistrement du réalisateur du disque, Jean-Claude Ghrenassia (qui est aussi le fils d'Enrico et surtout une personne très acceuillante).

Un petit coup de maquillage sur l'artiste avant de commencer. Le journaliste n'en a pas besoin. Lui, on ne le voit pas.

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L'interview, c'est parti!

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Ensuite, le tournage de la chanson choisie. En l'occurence, ce jour-là, "L'oriental" en duo avec Khaled (que j'avais déjà CD'Aujourdhuisé quelques jours auparavant). A la caméra, c'est Chloé. (J'aime beaucoup travailler avec elle).

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Raccord maquillage entre deux prises.

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On se marre bien pendant ce tournage... tout à été propice à la déconnade.

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Le tournage reprend.

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Bon, ce que nous avons pu juger sur pièce, c'est qu'Enrico Macias et Khaled sont réellement très complices. Leur amitié ne semble pas factice.

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Merci messieurs. Coupez! Elle est dans la boîte.

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 Une page de pub avant de se quitter...

18 novembre 2012

Héloïse Rôth : interview pour ses concerts aux Décharcheurs

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(Photo : Benloy)

héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorJe vous propose aujourd’hui de découvrir une artiste découverte récemment, Héloïse Rôth au hasard de ma vie et mes recherches virtuelles. J’aime beaucoup l’ambiance musicale de ses chansons et son répertoire séduisant, exigeant, lumineux et tragique. Pour se faire connaitre la chanteuse sera en concert aux Déchargeurs, dans la salle La Bohème depuis jeudi dernier (15 novembre 2012) et ce, jusqu’au 28 février 2013. C’est à 20h, tous les jeudis (relâches exceptionnelles le 27 décembre et le 03 janvier). Son spectacle dure une heure et il est d’une qualité exceptionnelle. Le déchargeur le présente ainsi : « Auteur, compositeur, interprète, Héloïse Rôth a la force tragique et sensuelle d'une femme, l'innocence et la malice de l'enfant. Elle a cette façon de s'offrir sans calcul, de jouer sa vie à chaque chanson s’inscrivant dans la plus pure tradition de la chanson à texte : voix, guitare et contrebasse. »

J’ai demandé à Héloïse Rôth, le 22 octobre dernier, de venir à l’agence pour une mandorisation en règle. J’espère sincèrement que d’autres professionnels s’attarderont sur son cas. Il le mérite. Elle aussi.

héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorExtrait de la biographie officielle :

Héloïse Rôth est née au sein d’une famille nombreuse dans laquelle deux univers artistiques se côtoyaient : la comédie et la musique. Avant de s’embarquer dans le monde de la musique, elle joue dans quelques courts-métrages et une série pour la télévision. Mathieu Kassovitz lui offre ses premiers rôles au cinéma, en 1993 dans Métisse, puis en 1995 dans la Haine. 

C’est à Rome où elle passe son Baccalauréat qu’elle se prend à écrire et à chanter. Elle se découvre une voix particulière et en joue avec plaisir. À son retour, elle s’inscrit au Chantier (ex le Coach), structure pour les jeunes chanteurs auteurs et compositeurs qui lui permet d’arpenter ses premières scènes et rencontrer son public. Elle reprend des cours de piano et de violoncelle. Elle suit également des cours dans deux écoles de jazz : le CIM (Paris XVIIIe) et ARPEJ Paris Xème. Élève de Julia Pelaez, Carole Hemart et Élise Caron, elle perfectionne sa technique vocale. Depuis, la jeune femme au charme sauvage se lance dans la chanson… avec excellence.

Pour commence, voici le nouveau clip d'Héloïse Roth... "Prête-moi ta plume".

Prête-moi ta plume clip Héloïse Rôth from Mathieu Guetta on Vimeo.

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héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorInterview :

Tu es issue d’une famille d’artistes.

Ma maman est musicienne, guitariste classique et mon papa est comédien, scénariste, auteur de polars.

Oui, il est même connu puisqu’il s’agit de Christian Rauth.

Il est populaire depuis que la télévision est passée par là.

Et tu as aussi une grande sœur, Julie-Anne Roth qui est aussi comédienne, au théâtre et au cinéma.

Elle écrit également des pièces de théâtre et des scénarios. En ce moment elle est braquée sur l’écriture. J’ai aussi une petite sœur qui sort d’une école de BTS de design, je ne sais pas trop comment ça s’appelle, mais elle sait peindre, dessiner, travailler sur des décors, elle aussi scénographe, bref, elle fait pas mal de choses différentes. Je tiens à préciser que j’ai aussi un frère, mais qu’il ne s’est pas lancé dans un métier artistique. Il est gérant d’une boite d’informatique.

C’est en ayant des parents artistes que tu as décidé de l’être aussi ?

Quel que soit le métier de tes parents, si tu les vois heureux dans ce qu’ils font, ça te donne envie. Je dis ça, mais au départ, je n’avais pas du tout envie d’être chanteuse et musicienne. D’ailleurs, je n’ai pas du tout été au conservatoire. J’avais très envie de faire des études, réussir ma vie, être totalement indépendante. Et puis, les métiers artistiques sont des métiers où les rapports humains sont un peu faussés. On est tous un peu dans la séduction, on est hyper égocentré, mais parce qu’il le faut, sinon on n’avance pas. Comme c’est un métier où on donne de sa personne, physiquement et mentalement, j’ai vu mes parents dans des états un peu difficiles, donc je ne rêvais pas particulièrement de ça. Mais les projets sur lesquels mes parents travaillaient étaient hyper épanouissants et beaux. Je voyais qu’il y avait de la magie dans tout ça. Du coup, c’est magie là m’a finalement séduite. Tu vois, j’ai oscillé entre les deux. J’ai envie, je n’ai pas envie.

Tu as même été comédienne, un temps.

Soyons clair, en tant que « fille de », il m’est arrivé de jouer la fille de mon père à l’écran. Puis, ensuite, des rôles plus personnels. J’ai fait de vraies rencontres, mais mes expériences dans ce milieu m’ont raconté que je n’avais pas trop envie de faire ce métier-là finalement.

Mai 2009. Extrait du court métrage " la Boîte d'Oscar" de Mathieu Guetta.
Paroles et Musique: Héloïse Rôth.
Arrangements: Antoine Pozzo di Borgo, Héloïse Rôth au Chant, Olivier Cantrelle au Piano, Antoine Pozzo di Borgo à la guitare, Jérôme Auguste Charlery à la contrebasse et David Gerbi à la Batterie.

J’ai lu que tu as commencé à écrire de la musique alors que tu étais à Rome.

Oui, là-bas, lueur… J’étais loin de ma famille et de mes amis, du coup je me suis recentrée sur moi et mes envies. J’ai soudain fait des trucs qui me faisaient plaisir à moi et pas seulement aux autres. Je me suis rendu compte qu’écrire me faisait du bien, que ça prenait de l’importance dans ma vie et que je voulais partager le fruit de mon travail.

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(Photo: Benloy)

Après, donc, tu t’es inscrite dans une école de spectacle.

C’est une structure pour les jeunes chanteurs. Je me sentais hyper timide et je me demandais comment j’allais faire pour chanter mon histoire devant des inconnus. Chanter ses propres chansons, c’est se mettre à poil devant des gens qu’on ne connait pas.

C’est un des arts les plus impudiques, c’est vrai.

Et puis là, on est seul. Il n’y a pas un metteur en scène qui croit en toi, qui te regarde, qui est bienveillant et qui te dit ce qu’il faut faire. Là, on est livré à nous même. Mais il faut le faire, il faut monter sur scène, il y a un truc un peu vital dans cette démarche. Il faut se convaincre soi-même que l’on est capable. On est obligé de se prendre en main de A à Z.

Tu as travaillé ta voix ?

Je reprends des cours aujourd’hui, mais de façon très ponctuelle, quand je sens que j’ai une difficulté. Mais je t’avoue que j’ai un petit problème avec l’autorité et l’exigence que l’autre t’impose dans le travail quand il ne se l’applique pas à lui même. Il faudrait que je tombe sur la personne idéale, qui n’est pas frustrée dans son métier, qui donne des cours de chants et qui est heureux de le faire.

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(Photo : Benloy)

Tu as chanté dans beaucoup de bars depuis 2003. L’école la plus formatrice à mon sens.

C’est génial cette expérience. Ce qui n’est pas simple, c’est le brouhaha général, mais ce qui est sympathique, c’est le contact direct et immédiat avec les gens.

En 2003, justement, pendant la semaine de la francophonie, tu es invitée par l’ambassade de France pour une tournée de 5 dates au Chili.

Oui, j’ai fait une grosse tournée avec les chansons des autres. Brassens, Brel, Ferré, Bourvil. Encore aujourd’hui, j’adore chanter ces grands-là. J’aime transmettre aux gens ce qu’il y a eu avant en matière de grandes chansons. Ce qui se passe aujourd’hui vient de ces gens-là. On ne fait que reproduire, voire imiter inconsciemment parfois. On n’a rien inventé.

Interpréter ces grands maîtres de la chanson, c’est sacrément casse-gueule, quand même !

Oui, justement. On ne peut pas y aller à moitié. On doit tout donner et c’est ça que j’apprécie dans la chanson. Le risque et le don de soi.

"Souvenirs d'école" Interprété par Héloïse Rôth. Julien Le Nagard à la guitare et Hervé Verdier à la contrebasse. Réalisation Philippe Wagner. Extrait du concert du 2 décembre 2011 au "Théâtre de la Vieille grille". Paroles Héloïse Rôth. Musique : Héloïse Rôth et Julien Le Nagard.

En écoutant ton disque, j’ai perçu dans tes chansons, une jeune femme à la fois forte, fragile, souvent ironique.Est-ce que tu chantes ce que tu es réellement ?

On  ne peut pas chanter un truc qui nous déplait. Si on veut être un minimum crédible, on chante des chansons qui nous correspondent, qui nous parlent, qui nous plaisent. Heureusement, l’écriture permet une super jolie distance. On fait semblant de raconter soi, mais on enjolive ou dramatise les choses. On s’inspire d’évènements, on imagine et après on gratouille là dedans. On pique l’histoire de plein de gens et ça donne l’histoire d’une personne.

Parfois, il y a aussi de la provocation…

Je suis un peu comme ça dans la vie. C’est de l’ironie tendre que je tente de laisser filtrer dans mes chansons. Ce n’est jamais agressif. L’ambiance générale n’est pas triste, juste un peu sombre. Sombre, ça veut dire qu’il y a quand même un peu de lumière quelque part.

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Tu es en concert aux Déchargeurs, tous les jeudis pendant 3 mois… il faudrait que mes confrères viennent aussi te voir.

C’est dur. Ils sont très occupés ou très difficiles à joindre. Ce n’est pas facile quand on est inconnue. Il me manque de la visibilité pour me faire repérer, pour attirer l’attention des professionnels susceptibles de voir mon travail. C’est un peu le challenge de cette résidence. Accueillir des gens qui peuvent raconter sur ce qu’ils voient sur scène.

A la décharge de mes confrères, nous sommes très sollicités par beaucoup d’artistes et c’est compliqué d’aller voir tout le monde. Il faut faire des choix. Mais, bon, Delerm a commencé comme toi, dans la même salle… et puis, le bouche à oreille a fonctionné.

Oui, je sais bien.  Il a commencé tout seul avec son piano dans la petite salle, comme moi. Et puis, il est passé à la salle de 200 places. Après il a signé et on connait la suite. Bon, moi, je suis déjà contente de commencer ainsi, dans une salle magnifique avec une excellente acoustique et une belle histoire.

Adaptation et Interprétation Héloïse Rôth de "I've seen that face before " ( Piazzolla /Grace Jones.) Julien Le Nagard à la guitare et Hervé Verdier à la contrebasse.

Tu es confiante en ton avenir musical ?

Oui, j’ai toujours été confiante. Il y a juste des moments de solitude à traverser. Mon problème, c’est que je crois toujours que les gens sont bienveillants, alors parfois, je tombe de haut. Mais, bon, pour le moment, j’arrive à vivre de mon métier. Je suis intermittente du spectacle et ça m’a donné un souffle. Cette petite aisance financière permet de ne pas faire n’importe quoi pour juste gagner sa vie. On peut prendre un peu plus de temps pour monter des projets le mieux possible, écrire, répéter, travailler, aller dans des directions artistiques adéquates à tes envies. J’ai passé 10 ans à ne pas pouvoir vivre de mon métier, donc tu es contente quand ça arrive.

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17 novembre 2012

Govrache : interview pour son concert au Sentier des Halles

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Govrache fut la cause de vives discussions entre membres du jury du Pic d’or 2012. Il y avait les « pour » récompenser l’audace d’un artiste qui a slamé plutôt que chanté en finale et les « contre » qui trouvaient un peu fort le café un tel comportement. Je ne vous dirai pas dans quel camps j’étais, mais ce qui est sûr, c’est que nous étions nombreux à avoir été bluffés par son texte. Au final, il a remporté le Prix du texte et le Prix du public. Govrache est un malin qui sait parfaitement mettre son auditoire dans la poche. Il faut être doué pour cela.

Quelques mois plus tard, le 19 octobre dernier, et à l’approche du concert qu’il donner jeudi prochain (le 22 novembre) en co-plateau avec Garance (mandorisée là) et Manon, j’ai demandé à Govrache de venir à l’agence, parler de tout ça.

Je tiens à le féliciter sur sa franchise absolue. Ce que vous allez lire, moi, je ne l’avais jamais entendu de la part d’un artiste.

598426_112601222213766_1320434151_n.jpgLa bio officielle :

C’est en 2008, après avoir promené sa guitare manouche sur une centaine de concerts, que David Hebert est devenu Govrache. Accompagné d'Adrien à la contrebasse et d'Antoine au violon, il fait swinguer ses textes et nos sourires : La gavroche sur la tête, la gratte en bandoulière, il se joue des interdits comme il joue de sa guitare, provoque un peu, se moque beaucoup et témoigne en souriant d’un quotidien qui l’amuse…ou l’afflige. Govrache a la trentaine et ça se sent : son écriture est celle de la jeunesse, mais cette jeunesse qui commence à prendre conscience qu’elle est éphémère.

Les textes sont caustiques et corrosifs d’un coté, tendres et nostalgiques de l’autre. On sourit, on rit, on est ému et puis on rit à nouveau. Ses chansons se suivent et nous ressemblent, parce que son inspiration vient du réel, notre réel.

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Interview :

Ce qui m’a fasciné quand je t’ai vu sur scène la première fois, c’est qu’en deux temps, trois mouvements, tu as réussi à capter l’attention du public présent dans la salle.

C’est une question d’habitude. J’ai pas mal de concerts dans les bars où il faut savoir un peu s’imposer avec ses mots et sa musique. Je chante depuis 10 ans en guitare-voix.

Pas seulement en guitare-voix. Tu as plusieurs formules, si je puis dire.

Je joue seul, en groupe, en duo, en trio. Mes prestations varient selon le budget qu’on me propose.

"Le Bleu de travail", capté sur le Bateau El Alamein à PARIS XIII le 22 septembre 2011.

Tu fais de la chanson à texte.

Oui, c’est comme ça que je qualifie mon travail, mais je suis en train de changer un peu. Je me dirige vers le slam. Je trouve que j’ai des problèmes vocaux sur scène. Je ne suis pas à l’aise avec ma voix de chanteur. Tout le monde me dit que j’ai tort de penser cela, mais c’est comme ça que je ressens les choses. Et puis, même… le slam, c’est une autre écriture, une autre manière de faire qui me correspond plus en vieillissant.

Es-tu un littéraire, comme tes textes pourraient le suggérer?

Non, pas vraiment. J’ai beaucoup lu à une époque, fait une fac de philo et eu le bac A2, mais c’est tout. Par contre, j’ai une manière de vivre un peu littéraire. J’aime bien me poser en terrasse, buller, regarder les gens, prendre des notes et surtout écrire, écrire. Mon truc, en fait, c’est d’écrire, pas de chanter, ni de jouer de la guitare. Je n’aime pas jouer de la guitare. Je ne suis pas un musicien, je suis plus un mec qui aime écrire.

Je retranscris tes propos, là, comme ça, dans l’interview ?

Oui, c’est la réalité. Le fait de jouer de la musique, c’est juste le moyen pour qu’un public entende les textes que j’écris. Je me suis dit que le meilleur moyen de faire passer des messages, c’était de les chanter dans des bars. J’aime bien ce truc de capter l’attention d’un mec qui est là, pas du tout pour toi, au milieu d’un bordel insensé. Si tu arrives à capter l’attention d’un mec ou d’une nana dans ce genre de contexte, tu as gagné ton pari. Du coup, quand tu as un public qui est venu dans une salle normale écouter de la musique, c’est vraiment facile pour moi.

"Merde, j'suis prof" au Pic d'Or 2012. ©Via production vidéo - viaprod@sfr.fr - www.via-production-video.com -

On ne va pas innocemment sur une scène si on n’est pas motivé pour jouer, non ?

J’approche des 40 balais. J’ai toujours fait ça. Je pense que si j’avais réussi mes études pour être prof, je ne ferais pas de scène. La scène c’est mon boulot. C’est la meilleure manière pour moi de gagner ma vie aujourd’hui.  Si je ne fais pas de scène, je suis barman au bar du coin et ça m’emmerde. La scène, ce n’est pas une passion. Si je gagne demain au loto, j’arrête la musique. Je continue d’écrire, mais j’arrête de faire de la musique. Quand je dis ça à mes potes musiciens, ils ne comprennent pas des masses mes propos. Eux, c’est vraiment une passion la musique.

C’est la première fois de ma vie d’intervieweur dans ce milieu que j’entends un tel discours. Je le comprends parfaitement, mais peu d’artistes vivent la chose comme toi. Sinon, tu as fait des progrès en tant qu’artiste de scène, depuis tes débuts où tu as tout de suite été à l’aise ?

La scène, ça s’apprend. Mes premiers concerts, ce n’était pas du tout ça. J’étais caché derrière ma gratte, derrière le micro. Je n’étais pas du tout à l’aise comme je le suis aujourd’hui. En dehors des problèmes de voix, aujourd’hui, il pourrait se passer n’importe quoi, je pourrais gérer sans problème. Sur scène, je suis chez moi.

C’est l’endroit où tu te sens le mieux ?

Non, l’endroit où je me sens le mieux, c’est au lit avec ma copine. (Rires). Sans plaisanter, non, ce n’est pas l’endroit où je me sens le mieux. Je préfère 1000 fois aller boire un coup avec un copain pour discuter et savoir comment il va, plutôt que d’être sur scène en face d’inconnus. Mais, c’est super agréable quand même.

Au-delà des textes de tes chansons, dans tes concerts, il y a toujours beaucoup d’humour.

Je me dis que les gens qui viennent, c’est aussi pour se marrer, passer un bon moment. J’aime bien instaurer une relation familière avec le public. Je trouve ça primordial. À la fin de mes concerts, d’ailleurs, je reste systématiquement avec le public dans la salle pour discuter avec lui.

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Pourquoi fais-tu des tremplins régulièrement. Comme le Pic d’Or à Tarbes en mai 2012 où je t’ai vu pour la première fois et même remis "le prix du texte" (voir photo ci-dessus).

Parce que ça me permet de rencontrer plein d’autres artistes. Je suis devenu pote avec Pierre Donoré par exemple. Pierrot Panse, c’est un type que je vais revoir, c’est certain. On fait connaissance avec plein de gens et c’est un des aspects positifs de ce métier. Je ne vais pas m’en priver.

Parle-moi de « Panne d’essentiel ». Je trouve que c’est une chanson importante de ton répertoire.

C’est marrant que tu me dises ça, parce que c’est vraiment la chanson que les gens reçoivent le mieux quand je l’interprète. C’est une chanson qui dit qu’il ne faut pas se tromper de vie. Non, pardon, une chanson qui dit qu’il ne faut pas se tromper de priorité plutôt. Il y a des choses plus importantes que de gagner de l’argent. C’est une chanson que je vais continuer à écrire et qui va évoluer avec le temps. Je n’ai pas la télé, mais il m’arrive de regarder le zapping sur internet. Tout tourne autour du bizness. On sauve les banques, mais on ne sauve pas les banquises.

"En panne d'essentiel", extrait du concert du 10 décembre 2011 à Ivry-Sur-Seine

Il y a aussi des chansons légères comme « N’en déplaise » et « Élise »…

Légères pour certains et puis extrêmement graves pour d’autres. Élise, il y en a qui quitte la salle quand ils entendent le texte de cette chanson.

Des cathos intégristes ?

Je ne sais pas, mais je les ai heurtés visiblement.

Ça doit te plaire. Tu as un côté provocateur je trouve.

Enfin, le but, ce n’est pas de faire fuir les gens non plus.

Tu n’es pas encore un artiste « populaire ». Es-tu heureux de la vie d’artiste que tu mènes ?

Oui. Je fais ce que j’aime et ça, c’est le plus important. Si ce n’était pas le cas, je changerais de vie dans la seconde.

Mais pour gagner ta vie, c’est suffisant ?

Je vis petitement. Et je ne consomme pas. Quand tu ne consommes pas, tu n’as pas besoin de beaucoup d’argent.

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La vie pour faire ce que l'on veut... même s'endormir quand Mandor parle.

Ton optique de vie, c’est faire ce que tu veux.

Oui, mais je passe peut-être à côté de plein de trucs. Tu vois, je n’ai pas d’enfant. J’ai un camion tout pourri, 3 T’Shirts et un jean. J’ai d’autres contraintes que quelqu’un qui va travailler tous les jours n’a pas, mais ses contraintes à lui, je ne les ai pas. Mon truc premier, c’est prendre un tout petit peu de plaisir lors de mon passage sur Terre. Depuis que je suis gosse, je suis comme ça et personne ne me changera.

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est que tu ne fais pas la morale aux autres. Il n’y a pas de « voilà la vie, il faut faire comme ci, il faut faire comme ça… » 

Je déteste qu’on me fasse la morale, alors je ne vais certainement pas la faire aux autres. Je passe beaucoup de temps sur mes textes parce que je n’ai pas envie qu’on me prenne pour le donneur de leçons. Malgré tout, j’ai quand même envie de dire ce que je pense, après on le prend comme on veut, mais le but n’est pas de faire la morale. Tu sais, des chansons avec des personnages, ça reste des chansons égocentrées quand même. Les chansons sont tournées vers celui qui les chante. C’est moi qui pense telle ou telle chose, mais ce n’est qu’un regard parmi des milliers.

As-tu l’impression qu’un chanteur doit chanter des chansons qui soient utiles, qui fassent bouger les consciences ?

Des chansons qui fassent réfléchir pourquoi pas ? Bon, mais après, je suis parfaitement conscient que ça ne change pas la donne. Là, tu vois, je viens d’écrire un slam sur les SDF. Je tape un peu sur la société parce que si les SDF sont dans la rue, c’est parce que la société les y laisse. En tout cas, c’est mon point de vue. Si des gens sont touchés par ma chanson, je sais que rien ne changera par-derrière pour autant. Moi non plus je ne fais rien pour changer les choses concrètement. Là, je fais aussi une chanson sur l’écologie et la banquise, parait-il, ne s’arrête pas de fondre. Si on parle en termes d’utilité, j’affirme que ça ne sert à rien une chanson, si ce n’est prendre du plaisir sur un instant T.

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Tu vas être en concert le jeudi 22 novembre au Sentier des Halles. Mais pas tout seul. Tu partages le plateau avec deux autres artistes que j’aime beaucoup, Garance et Manon.

C’est un concert important pour nous. Le but, c’est aussi de faire venir quelques professionnels dans la salle. Ça fait longtemps que je voulais chanter avec Garance. On se connait depuis longtemps et j’adore ce qu’elle fait. Manon, aussi, je trouve vraiment bien son travail. Elle, je l’ai connu au Pic d’Or, mais on s’est tout de suite très bien entendu, au sens propre comme au figuré. Le concert sera bien, tu verras.

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16 novembre 2012

-M-: CD'Aujourd'hui (+interview intégrale)

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Je n’avais encore jamais rencontré Matthieu Chédid (dit-M-). Son père, Louis, et sa grand-mère, Andrée, de nombreuses fois, mais pas lui. Les hasards de la vie ne nous avaient pas encore placés sur le même chemin. L’émission CD’Aujourd’hui m’a permis d’y remédier.

Le 2 novembre dernier, dans les studios de Music Live Productions à Montrouge, nous avons enregistré/filmé une session de "Mojo" rien que pour nous (3 prises), puis je l’ai interviewé pour l’émission… comme elle ne dure que deux minutes, je vous propose ici l’intégralité de l’entretien.

Avant de le lire, je vous propose ma chronique parue dans le nouveau ActuFnac (daté du mois de novembre 2012)

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Pour regarder le CD'Aujourd'hui consacré à l'album Îl de -M-, diffusé le jour de la sortie du disque le 12 novembre dernier, il vous suffit de cliquer ici.

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Interview:

Faut-il surprendre pour faire un bon disque ?

Je crois qu’il faut se surprendre soi-même et surtout avoir le sentiment de se renouveler, de réinventer et , paradoxalement, de ne pas être dans la peur de se copier soi même. L’inconnu est une bonne chose, quitte à même parfois déraper ou se tromper. C’est important d’oser. Il faut se surprendre soi-même. Plus on se surprend, plus on surprend les autres.

Comment parvient-on à se surprendre ?

On se surprend surtout dans les rencontres. Je crois que j’ai besoin de me régénérer en faisant de nouvelles rencontres, c’est la raison pour laquelle je suis allé à Los Angeles. Ça m’a donné beaucoup d’énergie. Même si je l’ai ramené en France. J’ai fait ce disque dans mon petit studio à Paris. C’était pour moi comme une renaissance, un redémarrage, une nouvelle ère. J’ai eu l’idée d’inventer une île, d’inventer un lieu et surtout de s’amuser.

Qu’est ce que c’est le Îl du titre de l’album ?

Ce qui est important pour moi, c’est de laisser la porte ouverte à l’autre, c'est-à-dire d’enlever une lettre. Ça permet juste d’ouvrir l’imaginaire et de s’inventer son histoire et son propre lieu, c’est ça qui m’intéresse. À l’image des chansons. J’étais dans l’économie des mots. Ce n’était pas par flemmardise, mais par volonté artistique de laisser beaucoup de place à l’imaginaire.

-M-, MOJO, premier single extrait du nouvel album Îl.

Vous jouez beaucoup plus avec les mots dans cet album. C’est flagrant.

C’est important pour moi de désacraliser le côté littéraire. On a l’habitude en France d’être très attaché aux mots, à la grammaire. On est presque un peu cul serré. Il faut qu’on parvienne à se débrider. Grâce à ma famille, ma grand-mère et mon père notamment, qui maîtrisent vraiment la langue et qui l’a subliment, j’ai acquis un savoir-faire qui m’a permis de la violenter et de lâcher prise sur le côté trop sérieux. Dans cet album, tout est prétexte au jeu et à l’énergie positive.

Vous vous accordez même quelques libertés avec la langue française.

Une chanson permet tout. Par rapport à un texte écrit, quand on chante on peut inventer des orthographes, des grammaires, des formules. Ce sont les petites inventions qui m’intéressent.

Il y a un texte très revendicatif dans lequel vous vous adressez aux politiques, « La grosse bombe ». On n’a pas l’habitude de vous entendre lancer des messages si  frontalement.

« La grosse bombe » est une chanson d’adolescence. Je l’ai composée il y a 15 ans, à l’époque du Baptême. Elle est réapparue comme ça dans l’énergie de ce nouvel album. C’est une chanson un peu frontale et premier degré, mais en même temps, avec un humour qui sauve tout. C’est une raillerie sur la surenchère et sur la mascarade politique qui évidemment me touche.

-M- revient 1 an et demi plus tard devant les caméras du HibOO pour interpréter "Océan", extrait de son nouvel album Îl.

En écoutant ce disque, on a la sensation qu’il s’est fait dans la joie et la bonne humeur.

Ça s’est fait entre potes et dans la joie de faire de la musique, d’inventer des choses, de créer des sons, j’allais dire pousser les boutons à 11, faire un peu n’importe quoi, comme des sales gosses, un peu. C’est vraiment l’album du lâcher-prise. Peu importe le regard de l’autre, amusons-nous et soyons libres totalement. Quand on a la chance d’avoir un public et de créer comme ça un univers, on peut vite s’enfermer, avoir peur de décevoir. Je crois qu’il faut se faire confiance et aller au bout de ses idées. Ce disque est le premier disque que j’ai gardé en secret pratiquement jusqu’à la sortie. La plupart de mes proches n’ont pas écouté ce disque encore. Je l’ai préservé pour aller au bout de mes intentions, des idées et de la folie de ce disque.

Ce disque est plus énergique, voire plus viril que les précédents.

Je suis gêné par le terme viril. Je dirais qu’il est plus masculin. Ce n’est pas pour rien que l’album s’appelle Îl. C’est peut-être le disque d’un homme plus que celui d’un adolescent ou même d’un adulescent. Grâce à ma fille et au fait que j’ai 40 ans, ça me permet d’aller plus dans le délire parce qu’à 40 ans, on peut faire n’importe quoi aussi… tout en étant responsable.

On dit que le succès endort. Vous luttez contre ce phénomène ?

C’est tellement une chance le succès et tellement un miracle, voire même un accident que, quand il se répète, c’est troublant. J’ai toujours appris grâce à mon père que tout cela était éphémère et très fragile. Je sais que la vie et ce métier sont fragiles, je m’attends toujours à ce que tout ça s’arrête. J’ai tellement conscience que j’ai de la chance que ça marche, que j’essaie d’être perpétuellement à la hauteur de cette chance.

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Ca met de la pression de vouloir être à la hauteur ?

Oui, mais ça met de la pression avec soi même, d’être en phase avec soi, honnête et juste avec sa vie intérieure. Ce que je veux, c’est être connecté, faire plaisir aux gens et balancer de l’énergie positive.

Se renouveler, faire un album différent à chaque fois, c’est aussi prendre des risques.

J’espère me remettre en question à chaque fois. Chaque nouvel album est un premier disque. On me rappelle à chaque fois que j’ai une histoire que j’ai fait ça avant. Je suis en vie. J’ai besoin de me transformer, de me réinventer, de ne pas figer ma musique et mon personnage.

C’est un album plus positif que les précédents.

L’énergie musicale est avant tout une énergie animale. Au-delà du mental, au-delà de l’intellectualisme, je veux donner un message charnel et sensuel et donc, ça passe par le rythme,  l’intensité et quelque chose d’indéfinissable qui nous dépasse un peu.

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Pendant la session de "Mojo"

On voyage beaucoup dans ce disque. Il y a des rythmes orientaux, hispanisants...

Ce disque est composé de titres qui sont comme des petites scènes hollywoodiennes. Ce sont des décors assez typés. On va à fond dans les univers et dans les jeux de rôles.

Vous êtes très fier de ce disque, je crois.

Même si c’est la scène qui va encore plus enflammer ce disque, je considère qu’il fait partie des grands disques de -M-.

Vous craignez les réactions du public ?

Je ne crains pas. Je les accepte avec bonheur. Je comprends aussi bien quelqu’un qui est agacé par ma voix que quelqu’un qui va être apaisé par elle. Ça fait partie de la vie. Chacun est dans son monde, chacun est dans son île, justement. Ne pas plaire à tout le monde à un côté rassurant. Ça veut dire qu’on avance. Si c’est trop consensuel, il y a un problème quelque part. Je suis rassuré quand la chose bouscule un peu. J’accepte le regard de l’autre et en même temps je suis heureux de faire du bien aux gens.

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Petite session photo après interview.

2 novembre 2012 à Montrouge.

15 novembre 2012

Benjamin Biolay : interview pour la sortie de Vengeance

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(Crédit: Claude Gassian)

Après le succès de La Superbe en 2009, deux Victoires de la Musique, et une tournée mondiale à guichets fermés, Benjamin Biolay livre un nouvel album aux influences new wave ou hip- hop amplifiées et totalement assumées.

Pour le magazine gratuit de la FNAC, ActuFnac, qui a élu Vengeance, album du mois, j’ai rencontré Benjamin Biolay sur la terrasse d’un hôtel de la capitale, le 25 octobre dernier. Il en était au tout début de sa promo marathon. Depuis, il l’a arrêté complètement (et subitement). Il s’est rendu compte qu’on le voyait trop… et que ses propos pouvaient devenir source à polémiques. Dans l'interview qu'il m'a livré, il n'a pas non plus la langue dans sa poche... et c'est appréciable.

(Pour l'anecdote, Benjamin Biolay fut l’un de mes tout premiers mandorisés. C'était en juillet 2006, l’occasion en cliquant ici, de se rendre compte que ce blog a quand même un peu évolué).

Vengeance sur iTunes

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Suite de l'interview non publiée...

Je sais que vous écoutez beaucoup de hip-hop.

Oxmo Puccino, Akhenaton, Oreslan, Joey Star, Booba… j’écoute tout le temps du hip-hop en fait. Quand j’écoute cette musique, ça ne me pollue pas du tout, je n’ai pas l’impression de travailler. Je danse, je reprends des punchlines… bon, ça m’influence un tout petit peu, mais j’en suis très satisfait. Par contre, je ne pourrais pas écouter toute la production francophone de mon style. Parfois j’adore. J’ai écouté le dernier disque de Dominique A en boucle, mais j’avais fini le mien.

Vous travaillez avec beaucoup de monde. Vous n’arrêtez jamais, en fait.

Quand je fais un album pour Isabelle Boulay ou pour Vanessa Paradis, je me lance à fond, comme si c’était pour mes propres albums. C’est à chaque fois 5 mois de ma vie.

Pourquoi tant d’investissement ?

Parce que j’aime la musique et je n’aime pas spécialement en faire tout seul dans mon coin. Je donne autant que je reçois. Et puis, je deviens de plus en plus compétent dans le domaine de la réalisation et je travaille souvent avec des gens qui me font une confiance absolue alors la réciprocité est là.

On a le sentiment que vous souhaitez élever la chanson française vers le haut. Inconsciemment ou non, plaire à beaucoup en leur offrant la qualité maximale.

Oui, enfin, vous savez, il y a beaucoup d’artistes français pour lesquels j’ai énormément de respect. Mais j’avoue que quand je commence un disque, je n’écoute absolument personne d’autre. Certainement pas du pays.

Le clip du premier single, "Aime mon amour".

Je trouve que ce n’est pas saugrenu cette comparaison que vous avez faite avec les sportifs en début d’interviews.

Il y a plein de points communs entre un musicien et un sportif. Par exemple en studio, au début, c’est comme une reprise. On n’est pas trop réactif, on se retrouve un petit peu perdu, on n’a pas la maîtrise qu’on finit par avoir au bout de 15 jours de studio. On est super chaud et c’est là qu’on compose des chansons qui arrivent au dernier moment. Il faut maintenir le cap. Il y a vraiment cette rigueur qu’ont les sportifs rigoureux. Là, je sais que je vais commencer les répétitions et je sais qu’après la première répét, je vais rentrer chez moi déprimé. C’est possible que je sois complètement à la ramasse, que j’aie du mal à m’entendre. Pour le live, il faut vraiment s’entraîner comme un sportif.

Revenons aux doubles lectures dans vos chansons. Dans cet album, Vengeance, c’est plus flagrant qu’à l’accoutumée, je trouve.

Tout a toujours été codé et ce le sera tout le temps.

Dans « Confettis » par exemple.

Au début, quand je dis « ça ma va droit au cœur d’avoir votre estime »… je parle au public, puis, ça n’a plus rien à voir avec ça.

On comprend après que c’est un règlement de compte.

Oui, mais gentil. Dans le sucre glace. C’est la magie de l’anaphore. Quand on répète une phrase en boucle comme ça, après, à chaque phrase, on peut prendre un virage différent.

Dans « Sous le lac gelé », vous évoquez des convois de déportés qui passent en Ile-de-France.

Là on est en plein encodage (sourire). Ce titre aurait pu s’appeler Les fantômes dans le placard, sauf que je les imaginais pas loin de la surface. Sur le lac gelé. C’est une chanson sur toutes les choses qui me révulsent et qui me font mal. Chaque fois que j’emmène ma fille à l’école, je passe devant une plaque où il y a écrit : « À la mémoire des 9 enfants juifs déportés… ». Quand j’entends certains cadres de la droite dite nationale refuser que la France fasse des excuses en bonne et due forme, je suis dégouté. Ce n’est pas le régime de Vichy qui a accepté ça, c’était l’état français. Pareil pour les évènements de Charonne, pour plein d’événements qui se sont déroulés pendant la guerre d’Algérie. Tous les républicains reconnaissent que la terreur, c’est la tache de merde absolue sur la Révolution Française. C’est le sommet de la boucherie, de la bêtise humaine. A partir du moment où on reconnait ça, l’acte de repentance est obligatoire. Il y a certaines nations qui le font et avec succès.

Pourquoi ne pas évoquer tout ceci de manière plus frontale ?

Non, je n’ai pas la légitimité politique pour faire la morale plus que ça. On peut être, ce qui est mon cas, un homme engagé et un chanteur et ne pas mélanger les deux. Moi, je dis de manière éthérée et politique. J’ai toujours milité et j’ai toujours fait des chansons. J’ai commencé au même âge ces deux activités, mais j’ai toujours fait le distinguo. J’ai déjà écrit des brulots, mais je ne les ai jamais enregistrés. Ça aurait mal vieilli. C’est pour ça que je ne fais jamais de name dropping dans mes chansons, c’est le moyen idéal pour les dater.


Benjamin Biolay (Marlène déconne) par Immendorff

Comment vivez-vous le fait de parler de son disque à des journalistes ?

C’est périlleux. Un disque se suffit à lui-même. Les gens qui achètent des disques, on ne va pas leur expliquer ce que signifie telle ou telle chanson. Avec vous, c’est intéressant parce que vous vous êtes rendu compte que je codais comme un cochon. (Rires). Ça ouvre un champ de discussion.

Est-ce que vous êtes étonnés de tout ce qui vous arrive ?

Je vous parle très franchement. J’ai un bol de malade. J’ai toujours eu l’instinct de me dire « ne rate pas cette chance, même si ça va être compliqué ». Il ne faut jamais tourner le dos à la chance. Il faut vraiment savoir la saisir. J’en ai eu tellement, que même moi, ça m’impressionne. Je viens de Villefranche-sur-Saône, d’une famille très cultivée, mais de smicard qui ne connaissait personne dans un quelconque milieu artistique. Ça a été un combat et en même temps beaucoup de joie.

Au début de votre carrière, il y avait les pour et les contre.

Il y avait plus souvent les contre.

Et aujourd’hui, on entend plus que des pour.

Je préfère ça que le contraire.

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Le 25 octobre 2012, à l'issue de l'entretien.