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26 novembre 2012

Alexandre Astier : interview pour Que ma joie demeure!

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alexandre astier, que ma joie demeure, interview musiquemag, mandor, jeuxactu, filmsactuAlexandre Astier est de retour dans une performance scénique époustouflante ! L’auteur de la célèbre série Kaamelott monte sur les planches pour interpréter avec finesse et brio Que Ma Joie Demeure !. Un spectacle unique où le portrait insolite de Jean Sébastien Bach est revisité avec la touche Alexandre Astier. Entre les leçons de piano désopilantes et les confessions intimes, il mélange les genres, du rire au drame, du théâtre à la musique.

Pour MusiqueMag et Les chroniques de Mandor, je suis allé à la rencontre de ce comédien auteur inspiré (que je tiens pour un génie depuis des années) dans un appartement parisien… le 15 novembre dernier. Merci à Alexandre Astier, carrément malade ce jour-là, mais qui a eu la gentillesse d’assurer l’interview avec professionnalisme et gentillesse.(Il a annulé le rendez-vous suivant.)

J’étais ce jour-là accompagné par mon collègue de FilmsActu, Fabien Waxin, fan du monsieur (qui a posé les deux dernières questions). Ensuite, il y des liens qui évoquent la fin de Kaamelott,  Kaamelott le jeu vidéo et enfin sa vision de Star Wars 7

Bande annonce...

Interview :

Comment prend-on la décision de bâtir toute une pièce sur Bach. Il faut l’aimer, il faut être touché par sa vie, l’admirer ?

Je l’avais beaucoup étudié avant, musicalement, mais le bonhomme reste un mystère. Avant que je ne fasse des recherches poussées, moi qui ai vécu dans des conservatoires toute mon enfance, il ne transparaissait rien de l’homme. Sa musique est bouleversante et elle fait école. Mais le mec, non. Il a fallu aller à la recherche de qui il était. Ce n’est qu’avec ces recherches que j’ai compris qu’il y a un sacré bonhomme derrière. Même si c’est quelque fois exagéré dans le spectacle, j’ai constaté que c’était quelqu’un de charnel, quelqu’un qui avait mauvais caractère. Il était en bisbille avec sa hiérarchie, tout le temps et sur beaucoup de points. Il était aussi  monomaniaque. Je voulais faire quelque chose sur Bach depuis longtemps, mais les choses étaient tellement floues en ce qui le concernait, que j’ai toujours reporté ce projet. Je n’avais que des choses techniques à dire. Des choses sur la partie « leçon », ça j’avais. Je savais aussi qu’il avait perdu 10 enfants sur 20, mais c’est tout.

Vous dites que c’était un être mystérieux, mais il existait des ouvrages qui ont tenté de percer le mystère, l’armure de Bach.

Notamment ceux du musicologue et écrivain, Gilles Cantagrel. Il a relevé beaucoup de traces de gens qui parlent de lui. J’ai recoupé les témoignages et j’ai pu commencer à dresser un portrait et une personnalité proche de la réalité.

Pour camper le personnage, vous êtes-vous rapproché au maximum de ce qu’on disait de lui ou, au nom de l’humour, vous l’avez un peu caricaturé ?

Je n’ai pas pu respecter de manière immodérée l’homme qu’il était réellement, parce que personne ne peut nous dire comment il était vraiment. Tout ce que je sais, c’est que c’était un bonhomme. La seule chose que je peux dire, c’est que tous les personnages historiques ont eu des vies avec plein de soucis comme on en connait tous. Ils ne sont pas sans aspérités, contrairement on ce qu’on voudrait nous faire croire. Je ne vois pas pourquoi Bach n’aurait pas été comme tout le monde.

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alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactuVous racontez tous les pans la vie de Bach, même les plus tristes. La perte de ses nombreux enfants. Et surtout la peur de la perte de nouveaux enfants… Il y a une scène très émouvante sur le sujet. C’est dur l’équilibre, à trouver, entre le rire et les larmes.

Je crois même que c’est la seule chose difficile. C’est même une quête de tous les instants. Dans Kaamelott c’est pareil, il fallait que je trouve l’équilibre entre le drôle et le pas drôle. La promesse au public, c’est qu’il ne s’ennuie pas. Ça fait un moment que je fais ça, bien avant Kaamelott. J’ai fait des pièces de théâtre avant et il y a avait toujours ce côté comédie et plus grave. Pour moi, c’est une quête permanente que de faire cohabiter les rires et les larmes sans que ce soit indigeste.

Vous dites que l’humour, c’est le verni, c’est ce qui ne se raconte pas, ce sont les couches de peintures qu’on met par-dessus une histoire sérieuse. Mais parfois, avez-vous envie de vous laisser aller aux grosses ficelles de l’humour.

C’est un truc que je n’ai pas envie de faire, mais c’est surtout un truc que je ne sais pas faire. Je crois simplement que je ne les ai pas, ces ficelles. Je ne suis pas doué pour ça. Je n’arrive pas à me fixer sur des choses qui, soi-disant marchent ou ne marchent pas, pas plus qu’un public qui éclate de rire ne me semble un meilleur public qu’un public plus discret, plus attentif, plus pudique. Je ne me base pas là-dessus. Je pense qu’une histoire, c’est une histoire et qu’une histoire n’est pas intrinsèquement drôle. Une histoire, c’est des faits, une situation. L’humour, c’est le vernis, c’est ce qu’il y a dessus, c’est la façon dont on raconte les choses. Oui, c’est une façon, pas forcément le fond. L’humour, ce n’est pas mon métier. Je raconte des histoires et je veux qu’on les prenne telles que je les donne.

Mais pourtant, chez vous l’humour est sous-jacent constamment dans votre œuvre. Vous êtes en train de me dire que l’humour qui se dégage de la façon de raconter vos histoires est naturel et non le fruit de réflexion « pour faire rire ».

C’est de la séduction. Après, comme toutes les séductions, est-ce que c’est sincère ? Est-ce que ce n’est pas se montrer sous son meilleur jour ? Un auteur-acteur sur scène, qu’est-ce que c’est d’autre pour le public que quelqu’un qui s’arrange pour être vu sous son meilleur angle ? Faire rire, ce n’est pas un truc que vous déclenchez au moment d’écrire vos scènes. Vous essayez d’être ça, toute la vie, tout le temps, partout. Vous essayez d’être celui qui arrive à faire sourire, celui qui arrive à avoir un angle de vie un peu particulier sur tel ou tel sujet.

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Donc, Alexandre Astier est un peu comme on le voit dans Kaamelott ou dans Que ma joie demeure ?

Il y a un cousinage. Il y a un fond tragique et un vernis rigolo. Sinon, je ne raconterais pas mes histoires de cette manière. ce phénomène doit s’expliquer, se psychanalyser... ça vient de très loin, je suppose.

Dans Que ma joie demeure, je suis impressionné par votre texte. Il est très compliqué, surtout au début, quand Bach répond à la question, « qu’est-ce que la musique ? »

En l’occurrence, tout ce que je raconte est vrai. C’est parce que c’est vrai que je m’y retrouve. Je suis musicien, j’ai étudié tout ce que je raconte, donc, je n’ai jamais eu de mal à retenir ces choses-là. Ce sont des termes qui sont presque phonétiques, d’où, effectivement, l’impression de complexité.

Quand on vous dit que vous avez un humour fin, spirituel, intelligent, vous avez tendance à faire le faux modeste ?

Comment dire ? Je prends le risque de demander beaucoup du public et d’exiger des choses d’eux. Je ne peux pas leur dire, « venez, je vais vous faire marrer », puis c’est fini. Je leur demande de me suivre aussi quand ce n’est pas drôle, je leur demande de me suivre quand c’est plus compliqué, je leur demande même de me suivre quand c’est même flou ou bancal. Je leur demande de me suivre tout le temps. Donc, quelqu’un qui me dirait « écoute, t’es trop compliqué, moi j’ai envie de passer une bonne soirée, tu me fais chier avec tes histoires », je serais malheureux, évidemment. À l’inverse, quand il se passe ce que vous dites, que les gens disent « j’aime bien Astier parce qu’il me parle comme ça », c’est la vraie récompense. Ça veut dire qu’il y a des gens pour recevoir ce que j’ai envie de faire.

Kaamelott : le mega best of ! (livre I et II)

Pour en revenir à Kaamelott. Il y a deux façons d’appréhender vos épisodes. Soit on se marre franchement, soit on se dit « le mec est très très fort ». Moi, je suis entre les deux…

Je pense qu’il y a les deux.

Dans le DVD, il y a une scène ou Bach parle à ses élèves, et là, j’ai vu Louis de Funes alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactudans La Grande Vadrouille. Je me suis souvenu que Kaamelott est dédicacé à Louis de Funes. En quoi vous a-t-il influencé ?

Je suis obligé d’être plus général à son sujet. Il m’a influencé dans le fait de me donner envie de jouer des situations ou mon personnage est plus rapide que les autres. Pas plus intelligent forcément, mais qui a un cran d’avance. De Funes s’est toujours arrangé pour jouer des personnages qui subissent le rythme des autres. Il est toujours un peu plus rapide que les autres, du coup, tous les autres le font traîner ou retardent ses affaires, ses enjeux. Comme je regarde de Funes depuis que je suis tout petit, je pense que j’ai hérité de l’envie de jouer ça, des situations comme ça. Donc, je joue plus volontiers des situations où Bach parle à des gens qui en savent moins que lui ou qui dirige un orchestre qui lambine et on peut y retrouver, très modestement, un peu de lui. Mais, je le répète, c’est plus général que ça. Parce que dans Kaamelott, le Roi Arthur, dans une réunion de la table ronde avec les chevaliers, c’est hérité de de Funès aussi. Je ne l’imite pas, mais c’est vraiment l’envie de jouer ça avec des gars qui ne veulent pas le suivre, qui ne sont jamais motivés, qu’il faut toujours enthousiasmer… oui, indéniablement, je pense que tout ça vient de lui.

alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactuQuand on voit Kaamelott, on voit l’histoire du Roi Arthur qui cherche sa descendance. Dans Que ma joie demeure, on voit ça aussi. La question de la descendance est-elle primordiale pour vous aussi ?

Bon sang, mais vous avez raison. Même dans mon film David et madame Hansen, il y a un enfant mort. Bon, aujourd’hui, je pense que ça va mieux. Il a fallu tout ça. On est tous en train de fourguer notre angoisse. Je ne suis pas le seul. J’avais un truc qui trainait avec ça. Avant d’avoir des enfants moi-même, j’étais persuadé de ne pas pouvoir en avoir. Je ne sais pas du tout d’où je tiens ça, parce que j’en ai eu sans problème. Je vivais dans le truc de me dire, "je ne vais pas y arriver, ça va m’être interdit". C’était un grand cauchemar alors que depuis l’âge de 16, 17 ans je souhaite en avoir. Je n’ai pas trouvé tout de suite une dame assez courtoise pour m’en faire tout de suite. J’avais 25 ans, mais si j'avais pu en faire plus tôt, je l’aurais fait, je vous assure. J’ai vécu avec cette panique jusqu’à ce que j’en ai, à tel point que quand ma femme m’a annoncé qu’elle était enceinte pour la première fois, je ne l’ai pas cru tout de suite. Je ne sais pas, l’enfance, c’est quelque chose qui me touche. La mienne. Et ma paternité, je n’en fais rien d’original, mais c’est le fruit d’une grande inspiration. Désormais, là, avec votre réflexion, je ne vais plus dire les choses de la même façon. Je pense.

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Avec Alexandre Astier, le 15 novembre 2012.

Bonus de Fabien Waxin :

Alexandre Astier évoque la fin de Kaamelott.

Il donne des détails sur Kaamelott le jeu vidéo.

Et enfin, il livre sa vision de Star Wars 7

Commentaires

J'ai eu l'occasion de voir le spectacle, et autant dire qu'Astier est au top ! !!!

Écrit par : Achat appartement Orléans | 03 décembre 2012

Rarement rencontrés , aussi étroitement mêlés, les talents de comédien et de musicien,
ont fait de"Que ma joie demeure" une réussite absolue, un chef d'oeuvre de rythme,
de profondeur, de pudeur.
Un tres grand merci à A.Astier,tres grand comédien qui a eu la bonne idée de réaliser ce DVD
pour ceux qui n'ont pas eu la chance de le voir au Theatre....

Écrit par : catherine sterling | 11 décembre 2012

Un excellent moment, en rire et profondeur, où l'on découvre une autre facette de cet extraordinaire acteur qu'est Alexandre Astier, capable de jouer aussi bien du clavecin qu'avec les mots... Grand fan de Kameloot, j'ai découvert grâce à ce spectacle un autre grand homme, Jean-Sébastien Bach, dans un hommage poignant, drôle et tellement émouvant... Le talent d'un très grand artiste qui parle d'un autre très grand homme... Un spectacle à voir et revoir !!!

Écrit par : Thomas Gayrard | 23 février 2013

Je dois malheureusement attendre septembre afin de le voir sur scène, mais je ne pense pas être déçu.
J'espère que la fin de kaamelott sortira avant une dizaine d'années, enfin bon je préfère patienter que de ne jamais pouvoir voir la suite.

Écrit par : prud'hommes | 11 avril 2013

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