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14 novembre 2012

Jorane : interview pour L'instant aimé

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"Peu d’artistes au Québec ont un parcours et un son aussi singuliers que l’auteure-compositrice-interprète de renommée internationale qu’est devenue Jorane. Forte de dix albums, de centaines de spectacles à travers son pays, de plusieurs tournées mondiales et de collaborations artistiques aussi riches que variées, elle séduit public et critique, laissant une trace indélébile dans le paysage culturel".

jorane,l'instant aimé,interview,mandorPrésentation de l’album :

Jorane, découverte grâce aux albums Vent fou et 16mm, fée prodige du violoncelle et des voix aériennes nous revient femme et en pleine possession de sa fougue créatrice. Sur son nouvel album, après 15 ans d'expériences musicales intenses et très variées, Jorane revient à ses premières amours : des compositions instrumentales audacieuses, de longs échanges violoncelle/voix intenses, des chansons à texte poétiques et quelques reprises bien choisies, déconstruites et reconstruites à sa manière.

Jorane est venue à l’agence (merci Flavie Rodriguez…une xième fois), le 18 octobre dernier, présenter son dernier né. Un bijou absolu!

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Interview :

Je ne connais rien de votre vie. Avez-vous été élevé dans la musique?

Elle était très présente en tout cas. On avait un piano à la maison, mais on ne faisait pas de grandes fêtes musicales comme dans certaines familles québécoises ou tout le monde joue de tout. On m’avait inscrit à des cours de piano étant toute jeune. J’ai utilisé le piano comme moyen d’expression, sans apprendre vraiment à en jouer. Ensuite, j’ai appris la guitare classique, puis le violoncelle. Ça a été le coup de foudre pour cet instrument. Je savais que je voulais faire de la musique dans ma vie, mais j’ai été chanceuse que le violoncelle arrive assez tôt dans mon cheminement musical, pour que je puisse en faire mon instrument principal.

Vous venez en France de manière épisodique, mais je crois toujours avec plaisir.

Au début, j’étais ici tout le temps. Les premières fois que je suis venu en France, c’était en 1998, 1999. Je me rappelle d’avoir fait des tournées ici de plusieurs mois d’affilées. Là, ça fait 6 ans que je ne suis pas passé par ici.

En France, tous vos albums ne sortent pas. J’en ai comptabilisé 4 qui sont arrivés jusqu’à nous.

C’est ça. Oui, Vent fou, 16 mm, The You and the Now et puis celui-là, L’instant aimé. Mais, moi, j’en suis à mon dixième disque au Québec.

Teaser de l'album L'instant aimé.

jorane,l'instant aimé,interview,mandorL’instant aimé est le disque d’une artiste exigeante. C’est la première fois que j’entends un album commencer par un texte de René Char.

Je n’ai pas mis souvent des poèmes en musique. Le poème n’a pas besoin de musique pour pouvoir vivre, c’est même un peu délicat de se lancer dans cet exercice. L’an dernier, alors que j’étais en concert, on m’a apporté des cadeaux parce que c’était mon anniversaire. Parmi lesquels un recueil de poèmes de René Char. Je l’ai découvert et quand je suis tombé sur ce poème là, "Allégeance", ça a été un vrai coup de foudre, un véritable choc. Ce poème, je l’ai d’abord mis en musique spécialement pour un concert avec l'ensemble à cordes Imusici de Montréal (Moment de grâce et bougie d'allumage du projet), puis, réinterprété et réarrangé pour l'album.

C’est une sacrée responsabilité tout de même.

Il faut vraiment laisser parler l’instinct, il faut y aller avec nos émotions et il ne faut surtout pas installer des barrières au début, sinon, tout perd de son sens et c’est là qu’il ne se passe rien, que la page reste blanche. Dans l’art, c’est d’abord l’instinct, après on voit si ça vaut la peine d’être partagé.

Faut-il faire en sorte d’aller à contre-courant des autres?

Oui. Ça dépend de l’artiste et de ce qu’il a envie de partager. Moi, par exemple, avec cet album-là, je me suis dit : « OK, je fais une instrumentalisation qui vient me chercher, mais comme je ne suis pas un « band » avec les mêmes musiciens tout le temps, j’ai le plaisir de pouvoir colorer les chansons selon mon bon vouloir ». Il faut oser. Il faut travailler. Bon, je pense que c’est ce que font tous les artistes.

Pas toujours de manières si prononcées. Dans votre deuxième morceau, vous chantez, mais sans paroles. Ce sont des vocalises…

On m’a connu avec l’album 16 mm et tout l’album était élaboré avec ce principe. Il était en entier sans paroles, mais avec la voix partout. Du coup, les gens ont prétendu que c’était un langage à moi, du « joranien ». J’ai gardé ce terme-là parce que ça me fait rire. Je compare ça grossièrement à un crayon. Si on ne prend un crayon que pour écrire des mots, on passe à côté du dessin. Moi, j’utilise ma voix pour en faire de la musique.

C’est amusant, parce que je pourrais tout à fait comprendre ce genre de procédé par quelqu’un qui ne fait pas trop attention aux textes, alors que vous, vous y attachez une forte importance.

Pour que je décide d’inclure des paroles dans une chanson, il faut que ça en vaille la peine. La musique, au départ, c’est mon premier véhicule. Souvent la mélodie m’indique si j’ai besoin d’un texte ou non. Je suis mélodiste et j’aime les rythmes. J’estime que les mots ne sont pas toujours essentiels.

Jorane & I Musici - Festival International de Jazz de Montréal 2012
Réalisation et post-production : Andrew David
Caméra : Stefan Nitoslawski, Helmi Nabli et Andrew David
Enregistrement sonore : Geoffrey Applebaum

Quand vous décidez de reprendre les chansons des autres, comme c’est le cas avec celle d’Indochine et celle de Diane Dufresne, c’est toujours d’une manière, disons… surprenante.

C’est une variation sur le thème de.  C’est offrir une autre vision de cette chanson. Ce sont les mêmes accords, les mêmes enchaînements, les mêmes mots, mais l’intérêt de reprendre une chanson, c’est de lui donner une autre couleur.

D’ailleurs, votre précédent album sorti au Québec, Une sorcière comme les autres, était un album de reprise de chansons francophones.

C’est la première fois que j’enregistrais un album d’interprétation. Il y avait notamment deux chansons d’Anne Sylvestre. Je comparais cela à un kaléidoscope. C’est faire passer sa lumière à travers la couleur des autres.

Il faut vraiment faire un effort pour rentrer dans votre univers, mais quand on y est, on n’a plus envie de le quitter.

C’était encore plus difficile dans mes précédents albums. Celui-ci est beaucoup plus accessible, plus ouvert, moins hermétique. Certains de mes anciens albums étaient des albums « cocons ». Pour 16 mm, certains trouvaient cet album super sauvage, mais pour moi, c’était on ne peut plus réconfortant parce que je parlais d’un univers sans limites, qui me correspondais complètement. J’entendais que c’était des albums « dark », plus mélancoliques. Dans mon nouvel album, L’instant aimé, c’est vraiment l’inverse. Après le cocon et la chrysalide, voilà aujourd’hui le papillon. C’est un album confortable et réconfortant. Ça doit aussi venir du fait que je suis maman désormais.

Quand vos albums sont noirs, c’est parce que vous êtes « dark » intérieurement.

Mes disques ont toujours un lien avec mon état d’esprit. Mais, ça vient plutôt de mon côté chercheuse, décortiqueuse, exigeante. Je suis dans un laboratoire musical. Je conçois la musique comme un jeu, parfois joyeux, parfois plus sombre, selon les moments...

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