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15 novembre 2012

Benjamin Biolay : interview pour la sortie de Vengeance

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(Crédit: Claude Gassian)

Après le succès de La Superbe en 2009, deux Victoires de la Musique, et une tournée mondiale à guichets fermés, Benjamin Biolay livre un nouvel album aux influences new wave ou hip- hop amplifiées et totalement assumées.

Pour le magazine gratuit de la FNAC, ActuFnac, qui a élu Vengeance, album du mois, j’ai rencontré Benjamin Biolay sur la terrasse d’un hôtel de la capitale, le 25 octobre dernier. Il en était au tout début de sa promo marathon. Depuis, il l’a arrêté complètement (et subitement). Il s’est rendu compte qu’on le voyait trop… et que ses propos pouvaient devenir source à polémiques. Dans l'interview qu'il m'a livré, il n'a pas non plus la langue dans sa poche... et c'est appréciable.

(Pour l'anecdote, Benjamin Biolay fut l’un de mes tout premiers mandorisés. C'était en juillet 2006, l’occasion en cliquant ici, de se rendre compte que ce blog a quand même un peu évolué).

Vengeance sur iTunes

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Suite de l'interview non publiée...

Je sais que vous écoutez beaucoup de hip-hop.

Oxmo Puccino, Akhenaton, Oreslan, Joey Star, Booba… j’écoute tout le temps du hip-hop en fait. Quand j’écoute cette musique, ça ne me pollue pas du tout, je n’ai pas l’impression de travailler. Je danse, je reprends des punchlines… bon, ça m’influence un tout petit peu, mais j’en suis très satisfait. Par contre, je ne pourrais pas écouter toute la production francophone de mon style. Parfois j’adore. J’ai écouté le dernier disque de Dominique A en boucle, mais j’avais fini le mien.

Vous travaillez avec beaucoup de monde. Vous n’arrêtez jamais, en fait.

Quand je fais un album pour Isabelle Boulay ou pour Vanessa Paradis, je me lance à fond, comme si c’était pour mes propres albums. C’est à chaque fois 5 mois de ma vie.

Pourquoi tant d’investissement ?

Parce que j’aime la musique et je n’aime pas spécialement en faire tout seul dans mon coin. Je donne autant que je reçois. Et puis, je deviens de plus en plus compétent dans le domaine de la réalisation et je travaille souvent avec des gens qui me font une confiance absolue alors la réciprocité est là.

On a le sentiment que vous souhaitez élever la chanson française vers le haut. Inconsciemment ou non, plaire à beaucoup en leur offrant la qualité maximale.

Oui, enfin, vous savez, il y a beaucoup d’artistes français pour lesquels j’ai énormément de respect. Mais j’avoue que quand je commence un disque, je n’écoute absolument personne d’autre. Certainement pas du pays.

Le clip du premier single, "Aime mon amour".

Je trouve que ce n’est pas saugrenu cette comparaison que vous avez faite avec les sportifs en début d’interviews.

Il y a plein de points communs entre un musicien et un sportif. Par exemple en studio, au début, c’est comme une reprise. On n’est pas trop réactif, on se retrouve un petit peu perdu, on n’a pas la maîtrise qu’on finit par avoir au bout de 15 jours de studio. On est super chaud et c’est là qu’on compose des chansons qui arrivent au dernier moment. Il faut maintenir le cap. Il y a vraiment cette rigueur qu’ont les sportifs rigoureux. Là, je sais que je vais commencer les répétitions et je sais qu’après la première répét, je vais rentrer chez moi déprimé. C’est possible que je sois complètement à la ramasse, que j’aie du mal à m’entendre. Pour le live, il faut vraiment s’entraîner comme un sportif.

Revenons aux doubles lectures dans vos chansons. Dans cet album, Vengeance, c’est plus flagrant qu’à l’accoutumée, je trouve.

Tout a toujours été codé et ce le sera tout le temps.

Dans « Confettis » par exemple.

Au début, quand je dis « ça ma va droit au cœur d’avoir votre estime »… je parle au public, puis, ça n’a plus rien à voir avec ça.

On comprend après que c’est un règlement de compte.

Oui, mais gentil. Dans le sucre glace. C’est la magie de l’anaphore. Quand on répète une phrase en boucle comme ça, après, à chaque phrase, on peut prendre un virage différent.

Dans « Sous le lac gelé », vous évoquez des convois de déportés qui passent en Ile-de-France.

Là on est en plein encodage (sourire). Ce titre aurait pu s’appeler Les fantômes dans le placard, sauf que je les imaginais pas loin de la surface. Sur le lac gelé. C’est une chanson sur toutes les choses qui me révulsent et qui me font mal. Chaque fois que j’emmène ma fille à l’école, je passe devant une plaque où il y a écrit : « À la mémoire des 9 enfants juifs déportés… ». Quand j’entends certains cadres de la droite dite nationale refuser que la France fasse des excuses en bonne et due forme, je suis dégouté. Ce n’est pas le régime de Vichy qui a accepté ça, c’était l’état français. Pareil pour les évènements de Charonne, pour plein d’événements qui se sont déroulés pendant la guerre d’Algérie. Tous les républicains reconnaissent que la terreur, c’est la tache de merde absolue sur la Révolution Française. C’est le sommet de la boucherie, de la bêtise humaine. A partir du moment où on reconnait ça, l’acte de repentance est obligatoire. Il y a certaines nations qui le font et avec succès.

Pourquoi ne pas évoquer tout ceci de manière plus frontale ?

Non, je n’ai pas la légitimité politique pour faire la morale plus que ça. On peut être, ce qui est mon cas, un homme engagé et un chanteur et ne pas mélanger les deux. Moi, je dis de manière éthérée et politique. J’ai toujours milité et j’ai toujours fait des chansons. J’ai commencé au même âge ces deux activités, mais j’ai toujours fait le distinguo. J’ai déjà écrit des brulots, mais je ne les ai jamais enregistrés. Ça aurait mal vieilli. C’est pour ça que je ne fais jamais de name dropping dans mes chansons, c’est le moyen idéal pour les dater.


Benjamin Biolay (Marlène déconne) par Immendorff

Comment vivez-vous le fait de parler de son disque à des journalistes ?

C’est périlleux. Un disque se suffit à lui-même. Les gens qui achètent des disques, on ne va pas leur expliquer ce que signifie telle ou telle chanson. Avec vous, c’est intéressant parce que vous vous êtes rendu compte que je codais comme un cochon. (Rires). Ça ouvre un champ de discussion.

Est-ce que vous êtes étonnés de tout ce qui vous arrive ?

Je vous parle très franchement. J’ai un bol de malade. J’ai toujours eu l’instinct de me dire « ne rate pas cette chance, même si ça va être compliqué ». Il ne faut jamais tourner le dos à la chance. Il faut vraiment savoir la saisir. J’en ai eu tellement, que même moi, ça m’impressionne. Je viens de Villefranche-sur-Saône, d’une famille très cultivée, mais de smicard qui ne connaissait personne dans un quelconque milieu artistique. Ça a été un combat et en même temps beaucoup de joie.

Au début de votre carrière, il y avait les pour et les contre.

Il y avait plus souvent les contre.

Et aujourd’hui, on entend plus que des pour.

Je préfère ça que le contraire.

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Le 25 octobre 2012, à l'issue de l'entretien.

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