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10 novembre 2012

Gaspard LaNuit : interview pour la sortie de La Trêve

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gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorGaspard LaNuit a sorti le 5 novembre dernier, La Trêve (Trois Heures Moins Le Quart/L'Autre Distribution), son quatrième album. Pop rock, noir, exigeant, pointu, mais accessible et surtout addictif. Une écoute en appelle une seconde, une seconde en appelle une troisième...etc.  L’occasion était belle de le rencontrer cet auteur-compositeur interprète au talent encore mésestimé. (L'écouter sur Deezer).

(Sa page Facebook).

(Sa page Noomiz)

Pour faire plus ample connaissance, voici sa biographie très largement inspirée de l’« officielle » et un peu raccourcie :

Marc Chonier, bientôt quadragénaire, a fait tout plein de boulots avant d’intégrer différentes écoles de musique et de spectacle. Il a « créé » en 1997, Gaspard LaNuit, cet autre lui-même, ce fantôme qu’il trimballe dans ses poches trouées et à qui il fait dire, raconter, chanter ce qu’il ne sait dire autrement.

Après Comme un chien paru en 2009 (album Sélection FIP, en playlist sur France Inter & Radio Néo, Le Mouv', RFI…), et une création avec John Parish autour des écrits de Raymond Carver, Gaspard LaNuit sort un 4ème album. On y décèle les influences de John Parish, Grinderman, The Ex, … Ses textes français mélancoliques à l’humour grinçant se mélangent à sa verve et à son énergie, renforcés d’une écriture précise, subtile et sans concessions.

Gaspard LaNuit est venue à l'agence, le 29 octobre dernier.

Interview :

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gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorGaspard LaNuit n’est pas un artiste qui débarque aujourd’hui. Il est né en 1998…

Ce nouvel album est le quatrième. Le premier date de 2003. J’étais en piano-contrebasse-voix, après ça a évolué en piano-contrebasse-clarinette-voix. C’était entre « rive gauche » et des gens que j’aime beaucoup comme Allain Leprest et Romain Didier. Je voulais vraiment m’inscrire dans cette famille là.

Pourquoi as-tu pris un pseudonyme ?

Je voulais mettre une barrière entre ce moi là et l’autre moi. Je voulais créer un personnage par rapport à la scène… et même au disque. J’étais encore aux ACP, qui s’appellent maintenant La manufacture chanson,  quand j’ai créé le nom. Tous les autres élèves me disaient que ce nom ne m’irait pas du tout. C’était assez drôle. Ils me connaissaient « rive gauche », alors ils ne comprenaient pas.

Mais toi, à la base, tu es plutôt rock.

Oui, mais j’ai vraiment été nourri au rock et à la chanson française. Ça fait partie de mon ADN. J’ai une sœur qui a 9 ans de plus que moi. Quand on était petit, nous étions dans la même chambre et elle écoutait Pink Floyd, Todd Rundgren, Police, Jimi Hendrix, Randy Newman, King Crimson… mais en même temps, mes parents écoutaient, Brel, Brassens, la musique yiddish, Farid El-Atrach et Oum Kalsoum, un peu de jazz, une peu de classique, le « stop ou encore » sur RTL, tous les samedis et dimanches. J’écoutais beaucoup de variétés, donc. D’ailleurs, quand j’étais ado, j’écoutais Souchon, Jonasz… et j’aspirais à devenir ce type d’artiste, en fait.

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Finalement, toi tu es passé de la chanson dite « réaliste » à des chansons rock sombres.

Mais, ça s’est passé progressivement. J’ai cherché, j’ai provoqué le glissement. À la fois, j’aimais Allain Leprest et Romain Didier, deux artistes que j’ai connus vers l’âge de 20 ans, mais j’écoutais aussi, à la même époque, Tom Waits, Randy Newman et toute cette pop dont j’étais complètement fou. Et je savais que j’allais tendre vers ça. Il y a eu une rupture musicale avec mon pianiste,  qui était celui de l’école, presque une rupture sentimentale. C’était si douloureux que je me demandais si j’allais pouvoir rebondir. Je ne voulais pas jouer seul sur scène. J’ai fini par rencontrer le frère de la clarinettiste avec laquelle je jouais, Boris Boublil, qui joue avec moi depuis plus de 10 ans maintenant. Et avec lui, on a commencé à électriser ma musique. On a trouvé un moyen de pour faire des sons crunchy. En fait, j’avais envie de salir ce que je faisais.

C’est marrant que tu dises cela, parce que j’ai ressenti cela sur ton nouvel album, La trêve. Surtout dans tes 6 derniers titres.

Oui, c’est pour ça qu’on les a mises dans la deuxième moitié du disque. Avec cet album, c’est encore une autre étape. Dans le premier album, Ton fantôme, qui est très chanson jazz, il y avait beaucoup de place à l’improvisation, avec quelques plages très électriques. Je me cherchais un peu, je pense. Juste après la sortie de cet album, je rencontre un musicien qui s’appelle Fred Pallem. Aujourd’hui, il bosse pour plein de gens, mais on a travaillé tous les deux 8 ans ensemble et on a fait deux albums. Il était temps et Comme un chien. Fred m’a amené vers une musique très gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorélectrique. Il fallait que je me débarrasse de ma vieille peau du mec qui n’écoutait que Neil Young ou Nick Cave. Ce n’était plus ce que j’avais envie de donner sur scène. Avec Comme un chien, on a été au bout de ça. J’ai senti une limite. Il fallait que j’aille encore ailleurs. Je me suis donc séparé de Fred. Je me suis resserré, avec Boris, dans un petit noyau. On a fait ce nouveau disque à trois, avec aussi Guillaume Magne.

Tes références en écriture, je les aime beaucoup. Boris Bergman, Jean Fauque et Wladimir Anselme.

Wladimir, c’est d’ailleurs lui qui a fait l’Artwork de mon album. Ca fait 20 ans que l’on se connait, mais juste 10 que l’on se connait bien. Pour moi, c’est l’un des plus brillants auteurs français depuis longtemps. Je trouve son travail complètement dingue. Avec son album Les heures courtes, j’étais persuadé qu’il n’allait plus rester confidentiel.

Comme lui, tu ne fais aucune concession par rapport à la musique que tu veux jouer.

Sur ce nouveau disque, il n’y a aucune concession, mais alors, vraiment aucune. Je l’ai pensé presque comme un concert. Je sais que ça ne va pas être simple d’emmener le public dans mon univers, à la frange entre un son anglais dans l’écriture musicale et français dans les textes.  Il y a très rarement des couplets/refrains. Bon, j’ai quand même fait en sorte de ne pas faire de la musique trop hermétique. La chanson qui me touche le plus dans le disque, c’est Le fossé. Je l’ai mise en premier sur le disque parce que j’avais l’impression que c’était presque plus épidermique et qu’elle permettait de rentrer petit à petit dans ma musique.

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Je sais que tu as du mal à écrire un texte. J’imagine que c’est parce que tu es très exigeant.

C’est un enfer. Plus le temps passe, pire c’est. Parce que j’essaie de ne pas me répéter. J’essaie d’utiliser un champ sémantique différent. Dans le précédent, il y a un certain vocabulaire, une certaine manière qui est assez marquée. Dans le nouveau, ma manière d’écrire a rendu mes chansons plus mélodiques. L’écriture, pour moi, ça peut-être douloureux ou spontané.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorTu m’expliquais en off, qu’il y a des chansons qui te tombent dessus sans que tu n’y puisses rien. Quasi de l’écriture automatique. Tu ne trouves pas ça dingue ce genre d’inspiration ?

Ça ne m’apparait pas comme dingue. Ça ne m’étonne pas. Ça me fascine, mais ça ne m’étonne pas. Et heureusement que parfois, ça se passe comme ça, sinon, je ne suis pas sûr de continuer à écrire. (Rires). Je vis ça comme si on autorisait  l’ouverture d’une porte que d’autres personnes ne veulent pas ouvrir. C’est une sorte de porte de sensibilité. Après, derrière ça, il y a une histoire de travail. Aujourd’hui, ce qui me tombe, c’est juste deux trois phrases, après, je vais au charbon.

Tu luttes pour ne pas écrire de la même façon d’album en album?

Oui, c’est pour ça que j’aime bien des types comme Bertrand Belin. Je tends à me diriger vers une écriture comme la sienne. Je cherche à évoluer à l’intérieur de mon travail. Je ne m’interdis rien. Qu’est-ce qu’on recherche dans ce métier ? L’excitation.

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Playing Carver avec de gauche à droite, Marta Collolica, Boris des Atlas Crocodile, Gaspard Lanuit et John Parish.

Tu n’as pas que ta carrière Gaspard LaNuit. Tu participes à deux autres projets.

Un que nous avons créé au mois de mai avec Boris et d’autres musiciens, un projet qui s’appelle Playing Carver qui est autour des nouvelles et des romans de Raymond Carver. C’est un spectacle qu’on a conçu en mai dernier avec John Parish, l’alter ego de PJ Harvey, qui est une personne qu’on vénère. Il y a un autre projet que j’avais monté il y a deux ans avec une chanteuse qui s’appelle Clarys et Guillaume Magne, mon guitariste. C’était une espèce de commande qui s’appelle « Dommages à Bashung ». Il fait partie de mes grands maîtres. Le but de ce projet, que l’on va rejouer en mars, c’était de quasiment ne pas jouer de Bashung. C’était plutôt de jouer des morceaux qui l’avaient influencé ou qu’il avait chantés, mais qui n’étaient pas de lui. Du Moody Blues, du Manset, du Christophe et deux, trois chansons à lui.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorBashung, il m’impressionne parce qu’il a déstructuré la façon de chanter.

Il a déstructuré la façon de penser un album, la façon de penser l’écriture, tu peux ajouter. Je me souviens de son album L’imprudence, en 2003, qui est pour moi l’album clef de Bashung. J’étais en train d’enregistrer mon premier album. Ça a été une souffrance absolue.

Pourquoi ? L’étude comparative ?

Oui. J’étais à un niveau, dans l’idée et dans le travail et à ce moment, Bashung sort ce chef d’œuvre avec que des musiciens que j’admire, qui viennent de la musique improvisée américaine, new-yorkaise et que j’écoute depuis que je suis ado. Pendant un an, j’ai écouté cet album au moins une fois par jour.

Tu t’es fait du mal tout seul. C’est maso comme comportement.

Je ne pouvais pas faire autrement. Je crois que cet album a été ma plus grande claque dans la gueule. Il a vraiment créé une école.

Tu es à la Java lundi (12 novembre 2012).

Oui, je vais présenter ce nouvel album et la nouvelle formule parce qu’on est passé de trois musiciens à quatre. On va monter sur le ring pour défendre ce disque. La musique, c’est quand même un combat.

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