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09 novembre 2012

Je rigole : interview pour Qui chante le matin est peut-être un oiseau

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauEn février 2010, je parlais déjà de ce groupe ici même. Je trouvais que leur EP/maquette, déjà très abouti renversait complètement la chanson française d’aujourd’hui. Une chanson française traditionnelle qui se moquerait complètement des codes à respecter, qui pulvériserait le chemin tout tracé, qui prendrait les chemins de traverse complètement hors des clous, qui partirait en live sans qu’on y trouve à redire.

Je rigole s’éclate. Et l’auditeur comprend qu’il navigue dans un océan de liberté musicale unique et salvatrice.

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauVoici la biographie d’Andoni Iturrioz, le leader et l’âme pensante du groupe:

Originaire du Pays Basque, Andoni Iturrioz partage son enfance entre Paris, Barcelone et Londres, puis prend la route à 19 ans. Cinq ans de voyage autour du monde s’achèvent à Barcelone, où il s’installe et décide, à 24 ans, d’apprendre la guitare. Andoni écrivait déjà. Arrivé à Paris, Andoni rencontre Christelle Florence en 2007. Ils enregistrent les premières maquettes du futur album, et embarquent Xuan Lindenmeyer à la contrebasse deux ans plus tard. Je rigole. se révèle sur scène. Après l’arrivée de Jean-Brice Godet aux clarinettes en 2010, Andoni décide d’enregistrer le premier album de Je rigole.

Le 17 octobre dernier, à l'occasion de la sortie de Qui chante le matin est peut-être un oiseau, quelques jours plus tôt, Andoni Iturrioz est venu (accompagnée de Christelle Florence, ancienne Je rigole devenue manager du groupe).

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseau

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauInterview :

On l’attendait depuis longtemps ce disque…

On a fait repousser la date sans cesse parce qu’on a tout fait tout seul. Il a fallu donc apprendre tous les métiers. Le jeu en valait la chandelle puisqu’on est super content du résultat et l’album est bien accueilli.

Il a ceci de particulier qu’on ne se lasse jamais de l’écouter tellement on découvre des strates différentes d’écoute en écoute. Ce disque est à la fois accessible à tous et à la fois pointu. C’est curieux et très rare.

Tant mieux, parce que, vraiment, c’est ce que l’on voulait. Que tout le monde puisse y trouver son compte.  Bon, c’est plus un album à écouter qu’un album sur lequel on peut danser. J’ai fait attention qu’il soit très ouvert, qu’il ne soit pas un assommoir malgré sa profondeur. J’ai la capacité à aller plus loin, et c’est ce qu’il se passera peut-être dans le deuxième album.

Ce sont les musiciens avec lesquels tu travailles qui te « modèrent » ?

Disons que c’est un dialogue que j’ai avec eux et avec moi-même. Ils me servent de miroir. Je le répète, je ne voulais pas faire un album de marginal, j’ai le souci qu’il touche le plus de monde possible. Quand je vois dans leurs yeux « attention, je ne comprends plus ! », je rectifie le tir.


Je rigole. : "MOUVEMENT" (Clip officiel) par jerigoleofficiel

A la base, toi, tu es un homme de scène. Le disque est-il primordial pour toi ?

Un disque, à priori, est un objet qui va traverser le temps, du coup, ça devient essentiel pour moi parce que c’est ce qui sauve les chansons. Le côté éphémère de la scène est à la fois jouissif, à la fois dangereux… enfin triste pour les chansons.

Dans tes chansons sombres, il y a beaucoup de générosité et un peu d’espoir.je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseau

Ce qui donne un côté sombre à mes musiques, c’est mon goût pour les dissonances et les ambiances un peu torturées. Après, le propos de mes chansons peut-être sombre, mais jamais fermé. Au contraire, toujours ouvert sur quelque chose de lumineux. J’ai l’impression d’avoir deux mains. Une main qui exorcise, on fait de la beauté avec des violences, et une autre main qui guérit, avec des chansons comme « Paris » ou « Dans l’air », des chansons avec plus d’espoir…  en fait, ces deux mains ont la même fonction : soigner.

Il y a certaines chansons qui existent depuis longtemps, que je connaissais de ton premier EP en 2010. Sont-elles retravaillées pour l’album. Je te demande par là si tu as changé certains textes ou modifié des passages musicaux ?

C’est très dur à modifier plus tard les chansons. J’ai changé une phrase ou une formulation, de-ci, de-là, mais vraiment pas grand-chose. Si, un vers de « Crève la France », une chanson qui date de 2005. Les émeutes de cette année-là ont d’ailleurs commencé pendant que j’écrivais ce texte. C’est triste, mais 7 ans après, cette chanson reste d’actualité.


Je rigole. présente son premier album ! par jerigoleofficiel

Je sais que tu fuis les chansons narratives. Tes textes sont des suites d’images poétiques.

Je ne remets pas en question la chanson narrative, en France, il y en a qui font ça très bien. Moi, je trouve que pour la narration, l’outil de la chanson n’est pas le plus adapté. Moi, j’aime donner de la profondeur en racontant une histoire, mais un peu comme une boule à facettes. On brise la narration par des images poétiques qui fait qu’on a des sens dans le sens général, du coup, les personnes qui écoutent peuvent s’approprier ce qu’ils ressentent.

Tu n’as pas envie, non plus, de t’emmerder.

C'est-à-dire que j’ai besoin d’accroche. De vriller les sons, de vriller la musique, ça me semble être très riche et pourtant, le retour qu’on a de l’album, en gros, c’est que c’est sobre. C’est te dire, si on peut se l’approprier de toutes les manières.

C’est tout le contraire de ce que je pense moi, en tout cas. Je ne vois pas le dépouillement.

Nous non plus. Je trouve qu’il y a une richesse dingue. Si on morcelle la narration, les retours d’écoute de l’album peuvent l’être aussi. Chacun fait ce qu’il veut dans cette histoire finalement. Il y a une deuxième chose que j’ai constatée. Chaque chanson est la préférée de quelqu’un. Personne n’est d’accord. Il n’y a pas de tube.

Comment peut-on définir ta musique. Du free folk ? Non, parce que ça part vers le jazz, le folk, la chanson…

Ça, c’est lié au rassemblement des personnes. Moi, je fais de la chanson et mes musiciens viennent du free jazz.

Tu te demandes comment les gens peuvent accéder à ta musique la première fois ?

A priori, la première fois, ce n’est pas facile. Même les gens qui nous soutiennent et qui ont aimé l’album, ils sont passés par trois ou quatre écoutes avant de pouvoir en parler et le « juger ».

Il y a une démarche d’intégration à ton univers.

Peut-être oui. Mais une fois que les gens sont rentrés, ils deviennent nos meilleurs défenseurs.

"J'ai vécu les étoiles" avec la participation de Lisa Portelli. Captation live en avril 2012.

Parle-nous des musiciens qui participent à l’album.

Xuan Lindenmeyer, c’est un contrebassiste et un musicien hallucinant. Il est le pilier musical du projet. Moi, je suis beaucoup plus auteur que musicien. Lui, c’est la stabilité et la puissance. Jean-Brice Godet, à la clarinette, lui, c’est le vent. C’est tout ce qui est écume, ce sont des vagues mémorables de sons.

Quand il a fallu que tu les choisisses et qu’ils acceptent de jouer avec toi, quand ils ont écouté ton œuvre, ils se sont dit : « c’est quoi ce fou ! ».

Tout à fait ! (rires).  Xuan, je suis allé vers lui, parce que même s’il venait du free jazz, j’avais constaté qu’il était capable de jouer dans des projets très classiques. Il accompagnait des gens de la chanson française avec une virtuosité et une sensibilité admirable et à côté de ça, il était aussi dans des projets, mais alors barré de chez barré.  Il rejoignait mes deux pieds. La tradition et l’expérimentation. Jean-Brice, qui vient aussi du free jazz n’a pas mis longtemps à comprendre ce que je voulais faire. En plus, il a une oreille pour le texte.

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Toi, en tant qu’auteur, tu te demandes si tu ne vas pas trop loin, si tu es clair dans ce que tu veux exprimer?

J’ai la chance, à ce niveau-là, d’avoir une bonne assurance. J’ai une vision dans l’écriture et une vision sur l’écriture. Je sais ce que je veux et j’arrive à le situer dans l’environnement. Je fais ça seul et je n’ai pas de conseiller, ni de miroir. J’en ai besoin pour l’enregistrement ou la sonorité, mais pas pour l’écriture. Pour ça, j’ai un GPS au ventre qui fait que je me dirige tout seul.

Maintenant que le disque est là, tu es dans quelle disposition ?

C’est marrant, parce que je l’ai tellement attendu que finalement, je n’attendais plus rien. Mes attentes, je les ai semées en route. Moi, je suis complètement dans l’écriture du deuxième album. Je ne dis pas qu’il n’y pas un peu de stress et que je suis complètement zen, mais en gros, je suis en période de détachement. Ce disque ne nous appartient plus.

Ton amour pour la chanson française, je sais que ça te vient de Brassens, Brel, Renaud première période. Mais, ton côté barré, il vient de quelles influences musicales?

Ça viendrait plutôt de mon adolescence. J’écoutais des disques comme les Sonic Youth et autres groupes expérimentaux. Ça vient aussi de mon côté basque. Du côté espagnol, ils ont été opprimés sous Franco pendant très longtemps. Ils n’avaient pas le droit de parler basque par exemple, d’avoir des noms basques. Ils se sont donc approprié une liberté artistique vraiment dingue. Il y a tout un mouvement de sculpteurs, de musiciens, de peintres qui ont une liberté proprement hallucinante et folle. Le grand écart entre la tradition et l’expérimentation, dont je te parlais tout à l’heure, me vient de là.

Clip officiel de "Crève la France".

Tu t’adresses tout de même et avant tout aux amateurs de bonne chanson française.

Oui, mais le problème avec la chanson française, c’est qu’elle s’adresse à un petit public. Comme c’est un petit public, on a besoin de tout ce public pour pouvoir vivre de la musique, même raisonnablement. Dans la musique anglo-saxonne, le public est tellement large et il y a tellement de monde que, même si on fait une musique marginale, tous les musiciens s’y retrouvent. Pas en France, du coup, les gens essaie d’être le plus large et fédérateur possible. Ça donne beaucoup d’artistes au milieu de la route et consensuels. Pas tous, mais beaucoup.

Pour finir, sur une note positive… il y a de l’humour dans tes textes. Un peu sous-jacent, mais il est là.

Malgré notre nom, Je rigole, le propos est sérieux. Mais ça n’empêche pas l’humour. C’est très naturel et très simple de tourner en dérision les drames et les difficultés de la vie. Je ne peux pas imaginer la chanson sans humour, ironie et second degré.

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Commentaires

J'adore les chansons d'Andoni

Écrit par : Amanda | 07 juillet 2014

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