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06 novembre 2012

Françoise Hardy : interview pour L'amour fou (le livre et le disque)

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J’ai été ravi d’apprendre que je devais interviewer Françoise Hardy pour un de mes journaux à l’occasion de la sortie de son 50e anniversaire de carrière. Elle sort un disque et un livre portant le même titre, L’amour fou. Pour obtenir un rendez-vous, il y a eu plusieurs attaché(e)s de presse sur l’affaire. Entre ceux de la maison de disques et ceux de la maison d’édition, ça aurait pu devenir un joyeux bordel, mais non, en fait. J’ai obtenu un rendez-vous assez rapidement. (Merci donc à EMI et à Albin Michel).

Rendez-vous est pris le 10 octobre dernier dans le nouvel appartement de Françoise Hardy. Je dois avouer que je suis arrivé chez elle moyennement rassuré. J’avais entendu dire que la chanteuse (et désormais officiellement écrivain) n’était pas d’un premier abord très sympathique. Qu’elle avait ses têtes.

Je ne m’étendrai pas sur l’accueil (qui fut chaleureux), ni sur les coulisses de cette rencontre. Mais, j’ai été très ému pendant cet entretien. Très. Françoise Hardy est une grande dame.

Voici le fruit de cet entretien pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2012). Il sera suivi de la version longue de l'interview et de différentes chansons filmées en studio tirées de ce disque délicieux, raffiné et très émouvant.

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Voici deux premiers titres tirés de l'album L'amour fou.

"Pourquoi vous?"

"L'amour fou"

Suite de l'interview pour Les chroniques de Mandor...

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J’insiste un peu, je vous l’accorde, mais vous semblez quand même un peu inquiète de la destinée de votre livre.

Pour le disque, je ne m’inquiète pas précisément. Mes meilleurs albums ne se sont jamais vendus. Je considère celui-ci comme mon meilleur, alors j’espère qu’il sera l’exception qui confirme la règle. Je sais quoi en penser parce que je suis dans mon élément. Tandis que je suis très inquiète des réactions pour mon récit. J’ai un peu peur, c’est un récit que je ne voulais pas publier. On m’a un peu forcé la main. Évidemment, je ne me considère pas du tout comme un écrivain. En même temps, j’adore les écrivains, j’adore lire et j’ai un très très grand respect pour l’écriture, donc, évidemment, je me suis donné un mal de chien pour écrire correctement.

Ce livre est-il vraiment entièrement autobiographique ?

C’est nourri de mon vécu, mais il y a aussi beaucoup de subjectivités et de fantasmes. Dans un premier temps, je n’ai pas écrit tout ça pour que cela soit publié. Depuis le succès de mon autobiographie, mon éditeur me presse un peu pour que je poursuive dans une voie littéraire. Il prétend que j’écris bien. J’ai commencé à travailler sur un livre sur la spiritualité, puis j’ai abandonné le projet parce que j’ai réalisé que je n’avais aucune crédibilité pour faire ça, c’est dire s’il me reste encore un peu de lucidité sur moi-même (rires). C’est sacré la spiritualité, il ne faut pas faire n’importe quoi. Bref, mon éditeur qui avait lu un chapitre ou deux de ce récit m’a relancé avec insistance par rapport à ça. Ce qui m’a incité à accepter, c’est l’avis de Jean-Marie Périer, qui est mon premier grand amour, mais qui est mon ami depuis toujours. Il a lu quelques pages et il m’a fortement conseillé de le sortir. Je peux dire même qu’il a été catégorique.

Votre héroïne, vous donc, rencontre des hommes qui sont comme elle. Ils n’arrivent pas à communiquer leurs sentiments.

Par moment, on est tellement empêtré dans ses inhibitions et ses difficultés à communiquer, qu’on en occulte totalement l’éventualité que l’autre puisse être aussi empêtré que vous.

Vous avez peur des réactions des gens après lecture de votre récit ?

Je ne serais pas étonnée d’avoir des critiques très négatives. Je ne suis pas sûre de moi du tout pour ça. Pas du tout du tout. Avant les dernières épreuves, on devient fou parce qu’on relie, on remanie. Jusqu’à la dernière seconde, on trouve encore des choses à améliorer. Tout ça rend fou. Moi, j’ai une indigestion de ce texte, je ne veux plus jamais le lire. Je n’ai plus du tout le recul, donc je ne sais plus du tout si c’est bien, si ce n’est pas bien. Je pense que mon livre n’est pas grand  public. Mon éditeur pense le contraire, mais moi je pense qu’il est fou.

Avant de lire la suite de cette interviews, deux autres titres somptueux...

"Si vous n'aviez rien à me dire"

"Normandia"

Travaillez-vous tout le temps ?

Je n’écris que quand je prépare un album, sinon je lis énormément. Je lis trop.

Oui, votre amour de la littérature se perçoit même dans vos chansons. La chanson « L’amour Fou » est inspirée d’un roman d’Henry James par exemple. C’est la littérature du 19e qui trouve grâce à vous yeux ?

Je n’aime que ça. Les deux écrivains sur lesquels je me suis focalisée depuis 6 ans sont Édith Warton et Henry James. Focalisation totale parce que je les ai lus et je les relis.

Quel est votre rapport à l’objet livre.

Mes livres sont dans des bibliothèques fermées pour les protéger. Ce sont pour moi des objets précieux, même les livres de poche. Ils sont précieux par leur contenu. J’ai relu récemment Adolphe de Benjamin Constant, ça m’a fait autant d’effet que la première fois. Un peu avant, j’ai relu aussi Adrienne Mesurat de Julien Green. Un chef-d’œuvre absolu ! Aujourd’hui, au point où j’en suis, j’ai plus envie de relire des livres que j’ai adorés étant plus jeune plutôt que de découvrir des auteurs actuels. Je ne suis pas intéressée par les auteurs actuels.

Aucun ?

Le dernier qui m’ait intéressé, c’est Houellebecq. Quand j’ai vu la première fois Houellebecq à la télévision, il m’a touché. Il m’a donné le sentiment de percevoir à quel point il avait de la souffrance en lui. C’est pour ça que j’ai eu envie de le lire. Uniquement. Sinon, le seul grand auteur français contemporain, pour moi, c’est Patrick Modiano. Cet ami de très longue date est grand, sous tout rapport. Je ne me lasse pas de sa littérature. Son style a une force d’envoûtement incroyable !

Après ce récit-là, vous songez à en écrire un autre ?

Pas du tout. Je vais vous dire franchement, comme je suis en ce moment, j’ai du mal à me projeter dans l’avenir.

Vous êtes étonnée, parfois, d’être encore là à continuer votre métier de chanteuse ?

Je vais vous raconter une chose. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai enregistré mon premier disque, « Tous les garçons et les filles », qui a eu le succès que l’on sait. J’ai signé un contrat de 5 ans avec ma maison de disque. Et je me souvienscomme si c’était hier, de m’être dit : « Mais dans 5 ans, plus personne ne me connaîtra ! ». Finalement, malgré mon parcours en dent de scie, avec des hauts et des bas, je suis encore là.

Si vos derniers albums ne sont pas beaucoup vendus, les critiques étaient dithyrambiques.

J’ai eu la chance d’avoir un bon accueil de la part des médias. La plupart du temps, j’ai eu de bonnes relations avec mes maisons de disque et aussi avec les gens de radio.

Un dernier titre. Peut-être le plus émouvant. Peut-être...

"Rendez-vous dans une autre vie".

Avant de vous rencontrer, je me suis dit que vous deviez en avoir marre de rencontrer des journalistes depuis 50 ans.

Ça ne me dérange pas parce que j’aime bien papoter, j’aime bien les têtes à têtes. L’entrevue ne me dérange pas, je suis plus dérangée quand je lis de ce que l’on fait de mes propos. Là, ça me rend souvent malade.

Je vous assure que moi, je ne déforme jamais les propos des artistes que j’interviewe.

Ah, mais attendez ! Ça ne suffit pas, parce qu’il y a beaucoup de journalistes qui retranscrivent mot à mot et qui ne font absolument pas le travail de transposition qui est nécessaire entre le langage parlé et le langage écrit.

Je vous assure que je fais ce travail, rassurez-vous !

Je vous dis ça parce que la dernière interview que j’ai faite récemment, j’étais consternée par le résultat. Je me suis dit que le prochain journaliste que j’allais voir, je ferais très attention. En fait, j’ai compris, ce n’est pas le cas avec vous, c’est le journaliste lui-même qui part dans tous les sens. Quand il part dans tous les sens, vous ne pouvez pas avoir un discours structuré. Bref, de toute manière, je suis meilleure à l’écrit qu’à l’oral.

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Avec Françoise Hardy, le 10 octobre 2012, chez elle.

Commentaires

Très intéressante cette interview de la grande dame de la chanson française qu'est françoise Hardy, pour moi elle me rappelle de plus en plus la grande Barbara, heureusement pour elle à l'inverse de Barbara en vieillissant sa voix se bonifie, les interprétations de ses nouvelles chansons sont magnifiques, c'est vrai qu'elle est très douée pour trouver les mélodies les plus belles sur lesquelles elle met des textes superbes ! Merci Madame pour ce cadeau magnifique !

Écrit par : AMALRIC | 07 novembre 2012

textes, interprétations, voix et mélodies toutes en douceur et parfaitement maitrisées...j'ai toujours apprécié votre travail, depuis le début, qui évidemment correspond à une période de ma vie ou les ados nostalgiques avaient du mal à affirmer et à communiquer leurs états amoureux....période où une partie de la jeunesse refoulait les sentiments (machisme, snobisme, libération des moeurs, société en plein doute, et bien d'autres raisons... etc...) j'ai ressenti lors de la lecture de vos livres, ce désarroi, cette distance, ce parcours amoureux où l'on fait un pas en avant, deux en arrière, pour rebondir au moindre mot, au moindre geste...Être à la fois "en attente" en suspens" et tout oublier sans savoir ce que vont réserver les minutes à venir....doute, déception,froideur, tendresse, joie profonde, tristesse,espoir,etc..celà fait 50 ans que notre couple fonctionne ainsi...l'amour désespoir, n'est-il pas toujours ainsi ? le bonheur éternel n'est pas fait pour nous.. Savoir aimer? Je n'ai peut-être pas su? Souffrir pour quelques moments d'émotions intenses....et tout accepter....cela demande beaucoup d'humilité, mais c'est une très grande force...je me sens un peu plus comprise à présent...merci Madame...je pense souvent à vous et vous souhaite des moments d'intense pleinitude...respectueusement...christiane beaumel.

Écrit par : beaumel | 13 mars 2013

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