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02 novembre 2012

Daguerre : Interview pour la sortie de Mandragore

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(Photo : Eric Vernazobres)

Il y a parfois des artistes dont je ne comprends pas que nos routes ne se soient pas encore croisées. Daguerre, j’ai tous ses disques et j’observe de loin sa carrière depuis des années. J’aime sa voix et ses chansons écorchées. C’est un rockeur qui s’est caché dans la chanson française. Pour foutre son bordel dans un genre musical parfois un peu plan-plan. Lui aime bousculer et prendre aux tripes.

Daguerre est donc venu à l’agence, le lendemain de la sortie de son disque Mandragore. Merci à lui, car il était assez tôt (et était en concert au Zèbre de Belleville la veille). L’interview s'est donc tenue sous intraveineuse de café fort.

522632_443956845628388_251678131_n.jpgBio officielle (légèrement tronquée) :

A 20 ans, Olivier Daguerre fait ses premiers pas d'auteur-compositeur interprète en créant en 1990 le groupe rock parisien "Les veilleurs de nuit". L'aventure va durer 10 ans avec 3 albums produits et plus de 600 concerts. En 2000 le groupe se sépare, Daguerre part s'installer dans le Pays Basque de son enfance.
Ce n'est que 4 ans plus tard, en 2004, qu'il se lance dans un nouveau projet musical qui portera son propre nom.
En 2005, Daguerre sort Ici je, un premier album autoproduit. La même année il croise la route de deux artistes majeurs: Francis Cabrel qui produit en 2006 "Ô désirs" son deuxième opus, et Cali, qui en 2008 prend Daguerre sous son aile via son label "BCBA Music" qu'il vient de créer avec son ami Bruno Buzan. Un troisième album "le cœur entre les dents" voit le jour.

487123_495218813835524_1112032688_n.jpgSon quatrième album, Mandragore (BCBA Music/Wagram) est sorti le 8 octobre dernier.
Fidèle à ses valeurs et en amitié, comme le sont ses dignes parrains artistiques Cali (qui assure avec Geoffrey Burton la réalisation de ce nouvel album) ou encore Francis Cabrel (invité pour un joli duo "Carmen" en hommage au poète Théophile Gautier), Daguerre nous propose onze nouvelles chansons aux arrangements incisifs, palette de sentiments transcendée tantôt par des rifts tranchants tantôt par des cordes mélancoliques.

Voici sa page Facebook officielle.

Interview:

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Tu as une carrière de chanteur rock punk dans un groupe, il y a quelques années.

C’est assez classique dans le parcours d’un groupe, surtout si on se remet dans le contexte. Le premier album, j’avais 17 ans, fin des années 80, début des années 90. J’ai vécu toute l’utopie du rock alternatif français de l’époque. Tout était désintéressé. On savait à peine jouer qu’on était déjà sur scène. On faisait 110 concerts par an. On était souvent à huis clos et au bout d’un moment, tu deviens chanteur éducateur. Ça a duré presque une dizaine d’années activement.

Moi, j’ai vécu cette période comme journaliste et spectateur. Je voyais bien qu’il se passait beaucoup de choses entre tous les groupes. Il y avait à la fois beaucoup d’insouciance et beaucoup de partage. Ça faisait plaisir à voir.

Cet état d’esprit a complètement disparu. Quand je parle de cette époque à de jeunes musiciens, ils ne comprennent pas toujours. Et puis, je sens dans leurs yeux que ça fait un peu vieux con. C’était des années où en un an, tu vivais 5 ans.

Le clip de "Pour deux".

T’expliques-tu pourquoi, aujourd’hui, les choses ont tant changé dans le milieu artistique?

C’est un phénomène sociétal. C’est à l’image de ce qu’il se passe maintenant. A cette époque, on était moins individualiste. Tout était démarqué de tout enjeu financier. Il y avait moins de pression parce qu’il y avait un énorme réseau d’autoproduction et de petits lieux dans lesquels on jouait. C’était presque de la survie, mais tout le monde était content. On vivait au jour le jour, mais on vivait à 100% en faisant notre métier. On partageait les scènes avec les Satellites, la Mano, les Béru, les Têtes Raides, la Tordue, Louise Attaque… des groupes comme ça. C’était d’une richesse absolue.

Un jour, tu décides de sortir un EP perso… Il marchotte on va dire.

Le groupe s’est séparé parce qu’on a constaté qu’on n’avait plus de plaisir a monter sur scène. J’ai fait une petite pose de 4 ans. J’ai eu un enfant, j’avais besoin d’arrêter cette vie trépidante. Puis, je me suis remis à écrire. Le premier projet Daguerre, c’était en 2005. Mon autoproduit a eu un petit succès, mais en Aquitaine, où je m’étais installé. La région aquitaine a décidé de m’accompagner pendant deux ans et très rapidement, je commence à faire des premières parties assez importantes, puis j’atterris à Astaffort.

Évoquons Les rencontres d’Astaffort, c’est important, cette expérience, dans votre vie. De stagiaire, tu as fini professeur. En fait, tu es devenu pote avec Francis Cabrel.

A Astaffort, j’ai  rencontré d’abord Michel Françoise, son guitariste et alter ego musical. Très vite, nous avons convenu qu’il m’aiderait à faire mon premier album solo, Ô désir.  Francis est venu nous écouter un peu par hasard et discrètement. Il a décidé de me produire. C’est allé très vite après l’EP, puisqu’on est rentré en studio, un an plus tard, en 2006. J’ai travaillé deux mois dans les studios de Francis avec Michel Françoise. Pour moi, c’était inattendu. Voir Francis Cabrel passer presque timidement tous les jours, ça ne me paraissait pas logique.

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Quand on parle de tes références, on cite, Renaud, Brassens. Francis Cabrel n’est pas forcément cité. C’était quelqu’un qui comptait pour toi ?

Oui. On a tous des chansons de Francis dans la tête, qu’on le veuille ou non. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour son œuvre et sa discrétion. Je ne l’avais pas vu sur scène, mais j’avais des disques de lui et son écriture m’intéressait. Comme Renaud et Souchon, ils ne sont pas nombreux à être orfèvres des mots avec un style bien à eux. Au fur et à mesure que l’on faisait connaissance, on s’est aperçu, avec Francis, qu’on avait beaucoup de choses en commun dans les goûts musicaux malgré notre différence générationnelle. On écoutait Johnny Cash, Bob Dylan ou Léonard Cohen. J’ai été aussi surpris par son sens de l’humour. Il me fait vraiment beaucoup rire.

Puisque l’on parle de Cabrel, on peut parler de « Carmen », chanson de ton album à laquelle il prête sa voix pour un beau duo. Mazette, un duo avec Cabrel ! Tout le monde ne peut pas s’en vanter…

Ça s’est fait tout naturellement. Comme s’est construite notre amitié. Petit à petit. Jamais rien n’est provoqué volontairement, ça s’écoule dans le temps. Il y a eu un projet « jeune public » qui s’est monté à Astaffort, « L’enfant porte », un conte imaginé par Yannick Jaulin, co-réalisé par Francis Cabrel et Michel Françoise. On a fait une tournée d’un an et demi et lui jouait comme musicien dans notre petite troupe. J’enregistrais Mandragore pendant cette tournée-là et lui me demandait souvent où j’en étais. « Carmen », c’est un poème de Théophile Gautier que j’ai mis en musique. Quand j’ai composé la musique, j’entendais derrière, la voix de Francis chanter en voix de tête. Je trouvais que ça allait bien avec ma musique. Un soir, en buvant un verre, je lui dis ça et il me propose qu’on écoute ma musique. Il me propose d’abord de me faire la guitare, puis très vite, il a bien voulu chanter avec moi. Comme ça, naturellement. Deux jours après, on enregistrait le titre.

Interview de Daguerre + interview de Francis Cabrel + extrait live duo avec Francis Cabrel à Strasbourg le 15 mars 2012 pour la soirée "Remise des Prix Centre des écritures de la Chanson Voix du Sud".

420000_365908803433193_1960955822_n.jpgOn sent dans ton écriture que tu aimes la belle littérature et les poèmes, notamment dans la chanson, « Sans beaucoup d’estimance ».

En toute honnêteté, j’ai beaucoup lu, mais aujourd’hui, je ne lis plus beaucoup. Entre 17 et 23 ans, j’ai eu une boulimie de lecture. De Dostoïevski à Kundera en passant par beaucoup de poésies assez classiques, Verlaine, Baudelaire, Prévert. D’ailleurs, la seule chose que je lis encore, c’est de la poésie. Mais, tout ce que j’ai lu avant, tout ce que j’ai écouté comme chanson française de mes maîtres, c’est un bagage qui reste à vie. Mon identité a été créée par tout ça.

Je veux parler d’une personne qui apparait sur plusieurs chansons, c’est Bertille Fraisse. Elle est violoniste, mais on l’entend beaucoup chanter.

Ça vient vraiment des productions de Léonard Cohen. Il a toujours des choristes incroyables. Il mélange sa voix très basse à des envolées lyriques formidables. En ce qui me concerne, ça a été une rencontre, comme toujours dans ce métier. Bertille jouait avec Kebous, le chanteur des Hurlements de Léo. J’ai été impressionné quand je l’ai vu sur une scène que nous partagions. Comme je voulais une disparité de grain dans mon album, j’ai pensé longtemps à sa voix, alors je lui ai demandé si ça l’intéressait de m’accompagner musicalement et vocalement sur mon disque.


montage daguerre et bertille fraisse par VOIXDUSUD47. "De la lumière".

431079_365908900099850_1145250628_n.jpgTu as dit : « l’amour est la seule croyance qui nous reste de nos jours ». C’est d’ailleurs le sujet principal de ton nouvel album. Mais pas que.

Dans ce monde, quand mal désabusé, pour ne pas être aigri, c’est ce qui nous sauve. L’entité de l’amour au sens large. Bon, une chanson d’amour, quel que soit l’angle, c’est sans arrêt traité par tous les chanteurs du monde entier. Après, il y a la façon d’amener ce sujet universel. Il y a l’art et la manière, si je puis dire. On n’est pas obligé d’en faire quelque chose de banal. Dans mes chansons, j’ai une priorité : que l’émotion saisisse au ventre. C’est une recherche physique.

Il y a une chanson qui parle d’un petit garçon qui part en vacances grâce à l’état, « Une journée à la mer ». Une des chansons les plus émouvantes, je trouve.

Je travaille beaucoup avec des adolescents sur des ateliers d’écriture, dans des endroits un peu défavorisés. Ces gamins sont complètement ignorés par les adultes, alors si tu t’intéresses à eux et qu’ils t’acceptent, ils débordent d’amour. Ils ne savent pas comment l’exprimer. La chanson leur a permis de dire beaucoup de choses, d’expulser des sentiments ou des évènements. C’est suite à ces rencontres bouleversantes que me viennent ce genre de chansons là.

Parlons de Cali à présent. Il a produit et réalisé cet album, comme il l’avait fait pour le précédent « Le cœur entre les dents ».

Lui, c’est différent de Cabrel. On est de la même génération et on s’est rencontré il y a dix ans. Pour mon premier concert sous le nom de Daguerre, je faisais sa première partie, alors qu’il n’était pas encore connu. Il y avait 100 personnes dans la salle. Il a explosé avec « C’est quand le bonheur ? », six mois après.

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Ensuite, pour faire vite, vous vous êtes recroisés souvent, avez pas mal fait la fête et une amitié est née.

Cali m’a beaucoup aidé, sans le dire. Il parlait toujours de partage. Jamais, il ne m’a montré qu’il avait plus de notoriété que moi. Il me disait simplement : « Viens en tournée, on fait dix dates ensemble ». Il disait toujours « on ».  Il m’a fait vivre des expériences extraordinaires, sur des tournées de Zénith par exemple. Ensemble, on rit, on parle et on fait pas mal la fête.

Tu attends quoi de ce quatrième album ? Enfin la rencontre avec un plus large public ?

Pour être tout à fait franc, je n’attends pas grand-chose. Comme je te le disais tout à l’heure, je viens du milieu alternatif ou il fallait constamment se démerder. Ça m’est resté encore aujourd’hui. Je n’anticipe jamais le lendemain. Tout se fait au jour le jour, je suis comme ça, je n’y peux rien. Ce n’est pas très confortable. Moi, ce que je veux, c’est un prétexte pour faire de la scène. Maintenant que cet album est sorti, je veux juste faire partager mes émotions au public. C’est une de mes raisons de vivre.

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Commentaires

Daguerre c'est un genie et sur scene , il est epoustouflant.En plus il est humble .Un artiste ,un troubadour.Genial!

Écrit par : Deves jean | 04 novembre 2012

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