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15 octobre 2012

Mathieu Boogaerts : interview pour son album éponyme

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mathieu boogaerts,eponyme,interview,mandorMathieu Boogaerts a sorti son nouvel album éponyme le 1er octobre dernier. Il propose des chansons dont il doit être lassé de s’entendre dire qu’elles sont minimalistes. Disons qu’elles sont aussi simples qu’elles sont sophistiquées. Il suit sa route sans les paillettes, mais avec une impeccable rigueur. Je l’ai déjà mandorisé pour son précédent album, c’était en 2008, dans un bar de la capitale. Cette  fois-ci, le lieu est plus personnel. Il m’a reçu le 26 septembre dans son petit studio, à deux pas de sa salle fétiche, La Java. Un endroit coupé du monde dans lequel il aime venir réfléchir, travailler et désormais, donner ses interviews…

Interview :

À la Java, tu as rodé tes nouvelles chansons quelques mois. Était-ce aussi pour les tester auprès du public avant de les inclure dans l’album ?

Pas du tout. Quand on fait un concert, ce n’est pas un disque. On n’a pas d’applaudimètre pour savoir si telle ou telle chanson marche mieux que l’autre.

Mais un artiste sait si la chanson capte l’attention du public, quand même…

Dans un spectacle, une chanson peut avoir un succès parce qu’elle amène une énergie, parce qu’elle arrive au bon moment,  alors que quand on fait la vaisselle chez soi, on s’en fout. Néanmoins, le fait d’avoir joué ses chansons régulièrement sur scène, quand j’étais derrière mon micro, en studio pour les enregistrer, j’avais un supplément de confiance et de foi que je n’aurais pas eu autrement. 80% de la matière audible sur le disque ont été faits en deux après-midi. Basse, batterie, guitare. J’ai pris un peu plus de temps pour faire des voix, mais ça a été plutôt rapide quand même.

Clip de "Avant que je m'ennuie".

Cette réputation que tu as d’être pointilleux en studio est-elle exagérée ?

Je ne suis pas pointilleux pendant les enregistrements, mais je suis pointilleux quand j’écris les textes, pointilleux quand j’écris les mélodies, pointilleux pendant l’enregistrement, pointilleux pendant le mixage, pointilleux pour l’ordre des chansons, pointilleux pour la pochette. C’est pour ça que j’ai la prétention de sortir un disque et de le vendre au public. Si je n’étais pas pointilleux, ce serait malhonnête de ma part.

Dans ce disque, on sent que tu t’es amusé avec les sons et les mots. Cela étant, c’est valable pour tous tes albums précédents.

Merci de cette dernière précision. L’exigence du son des mots et du sens du texte fait partie du métier d’auteur-compositeur-interprète de chansons. Une chanson c’est la rencontre entre des mots et de la musique. Les mots doivent évoquer les sentiments, un sens, mais ils doivent aussi sonner et vibrer avec les accords… bref, c’est un tout. En aucun cas, il n’y a pas de chansons avec lesquels je suis plus ambitieux et pointilleux. Le curseur est au même niveau pour chaque chanson.

Est-ce que c’est une création mathématique d’écrire une chanson ?

C’est mathématique dans le sens où il y a un cadre. Une mélodie, ça a un certain nombre de pieds. Voilà, j’ai 12, 12, 6, 6, 7, 12… donc effectivement, il y a un peu de mathématique qui intervient dans la création d’une chanson. La musique, c’est mathématique.

Et le rôle d’un auteur compositeur est-il aussi d’inventer de nouvelles formules ?

Personnellement, même si je suis forcément conditionné, j’essaie au maximum de me libérer de toute convention. Par exemple, il y a certaines fautes de français dans mes textes, mais comme je les fais volontairement, j’assume tout à fait. Quand Nino Ferrer chante « Gaston, y a l’téléfon qui son », ça n’a pas le même impact que « Gaston, y a le téléphone qui sonne ».

Parfois, crains-tu que ton second degré assez fréquent ne soit pas toujours perçu comme tel ?

Je peux me dire que telle ou telle phrase est potentiellement confuse ou pourrait être mal interprétée. Pour la première fois, quand je l’ai remarqué, je l’ai un peu modifié, parce que pour ce disque, j’avais vraiment envie d’être compris plus que d’habitude. J’ai été soucieux d’être le plus limpide possible, tout en gardant ma patte personnelle.

Pourquoi as-tu le souci de ne pas envisager la musique et les textes comme les autres ?

Parce que pour moi, cela va de soi. Être artiste et sortir un disque à 20 euros, si on revendique que ça vaut le coup de l’acheter, c’est aussi parce que ce n’est pas le même que celui du voisin. Mon métier, c’est de traduire en chanson des sentiments par lesquels je suis passé avec un langage personnel et original.

Pour la première fois, un de tes albums n’a pas de titre…

Je crois qu’on a le droit d’utiliser ce procédé une fois. Je ne veux pas que cet album ait un statut différent des précédents, mais sur les autres, le titre s’est imposé. Là, je n’ai eu aucun déclic, du coup, il était hors de question que je nomme ce disque avec un titre que j’aurais été susceptible de regretter. Inconsciemment, ça à un peut-être un sens, mais que je ne maîtrise pas.

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Dans cet album, il y a deux chansons d’amour, très premier degré, comme « Sylvia » et « Je sais ». C’est rare dans ton répertoire que tu ne cherches pas à créer des effets stylistiques quand tu chantes quelque chose de très personnel.

Cette remarque me fait plaisir. Je reviens à ce que je te disais tout à l’heure, je veux que cet album soit plus « abordable ». En gros, je suis sur une plage l’été, il y a un feu de camp, il ya une guitare sèche qui passe, je sens que la chanson, tout le monde peut la chanter en chœur avec moi et comprendre de quoi je parle.

C’est difficile pour toi de faire simple ?

Le plus beau compliment que l’on puisse me faire quand on écoute une de mes chansons, ce serait « mais bon sang, bien sûr, il fallait y penser ! ». C’est comme le mec qui a inventé le carré, le rond ou le triangle, ça paraissait évident, mais ça n’existait pas avant que quelqu’un y pense. Ça peut paraître bizarre, mais je t’assure que j’ai toujours été à la recherche de la simplicité, tout en étant original et nouveau si possible.

Tu écris parfois pour les autres, récemment pour Luce, Camélia Jordana et en ce moment pour Vanessa Paradis. 5 titres en tout. C’est énorme !

C’est elle qui est venue vers moi parce qu’elle a beaucoup aimé la chanson « Moi c’est » que j’ai écrite pour Camélia Jordana. J’en ai fait 6, elle a gardé 5. Elle semble très enthousiaste de mes chansons et j’en suis ravi parce que je les aime aussi beaucoup. J’ai développé des musiques et des textes en fonction de l’idée de ce que je me fais de ce qu’elle a dans la tête.

Il faut se prendre pour Vanessa Paradis pour écrire pour Vanessa Paradis.

C’est pareil qu’au cinéma. Il faut se prendre pour Antoine Doinel pour jouer Antoine Doinel.  Dans tous mes albums, chaque chanson est un prétexte pour aller explorer un personnage enfoui au fond de moi. Quelque part, j’ai un peu de Vanessa Paradis en moi. J’ai un peu de femme en moi. C’est marrant ce que je te dis là, c’est la première fois que je formule les choses comme ça.

En fait, tu joues un peu la comédie pour interpréter ce que tu as de plus caché en toi.

C’est difficile à expliquer. Pourquoi je passe tout d’énergie, tant d’amour, tant de temps, à écrire des chansons, à les enregistrer, à les trouver justes, à les mettre sur un disque, enfin… d’employer autant d’énergie à tout cela ? Inconsciemment, je dois avoir un déficit de communication dans la vraie vie, et donc, c’est une façon d’exister, de créer un lien avec le reste du monde. Quand je suis sur scène, ce sont des moments de jouissance au sens propre du terme. Ce n’est pas de l’orgasme sexuel, mais le corps exulte réellement. Ce sont des moments où je me sens vraiment vivant.

Le teaser du disque.

Est-ce que tu vis ta vie d’artiste de la manière la plus idéale ?

Mon opinion est qu’on ne peut pas vivre sa vie d’artiste idéalement. Je vais un peu loin dans ma théorie, mais un artiste, par définition, est toujours à la recherche de quelque chose. Si on refait un disque, c’est que le précédent n’était pas comme on voulait qu’il soit parce qu’il manquait quelque chose. Moi, je suis toujours frustré. C’est une composante inhérente à mon travail. Cela étant, il y a des jours où je vois le verre à moitié vide et d’autres jours, le verre à moitié plein.

Et ça se traduit comment ?

Quand je le vois à moitié vide, je me dis : « J’ai 41 ans, j’en suis à mon 6e album. Je fais toujours partie des artistes confidentiels, toujours dans la case « spé ». Pourquoi, je ne vends pas autant de disques qu’Étienne Daho, qu’Alain Souchon ou que Benjamin Biolay ? ».  Je ne comprends pas donc je suis un peu jaloux, un peu frustré, un peu aigri.

Et quand tu vois le verre à moitié plein ?

A ce moment, je me dis : « Ça fait 17 ans que je fais exactement la musique que je veux, comme je veux. J’en vis correctement, je n’ai pas de problèmes d’argent. Le matin quand je me réveille, ma seule problématique professionnelle, c’est de me demander quel type d’accord, quel mot je vais choisir, quel typo je vais prendre pour l’affiche ? ». Dans ce sens, je sais que c’est un luxe énorme et  je me sen hyper privilégié.

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