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09 octobre 2012

Dam Barnum : interview pour la sortie de Des pieds, des mains

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J’ai fait venir à l’agence Dam Barnum parce que son premier album (sorti avant-hier) a titillé mes oreilles de manière réjouissante. Et puis, parce que l’histoire d’un bassiste qui joue dans des groupes de rock se lançant soudain dans une carrière solo m’intéressait au plus haut point. Damien Lefèvre, puisqu’il s’agit de lui, a abandonné un temps le groupe Luke pour aborder une nouvelle phase musicale, plus pop et solitaire. Il est venu m’expliquer le pourquoi du comment, un matin. Très tôt. Merci à lui pour ce petit déjeuner/interverview.

Dam_Barnum_-_Des_Pieds_Des_Mains.jpgBiographie (inspirée de l’officielle, mais raccourcie et réarrangée sinon c’est pas drôle).

Dam Barnum sort son album. Il nous prodigue une pop rêveuse et quotidienne, une pop qui réactualiserait les Kinks au pays de Brel et Bashung. Dam Barnum n’est pas un débutant, ni un inconnu. Il a été un des fondateurs d’Eiffel, a enregistré l’album de Michel Houellebecq et tourné avec lui, enregistré avec Cali, composé pour la danse contemporaine et, depuis 2005, il est le bassiste du groupe Luke. Ses chansons sont moitié autobiographiques obliques, moitié fictions tendres. Dam Barnum appartient à l’école de la limpidité mélodique qui, de Michel Polnareff aux Innocents, nous a donné tant de tubes imparables. En tout, douze chansons ferventes et radieuses, sentimentales et pêchues.

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Interview :

La première réflexion que je me suis faite en écoutant ton album, c’est que tu as un sens de la mélodie très développé.

J’adore les Beatles, et plus généralement la pop anglaise et sa manière mélodique d’amener les choses. Il est fort probable qu’inconsciemment, je m’en inspire.

Tu as été musicien de deux groupes de rock français légendaires, Eiffel et Luke. Pourquoi as-tu décidé de mener ta propre carrière ?

Je ne me suis jamais dit : « Tiens ! Si je devenais moi aussi chanteur ! ». En fait, en 2007, je sortais d’une tournée avec les Luke. Je n’avais rien à faire pendant deux mois, j’ai donc sorti ma guitare, je me suis amusé à jouer et à la fin, ça a fait des chansons. En faisant écouter à mes proches, j’ai constaté qu’ils semblaient tous d’accord pour dire que c’était intéressant.  Ça m’a incité à envisager cela de manière plus officielle.

Trailer

Mais, y avait-il une envie de se mettre quand même un peu plus en avant ?

Non.  Je ne le prends pas comme une ascension sociale, mais plus comme une envie d’aller voir ce qu’il se passe de l’autre côté de la rue.

On s’ennuie parfois en étant musicien d’un groupe ?

Non, on ne s’ennuie pas du tout. Après, comme dans tous métiers, il arrive qu’il y ait une routine qui s’installe. J’aime bien me renouveler et tenter de nouvelles expériences musicales. Attention, j’ai conscience que c’est génial de faire de la musique et en vivre. Mais arrivé à la 70e date, il y a quand même un petit sentiment de lassitude. J’ai eu envie de nouveauté et puis, j’ai surement aussi eu le besoin de me lancer un défi, d’aller dans tes territoires inconnus. On a tous besoin de se remuer, de se bouleverser, d’être stimulés par autre chose.

Tu as fait 10 ans de piano classique et tu es devenu bassiste rock. C’est ce mélange qui fait que l’on sent une espèce de douceur dans ton disque.

J’ai voulu que mon album soit fin, presque féminin et moins martial. J’ai conçu dans ma petite chambre quelque chose d’intimiste. J’ai joué parfois avec des instruments bricolés, ce qui a donné une espèce de fragilité. C’est un peu l’esprit de mon album. Je pense que j’ai voulu contrecarrer ce que j’ai fait pendant 10 ans. Jouer fort. 

Version acoustique de "Les souterraines".

As-tu pris du plaisir à écrire tes textes?

Ça m’a fait un bien fou. Ça a structuré ma pensée. Il faut essayer de formuler tes idées. J’adore me poser quelques heures et réfléchir à la bonne phrase, la meilleure formulation.

Tu joues beaucoup avec les mots et tes textes ne sont pas tous très joyeux.

C’est la vie qui est comme ça. Il y a des bons et des mauvais moments. J’ai des textes relativement graves, mais j’essaie de mettre un peu de gaieté dans ma musique parce qu’en même temps, il y a une envie de vivre et d’en découdre. C’est l’ambigüité entre la fureur de vivre et l’attirance vers la mort.

En sortant cet album solo, te sens-tu redevenir un débutant ?

Complètement. C’est un état paradoxal, je t’assure, parce que ça fait dix ans que je suis sur la route. J’admire les Rolling Stones qui font la même chose depuis 50 ans et qui le font bien. Moi, j’en serais incapable. Bowie, par contre, lui, a toujours pris des risques. Il s’est renouvelé quasiment à chaque album. Même en France, un mec comme Cali, il essaie des choses différentes, quitte à se planter parfois. Je trouve ça très respectable.

"Sauvage" aux Trois Baudets le 8 mars 2012.

As-tu trouvé ta voix de chanteur facilement ?

Au début, tu ne réfléchis pas, ta voix s’impose naturellement, ensuite, ceux qui bossent avec toi te conseillent un peu, alors tu prends du recul et tu modifies le mieux possible. Il y a dix ans, tu m’aurais dit que j’allais faire un album solo en tant que chanteur, mais je t’aurais ri au nez. Je bosse en tout cas.

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Le groupe Luke (crédit : Franck Loriou)

Tes collègues de Luke ont-ils écouté l’album?

Je ne crois pas. On ne s’est pas beaucoup vu récemment. On a fait un petit break et chacun s’occupe de ses affaires. Ce disque, c’est ma parenthèse, mon petit jardin secret et je ne les emmerde pas avec ça. On a été pendant 2 ans tout le temps ensemble, on a besoin de respirer son propre oxygène.

C’est un peu difficile de se faire connaître des médias, non ?

C’est un peu long parce que je suis en développement et je suis autonome. Je fais tout avec mes petits moyens et une petite équipe. On n’a pas la même force de frappe qu’une major.

41XH2X47E5L._SL500_AA300_.jpgTu as enregistré et joué avec Michel Houellebeq. Quel souvenir en gardes-tu ?

J’en garde le souvenir d’une expérience folle. Je ne connaissais pas bien l’auteur, ni vraiment l’ampleur du personnage. Je l’ai découvert après. On répétait dans un petit studio au Studio bleu, dans ta rue, là, pas loin. On allait manger un sandwich en face. Il y avait Houellebeq, Bertrand Burgalat et nous ? nous étions trois d’Eiffel. Houellebecq était très sympa, très humain.

Ça t’a libéré de sortir ce disque ?

Oui, maintenant j’espère que les chansons vont toucher les gens. Cela étant, je ne cours pas après le succès. Mon but est d’acquérir une certaine liberté, faire un peu ce que j’ai envie de faire, quand j’ai envie de le faire. C’est ce que j’ai toujours fait dans ma vie. J’ai toujours été tête de mule à ce sujet. Je me suis barré à 18 ans de chez moi et je suis allé un peu partout en disant que je voulais faire de la musique.

En 2012, est-ce bien raisonnable de sortir un disque ?

Non, pas du tout. Mais faut-il être raisonnable ? Je n’ai pas envie de l’être. Je serai raisonnable quand je serai mort. Je sais bien que ce n’est pas viable de sortir un disque comme je le sors. C’est beaucoup d’énergie donnée pour un résultat totalement improbable. Mais quand tu as fait des chansons, il faut bien qu’elles sortent, sinon, tu finis avec de grands regrets et de grandes frustrations quand tu as 60 ans.

Le clip de "Tu tombes bien".

Pourquoi as-tu choisi de prendre un pseudo ?

Ça me paraissait plus facile pour moi de me cacher derrière un personnage pour habiter mieux mes chansons. J’ai l’impression que c’était plus simple pour moi de monter sur scène en étant quelqu’un d’autre.

Tu vis de ta passion, tu es le plus heureux des hommes ?

C’est fabuleux. Mais tu sais, il y a plein d’autres métiers qui m’attirent. Berger par exemple, guide de montagne aussi. Quand j’avais 17 ans, je ne me destinais pas à être musicien. Je voulais être journaliste.

C’est marrant, moi je voulais être musicien chanteur.

On échange nos places ?

Pour le bien de la musique, je veux bien de te donner la mienne, mais garde la tienne.

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