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02 octobre 2012

Buridane : session acoustique et interview pour Pas fragile

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_buridane3-by-fabienne-chemi.jpgComment naviguer entre le grave et le léger, trouver les nuances pour se livrer tout en retenue, maquiller les histoires délicates qu’elle raconte dans ses chansons ? Buridane sait y faire. Quand elle chante les violences affectives ou (et) physiques, une grossesse non désirée ou une maladie « comme un caillou que l’on trimballe dans sa chaussure », on écoute ému et attentif.
Buridane sort son premier album enregistré et réalisé par Pierre Jaconnelli (Johnny Hallyday et Benjamin Biolay par exemple). Elle nous chante à l’oreille ses histoires pas ordinaires, entre douceur et amertume. Le 17 septembre dernier, elle est venue à ma rencontre pour une session acoustique et une interview destinées à MusiqueMag. Interview vérité.

Vous êtes quelqu’un de plutôt timide, de pudique, et pourtant, vous dites beaucoup de choses  dans vos chansons.

C’est que je refuse l’idée que l’on puisse être figé dans quelque chose, genre « je suis née comme ça, c’est ma nature ». Depuis plusieurs années, j’essaie toujours d’aller contre, de voir si je peux être différente, si je peux essayer des choses et voir si je peux être bien dedans.  Je vais contre ce qui pourrait paraître facile et confortable.

"Pas Fragile" en acoustique

C’est un peu lutter contre soi même.

Oui, on est notre pire ennemi. Mais, j’ai remarqué que j’avais une espèce d’instinct, pas de survie, mais de faire les bons choix… même si ça prend du temps.

Vous parlez d’évènements graves, voire très graves dans cet album. Ces chansons ont-elles aussi l’effet salvateur d’évacuer tout ça de votre tête ?

Il y a quelque chose dans le fait d’écrire des histoires personnelles et de les partager qui est une forme de catharsis. Tant que ce n’est pas écrit et posé, je n’arrive pas à le sortir de moi, vous avez raison. Je dois avoir un problème d’émotion, d’expression, quelque chose comme ça. En chantant ces chansons-là régulièrement devant des gens, c’est une forme de thérapie.

Il n’y a pas une chanson anodine, légère, hormis musicalement.

Peut-être, mais il n’y a pas une seule chanson où il n’y a pas de lumière dedans. Et je fais preuve aussi d’auto-ironie constante. C’est cette légèreté-là qui met une légère distance avec ce que je raconte d’un peu lourd.

Ces chansons sur une enfance maltraitée et plus vont toucher beaucoup de gens. N’avez-vous pas peur de recueillir ensuite beaucoup de témoignages de personnes ayant vécu la même chose ?

Chacun comprend mes chansons avec leur propre vécu, donc ce n’est parfois pas la même histoire. Mais, en général, quand c’est arrivé, c’est arrivé de manière positive. La personne me dit que ma chanson lui a fait du bien. Elle a mis des mots que je n’aurais pas réussi à mettre, mais c’est exactement ce que je voulais dire. Dans ces moments-là, je me dis que je ne fais pas ça pour rien. Si à la base, c’est parti de quelque chose de personnel pour me faire du bien à moi et que je vois que ça a des répercussions sur d’autres, je me dis que ce que je fais n’est pas vain, ce n’est pas du vent.

"Badaboum" en acoustique

Quand vous écriviez vos chansons, vous êtes-vous demandé parfois si vous n’alliez pas plomber l’ambiance ?

Si bien sûr. Mais, ça va au-delà de ça de la dureté de certains sujets et de certains mots. Mes chansons sont pleines de vie.  La vie, elle est là plus que tout.Mais, vous savez, les gens aiment bien appuyer sur leur peine, parfois. Je pense aux Grecs qui allaient voir des tragédies, qui venaient pour pleurer et au final se faire du bien. On aime tous parfois regarder un bon film un peu triste. Quelque part on voit l’autre aller mal, il y a comme un transfert, une espèce de solidarité dans le malheur.

Ce qui m’impressionne dans cet album, c’est que les choses sont dites clairement, sans qu’elles soient tout à fait dites vraiment.

Ce qui me tient à cœur, c’est de ne pas tomber dans des propos hyper réalistes. Ce que je me dis, c’est qu’on ne vit pas les mêmes choses, mais on arrive au même résultat et aux mêmes émotions. À histoires différentes, on arrive aux mêmes conséquences comportementales, d’où l’envie de masquer les choses. Je veux aussi me protéger moi et protéger les gens qui seraient éventuellement concernés par ces chansons. On n’est pas là pour faire un étalage impudique des choses, mais pour faire de l’art.

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Vous dites que vous transformez la réalité en sublimation. Je me demande si on peut vraiment sublimer des évènements vécus pas très beaux.

Si, on peut. Ça rend les choses moins dures et plus acceptables. La chanson permet vraiment ça. Je finis par aimer cette chanson, du coup par finalement aimer un bout de cette histoire, en tout cas de  l’accepter. On subit moins l’histoire, on la façonne.

Que peut-on écrire après des chansons si fortes ?

C’était important de faire ce premier album. Les premières choses qui m’ont incité à faire de la musique sont sorties et sont posées, je me dis que maintenant que tout ça est exprimé, je vais pouvoir passer à quelque chose d’autre. Il y a déjà des façons d’écrire, des thématiques différentes qui apparaissent et l’envie d’aller creuser un petit peu sur d’autres terrains.  Je serai moins sur « comment je m’en suis sortie », un peu moins dans la lutte.

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