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15 septembre 2012

Pierre Szalowski : interview pour Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul?

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Pierre Szalowski est un auteur qui vit au Québec. Il est actuellement en France pour promouvoir son deuxième roman, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ?. J’ai lu ce livre cet été, tranquillement durant mes vacances. J’ai été réellement charmé et ému par ce roman, sorte de fable jubilatoire. J’avais entendu parler de cet auteur, mais je n’avais pas lu son fameux Le froid modifie la trajectoire des poissons (traduit dans de nombreux pays). J'ai reçu Pierre Szalowski le 12 septembre dernier à l’agence et j’ai également été conquis par la personnalité de cet homme étonnant et très attachant.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor4e de couverture :

Le 24 décembre, dans un palace déserté de Montréal, Martin Ladouceur, célibataire endurci, s’apprête à passer le pire réveillon de sa vie. Avec pour seule compagnie un concierge protocolaire, un groom débutant et une femme de chambre timide, l’ex-légende du hockey canadien se retrouve en prime au régime sec, sans strip-teaseuses ni grands crus.

Mais, contre toute attente, en cette nuit de Noël, un petit bonhomme va lui offrir le plus beau des cadeaux. Et, comme par magie, la terreur des patinoires découvrira un sentiment qu’il ignorait jusqu’alors.

Petite philosophie du bonheur, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? est une fable tendre et drôle, remède absolu contre la morosité.

L’auteur :

Ancien photographe de presse, journaliste, directeur de création dans la publicité et vice-président d’Ubisoft Canada, Pierre Szalowski est aujourd’hui scénariste et auteur, mais avant tout « bonheuraturge ». Après le succès international du Froid modifie la trajectoire des poissons, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? est son second roman. Il vit à Montréal.

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pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandorInterview :

Tu es un personnage étonnant, aux mille vies. Qu’est-ce qui t’anime ?

Le fait de ne pas m’ennuyer. Je vais te donner un exemple qui est révélateur. Quand j’étais à Ubisoft, il y avait des chasseurs de têtes qui tournaient autour de moi. Dans la liste des questions qu’ils me posaient pour mesurer mon ambition, il y en avait une qui revenait toujours : « dans quelle position vous voyez-vous dans 5 ans ? » Je répondais : « la position dans laquelle je me vois dans 5 ans, c’est allongé et content de me lever le matin. » Le métronome de ma vie est la joie de vivre la journée que j’ai à vivre. Je ne suis pas capable de faire une concession à l’ennui. Je ne m’ennuie pas, je ne triche pas. Je peux faire semblant d’aimer quelque chose, mais ça ne va pas durer très longtemps.

Raconte-moi ton parcours pour le moins original.

J’ai voulu être photographe de presse à 15 ans, je le suis devenu. Je voyageais, je faisais plein de choses, mais un jour je me suis rendu compte que je n’avais pas d’amis. Je n’étais jamais là. Donc, je suis devenu photographe de mairie. À la mairie, je commençais à légender les photos. Le journal local m’a repéré et m’a embauché. J’ai fait deux ans dans le journalisme régional à L’Écho régional. J’ai ensuite ouvert  une agence de communication en me rendant compte qu’il y avait un besoin des municipalités. On a eu la Guerre du Golf qui a mis à mal notre activité en 1992. C’était, à ce moment-là, le début de l’informatique, du PC Personnal Computer,  j’ai donc eu l’idée de faire des logiciels. J’ai créé un logiciel de gestion de caves à vins qui a rencontré un succès considérable. On en a vendu des dizaines de milliers d’exemplaires. J’ai aussi inventé un logiciel de gestion de parties de golf qui a fait un bide total. Et enfin, j’ai aussi fait un logiciel intitulé « Drague aux nanas » avec vent d’Ouest et c’est là qu’Ubisoft m’a repéré. Au bout de 7 ans de jeux vidéo, j’ai trouvé que ça devenait ennuyeux de rester dans ce milieu.

J’ai bien compris que tu changes d’activité régulièrement et qu’il te faut toujours être en pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandoraction. Tu es aujourd’hui écrivain. Tu n’as pas peur de t’en lasser également ?

Si. Le risque que je me lasse est permanent. En fait,  j’ai seulement écrit deux romans en 5 ans, parce qu’il fallait que je retrouve l’envie, que je retrouve la pureté. Si je peux ensuite gérer un livre comme une activité professionnelle, au moment où je l’écris, il faut que je sois dans un réel état de pureté. Mon nouveau roman délivre beaucoup d’émotion et je ne peux pas en délivrer sur commande. Il faut que mes capteurs et mes émetteurs d’émotions ne soient pas pollués par une situation financière difficile, par des soucis personnels ou professionnels. La deuxième difficulté, c’est de revivre ce que tu as déjà vécu. Par exemple, ce voyage en France me faisait très peur. Je m’en suis ouvert auprès de mes proches parce que j’allais refaire ce que j’avais déjà fait il y a deux ans. Moi, refaire les choses, ce n’est pas tout à fait mon truc.

Et du coup ?

Contre toute attente, ça me fait plaisir, car je sens une vraie évolution. Je sens que le premier roman a touché des personnes. J’ai déjà fait quelques salons et j’ai rencontré beaucoup de lecteurs qui m’en ont parlé et qui sont venus les bras ouverts prendre le second sans même ne pas savoir de quoi il parle. Je suis en train de découvrir ce qu’un écrivain peut représenter pour d’autres personnes. Je dirais que ce voyage-ci est une initiation à prendre la dimension de ce que peut représenter d’être écrivain.

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Tu n’aimerais pas simplement pouvoir te laisser entraîner par les choses de temps à autre ? Ne pas toujours tout contrôler…

J’ai eu dans ma période de créateur de logiciels des moments où le succès m’a fait prendre le melon. Et ces périodes-là n’ont pas été celles où j’étais le plus performant, bien au contraire. J’en ai tiré une grande leçon. Aujourd’hui, je tente de redescendre de mon petit nuage, de bien voir où j’en suis avec un certain recul. Comme tout le monde, je me rêve ceci, je me rêve cela, mais j’essaie de ne pas me prendre pour « plus que untel », ou « moins que » aussi, d’ailleurs. Il faut juste être lucide parce que c’est comme ça que l’on reste vrai. Dans ce que je fais et ce que j’écris, j’essaie d’être dans la vérité des sentiments, dans la vérité des émotions. Il faut que je me mette dans une condition me permettant d’écrire en ressentant ce que j’écris.

Au début, ton personnage, Martin Ladouceur, n’est pas très sympathique, mais il devient vite attachant.

À un moment, j’ai planté des petits clous qui font comprendre aux lecteurs qu’il n’a pas eu une vie facile ce garçon-là. C’est ma façon de voir les choses. Une personne qui me parait parfaite m’inquiète immédiatement. Une personne que je connais un peu, je vais détecter ses qualités et ses défauts. Mais ses défauts ne me gênent pas. Personne n’est parfait. On est une balance entre les deux. Je considère qu’on a tous du bon en soi et du mauvais. Pour Martin, je montre d’abord le mauvais qui n’est finalement pas moins que ce que l’on a voulu faire de lui. Il est comme un artichaut. Le cœur, il est au milieu. Pour l’atteindre, on l’épluche petit à petit.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandorLe succès de ton premier roman, Le froid modifie la trajectoire des poissons (qui est sorti en poche chez J'ai Lu le mois dernier), t’a-t-il donné confiance pour le second ?

Non. Je t’explique. Le premier, tu es prêt à le publier à compte d’auteur tellement tu as envie qu’il sorte. J’avais touché le cachet de la production d’un film, je n’étais donc pas dans le besoin. Écrire trois-quatre mois était le fun et j’étais même dans une certaine naïveté. Bon, il se trouve qu'au final, il est publié et traduit dans plein de pays… la donne change. Pour le second, du coup, tu as des éditeurs qui te mettent un peu la pression. Le danger, c’est de penser que tu as raison. Quand tu as du succès une fois, tu penses que ce que tu écris devient mécaniquement intelligent, alors que ce n’est pas vrai. Quand tu te trouves bon, tu en fais trop. Il ne faut surtout pas devenir putassier. Tu sais ce qui a fonctionné dans le premier, alors tu refais les mêmes choses. Moi, je pense que j’ai évolué entre les deux romans. J’ai tenté d’aller plus loin.

Explique-moi ton concept de « bonheuraturge ». Ce terme ne fait-il pas d’ailleurs un peu gnan gnan ?

Tu travailles avec Antidote ?

Oui.

Tu prends le mot « bonheur » ou un autre mot positif. Essaies-en plusieurs, tu verras, il y a plus de synonymes pour les mots négatifs que pour les mots positifs.

Et alors ?

Et bien, pour la forme, c’est vrai, tu as l’air con quand tu écris des livres sur le bonheur, car tu as moins de mots. Pour le fond, chacun est pudique de son bonheur. Par exemple, 95% des gens disent « mon meilleur ami, c’est celui que je peux appeler quand ça va mal ». Moi, mon meilleur ami, c’est celui que je peux appeler quand ça va bien. Avec mes amis, on se dit souvent : « qu’est-ce qui t’es arrivé de bon cette semaine ? ».

Bon, en fait, tu m’expliques que c’est une philosophie de vie.

C’est exactement ça. C’est toujours le prisme. Je pense que l’on peut parler de grandes douleurs et de la douleur du monde de manières parfaitement idiotes. Je crois toujours au contraire. Un mot qui n’a pas de contraire me fait peur. Donc, la situation contraire est valable. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas parler du bonheur sans le faire avec délicatesse et intelligence. Personnellement, j’estime que je ne le fais pas de façon gan-gnan, comme tu dis, parce que j’y amène de l’humour, du second degré et la force des mots.

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Et tu donnes de l’espoir pour le genre humain. Dans ton livre, tu racontes finalement comment une « ordure » peut devenir quelqu’un de beau.

Complètement. Martin Ladouceur, on l’a mal fait pousser, c’est tout. Ce roman aurait pu être écrit de façon beaucoup plus tragique, noire et terne, mais moi, je suis un résilient naturel. C'est-à-dire que je n’aurais jamais mal plus d’une soirée.

Quel que soit l’événement ?

Oui. Tu sais François, j’ai attaqué l’écriture le lendemain de la mort de ma mère. C’était la seule réponse que j’avais à donner à la mort. Répondre par la vie.

Ce soir, c’est ta soirée de lancement (note de Mandor : nous sommes le 12 septembre)… on va te « célébrer ». Tu aimes ça ?

Oui. C’est très plaisant parce que c’est ma fête. J’entrevois ce genre de moment pour les bonnes choses et les bonnes raisons. De plus, on fait ça dans la librairie Le livre écarlate, d’un libraire qui m’avait beaucoup touché il y a deux ans. Quand on m’a proposé cette soirée de lancement, j’ai proposé que cela se fasse chez lui parce qu’il avait été formidable. Il avait été juste gentil, mais vraiment gentil. Je n’oublie jamais les gens qui m'ont aidé. Jamais.

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