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04 septembre 2012

Thierry Brun : interview pour La ligne de tir

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Thierry Brun écrit des polars noirs. Noirs très foncés. Puissants, implacables. On met un peu de temps à s’en remettre. Dans son nouveau (et second) roman particulièrement. La ligne de tir est un des meilleurs polars de cette année. Une seconde mandorisation s’imposait (la première est ici).

thierre brun,la ligne de tir,interviewPrésentation de l'éditeur :

Le commissaire Fratier est sur le point d'être mis en examen. Depuis trop longtemps, il est lié à la pègre dans sa ville de Nancy et le témoignage de Loriane Ornec, qu'il a corrompue quand elle était dans son service, pourrait bien l'envoyer en prison. Il décide de la supprimer et contraint une ancienne terroriste de la mouvance gauchiste instrumentalisée par le pouvoir à exécuter cette tâche. Mais Loriane Ornec disparaît. Rival de Fratier, Shadi Atassi, qui règne sur le crime organisé nancéien, est amoureux de la jeune femme et mobilise ses troupes à sa recherche. II soupçonne Fratier d'être mêlé à sa disparition... mais surtout Patrick Jade, un homme glacé, au passé de tueur, qui représente pour eux tous, Fratier, Ornec, Atassi, une menace terrifiante. Roman de la nuit et de la corruption, La Ligne de tir, mécanique implacable, nous entraîne imperceptiblement d'un univers à un autre, du roman noir au thriller, et nous invite à une plongée oppressante dans le repaire de Jade, homme granitique, citadelle imprenable, point sombre dont chacun subit l'attraction et vers lequel tous convergent.

Biographie de l'auteur :

Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l'auteur de Surhumain (Plon, 2010).

 

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La ligne de tir n’a pas tout à fait la même écriture que Surhumain. Les phrases sont plus saccadées, vives, rythmées. Les chapitres sont très courts, et donc, tu as gommé toutes fioritures.

Ce style est plus dans ce que j’aime écrire. J’aime l’ellipse. Yann Briand, mon nouvel éditeur m’a poussé dans mes retranchements. Il m’a demandé de me lâcher quitte à rectifier le tir ensuite. On a beaucoup travaillé ensemble. Certains passages, quasiment pas, d’autres, un peu plus. Il a fait un gros boulot sur les lieux et les ambiances. Moi, j’avais tendance à en faire trop.

Dans un thriller, il y a généralement deux- trois personnages durs, écorchés vifs. Dans tes deux livres, ils le sont tous. Personne n’est « normal ».

Tu sais, tous les gens qui sont dans ce milieu sont dans l’action permanente. Ils ont des choses à se prouver, souvent ils traînent de grosses casseroles familiales. Avec tout cela à gérer, ils ont des objectifs et ils se donnent les moyens d’y parvenir. Ils descendent tous dans les abymes. Et je trouve intéressant que tout le monde ait sa part d’ombre… mais dans l’excès.

Ton flic, Fratier, c’est un Michel Neyret puissance 10 ?

Fratier n’est pas Neyret, contrairement à ce qu’à écrit le journal Marianne. J’ai pris exemple sur deux autres qui existent aussi et dont je tairailes noms. Fratier, pour tenir le coup, il prend de la coke… mais je n’invente rien et c’est même plutôt commun.

Je me demande toujours ce qu’ont dans la tête les auteurs de thrillers pour écrire des histoires comme ça. Pour les côtoyer parfois, je constate que les plus violents dans leurs textes sont les plus doux et gentils dans la vie.

Je ne sais pas quoi te répondre à ça. Peut-être qu’on expulse des choses qu’on a en nous. Et encore, je n’en suis pas sûr. Bon, je rectifie un truc. Dans ma tête, je n’écris pas des thrillers. Mes personnages sont peut-être des personnages qui sont en moi en permanence. En tout cas, je serai incapable d’écrire autre chose. Un roman dit « blanc » avec des personnages normaux me paraît impossible à écrire.

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Pourquoi dis tu que tu n’écris pas de thriller, mais des romans noirs ?

Dans le thriller, il y a des mécanismes que pour l’instant je n’utilise pas. Je n’en ai rien à foutre que le mec sauve le monde et aucun de mes personnages n’est spécialiste de quelque chose.  À part de la mort. Pour moi, un thriller, c’est l’articulation d’un récit. Pour résumer, j’essaie d’écrire des romans noirs avec des clefs des thrillers.

Il y a des moments drôles dans ton livre.

Je l’ai voulu. Pour le personnage du financier de Patrick Jade, je me suis souvenu d’un type avec lequel j’ai bossé quelques années. Je l’ai caricaturé et, du coup, il en fait des tonnes. C’est un peu la bulle d’oxygène dans le bouquin.

Comme dans Surhumain, l’action se situe à Nancy. Ils doivent être contents de savoir que tous les flics sont corrompus là-bas. Tu ne vas jamais leur lâcher la grappe aux flics de Nancy ?

C’était le dernier livre qui se situe dans cette ville. Je souris parce que je vais prochainement signer mon livre dans un salon à Nancy. Je pense que je vais avoir quelques commentaires sur la question. Au départ, je voulais une ville comme Angers. Une ville au passé bourgeois, industriel, avec des familles riches qui habitent là depuis des générations. Comme je connaissais Nancy un peu, je me suis reporté sur cette ville.

Lis-tu des thrillers, toi ?thierre brun,la ligne de tir,interview

Je n'en lis aucun. J’en ai lu un peu il y a longtemps, mais je lis par contre beaucoup de roman noir des années 70 et 80. Je suis nourri de ça. Il y a des tics dont j’essaie de me débarrasser, mais que j’aime.

Lesquels ?

Il y a un mot que j’adore écrire, c’est « L’homme », au lieu de citer les prénoms des personnages. Ça met une distance et d’un seul coup le héros est capable de faire autre chose que ce qu’il est. Ça c’est un truc purement de chez Dashiell Hammett.

Tu veux mettre une distance pour le lecteur ou pour toi.

Les deux. Comme dans le film, Drive. Tu suis le héros, d’un seul coup, il devient comme une personne étrangère grâce à un effet caméra. C’est ce que j’essaie de faire.

Tu les aimes, toi, tes personnages qui sont pourris jusqu’à la moelle.

Oui, et j’ai une grosse tendresse pour Fratier. Lui il écrase Résilia, mais lui-même est écrasé par des évènements et des gens qui le dépassent. Il faut qu’ils tiennent dans le tas de boue qu’il a lui-même fait. Pour tous mes personnages, c’est la même chose.

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Il y a un truc qui m’étonne. Il n’y a que des personnages principaux dans ton livre. Tu vois, j’ai été étonné par la 4e de couverture. Il manque Patrick Jade par exemple. Il n’est pas évoqué alors qu’il a autant d’importance que les autres.

Pour l’instant, très franchement, c’est mon souci d’écriture. J’aime bien amener des éléments qui font que l’on finit par aimer mes personnages. Je leur crée, à tous, de vraies personnalités, du coup, on a du mal à les départager.

Mais, tu cherches quand même à les mettre sur un même pied d’égalité. Que l’on ne laisse pas tomber un personnage pour un autre.

Oui, c’est exactement ça.

Il y a beaucoup de toi dans ces personnages…

Dans mon 5e bouquin, si on se revoit, je te dirai qu’il n’y a plus rien de moi. Là, je ne peux pas te le dire.

Tes influences ne sont pas uniquement littéraires, je remarque...

Je me rends compte que quand j’écris, je balance toutes mes influences. Plus de la moitié de mes personnages sont des personnages très cinématographiques. Je suis un grand fan de Melville, je ne peux pas renier cette influence-là. Si on creuse un peu mon livre, on y reconnaîtra aussi du Truffaut, du Godard, du Sautet.

Tu te sens bien dans ta peau d’auteur ?

Pas du tout. J’ai l’impression d’être un imposteur. Moi, je suis plutôt attiré par la musique, par les musiciens, par le cinéma, l’image, le son… tout ça. Ça me touche énormément. Et pour être touché par un bouquin, j’ai besoin d’aller vers des bouquins très anciens, soit par des gens comme Delphine de Vigan, Doa qui écrit chez Gallimard Noire, Antoine Chainas aussi.

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Commentaires

Merci Mandor pour cette occasion donnée de parler de l'équipe des éditions du Passage qui fait un boulot formidable. Et pardonnez-moi si j'ai raconté des bêtises, juste par manque de connaissance, concernant le genre thriller que je connais surtout par le cinéma. Tous les héros ne tentent pas de sauver le monde. Je ne voulais pas être réducteur.

Amitiés.

Th.

Écrit par : Thierry Brun | 04 septembre 2012

Un très bon billet, merci du partage.

Marie.

Écrit par : CPAM Périgueux | 04 septembre 2012

Les commentaires sont fermés.