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25 août 2012

Emmanuel Della Torre : interview pour "Lucide quidam songs"

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Aujourd’hui, coup de projecteur sur l’auteur compositeur interprète Emmanuel Della Torre.

Il est venu me rendre visite à l’agence le 17 août dernier pour parler de son nouvel EP, Lucide Quidam Songs (écoutable ici, sur Noomiz).

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Interview :

292544_233460840104210_583926727_n.jpgMoi qui connais tes deux précédents disques, je peux dire que en écoutant ton nouveau EP, on reconnait désormais une patte Della Torre.

C’est bien que l’on reconnaisse un style particulier. L’équipe est plus réduite que pour le précédent album, ballades éoliennes. J’ai continué de travailler avec Gregory Beaux (violon, mandoline, chant) et Muriel Gadault (flûte, mélodica, chant, basse, glockenspiel, percussion).

C’est quoi le moteur pour commencer une chanson ?

Sans conteste la musique. Mais, j’aime quand les textes jaillissent sans trop chercher quoi que ce soit. Je les retravaille après. Je n’écris pas souvent parce que j’attends que ça vienne.  Pendant ce temps-là, je me nourris de la vie, de lecture et de musique. Si je n’écris pas souvent des textes dans leur intégralité, je prends beaucoup de notes. Un peu comme je prends des notes musicales.

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Emmanuel Della Torre avec son "équipe", Muriel Gadault et Greg Bault (par Daniel Rouvel).

Qu’est ce qu’il faut pour bien écrire une chanson ?

Il y a un point de départ, une idée, un lieu, des personnages éventuellement et il y a un moment où il faut en sortir. Il faut à la fois être dans son histoire, mais il faut trouver des angles pour la conclure. Il m’arrive d’aller puiser dans mes notes pour trouver des idées nouvelles. J’aime bien coller une phrase qui, a priori, n’était pas dans le contexte et qui pourtant s’intercale bien.

Comme un puzzle quoi !

Oui, et si on parle de jeu, j’évoquerai le ping-pong. Le ping-pong entre les mots et la musique. Entre le sens et le son. Ce n’est pas évident.

Qui t’a marqué musicalement ?

De manière très originale, je vais citer les Beatles, y compris un type comme Harrison. Sa façon d’appréhender la guitare m’intéresse beaucoup. Si j’aime évidemment beaucoup Mc Cartney, je préfère la sensibilité de Lennon. Plus récemment, il y a des groupes comme Radiohead, Police, ou encore Jeff Buckley, Sting, Dylan, Paul Simon. En français, Lavilliers, Gainsbourg, Bashung, Sheller m’ont beaucoup inspiré.

C’est compliqué de ne pas leur piquer des idées. L’inconscient fait parfois rejaillir des emmanuel della torre, lucide quidam songs, interview, mandormusiques… inspirées.

Quand je finis une chanson, je fais le tri. Si je m’aperçois que mon travail est un peu trop du « copié collé » à cause de quelque chose qui est resté dans un coin de ma mémoire, je ne le conserve pas. À condition de m’en rendre compte.

Quels sont les thèmes de tes chansons ?

La vie, ma vie, le monde, la société. Je retranscris à ma façon des évènements qui ont pu me marquer, mais sous forme poétique et avec légèreté de manière à ne pas être trop ancré à la réalité. Je ne sais pas être trop descriptif et réaliste. J’aime bien les images et les métaphores.

Dans cet EP, tu parles plus de toi-même qu’à l’accoutumée.

Je me suis livré un peu plus, mais ça m’a permis aussi d’évoquer les autres. Il y a des choses que je n’aurai pas pu écrire il y a quelques années… par pudeur.

Tu dis qu’un artiste est  un « transformateur ».

C’est intéressant d’avoir ce recul entre ce que l’on est, son vécu, son enfance et ce qu’on transcrit, même s’il y a beaucoup de soi. Quand je suis en période d’écriture, j’ouvre les antennes. Tout peut devenir source d’inspiration et tout peut être transformé.

emmanuel della torre,lucide quidam songs,interview,mandorTe sens-tu artiste ?

Je me sens artiste depuis longtemps, mais je ne cherche pas forcément à le revendiquer. Pour moi, tout se passe à l’intérieur. Sur la scène, je suis différent de ce que je suis dans la vie. Je prends le micro et je balance tout ce que j’ai. Pas dans la vie. Mais, c’est normal.

Tu es un enfant de la balle.

J’ai un père comédien qui a fait le conservatoire de Paris et qui est un des pionniers de la décentralisation du théâtre et une mère musicienne, élève de la harpiste Lily Laskine. La scène est un terrain de jeu pour moi depuis longtemps. Je trainais dans les coulisses, mais je voyais aussi que les choses n’étaient pas simples. J’ai toujours su que le métier d’artiste était très compliqué à vivre et que l’envers du décor n’était pas toujours d’une beauté absolue.

Où en es-tu dans ta carrière ?

La pire des choses est de faire du surplace. Mon projet avance doucement, mais il avance. Je ne suis pas dupe, à un moment donné, ce sont les autres qui vous font ou vous défont. Mon plus grand regret actuellement, c’est de ne pas plus me faire entendre dans les médias et donc de toucher un éventuel public. Je sais que c’est difficile parce que nous sommes nombreux sur le marché.

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22 août 2012

Louis Ville : interview pour ...Cinémas...

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En juillet dernier, j’ai reçu un mail de la personne qui s’occupe de la promotion de Louis Ville. Louis Ville que je suis (de loin) depuis un moment. J’ai chroniqué naguère certains de ces disques…

Cet artiste m’interpellait, mais nous ne nous étions jamais rencontrés.

Celle qui préside en la destinée médiatique de Louis Ville me proposant de m’envoyer la nouvelle édition de son album …Cinémas…, puis de le rencontrer s’il me plait, je réponds illico que oui. Pour tout.

Donc, l’affaire se conclut en une semaine.

Il est arrivé à l’agence, accompagnée de sa femme (qui a assisté à l’entretien).

Le feeling passe immédiatement.

Extrait de sa biographie officielle :louis ville,cinémas,version deluxe,interview,mandor

"La musique de Louis a toutes les couleurs du monde, des confins de l’Orient aux Balkans, de la chanson populaire française au Blues cajun. Louis qui se décrit comme un artisan et non un artiste, peint des paysages d’une beauté mélancolique dans lesquels il nous promène dans des mondes fantasmagoriques, peuplés de tout, de rien, mais surtout d’amour. Au fil des années, son charisme exceptionnel a fait chavirer d’émotion un public toujours plus dense qu’il transporte avec humour dans son univers sensible…

… En mars 2011, Louis nous présente ...Cinémas..., son quatrième album (chez L’Autre Distribution). ...Cinémas... est une ballade émouvante qui revisite les road movies américains, le cinéma français des années 50, les films noirs américains des sixties, l’univers fellinien et tant d’autres. La plume de Louis est toujours aussi originale et ciselée, la voix plus envoûtante et émouvante encore. Il y a tant d’amour, de flamboyance, tant de joie, de dérision dans ce Cinémas là qu’il ne nous quittera plus et les images défileront pour longtemps encore devant nos yeux et nos cœurs, comme une pellicule sans fin."

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louis ville,cinémas,version deluxe,interview,mandorInterview :

Vous me paraissez assez solitaire dans la création ?

Oui, mais je sais m’entourer pour jouer ma musique. Je suis très opportuniste avec les groupes avec lesquels je travaille, parce que je sais qu’ils vont m’apporter quelque chose. Si je décide de jouer avec telle ou telle personne, c’est parce que je connais leur talent. Je sais que ce mélange-là peut être excessivement bénéfique. La composition de base, je m’en occupe tout seul. J’ai des idées bien arrêtées.

Vous êtes très exigeant musicalement et « textuellement ».

J’ai une exigence par rapport à ce que je crée. Je n’ai pas envie de décevoir comme certains artistes que j’apprécie m’ont déçu. Je suis mon premier lecteur et si je ne suis pas satisfait de ce que j’ai écrit, je ne le sors pas.

"Cruelle", extrait de l'album "cinémas" et de la réédition "cinémas" de luxe.
Avec Elizabeth Masse, sur une idée d'Yvanna Zoia, réalisé par Pierre Dodin pour Dod Prod.

Est-on objectif sur son propre travail ?

Je lis beaucoup et notamment de la littérature anglo-saxonne et ces gens-là sont les rois de l’image et de la parabole. Le tout dans un style très concis, très sec, très rapide. Ils me subjuguent, me font voyager très rapidement. Je me réfère donc à ces référents-là. J’arrive à me rendre compte si mon texte à une bonne teneur et s’il n’est pas trop prétentieux.

Vous avez une écriture presque « littéraire ».

Sans faire le faux modeste, ça m’ennuie que vous disiez cela parce que je ne veux pas être considéré comme un intello. J’essaie toujours de trouver les mots et une imagerie relativement simples. Mes sujets aussi ne sont pas compliqués. J’invente aussi des personnages qui ont une vie simple. C’est peut-être littéraire dans l’approche parce que je refuse la médiocrité.

Refuser la médiocrité en 2012, est-ce que c’est se faciliter la vie ?

Pas du tout. Il y a des artistes qui me surprennent agréablement, mais la plupart du temps, il n’y a rien de transcendant. Moi, je ne fais pas ce boulot-là pour être riche et célèbre, alors je ne m’adonne pas à la facilité. Je fais ça par passion et par plaisir, je vais donc au bout de mes idées.

Et aller au bout de ses idées, ce n’est pas évident.

Ce n’est pas facile au niveau de l’existence, au niveau matériel, donc. Quand on a l’exigence que j’ai, on n’a pas tout le temps l’inspiration et la fulgurance qu’on devrait avoir. Après, est-ce qu’on est là pour se faciliter la vie sur Terre ?

"Embrasse-moi", clip de Frédéric Bal, sur une idée d'Yvanna Zoia, interpré par Elizabeth Masse.

On est là par contre pour pouvoir se regarder dans la glace…

Oui, je préfère cela. Je peux me dire que je n’ai pas honte du parcours que j’ai fait jusqu’à présent.

Le paradoxe avec un artiste comme vous, c’est qu’à chaque sortie d’album, on lit dans la presse des concerts de louanges, des critiques dithyrambiques, mais le public ne suit pas forcément. Le public n’aime donc pas ce qui est qualitatif.

Je ne vois pas les choses ainsi. J’ai plus l’impression que c’est la surmédiatisation de tel ou tel artiste qui fait que le public va vers lui. Quand on voit l’avènement de la télé-réalité, on voit que plus tu donnes de la médiocrité en nourriture, les gens finissent par la manger sans aucun problème. Quand on leur propose quelque chose de plus élaboré, médiatisé de la même façon, ça fonctionne aussi.

Pensez-vous que l’on nivelle vers le bas ?

Terriblement. C’est malheureux, mais c’est comme ça. Mais, vous savez, il faut voir l’environnement dans lequel on évolue. On a le droit de se laisser aller à la facilité quand on sort d’un boulot harassant, quand on n’a pas une vie très drôle. On n’a pas forcément envie de s’élever l’esprit.

"Ne te retourne pas".

Vous sentez-vous apprécié à votre juste valeur ?

Je n’ai pas d’ego par rapport à cela. Je suis plutôt un paysan. C'est-à-dire que je suis têtu.  Un jour, je me suis dit que j’allais prendre cette voie-là… ce n’est pas la voie la plus facile, mais je vais aller droit là où je veux aller. Je suis sûr qu’à l’usure, je finirai par y parvenir. Je suis sûr que petit à petit, je susciterai la curiosité, parce que je vais toujours dans la même direction.

Sans vous flatter bassement, vous êtes un artiste pur, je trouve.

Pour ce qui me concerne, je n’emploie jamais le mot d’artiste. J’aime bien élaborer les choses comme un artisan. D’ailleurs, comment peut-on être prétentieux au point de vouloir sortir du lot en

se décrétant « artiste ». Un artisan fait le mieux qu’il peut pour arriver à créer quelque chose. C’est ça que je suis. J’ai un père qui était ébéniste et je l’ai vu y mettre tellement de passion.

L’album …Cinémas… est sorti il y a un an et la nouvelle édition date de mai dernier avec en bonus des duos avec Mell, Marcel Kanche et François Pierron. Pourquoi cette réédition ?

Il y a essentiellement une rencontre avec Laurent Balandras des éditions Balandras. Il a eu l’envie de prendre le projet en main. On trouvait dommage de le rééditer tel quel. On a donc décidé d’inclure des nouveaux duos. Mell, Marcel Kanche et François Pieron sont des personnes que j’apprécie beaucoup pour leur qualité humaine et artistique. Il y a un profond respect entre nous et il n’y a pas de prétentions, ni d’ego à gérer. Travailler avec eux s’est imposé comme une évidence.

"Hôtel pourri", duo interprété par Mell et Louis Ville.

Comme son nom l’indique explicitement, cet album est un hommage au cinéma.

Dans tous les morceaux, j’ai glissé de manière évidente ou plus dissimulée, des références à des genres de cinéma que j’aime beaucoup.

Cette création-là était finalement aussi un jeu ?

Oui.

Créer c’est un jeu ?

Pas seulement. Surtout un besoin. À un moment, on ressent le besoin. C’est comme un fourmillement qui vient petit à petit. De toute manière, je ne sais pas m’exprimer autrement. Quand il y a de la foule, je deviens autiste, agoraphobe et je m’isole.

Ce n’est pas pratique quand on fait de la scène dans une salle avec plein de monde !

Je suis en hauteur. Il y a une distance et une protection qui me permettent d’être bien.

Quand la vie malmène, a-t-on envie de créer ?

On a envie de digérer et voir ce qu’il peut en sortir. La création d’une chanson est tout un processus long et lent. Et vous savez, il y a des choses du vécu que l’on peut transposer dans des histoires imaginaires.

Il y a peu de musique gaie dans votre œuvre.

Je ne sais pas faire ça. Ce n’est pas forcément très triste, mais je ne suis pas Carlos. Quand je commence une chanson dans laquelle il y a trop de joie, j’arrête. Il est difficile pour moi d’interpréter une chanson quand ce n’est pas son monde.

"Sans rien dire".

Est-ce que vos chansons ressemblent à ce que vous êtes ?

C’est très compliqué comme question. La vie m’offre parfois des choses magnifiques et elle m’offre aussi parfois des choses très difficiles. Eh ben, oui, la vie c’est ça. Et cet album-là, c’est ça. Des hauts, des bas, des hauts, des bas… c’est la vision de quelqu’un qui est dans la dèche, c’est la vision de quelqu’un qui ne sent pas toujours bien. Ce n’est rien d’autre que le reflet de la vie. Le reflet de ma vie. Par contre, je n’ai pas non plus envie d’être monochrome. Je ne veux pas faire que des chansons lancinantes, tristes, mélancoliques… je veux aussi qu’il y ait de la révolte.

Votre musique est à tendance rock, folk, mais pas uniquement.

Je ne veux pas me cloisonner à un style bien précis. Si un texte m’inspire d’aller loin dans le voyage, je vais loin, si un texte est un peu plus franchouillard, je vais aller dans la tradition française. Le terme franchouillard n’a rien de péjoratif pour moi, je vous assure.

Quel est pour vous un texte franchouillard dans votre album ?

« Sans rien dire » par exemple. Dans le rythme de ce texte, il y a ce 3-4 qui fait qu’on n’est pas loin de la chanson classique française.

Vous vous sentez proche de qui dans la chanson ?

De personne. J’aimais beaucoup Bashung parce que lui aussi, il allait droit là où il avait envie d’aller. Ce qu’il faisait était extrêmement respectable. Arno aussi, j’aime bien, même si je ne suis pas proche de son univers. Ce sont des gueules, de fortes personnalités qui se soucient peu de la mode du moment. C’est ça que j’aime.

Même si vous n'aimez pas le terme, c’est quoi pour vous, un artiste ?

C’est un homme qui se crée sa propre identité, qui murit au fil des ans… et qui apporte des choses différentes. Et puis on croise les doigts pour ne pas qu’il s’épuise et pour que l’inspiration reste en lui.

Avez-vous le sentiment d’être un artiste maudit ?

Non. Si on veut être un artiste maudit, on le décrète. Parfois, c’est normal de ne pas avoir de critiques uniquement positives. Un peu de modestie ne nuit en rien à la création.

"Marcello", clip produit par Yvanna Zoia, Louis Ville & Fabrice Issen, coproduit par Singapour 1939 Productions / réalisé par Thierry Paya

Avez-vous envie de passer au stade supérieur de notoriété ?

Oui. Un petit stade supplémentaire. Ce n’est pas une ambition pour mon ego, c’est une ambition pour mon porte-monnaie et pour mon banquier, c’est tout. Créer dans l’inconfort, c’est bien, mais au bout d’un certain nombre d’années, on demande un tout petit peu plus de confort. Mais les choses vont nettement en s’améliorant. Encore un peu plus de notoriétés et ce qui en découle et je serai peut-être enfin serein. C’est important d’avoir un peu de confort psychologique.

Vous donnez des cours d’écriture en prison ou pour des gens déscolarisés, mais je sais que vous n’aimez pas en parler.

C’est important pour moi de le faire, mais je ne trouve pas important que les gens le sachent.

Ça explique un homme, ce genre d’activité.

Ça fait trop « les restos du cœur ». En médiatisant ce côté-là de ma vie, c’est occulter tous les éducateurs qui font ça dans l’ombre tous les jours et qui en chient beaucoup plus que moi quand je vais faire mes petits ateliers d’écriture. Même si je ne me sens pas tout à fait inutile, ce n’est qu’un petit gravier par rapport à tout ce que font ces gens-là.

Mais, il y a aussi la notion de transmettre son savoir…

Oui, ça aussi c’est important. Mais ce que je fais n’est pas forcément apprendre à écrire, c’est déjà apprendre à s’exprimer. Ce sont des personnes qui ont de très grandes difficultés sociales, qui sont fermées à tout et qui sont complètement hermétiques aux autres, alors quand on arrive à les faire s’exprimer, c’est une victoire magnifique.

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Prochaines dates de Louis Ville...

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19 août 2012

MyBlobfish : interview pour la sortie de leur premier album

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myblobfish,interview,mandorEncore un groupe découvert grâce à l’insistance d’une bookeuse/attachée de presse à qui je ne répondais pas très rapidement. Nathalie Rosendo n’a pas lâché le morceau et j’ai fini par écouter les MyBlobfish.

Et j’ai fini par accepter de les recevoir dès la fin de la première écoute.

MyBlobfish, musicalement et vocalement, c’est du lourd.

Comme ils sont de la région de Bordeaux, il fallait attendre qu’ils aient l’opportunité d’une date parisienne pour qu’ils viennent me rendre une petite visite.

Ce qui fut fait le lendemain de leur participation au Festival Génération RÉSERVOIR.  Les deux MyBlobFish sont venus à l’agence le 27 juillet dernier… accompagnés de leur équipe au grand complet, dont Nathalie.

myblobfish,interview,mandorBiographie officielle :

Janvier 2010, My Blobfish naît de la rencontre entre Hanitra (chant, guitare) et Julio (batterie/cajon/coeur/guitare), deux musiciens d’univers distincts. Très rapidement la magie opère et le poisson au nom étrange pointe naturellement le bout de sa nageoire.
Sur scène, le duo à l’énergie communicative, mélange mélodies folks et rythmes ethniques.
De l’électrique à l’acoustique, My Blobfish navigue aujourd’hui de « caf’conc’ » en festivals, entraînant dans son sillage un public grandissant.
Avril 2011, l’AREMA Rock et Chanson à Talence (33) proposent au groupe un partenariat afin d’enregistrer un premier opus, fruit de la symbiose de leurs compositions respectives.

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Interview :

Vous avez commencé à jouer ensemble par dépit, ai-je lu quelque part…

Julio : J’avais pas mal de morceaux déjà composés et qui traînaient au fin fond d’un tiroir. À l’époque, je cherchais une chanteuse. On s’est rencontré dans une structure de la région qui s’appelle Salem. Elle comporte des locaux de répétitions où beaucoup de groupes se croisent et où il y a beaucoup de mouvement. Le patron de cette structure m’a dit qu’une chanteuse, seule, se débrouillait plus que bien. J’ai frappé à la porte, et c’est ainsi que l’histoire a commencé.

Que ce pose-t-on comme questions quand on se rencontre de cette manière. Est-ce que ça va bien fonctionner musicalement entre nous et humainement ?

Julio : Au début, on s’est juste présenté nos morceaux. Hanitra et moi, nous nous sommes vite rendu compte que nous allions vers la même direction. C’est le gros coup de bol.

Hanitra : Moi, je dirais que nous avions deux chemins musicaux différents, mais nos compositions étaient cohérentes les unes avec les autres. C’est très curieux. Toi Julio, tu étais un peu plus métal et énergique et moi j’étais plus dans la New Jack et la soul.

Après on doit répéter beaucoup pour obtenir une certaine fusion ?

Julio : On a la chance d’avoir nos propres studios de répétitions. Au départ, nous étions cinq, nous ne sommes plus que deux, du coup, on peut aisément se réunir et travailler. Au début, c’était un peu bancal, mais en bossant, on a fini par bien mélanger nos styles.

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Julio, quel est ton parcours ?

Il est un peu particulier. J’ai fait une école à Nancy, le MAI (Music Academy International). En sortant de là, mon objectif était de vivre de ma musique. J’ai donc tout fait pour.

Et toi Hanitra ?

C’est plus traditionnel. Je viens de Madagascar et je suis arrivé en France en 2000. J’ai joué dans plusieurs groupes et dans différents styles. Ensuite, j’ai un peu chanté en solo, jusqu’à la proposition de Julio.

Vous formez un duo depuis 2010 et vous avez déjà un disque. Très bien produit qui plus est.

Julio : Pourtant il a été fait dans l’urgence. On l’a enregistré plus vite que prévu. Du coup, ça donne un côté un peu spontané et authentique. En plus, j’avais le dos bloqué, c’était compliqué. C’était un peu roots, cette période.

Hanitra : Avec le recul, évidemment, il y a des ajustements que l’on aimerait faire, mais globalement, nous ne sommes pas déçus du résultat.

MyBlobfish au "festival Génération Réservoir", le 26 juillet 2012, veille de cette rencontre.

Vous tournez beaucoup ?

Hanitra : Oui, pas mal. Comme on est une petite formation, on passe un peu partout. On fait des scènes locales, des tremplins, des showcases. On accumule les expériences scéniques.

Julio : Nous, à partir du moment où on est sur scène, on donne tout. On est dans un autre monde. Quand le décompte est lancé, rien ne nous arrête.

Hanitra : Quels que soient la date, la salle, l’environnement, le public, l’enjeu, on essaie d’être le plus carré possible et  tout le temps aussi motivé.

Le fait d’être deux permet de se motiver mutuellement quand le doute s’installe, je suppose.

Julio : Effectivement, si l’un de nous a un coup de mou, l’autre est là pour prendre la relève et tout reprend forme. Jamais notre duo ne s’essouffle.

"Happiness" (en version acoustique studio).

On ne peut pas comparer votre travail à celui d’autres artistes. C’est un style indéfinissable.

Julio : Nous-mêmes, nous ne pouvons pas le définir très exactement. Je le répète, on fait de la musique de manière spontanée et rien n’est calculé. On ne va jamais dans une direction bien précise. Sur le prochain album, par exemple, il y a déjà des sonorités africaines… ça peut partir vraiment dans tous les sens.

Hanitra : On nous a dit, « il faut choisir un style », on a donc répondu: «  folk rock ». Mais parfois, on est plus « ethnique », plus « roots »…

Julio, tu me parles du deuxième album… il est déjà en préparation ?

Julio : Disons qu’on a un bon rythme de croisière. On avance vite puisqu’on a déjà les deux tiers du deuxième album.

Hanitra : Ça se fait assez naturellement. On se voit souvent, pour présenter le premier album et parfois on travaille sur le second. Nous ne cessons de travailler.

"Time", version studio.

Avez-vous l’impression d’avoir un petit public, déjà ?

Hanitra : Oui, à l’échelle locale. Les salles ne sont pas énormes, mais elles sont toujours remplies.

Quand ça marchera pour vous, vous aurez d’autres musiciens ?

Hanitra : Peut-être en featuring. Mais, on trouve que ça marche bien sous cette forme. Je pense que l’on perdrait en originalité si on prenait d’autres personnes dans notre formation. On se suffit à nous-mêmes. On a trouvé la bonne formule pour jouer avec énergie, présence et dynamisme…

Julio : On a tellement ramé pour trouver la bonne formule, qu’on n’a plus envie de changer. C’est la plus simple qui nous satisfait le plus et qui semble satisfaire le public. On fonctionne bien à deux, on reste à deux. Pour le moment, on en est là.

Live acoustique de "Everything you did to me" à l'Amadeux avec le bassiste, Michael Manring.

MyBlobfish, c’est plus un groupe ou un duo ?

Julio : Je dirai plus un groupe. Duo, ça fait plus jazz ou chanson française. Nous, on est un petit groupe.

Dans un duo,  pardon, un groupe, on parle beaucoup, j’imagine. On se conseille, voire se critique. C’est facile d’entendre ce que dit l’autre ?

Julio : En fait, nous, on a une façon de travailler qui s’est mise en place dès le départ. On compose chacun de notre côté. Même si je suis à la batterie, je prends la gratte et je compose des morceaux entiers et Hanitra fait pareil de son côté. Quand on se présente les morceaux, celui qui n’a pas composé va faire les arrangements, car il a les oreilles fraîches parce que c’est la première fois qu’il écoute. Et ça se passe toujours bien. On a les mêmes goûts.

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Vous chantez en anglais et ça vous va bien !

Hanitra : Pour tout ce qui est rythmique, le français est plus facile, mais pour tout ce qui est mélodique, je trouve que l’anglais fonctionne mieux. Moi-même, avec mes influences, je suis beaucoup plus à l’aise en langue anglaise. Quand j’étais beaucoup plus jeune, j’écoutais Whitney Houston et Maria Carey, ce genre d’artistes. Aujourd’hui, je me nourris notamment de Mary J Blige ou India Arie. Je suis impressionnée par ce qu’elles arrivent à faire avec leur organe. Pour ma part, je considère ma voix comme un instrument et désormais, j’en prends vraiment soin.

Quelle est votre prochain date importante?

Hanitra : Sans conteste, celle du samedi 25 août. Nous jouerons au Festival Couvre-Feu, à Corsept (44). C'est très important pour nous, car la programmation est impressionnante.

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Merci à Nathalie Rosendo pour les photos de l'interview...

16 août 2012

Frédéric Mars : interview pour Comment j'ai arrêté de CONsommer

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandor

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorFrédéric Mars est un auteur que je suis depuis 2006 et que je rencontre à chacun de ses nouveaux livres (ou presque).A chaque fois, son livre n'a strictement rien à voir avec le précédent.

Il a été mandorisé 7 fois.

(Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième, la cinquième et la sixième).

Le 26 juillet dernier, je lui demandé de me rejoindre à « l’ agence » pour évoquer son nouveau livre, Comment j’ai arrêté de CONsommer : journal d’une année de lutte contre l’enfer marchand.

Présentation de l'éditeur :

" On est foutus, on mange trop. " Vous vous souvenez de cette chanson d'Alain Souchon ? frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorAujourd'hui, il faudrait en actualiser les paroles : on est foutus, on consomme trop. On achète de tout, tout le temps, et n'importe comment. On CONsomme, on dépense, on accumule, sans jamais se demander ce que ces objets supplémentaires nous apportent réellement. Pendant une année, l'auteur a tenu un pari avec sa famille : deux adultes et un enfant qui ont tenté de déconsommer. De ne plus se gaver en pilote automatique, de reprendre en fait le contrôle de leur vie. Pour répondre (enfin) à cette vraie question : " Parmi tous les instants de mon bonheur, lesquels dois-je à ces choses que j'achète à longueur de temps ? " Sans soldes. Sans hypermarchés. Sans abonnements. Sans carte bleue. Sans crédit ni découvert. Sans publicité. Sans marques. On imagine les difficultés, notamment à Noël, lors de la fête des Mères, pour le choix des vacances, à la rentrée des classes ! Comment s'en sortir ? Très drôle et pragmatique, Comment j'ai arrêté de CONsommer est le journal de bord d'un résistant à la fièvre acheteuse, sans idéologie ni moralisme.

Biographie de l'auteur :

Frédéric Mars, journaliste et écrivain, a publié plusieurs romans : Son parfum (Ramsay, J'ai Lu), L'amour est une femme (Le Rocher), Le Sang du Christ (Michel Lafon), NonStop (Black Moon). Sous pseudonyme, il est par ailleurs l'auteur de plus d'une cinquantaine d'ouvrages tous genres confondus (essais, documents, romans, etc.).

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Interview :

En recevant ton livre, puis en le lisant, je me suis dit que nous nous étions croisés, parfois, quand tu vivais cette expérience… et je n’ai pourtant rien décelé.

Quand j'ai vécu cette expérience, je ne le criais pas forcément sur tous les toits. Le propos n’était pas ni dans l’expérience, ni dans le bouquin, de tenir une position radicale. Il ne faut pas se leurrer, je suis un pseudo bobo de proche banlieue, plutôt favorisé avec des revenus corrects. Si tu as moins que le SMIC pour vivre chaque mois, si tu as le RSA, évidemment, tu ne t’adonnes pas à ce genre d’expérience,  j’en ai parfaitement conscience. Mon livre a un point de vue de bourgeois, d’ailleurs je vois bien que les gens qui réagissent avec le plus d’enthousiasme à mon livre sont des gens qui n’ont pas de problème d’argent. Du coup, ils se sentent plus en position de se défaire de certaines possessions.

Quand on parle de « déconsommation », souvent les gens entendent des trucs plus radicaux de décroissances revendicatives et militantes où les personnes qui s’adonnent à cet exercice arrêtent tout.

Je le dis dès le départ, je suis un consommateur, je reste un consommateur. L’idée n’est pas de ne plus consommer du tout, mais c’est de consommer de manière moins automatique, moins débile, moins asservissante et moins aliénante. Dans ce cadre limité, j’ai eu envie d’essayer tout ce qu’il était possible de faire.

Les choses se sont mises en place au fur et à mesure, je crois.

J’ai fait une brocante, j’ai donc vidé ma cave… tout à commencé ainsi. Les choses se sont enquillées dans une certaine improvisation. Je n’ai pas fait un grand plan sur un an. Je le raconte comme ça parce que c’est une facilité narrative, mais les différentes étapes se sont enchaînées un peu au jour le jour. Avec ma femme, on a un peu fait de la navigation à vue.

Quand on décide de « déconsommer », quand on s’astreint à des règles, on perd beaucoup de temps et de disponibilité dans la tête…

C’est un paradoxe. À vouloir « déconsommer », on est tributaire de la consommation. L’autre paradoxe, c’est que les gens qui achètent ce livre achètent quelque chose qui évoque le fait de ne pas acheter des choses non essentielles. Dès que tu abordes la question de la consommation et de la « déconsommation », tu te cognes en permanence à des paradoxes et à des incohérences. À un moment, il faut faire fi de ces paradoxes sinon, on ne fait plus rien.

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorTu constates qu’il vaut mieux acheter un nouveau téléviseur plasma que de tenter de le faire réparer. Voilà un autre paradoxe.

Rien que pour la laisser au réparateur, par exemple, il faut déjà donner de l’argent. En permanence, quand tu fais cette expérience. Tu es rattrapé par la culotte. Tu te rends compte que tu es attaché à la consommation avec un élastique et plus tu tends l’élastique, plus tu risques violemment d’y être ramené. Notre but à ma femme et moi n’était pas de couper l’élastique parce que c’est impossible, l’élastique sera toujours là.

On te rétorque souvent qu’en « déconsommant », on fait péter le système.

Je ne dis pas qu’il ne faut plus consommer. On ne cherchait pas à être plus malin, on cherchait à être mieux, plus à l’aise et plus heureux avec ce que l’on achète. D’ailleurs, c’est une suprême ruse des gens qui cherchent à nous vendre des choses de nous rendre malins. On en revient à ce que tu me disais sur l’occupation de l’esprit, plus on cherche à être malin, plus on a en tête en permanence les actes de consommation. On ne pense qu’à ça, ça devient obsessionnel. Nous on cherchait à s’en enlever de la tête.

Toute cette somme d’effort et de minis expériences ont-elles porté ses fruits ? Les as-tu frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandortous pérennisés ?

Non. Très honnêtement, j’ai repris une Carte Bleue par exemple. Vivre sans carte de crédit, dans le monde d’aujourd’hui, si on se veut être intégré, c’est impossible. Je rappelle que je ne cherchais pas  à montrer l’expérience de quelqu’un de complètement sorti de la société. Ça me semblait plus pertinent que l’expérience du type qui va vivre sans rien au fin fond de la campagne. Il y a un côté Robinson Crusoë très palpitant, mais pour nous, ça apporte quoi ? Qu’est-ce que ça va prouver ? Qu’est-ce que ça va donner envie de faire au quotidien à la personne qui, elle, est engluée dans son quotidien et qui veut faire un petit effort ? Rien. Elle ne va pas faire la même chose. Alors que moi, je voulais donner, à travers notre expérience, quelques minis outils aux gens qui pourraient se dire qu’ils pourraient essayer aussi sans se désocialiser.

Tu dis souvent « nous » dans cette interview. Tu inclus ta femme.

Ma femme a vraiment du mérite parce qu’elle travaille dans le luxe. Elle est spontanément attirée par ce qui est beau et donc cher. Elle est formatée ainsi, c’est son métier. Mais, elle a joué le jeu le mieux possible. Notre fils aussi. On a eu la chance de tenter cette expérience à une époque où il était encore assez petit. Il avait 5 ans. Trois ans plus tard, on n’aurait pas pu. Honnêtement, c’est moi qui ai le plus souffert de l’aspect désocialisant de cette expérience.

Au début, tes amis se sont tous dit que tu avais des problèmes d’argent.

Tous. Parce que mes amis savent que ma femme et moi sommes des  travailleurs « indépendants ». Ni elle, ni moi ne sommes salariés, donc en l’occurrence, ils pouvaient se dire qu’on traversait une période creuse, qu’il y avait un gros trou dans nos activités et qu’on n’osait pas le dire.

C’est vexant ?

Non, parce que ça peut arriver. Je n’aurais pas eu honte de dire que la période était plutôt calme et qu’il fallait que l’on fasse attention. Nos amis ont projeté sur nous une fierté que nous n’avons pas. Ce qui est plus gênant finalement, c’est de savoir que pour tout notre entourage, si on ne consomme plus autant qu’avant, c’est que nous ne sommes plus dans une forme de normalité qu’eux peuvent enregistrer et percevoir. On devient alors hors norme.

Culturellement parlant, « déconsommer », c’est un gros problème.

Oui, toi tu es un gros consommateur de produits culturels, tu vas comprendre ce que je vais dire. Quand j’ai arrêté d’acheter des produits culturels « mainstream », c'est-à-dire, ceux qui font l’actualité, j’ai été complètement désociabilisé. Tu n’es plus intéressant parce que dans la conversation, tu ne peux plus en parler parce que toi tu ne les consommes plus. Dans notre milieu commun, François, si tu ne maîtrises pas l’actualité culturelle, tu n’es plus rien aux yeux des autres. C’est dur, mais c’est vrai.

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorTu m’as fait marrer dans les pages où tu racontes que tu as décidé de n’aller voir que des spectacles gratuits.

Si tu regardes les programmes des manifestations culturelles gratuites à Paris, ce sont essentiellement des concerts de musique classique dans les églises. Et au départ, tu ne peux pas t’empêcher de te dire que si c’est gratuit, ça veut dire que c’est un sous spectacle, que ça sera de moindre qualité, que ce ne seront pas de vrais pros. Après tout, s’ils sont moins payés, c’est qu’ils ne le méritent pas finalement. C’est là que tu constates que dans notre mode de réflexion ordinaire, il y a cette équation : pour qu’une chose ait une valeur humaine, artistique ou culturelle, il faut qu’elle ait un prix. Si on ne paye pas, ça ne sera pas bon. Ce qui est complètement battu en brèche par certains festivals d’été qui sont gratos… évidemment, cet a priori est archi faux.

Quand tu racontes que lorsque tu es invité chez quelqu’un, tu ne viens plus avec une bouteille de vin ou des fleurs, là, je me suis dit que c’était ma limite à moi… Ça m’a fait comprendre que quand on vient chez quelqu’un, il y a la notion d’échange. Tu m’invites, mais je t’offre un truc.

Oui, et quand tu ne fais plus ça, la première fois tout le monde rigole, la deuxième, on rit un peu jaune, la troisième, tu sens qu’il y a un malaise. Un vrai malaise. C’est la valeur marchande de l’objet qui va faire le lien. Je ne peux même pas ramener un objet qui a une valeur sentimentale ou familiale… c’est incongru dans cette situation, sauf si je vais chez quelqu’un de ma famille. Je n’avais pas mesuré quel malaise durable ça pouvait générer et à quel point cette notion d’échange est vraiment structurelle dans les relations amicales. Si on ne le fait pas, l’amitié peut se désintégrer… j’exagère à peine.

As-tu eu l’impression d’avoir pris des risques en écrivant ce livre ?

Non, ce livre n’a rien cassé avec mes amis. Ce sont des gens intelligents, malgré les tensions qu’il y a eu parfois et que je raconte dans le livre. Aujourd’hui tout va bien avec eux. Les risques que j’ai pris ne sont pas graves socialement. Par contre, quand j’ai décidé de fermer des comptes, de ne plus avoir de CB, je suis presque devenu parano tellement je ne me sentais plus dans la normalité. Je me disais qu’on allait me le faire payer.


Comment j'ai arrêté de consommer JT 20 heures... par fredmars2

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorMoi, j’ai suivi tes conseils à propos des placards remplis de victuailles jamais mangées, mais toujours rachetés…

C’est la mesure la plus simple à mettre en place et celle qui est la plus frappante parce qu’elle saute aux yeux de tout le monde. Il y a des aliments que tu achètes tout le temps et que tu ne consommes quasiment jamais. Rien que ça, c’est énorme en volume et en valeur. Les fruits et légumes, par exemple, on en jette constamment. C’est le syndrome d’après-guerre… le stockage. Qui n’a pas des packs de lait dans sa cave, des conserves permettant de tenir un siège ? Quand tu consommes ce que tu as avant de consommer de nouveau, je t’assure que ça t’allège déjà pas mal. Le temps d’après c’est de se poser une question : à qui et dans quels canaux tu achètes ces produits-là ? Nous, on achète plus un seul produit de la terre dans un supermarché qui, lui-même, l’a acheté à Rungis qui, lui-même, l’a importé de je ne sais où. On achète 100% de nos fruits et légumes à un producteur local qui habite à une dizaine de kilomètres de chez nous. Et du coup, on ne consomme plus que des produits de saisons. Tout ça, c’est très simple à faire et ça n’a rien de radical. Si tout le monde fonctionnait comme ça, est-ce que déjà on ne progresserait pas beaucoup ?

Au niveau du style, ce livre est un journal de bord.

Je ne l’ai pas écrit au fil de l’eau. J’ai pris des notes et j’ai écrit après. Je voulais le temps de mûrir tout ça.

Il y a beaucoup d’humour, de second degré.

C’est « enrobage » humoristique permet de mieux faire passer le message. J’ai vite compris que, de cette expérience, il y avait plus vertu à écrire une histoire un peu vivante et marrante. Je voulais éviter l’essai un peu pontifiant.

Si tu n’avais pas eu l’objectif d’écrire ce livre, aurais-tu fait cette expérience ?

Très honnêtement, ça aide à la motivation. Je ne suis pas sûr à 100% que je l’aurais fait si je n’avais pas eu la carotte de la publication de ce livre.

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14 août 2012

Serj Tankian (System Of A Down) : question des internautes pour la sortie d'Harakiri

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harakiri-extralarge_1335969536913.jpgLe mois dernier, Serj Tankian était à Paris pour la promotion de son troisième album solo, Harakiri (sorti le 9 juillet). Le, chanteur, compositeur, multi-instrumentiste, poète et activiste a autoproduit l'album dans son home studio de Los Angeles. C'est le groupe qui tourne avec lui, The F.C.C., qui a joué avec lui. « Ce disque est différent de tout ce que j'ai pu faire jusqu'à présent en solo. Il est plus dynamique et punk avec des influences allant du goth à l'électro avec des sonorités 80s, le tout résultant en des chansons heavy rock ou d'épiques ballades. » Pour ce qui est des paroles, l'album aborde des thèmes divers, qu'ils soient personnels, politiques et philosophiques avec des considérations plus spirituelles, le tout teinté d’humour et d’amour.

Le 27 juin dernier, celui qui est aussi (et surtout) le chanteur de System Of A Down a fait un crochet par les locaux de MusiqueMag pour répondre aux questions que les internautes du site lui ont posées. Découvrez ses réponses dans la vidéo ci-dessous.

Quelques photos de l'enregistrement...

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L'after...

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Et pour clore ce spécial Serj Tankian, voici 4 clips tirés de son album Harakiri (l'homme est prolifique).

Figure It Out.

Harakiri.

Occupied Tears.

Uneducated Democracy.

13 août 2012

Jonathan Dassin : interview avant la sortie de son premier album

jonathan dassin,interview

C’est rare quand je demande à un artiste dont je n’ai pas entendu l’album de venir me voir. Dans le cas de Jonathan Dassin, je n’ai écouté que deux titres, Dans le désert et Ma gueule… Mais cet artiste est un cas particulier. Il est impossible de ne pas voir en lui son père, Joe Dassin. Et pourtant il a beaucoup lutté contre cette ressemblance. Puissamment. Aujourd’hui, il a cessé de lutter. Il assume cette filiation vocale et physique. Du coup, il avance plus vite et plus honnêtement.

Les textes de son premier album, selon son dossier de presse, sont « romantiques et effrontés. Sa musique est à la frontière de la soul, du funk et de la variété. L’univers du premier album de Jonathan Dassin joue sur les contrastes, entre mélodies enjouées et textes désenchantés. Sa voix grave nous  rappelle celle de son père, mais son univers bien particulier épouse la nouvelle scène française ». Jonathan Dassin est venu à « l’agence » le 19 juillet dernier. Merci à son attaché de presse, Pierre-Henri Janiec, d’avoir tenu parole... et si vite. Comme d’habitude.

jonathan dassin,interviewInterview :

Vous avez commencé à composer à 13 ans vos premières chansons, en anglais, au sein du groupe pop Limelight. 

Je faisais traduire les chansons que j’écrivais en français en langue anglaise par ma tante, Richelle Dassin, la sœur de mon père. Je trouvais que ça sonnait mieux et c’était aussi une question de facilité. Quand on chante dans une langue que l’on ne maîtrise pas, pas besoin de raconter des histoires fabuleuses ou d’être excellent dans l’écriture.

Vous avez donc changé d’avis, aujourd’hui.

Oui, puisque je ne chante plus qu’en français. Je me suis sérieusement penché sur cet aspect-là de mon travail. Pour chanter en français, il fallait que je fasse murir quelque chose qui n’était pas forcément naturel pour moi.

En 1997, à l’âge de 18 ans, vous accompagnez à la trompette et au bugle le groupe afro Nassara.

C’était une très grande expérience. A ce moment-là, je me disais que le chant n’était pas fait pour moi, mais je voulais continuer la musique. Je me suis donc mis à la trompette avec ce groupe. Avec Nassara, j’ai élargi mes horizons musicaux et multiplié les concerts. Le groupe a fait les premières parties de Manu Dibango et des Wailers, et a été la tête d’affiche d’un concert au Bataclan en 1998. Cette expérience m’a beaucoup appris. Musicalement et dans les rapports humains… c’était une grande famille.

Vous avez quitté le groupe pour pouvoir vous recentrer sur un projet personnel et chanter de nouveau.

Oui. Chanter n’a jamais été un grand problème pour moi. Ce qui a été compliqué long et fastidieux, c’est d’accepter la voix que j’avais. Il fallait que j’accepte que ma voix ressemble à celle de mon père. Pendant une grande période de ma vie, j’ai essayé de m’en éloigner. Cela m’obsédait, un peu trop d’ailleurs. Je suis baryton et je ne chantais pas dans ma tonalité. Je chantais plus ténor, alto parce que je n’assumais pas la ressemblance vocale avec Joe Dassin.

jonathan dassin,interviewQu’est-ce qui a fait que finalement, vous avez décidé d’assumer cette voix ?

Le temps et ma maturité ont fait leur travail. J’ai fini par réaliser que ça ne servait à rien de fuir la réalité des faits.

Quand on est le fils de Joe Dassin on a envie de crier : « écoutez-moi pour mon travail et pas parce que je suis le fils d’un chanteur populaire » ?

Je suis au début de ma carrière et je sais pertinemment que je ne passerai pas à côté de la comparaison. Je sais ce que je veux faire et je me suis toujours un peu éloigné du répertoire de mon père. Je me suis démarqué volontairement de ses chansons… je suis confiant en moi et en mes chansons. Ce que je vis en ce moment est un moment de vérité. Je travaille pour que l’on reconnaisse mon travail et je ne veux surtout pas profiter de la notoriété de mon père.

Les comparaisons avec lui, vous vous y attendez.

J’entends ça depuis que je suis enfant… j’y suis habitué.

1er clip officiel : Dans le désert.

Vous faites des chansons éloignées de la variété pure et simple. Ma gueule ou Le désert, par exemple, ne sont pas des chansons « faciles ».

J’adore la musique américaine et ma musique peut se rapprocher de la soul, du funk, parfois c’est plus « ambiance », parfois elle tire vers le reggae. J’ai finalement une palette assez large. Ça va vous étonner, mais je considère que je fais aussi de la variété.

Vous aimez qui musicalement ?

J’adore Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Prince, Ben Harper par exemple. Chez les Français, c’est Gainsbourg et Brassens.

Et les chansons de votre père, vous ont-elles influencées ?

J’ai eu une période, dans ma petite enfance, où je n’écoutais que lui. Ensuite, j’ai complètement zappé. Il avait une manière de faire de la musique et de chanter qui était unique.

Êtes-vous admiratif de ce papa que vous n’avez presque pas connu ?

Honnêtement, je pense qu’aujourd’hui, je suis objectif. En progressant personnellement dans la musique, j’ai pu mieux comprendre pourquoi il était bon.

Pourquoi alors ?

Alors que beaucoup de musiciens sont à la recherche de la complexité, lui, cherchait la simplicité et l’efficacité. Un musicien n’est jamais aussi bon que quand il cherche à faire simple. C’est à ce moment que le public est touché. Moi, dans mon évolution, je tends à cela. Je me bats pour simplifier.

Un extrait de Ma gueule.

Votre album est annoncé depuis longtemps. Il tarde un peu à venir.

On vient de signer chez Wagram, il faut patienter encore un peu. J’ai beaucoup composé ces dernières années, mais j’ai du choisir parmi une douzaine de titres ceux qui allaient figurer sur mon album. Le choix fut difficile. Je ne suis pas mécontent d’avoir mis du temps à sortir ce disque, car je sais que maintenant je présente un travail mature. Nous allons retourner en studio en septembre et en octobre. Il y a des textes un peu second degré, un peu cynique aussi, voire méchant parfois. J’aime bien un peu provoquer.

Avez-vous déjà des « fans » ?

Un petit peu. J’ai aussi pas mal de fans de mon père qui observent ce que je fais et qui m’encouragent. Ça ne me dérange pas, je le comprends parfaitement.

jonathan dassin,interview

Le souci, dans votre cas particulier, c’est qu’il y a un a priori immédiat. Le fils de Joe Dassin, qui a la même voix et la même tête, chante lui aussi. Même moi, j’ai dû freiner ce réflexe de suspicion.

Je sais bien. Il faut passer cette première étape et être curieux pour découvrir mon univers. Faire de la musique est une démarche personnelle puisque je n’ai pratiquement pas connu mon père et que ma mère ne nous a jamais incités à nous lancer dans ce domaine. Mon frère et moi, nous nous sommes débrouillés tout seuls pour aller dans cette direction.

Une chanson de Joe Dassin dédiée à son fils Jonathan. Paroles très troublantes...

A 17'30'', Joe Dassin parle de Jonathan et de son éventuel envie qu'il devienne chanteur lui aussi...

Votre frère cadet, Julien, justement, il chante aussi.

Oui, mais nous n’avons pas la même démarche musicale et je ne parle jamais à sa place.

Avez-vous peur du jugement des autres ?

Pas trop. Si c’est négatif, bien sûr, ça va me plaire moyennement, mais j’ai plutôt confiance en moi. Il le faut pour avancer.

Est-ce qu’il y a quelque chose de l’ordre de « je crois en ma bonne étoile » ?

Je ne me suis jamais posé cette question. Je sais que c’est ce que je veux faire tout en ayant pleine conscience que les choses peuvent très bien se passer ou pas aussi bien que je l’espère. En ce moment, je suis heureux. J’ai la possibilité d’enregistrer mes chansons, puis de les faire connaître, c’est une belle période. J’ai envie d’en découdre avec le public. J’ai hâte d’avoir son avis…

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