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22 août 2012

Louis Ville : interview pour ...Cinémas...

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En juillet dernier, j’ai reçu un mail de la personne qui s’occupe de la promotion de Louis Ville. Louis Ville que je suis (de loin) depuis un moment. J’ai chroniqué naguère certains de ces disques…

Cet artiste m’interpellait, mais nous ne nous étions jamais rencontrés.

Celle qui préside en la destinée médiatique de Louis Ville me proposant de m’envoyer la nouvelle édition de son album …Cinémas…, puis de le rencontrer s’il me plait, je réponds illico que oui. Pour tout.

Donc, l’affaire se conclut en une semaine.

Il est arrivé à l’agence, accompagnée de sa femme (qui a assisté à l’entretien).

Le feeling passe immédiatement.

Extrait de sa biographie officielle :louis ville,cinémas,version deluxe,interview,mandor

"La musique de Louis a toutes les couleurs du monde, des confins de l’Orient aux Balkans, de la chanson populaire française au Blues cajun. Louis qui se décrit comme un artisan et non un artiste, peint des paysages d’une beauté mélancolique dans lesquels il nous promène dans des mondes fantasmagoriques, peuplés de tout, de rien, mais surtout d’amour. Au fil des années, son charisme exceptionnel a fait chavirer d’émotion un public toujours plus dense qu’il transporte avec humour dans son univers sensible…

… En mars 2011, Louis nous présente ...Cinémas..., son quatrième album (chez L’Autre Distribution). ...Cinémas... est une ballade émouvante qui revisite les road movies américains, le cinéma français des années 50, les films noirs américains des sixties, l’univers fellinien et tant d’autres. La plume de Louis est toujours aussi originale et ciselée, la voix plus envoûtante et émouvante encore. Il y a tant d’amour, de flamboyance, tant de joie, de dérision dans ce Cinémas là qu’il ne nous quittera plus et les images défileront pour longtemps encore devant nos yeux et nos cœurs, comme une pellicule sans fin."

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louis ville,cinémas,version deluxe,interview,mandorInterview :

Vous me paraissez assez solitaire dans la création ?

Oui, mais je sais m’entourer pour jouer ma musique. Je suis très opportuniste avec les groupes avec lesquels je travaille, parce que je sais qu’ils vont m’apporter quelque chose. Si je décide de jouer avec telle ou telle personne, c’est parce que je connais leur talent. Je sais que ce mélange-là peut être excessivement bénéfique. La composition de base, je m’en occupe tout seul. J’ai des idées bien arrêtées.

Vous êtes très exigeant musicalement et « textuellement ».

J’ai une exigence par rapport à ce que je crée. Je n’ai pas envie de décevoir comme certains artistes que j’apprécie m’ont déçu. Je suis mon premier lecteur et si je ne suis pas satisfait de ce que j’ai écrit, je ne le sors pas.

"Cruelle", extrait de l'album "cinémas" et de la réédition "cinémas" de luxe.
Avec Elizabeth Masse, sur une idée d'Yvanna Zoia, réalisé par Pierre Dodin pour Dod Prod.

Est-on objectif sur son propre travail ?

Je lis beaucoup et notamment de la littérature anglo-saxonne et ces gens-là sont les rois de l’image et de la parabole. Le tout dans un style très concis, très sec, très rapide. Ils me subjuguent, me font voyager très rapidement. Je me réfère donc à ces référents-là. J’arrive à me rendre compte si mon texte à une bonne teneur et s’il n’est pas trop prétentieux.

Vous avez une écriture presque « littéraire ».

Sans faire le faux modeste, ça m’ennuie que vous disiez cela parce que je ne veux pas être considéré comme un intello. J’essaie toujours de trouver les mots et une imagerie relativement simples. Mes sujets aussi ne sont pas compliqués. J’invente aussi des personnages qui ont une vie simple. C’est peut-être littéraire dans l’approche parce que je refuse la médiocrité.

Refuser la médiocrité en 2012, est-ce que c’est se faciliter la vie ?

Pas du tout. Il y a des artistes qui me surprennent agréablement, mais la plupart du temps, il n’y a rien de transcendant. Moi, je ne fais pas ce boulot-là pour être riche et célèbre, alors je ne m’adonne pas à la facilité. Je fais ça par passion et par plaisir, je vais donc au bout de mes idées.

Et aller au bout de ses idées, ce n’est pas évident.

Ce n’est pas facile au niveau de l’existence, au niveau matériel, donc. Quand on a l’exigence que j’ai, on n’a pas tout le temps l’inspiration et la fulgurance qu’on devrait avoir. Après, est-ce qu’on est là pour se faciliter la vie sur Terre ?

"Embrasse-moi", clip de Frédéric Bal, sur une idée d'Yvanna Zoia, interpré par Elizabeth Masse.

On est là par contre pour pouvoir se regarder dans la glace…

Oui, je préfère cela. Je peux me dire que je n’ai pas honte du parcours que j’ai fait jusqu’à présent.

Le paradoxe avec un artiste comme vous, c’est qu’à chaque sortie d’album, on lit dans la presse des concerts de louanges, des critiques dithyrambiques, mais le public ne suit pas forcément. Le public n’aime donc pas ce qui est qualitatif.

Je ne vois pas les choses ainsi. J’ai plus l’impression que c’est la surmédiatisation de tel ou tel artiste qui fait que le public va vers lui. Quand on voit l’avènement de la télé-réalité, on voit que plus tu donnes de la médiocrité en nourriture, les gens finissent par la manger sans aucun problème. Quand on leur propose quelque chose de plus élaboré, médiatisé de la même façon, ça fonctionne aussi.

Pensez-vous que l’on nivelle vers le bas ?

Terriblement. C’est malheureux, mais c’est comme ça. Mais, vous savez, il faut voir l’environnement dans lequel on évolue. On a le droit de se laisser aller à la facilité quand on sort d’un boulot harassant, quand on n’a pas une vie très drôle. On n’a pas forcément envie de s’élever l’esprit.

"Ne te retourne pas".

Vous sentez-vous apprécié à votre juste valeur ?

Je n’ai pas d’ego par rapport à cela. Je suis plutôt un paysan. C'est-à-dire que je suis têtu.  Un jour, je me suis dit que j’allais prendre cette voie-là… ce n’est pas la voie la plus facile, mais je vais aller droit là où je veux aller. Je suis sûr qu’à l’usure, je finirai par y parvenir. Je suis sûr que petit à petit, je susciterai la curiosité, parce que je vais toujours dans la même direction.

Sans vous flatter bassement, vous êtes un artiste pur, je trouve.

Pour ce qui me concerne, je n’emploie jamais le mot d’artiste. J’aime bien élaborer les choses comme un artisan. D’ailleurs, comment peut-on être prétentieux au point de vouloir sortir du lot en

se décrétant « artiste ». Un artisan fait le mieux qu’il peut pour arriver à créer quelque chose. C’est ça que je suis. J’ai un père qui était ébéniste et je l’ai vu y mettre tellement de passion.

L’album …Cinémas… est sorti il y a un an et la nouvelle édition date de mai dernier avec en bonus des duos avec Mell, Marcel Kanche et François Pierron. Pourquoi cette réédition ?

Il y a essentiellement une rencontre avec Laurent Balandras des éditions Balandras. Il a eu l’envie de prendre le projet en main. On trouvait dommage de le rééditer tel quel. On a donc décidé d’inclure des nouveaux duos. Mell, Marcel Kanche et François Pieron sont des personnes que j’apprécie beaucoup pour leur qualité humaine et artistique. Il y a un profond respect entre nous et il n’y a pas de prétentions, ni d’ego à gérer. Travailler avec eux s’est imposé comme une évidence.

"Hôtel pourri", duo interprété par Mell et Louis Ville.

Comme son nom l’indique explicitement, cet album est un hommage au cinéma.

Dans tous les morceaux, j’ai glissé de manière évidente ou plus dissimulée, des références à des genres de cinéma que j’aime beaucoup.

Cette création-là était finalement aussi un jeu ?

Oui.

Créer c’est un jeu ?

Pas seulement. Surtout un besoin. À un moment, on ressent le besoin. C’est comme un fourmillement qui vient petit à petit. De toute manière, je ne sais pas m’exprimer autrement. Quand il y a de la foule, je deviens autiste, agoraphobe et je m’isole.

Ce n’est pas pratique quand on fait de la scène dans une salle avec plein de monde !

Je suis en hauteur. Il y a une distance et une protection qui me permettent d’être bien.

Quand la vie malmène, a-t-on envie de créer ?

On a envie de digérer et voir ce qu’il peut en sortir. La création d’une chanson est tout un processus long et lent. Et vous savez, il y a des choses du vécu que l’on peut transposer dans des histoires imaginaires.

Il y a peu de musique gaie dans votre œuvre.

Je ne sais pas faire ça. Ce n’est pas forcément très triste, mais je ne suis pas Carlos. Quand je commence une chanson dans laquelle il y a trop de joie, j’arrête. Il est difficile pour moi d’interpréter une chanson quand ce n’est pas son monde.

"Sans rien dire".

Est-ce que vos chansons ressemblent à ce que vous êtes ?

C’est très compliqué comme question. La vie m’offre parfois des choses magnifiques et elle m’offre aussi parfois des choses très difficiles. Eh ben, oui, la vie c’est ça. Et cet album-là, c’est ça. Des hauts, des bas, des hauts, des bas… c’est la vision de quelqu’un qui est dans la dèche, c’est la vision de quelqu’un qui ne sent pas toujours bien. Ce n’est rien d’autre que le reflet de la vie. Le reflet de ma vie. Par contre, je n’ai pas non plus envie d’être monochrome. Je ne veux pas faire que des chansons lancinantes, tristes, mélancoliques… je veux aussi qu’il y ait de la révolte.

Votre musique est à tendance rock, folk, mais pas uniquement.

Je ne veux pas me cloisonner à un style bien précis. Si un texte m’inspire d’aller loin dans le voyage, je vais loin, si un texte est un peu plus franchouillard, je vais aller dans la tradition française. Le terme franchouillard n’a rien de péjoratif pour moi, je vous assure.

Quel est pour vous un texte franchouillard dans votre album ?

« Sans rien dire » par exemple. Dans le rythme de ce texte, il y a ce 3-4 qui fait qu’on n’est pas loin de la chanson classique française.

Vous vous sentez proche de qui dans la chanson ?

De personne. J’aimais beaucoup Bashung parce que lui aussi, il allait droit là où il avait envie d’aller. Ce qu’il faisait était extrêmement respectable. Arno aussi, j’aime bien, même si je ne suis pas proche de son univers. Ce sont des gueules, de fortes personnalités qui se soucient peu de la mode du moment. C’est ça que j’aime.

Même si vous n'aimez pas le terme, c’est quoi pour vous, un artiste ?

C’est un homme qui se crée sa propre identité, qui murit au fil des ans… et qui apporte des choses différentes. Et puis on croise les doigts pour ne pas qu’il s’épuise et pour que l’inspiration reste en lui.

Avez-vous le sentiment d’être un artiste maudit ?

Non. Si on veut être un artiste maudit, on le décrète. Parfois, c’est normal de ne pas avoir de critiques uniquement positives. Un peu de modestie ne nuit en rien à la création.

"Marcello", clip produit par Yvanna Zoia, Louis Ville & Fabrice Issen, coproduit par Singapour 1939 Productions / réalisé par Thierry Paya

Avez-vous envie de passer au stade supérieur de notoriété ?

Oui. Un petit stade supplémentaire. Ce n’est pas une ambition pour mon ego, c’est une ambition pour mon porte-monnaie et pour mon banquier, c’est tout. Créer dans l’inconfort, c’est bien, mais au bout d’un certain nombre d’années, on demande un tout petit peu plus de confort. Mais les choses vont nettement en s’améliorant. Encore un peu plus de notoriétés et ce qui en découle et je serai peut-être enfin serein. C’est important d’avoir un peu de confort psychologique.

Vous donnez des cours d’écriture en prison ou pour des gens déscolarisés, mais je sais que vous n’aimez pas en parler.

C’est important pour moi de le faire, mais je ne trouve pas important que les gens le sachent.

Ça explique un homme, ce genre d’activité.

Ça fait trop « les restos du cœur ». En médiatisant ce côté-là de ma vie, c’est occulter tous les éducateurs qui font ça dans l’ombre tous les jours et qui en chient beaucoup plus que moi quand je vais faire mes petits ateliers d’écriture. Même si je ne me sens pas tout à fait inutile, ce n’est qu’un petit gravier par rapport à tout ce que font ces gens-là.

Mais, il y a aussi la notion de transmettre son savoir…

Oui, ça aussi c’est important. Mais ce que je fais n’est pas forcément apprendre à écrire, c’est déjà apprendre à s’exprimer. Ce sont des personnes qui ont de très grandes difficultés sociales, qui sont fermées à tout et qui sont complètement hermétiques aux autres, alors quand on arrive à les faire s’exprimer, c’est une victoire magnifique.

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