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25 juillet 2012

Mamienco : interview pour "Ici l'homme"

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Il y a quelques semaines, je reçois le mail d’une dénommée Lise Daynac. Elle me propose à travers une bio et quelques liens musicaux de partir à la découverte du groupe Mamienco. Je connaissais l’existence de ce groupe, mais pas vraiment leur musique. J’avais en tête un chanteur barbu (et de temps en temps torse nu) particulièrement charismatique. Mais point barre. Rien de plus. Après l’insistance d’un second mail de la manageuse du groupe, j’obtempère.

Et je ne l’ai pas regretté.

mamienco,jeff preto,florent mery,lise daynac,interview,ici l'hommeDes paroles puissantes et poétiques sur l’homme avec un petit «  h » (« pour en évoquer la simplicité, une humanité anodine révélée grâce à la musique » explique le groupe). Une musique diablement énergique avec toutes sortes d’instruments inhabituels quand on joue du rock à ce point-là.

Je réponds enthousiaste au mail de la jeune femme.

Ainsi, le 18 juillet dernier, j’ai reçu deux des 4 éminents membres de Mamienco : Jeff  Preto (bassiste, guitariste et chanteur) et Florent Mery (clarinettiste).

(Merci donc à Lise Daynac !)

Extraits de la biographie officielle :

L’appétit de la scène et l'énergie que déploient les Mamienco vous toucheront. Une fois la première note posée, les univers se dessinent et les influences surgissent. Jeff Preto offre une présence et une voix à la croisée des Doors, d'un Brel et d'un Eddie Vedder, la clarinette est autant rock que balkanique, l'accordéon joue de son soufflet comme d'une guitare électrique, la batterie mène la danse... chanson, rock, musique du monde...
En 2010 Mamienco est Lauréat du GRAND ZEBROCK et foule les scènes de la Maroquinerie et de la fête de l’huma de Paris. Le groupe a plus de 300 concerts à son actif, des tournées en France et à l'étranger et des rencontres avec des artistes comme Les Têtes Raides, Les Blérots de Ravel, Fantazio, les fils de Teupuh, Jim Murple Mémorial, JAVA, Bernard Lavilliers, Syrano, Courir les rues et d'autres...

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Interview :

Quand le groupe a débuté en 2001, le projet Mamienco était sensiblement différent.

Jeff : On était jeune. On avait la dynamique de faire de la musique et de partager des envies de création. Dans la première version de notre groupe, il y avait une chanteuse qui avait des envies de chanson française. Elle était très influencée par Paris Combo ou La Tordue par exemple, du coup on a fait un mélange entre nos propres envies et les siennes… ça a donné l’ancien Mamienco.

Florent : Après le départ de la chanteuse, on s’est axé sur la matière de Jeff. Jeff qui est sacrément prolixe.

Vous travaillez les morceaux sur les « squelettes » de Jeff. Il vient avec sa voix et une guitare et il présente ses morceaux.

Jeff : C’est exactement ça. Quand je travaille seul chez moi, je pense aux arrangements. Donc, quand j’arrive, je donne des pistes à chaque musicien.

Florent : Il arrive avec une matière fournie en termes de couches. Il y a pas mal de pistes que l’on peut s’approprier pour faire nos propres arrangements. L’idée étant de ne pas travestir la matière de Jeff. On trouve plus intéressant de travailler la matière sonore avec les instruments peu utilisés dans le rock que de jouer des riffs de guitares peut-être efficaces, mais basiques.

Meddley de l'album "Ici l'homme".

Vous dites que vous faites du rock. Que l’énergie que vous déployez est rock.  Que la clarinette et l’accordéon ne changent rien à l’affaire… L’accordéon, il fait le taff d’une guitare électrique.

Florent : L’enjeu, pour nous les instrumentistes, c’est d’aller au-delà de son instrument. On pense nos arrangements comme des parties de guitares pour aboutir à une énergie rock’n’roll. On n’est pas un groupe « festif », même si on est content aussi… mais on fait du rock.

Jeff : On a toujours une petite distance avec le sujet abordé. Malgré les thèmes graves que j’aborde dans mes chansons, on ne veut et va pas faire pleurer dans les chaumières avec. Je veux faire écho chez les gens à travers tout ce que j’ai vécu. Je continue à sourire, j’aime la vie. Je ne veux pas être l’archétype du mec pas bien, qui a le spleen. Si je l’ai un peu, je vis bien avec.

Florent : J’imagine que dans tes textes, il y a un aspect un peu exutoire. La musique te permet de sortir les trucs qu’il y a en toi. Le tout est de ne pas le faire de manière simplement égoïste

Jeff : Je suis dans le partage et dans le don.

Florent : Comme on travaille sur des textures et des émotions, le tout est d’être suffisamment imagé pour que chacun puisse trouver un écho dans sa propre vie.

Jeff : Si parfois, dans mes chansons, j’utilise le « je », elles restent le plus ouvertes possible, fédératrices et universelles.

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Pendant l'interview...

Vous, les musiciens, vous arrive-t-il d’intervenir sur les textes de Jeff ?

Florent : Très rarement. On intervient surtout pour la musique. Les textes sont vraiment toujours calés. Il n’y a jamais rien à en redire.

Jeff : Moi, je pose quand même la question aux autres. Les mots, c’est important. Souvent, je demande à Florent si ce que je raconte est correct. Il est un peu mon « monsieur syntaxe ». Il intervient sur la diction, les liaisons… c’est super important.

Florent : Le défi est de faire passer le texte de manière le plus intelligible qui soit avec énergie et une interprétation sans faille. Dans nos textes, il y a un vrai propos, mais c’est un propos qui est parfois musical.

J’ai lu quelque part vous concernant : Le rock des années 70, le grunge, Noir désir, avec des injections de Brel et de Brassens…

Florent : Je ne sais pas trop ce que tu en penses Jeff, mais moi, Brassens, je ne vois pas trop. Brel, plus… pour l’aspect sueur.

Jeff : Ce serait prétentieux de se comparer à ces grands-là.

Mamienco aux Francofolies de la Rochelle 2011 sur la scène SFR Jeunes Talents.

Jeff, tu fais le singe sur scène. C’est un retour aux sources qui te permet de te mettre à nu le plus possible.

Jeff : Parfois, ça va loin, je saute sur les gens, je balance des chaises…

Florent : Plus tu vas loin, plus, nous, on kiffe parce qu’on te suit.

Jeff, tu sembles un peu timide, discret, en tout cas dans la vie. Sur scène, par contre, tu exploses. Tu sens une transformation quand tu rentres sur scène ?

Jeff : Il y en a une. Comment la décrire et l’expliquer ? Je ne sais pas. Pour moi, un plateau, c’est un lieu divin où je suis une sorte de catalyseur. Si mon mot est posé, je serai posé, si mon mot part en couille, je pars en couille. Tout doit passer et tout est permis en même temps. La scène, c’est un terrain de jeu sacré.

Florent : La représentation scénique, c’est l’effort de conscientisation qu’on essaie de faire. On ne présente pas n’importe quoi aux gens. Tout à du sens dans ce que nous montrons.

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Votre musique me fait penser au rock progressif des années 70. Des musiques à tiroir.

Jeff : Un peu, en effet. Et la scène permet de défiger notre disque. On peut ouvrir encore un peu plus de tiroirs…

Florent : A aucun moment on ne s’interdit de digresser.

Cette position de leader, Jeff, tu le vis bien ?

Jeff : Ce n’était pas évident. Aujourd’hui ça va mieux. L’échiquier du groupe a fait que je me suis mis devant, mais je relativise ça.

Maintenant que vous avez un disque « officiel », ça change beaucoup de choses ?

Florent : Tout le monde s’accorde à dire que le disque, c’est fini, mais il faut avoir un disque pour que l’on parle de nous, pour intéresser des programmateurs ou des organes de presse. L’intérêt plus personnel, c’est qu’un disque peut figer sur une matière physique un instant T défini. Le fait de ce contraindre à faire un disque cohérent, avec un visuel, un contenu musical qui se tient avec un réalisateur, Michel Zacha, qui nous a bien fait progresser, ça incite à le défendre à fond. C’est nécessaire un disque pour la vie d’un groupe, pour tourner…

"Coeur de vie".

Vous n’êtes pas prophète en votre pays, mais vous tournez pas mal à l’étranger.

Florent : Le public de l’extérieur est un public que nous aimons aussi beaucoup. Il ne va pas intellectualiser notre musique, nos textes…  En France, le public est plus spectateur qu’acteur. Ils comprennent les textes, donc ils écoutent les paroles. Ils ont des références, du coup, on est comparé.

A qui le plus souvent ?

Florent : A Noir Désir principalement. Ce que l’on a ressenti dans les festivals en Angleterre ou en Allemagne, c’est que le public est plus sensible à l’énergie que l’on dégage que du propos tenu.

Ce n’est pas facile pour nous, journalistes musicaux…on vous place entre la chanson et le rock…

Florent : C’est un souci dans la vie post Noir Désir. Ce groupe à réussi cette synthèse de puissance, de sauvagerie, d’aspect terrien, et de textes qu’on retient et chargés de sens. Depuis, personne n’a réussi cet exploit et ça manque franchement. On essaie, avec nos instruments à nous. Je ne dis pas que l’on y parvient, mais on essaie.

Jeff : Noir Désir était un groupe authentique et complètement à nu. En France, je ne vois plus ça. Ce que j’entends aujourd’hui, ce sont des groupes qui disent les choses sans que le public ait à faire un effort de compréhension. Moi, je ne vibre plus. Je connais des groupes qui reviennent vers ça. Je suis assez optimiste sur ce phénomène.

"Ici l'homme".

« Ici l’homme » est une grande chanson, je trouve.

Florent : Elle remet l’homme à sa place. Il ne sert à rien d’avoir de grandes pensées et une grande orientation, on est de toute façon dirigé par notre instinct. On n’est pas là pour se poser des questions supra existentiels, on est là pour vivre.

Jeff : Bonne analyse Florent. On est un peu comme des chercheurs qui passent sa vie à chercher ou comme un écrivain qui met le temps pour écrire son bouquin. On a cherché pendant longtemps un climat et je pense que nous l’avons trouvé.

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24 juillet 2012

Gaëlle Pingault : interview pour "Ce qui nous lie"

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gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorCela faisait longtemps que j’avais lu les deux recueils de nouvelles de Gaëlle Pingault. Ses histoires sont toujours drôles, dures ou tendres… ou les trois à la fois. J’apprécie cette façon d’écrire qui fait mouche, qui ne laisse pas insensible. En la lisant, on aboutit toujours là où on ne s’attendait pas. J’ai souvent croisé cette auteure dans des salons du livre que j’animais et il me tenait à cœur de lui poser des questions dans un contexte plus calme (où le temps n’est pas notre ennemi).

Le 16 juillet dernier, Gaëlle Pingault est enfin venue sur mon canapé (celui de l’agence, hein, qu’on ne se méprenne pas !) pour évoquer Ce qui nous lie et l’écriture en général.

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandor4e de couverture : Ce livre nous entraîne dans la valse colorée des liens, fragiles ou indéfectibles, salvateurs ou destructeurs, tissés pour un jour ou pour toujours avec parents, amis et tous ceux qui nous lient. Comme dans un kaléidoscope, nous voyons se former et se déformer ces relations ; sentiments forts, confus, complexes, artificiels...

L’auteur : Gaëlle Pingault, née en 1976, est orthophoniste. Elle exerce dans sa Bretagne natale. Ce qui nous lie est son deuxième recueil. Le premier (paru aussi chez Quadrature), On n’est jamais préparé à ça a reçu le prix Nouvelles d’automne 2010.

Interview :

Tu écris depuis une vingtaine d’années et c’est ta sœur qui t’a mise sur les rails…

Oui. Aujourd’hui, elle fait partie de mes relectrices. Je te prie de croire qu’elle ne lâche rien. Elle épingle tout ce qu’il y a à épingler en vol. Elle est très forte pour repérer les failles de logique dans un texte. Il n'y a pas qu’elle qui fait partie de mes relectrices privilégiées. J’ai des yeux précieux autour de moi qui se complètent les uns des autres.

Le goût de l’écriture te vient d’un goût prononcé pour la lecture ?

J’ai pas mal lu quand j’étais ado. Je viens d’une famille où on a toujours beaucoup bouquiné, mais au-delà de ça, je viens également d’une famille dans laquelle on aime perpétuellement jongler avec les mots. J’ai été élevé à Bobby Lapointe, ça doit donner un goût pour les mots et l’envie de s’amuser avec.

Sais-tu si une nouvelle est plus forte qu’une autre ?

Il y en a que j’aime et d’autres moins. Ça arrive de temps en temps que je me rende compte qu’une nouvelle n’est pas ce qu’elle devrait être. À ce moment-là, elle reste à dormir dans un coin de mon ordi. Parfois, il m’arrive juste de constater qu’une est « pas mal », c'est-à-dire qu’elle reflète ce que je voulais dire. Parfois, je pars avec une idée et puis je cale en cours de route parce que je ne trouve pas le bon rythme, pas le bon mot, bref, rien ne se met en place.

Que fais-tu des non aboutis ?

Je les garde en me disant qu’elles pourront mûrir plus tard. Il est déjà arrivé que deux ans plus tard j’en ressorte une parce que j’ai une idée supplémentaire, parce qu’entre les deux, mon écriture a évolué. Je me dis que, peut-être, ça vaut le coup de la retravailler. Parfois ça marche, parfois, ça ne marche pas.

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(Photo Jérôme Cayla)

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorAs-tu une technique d’écriture pour capter l’attention du lecteur dans tes nouvelles ?

Pas du tout. Je fais partie des gens qui écrivent sans scénario. Je peux partir sur une fin d’histoire pour construire le début. Dans ce recueil, c’est le cas pour « Avant Venise » par exemple. J’ai construit mon personnage et mon histoire à partir de la chute. Mais, généralement, quand je commence à écrire, je commence plutôt par le début et je ne sais pas comment ça se termine.

Selon toi, plus on écrit, plus son style s’aiguise, plus on devient bon ?

Je n’en sais rien. J’ai plutôt l’impression de ne pas faire la même chose et ça, c’est important pour moi. La façon dont je procède, dont je fais ma cuisine, mon petit mitonnage, j’ai l’impression que ça ne se passe pas de la même façon. Maintenant, le lecteur s’en rend-il compte ? Je n’en ai aucune idée.

Je vais te poser la question autrement. Sens-tu une évolution entre le premier et le deuxième recueil ?

Oui.

Et ton éditeur aussi ?

Oui, clairement. En plus, chez Quadrature, ils sont huit. Un grand nombre de ce comité lecture a gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorconsidéré que ce recueil était meilleur que le premier. Lorsque j’ai su ça, ça a été la cerise sur le gâteau.

Tu es donc très officiellement « novelliste » et tu te revendiques comme telle. Réfutes-tu le terme « écrivain » te concernant ?

Je ne sais pas si c’est le terme « écrivain » que je réfute, c’est juste que je suis orthophoniste à la base et que c’est ça mon métier. Et je ne veux pas me lancer sur des histoires de légitimité, sinon, on n’est pas rendu. Pour résumer, être novelliste, ce n’est pas plus ou moins que mon « vrai » métier, c’est en parallèle.

Est-ce qu’il faut égarer le lecteur dès le départ quand on écrit une nouvelle ?

Je pense que l’on peut écrire des nouvelles de plein de façons différentes, en tout cas, moi j’aime donner des fausses pistes. Pas pour le plaisir de balader les gens et de me satisfaire de les avoir piégé, mais pour les amener par la main avec moi. On ne joue pas l’un contre l’autre dans cette histoire-là.

Sans en dire beaucoup sur tes nouvelles, peut-on dire que ça ne finit pas toujours de manière très… positive ?

On peut le dire, oui. C’est curieux, on me l’a beaucoup fait remarquer sur ce recueil et au début, j’ai été très surprise parce que ce n’était pas ce que j’en avais comme image. Après réflexion, j’ai compris pourquoi. Parce que mon recueil était trop long, une fois mis en page… on a retiré trois nouvelles sans faire attention sur le fait qu’elles étaient à fins positives. Du coup, ça à un peu déséquilibré le machin.

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorBref, ils ont besoin d’un orthophoniste sera ton troisième recueil (sortie le 15 novembre 2012). Étonnante aventure que celle de ces textes, improvisés au fil de la plume sur les réseaux sociaux fin 2011 pour tenter de faire connaître l’étendue du travail orthophonique, et qui ont déclenché un enthousiasme certain. Ils circulent aujourd’hui dans de multiples sphères, partagés et repartagés. Il était donc tentant de leur offrir un écrin littéraire digne de ce nom.

En effet, il y a aura les textes qui figurent sur le blog et quelques nouvelles inédites. J’ai réécrit des textes intercalaires avec l’histoire d’un personnage récurrent. Les textes « orthophoniques » et l’histoire de ce personnage se renvoient la balle.

Tu fais un métier qui permet aux personnes d’apprendre à mieux parler/prononcer et ta deuxième activité, c’est écrire…

Parler et écrire, j’ai vite remarqué ses deux axes principaux de ma vie. J’ai fait mon auto-analyse sur ce sujet. La seule chose que je peux dire sur ce phénomène, c’est que ce n’est vraiment pas un hasard.

Quand tu travailles, tu retiens des évènements que tu couches sur papier en rentrant chez toi le soir ?

Non, ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe. Quand je suis en séance d’orthophonie, je suis en séance d’orthophonie. Ça ne m’est jamais arrivé de me dire : « ça, c’est un truc que je peux réutiliser ». Les textes sur ce sujet que j’ai écrits sont fictionnels, d’après ce que j’ai entendu raconter. Les orthophonistes sont du genre bavard et nous échangeons beaucoup entre nous. Cela étant, on n’est pas orthophoniste sans avoir un minimum d’intérêt pour les gens qui se baladent autour de vous… c’est comme quand on écrit finalement, on a un sens aiguisé de l’observation et de l’écoute.

La devise des gens de ma maison d’édition est : Quadrature est un plaisir et doit le rester.

Ça me va assez bien comme devise. D’où le fait de ne pas écrire des choses qui m’ennuient et d’en faire qu’à ma tête.

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21 juillet 2012

Marie-Christine Buffat : interview pour "Le nombre de fois où je suis morte"

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorL'auteure suisse, Marie-Christine Buffat, vient de sortir un livre jubilatoire (si on aime l'humour noir puissance 14!). Le nombre de fois où je suis morte est un recueil de nouvelles commençant par l’expression « Je suis morte… ». L’occasion de décliner la vie pas toujours réjouissante, mais malgré tout universelle, de 14 femmes. Le 11 juillet dernier, j’ai reçu l’auteure de passage à Paris.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandor4e de couverture :

Et si, pour une fois, l'on prenait les expressions toutes faites au pied de la lettre? Si les émotions trop vives nous faisaient réellement mourir?
Entre détresse totale et humour noir, les héroïnes de Marie-Christine Buffat sont des femmes extrêmes et entières. Que leur arrivera-t-il si elles laissent leurs émotions se déchaîner sans frein?
Même lorsqu'elle n'aboutit pas à la destruction physique, cette exploration intrépide des passions ordinaires nous rappelle que notre vie est faite d'anéantissements et de résurrections.

Avec Le nombre de fois où je suis morte, elle apporte un ton nouveau dans la littérature suisse: caustique comme les textes d'une Linda Lemay, métaphysique comme les méditations d'un Dürrenmatt.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorBiographie (tirée du site Babélio) :

Marie-Christine Buffat a signé son premier roman en 2006, un policier intitulé  La Piqûre dont la trame principale se déroule entre Lausanne et Rio de Janeiro. Ce thriller à rebondissements a obtenu une mention « Coup de cœur » chez Payot. Son deuxième ouvrage, paru en 2008, est une fiction pour la jeunesse mêlant frissons et rock n'roll, School Underworld et les ondes maléfiques, pour lequel elle a reçu le prix des Jeunes Lecteurs de Nanterre en 2009. Elle a publié en 2011 un témoignage unique sur la vie avec un enfant souffrant d’un TDAH, La Toupie – vivre avec un enfant hyperactif. Son dernier ouvrage, Le nombre de fois où je suis morte, est un recueil de nouvelles mêlant détresse et humour noir. Marie-Christine Buffat signe également des chroniques pour le quotidien Le Nouvelliste et divers magazines.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorInterview :

Quand on lit l’ensemble de ton œuvre, on constate que ce que tu écris est souvent noir. Ce n’est pas ce recueil de nouvelles, Le nombre de fois où je suis morte, qui nous incitera à penser le contraire…

J’aime bien écrire ce qui est sombre… je vois plutôt ça comme une certaine forme de lucidité. D’être plus lucide sur les évènements sombres permet de mieux profiter des choses quand elles sont bien et d’être plus heureux quand on est heureux. C’est une façon de vivre pleinement les moments quand ils se présentent.

Tu passes de la fillette à la dame d’âge mûr de manière très limpide. Tu changes d’écriture, de façon de penser, à chaque histoire.

Je trouvais intéressant d’écrire une nouvelle par expression : «  Je suis morte de ». Ça faisait un petit moment que ça me démangeait. Pourquoi on utilise cette expression alors que finalement la mort n’est jamais au rendez-vous ? Pour chaque femme, il fallait que je trouve un style et un langage en rapport avec leur âge et que je leur fasse vivre une émotion intense. Une émotion par nouvelle, mais exposée à l’extrême.

L’écriture, pour toi, c’est comme un jeu de rôle ?

Dans la nouvelle, il ne faut pas se leurrer, il y a une forme de jeu. Tu cherches à cueillir le lecteur à la fin pour qu’il soit surpris.

Peut-on écrire des nouvelles noires si on n’est pas un peu noir à l’intérieur soi-même ?

Je connais très peu de femmes qui n’a pas d’histoires noires au fond d’elles. Si tu prends le temps de discuter avec n’importe qui, il y a aura à un moment une histoire pas sympathique du tout. Je crois qu’avoir des émotions vives, noires ou dures, et de s’en relever, ça fait grandir les gens. Les histoires sont sombres, certes, mais la vie est sombre.

Cela étant, ton livre n’est pas morbide. C’est au contraire un condensé de vie, de rires, de larmes, d'émotion dans toutes ses acceptions. Mais, parfois, il s’agit aussi d’agressions…

Je connais très peu de femmes qui n’a pas été agressée dans sa vie. Ce sont parfois des agressions superficielles, parfois beaucoup plus poussées, parfois, c’est carrément de la violence. Si par le biais de ce livre, ça permet à certaines femmes de réaliser que leur vie n’est pas normale ou qu’il faut qu’elle fasse attention, ce livre aura sa raison d’être. Tout ce que je raconte est de la fiction, mais tout est probable. Poussés à l’extrémité, les gens peuvent faire des choses insensées.

Dans la première nouvelle, tu t’impliques personnellement. Tu racontes ta première relation sexuelle.

Pour mettre directement dans l’ambiance, il fallait choquer. Je voulais que les lecteurs soient ouverts aux autres émotions qui suivent. Pour moi c’était important de raconter cette première fois-là. Par rapport à cette introduction,  j’ai toutes sortes de réactions. Les filles ne réagissent pas de la même façon que les garçons. Les filles se retrouvent parfaitement dans ce que je raconte, mais les garçons pas vraiment. Ils sont persuadés avoir bien menés la « première fois » de leur petite amie. Ils ne se rendent pas compte que ça fait souvent mal.

En lisant ton livre, on se dit que la vie n’est faite que de frustrations…marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandor

La frustration fait partie de la vie. Elle a du bon. On dit bien aux parents de frustrer parfois ses enfants, sinon, ils ne seront pas capables de gérer le quotidien. Quand tu rencontres un homme, tu ne peux pas l’obliger à être amoureux de toi. Ce n’est pas possible, donc il faut apprendre à ce que l’on te dise non.

Y a-t-il un aspect jubilatoire à écrire des horreurs ? Il y a quelques vengeances très cruelles dans tes nouvelles.

C’est parfois jouissif, je te l’avoue. On a toutes eu des moments ou on a eu envie de se venger de quelqu’un, mais on ne le fait pas parce que nous ne sommes pas malades comme mes héroïnes. Mais l’imagination que j’ai me permet d’assouvir ce genre de phantasme. (Rires). Une de mes nouvelles est inspirée d’un fait similaire, pas poussé au paroxysme que je raconte, mais que j’ai vu de mes yeux. Dans mon village, une femme éconduite par son amant a affiché dans tous les établissements publics la photo d’un monsieur tout nu avec un texte qui racontait que cet homme était un salaud… il y avait aussi des commentaires sur sa sexualité.  Une femme qui est capable de faire un truc pareil est capable de faire beaucoup de choses. Parfois ma fiction est tirée d’une réalité proche.

Toutes tes nouvelles sont plutôt noires, sauf la dernière. Dans « Morte de rire », tu rends hommage à toutes tes copines.

J’ai voulu faire ressentir aux gens de l’émotion. Parfois, il y a de l’humour… un peu noir, certes. « Morte de jalousie » et « Morte de faim » sont plutôt marrantes non ? Enfin amusantes, j’exagère un peu. En tout cas, l’humour peut dédramatiser bien des situations. Quelqu’un qui est capable de pratiquer l’humour noir et d’être un peu cynique en général s’en sort bien dans la vie. Ça permet de voir les choses avec le recul, de dédramatiser des situations plutôt que se replier sur soi même.

As-tu eu peur de ne pas être comprise dans certains textes ?

Chaque personne a un avis différent sur chaque texte, hormis « morte de peur » qui a fait pleurer beaucoup de personnes. Je le comprends, la violence faite à un enfant ne laisse personne indifférent. Mais chacun à sa nouvelle préférée. C’est marrant parce que selon les préférences d’une personne, tu sais dans quel état d’esprit elle est.

Tu te mets à la place de femmes dans ces nouvelles. Quelle place à l’homme ?

Elle est omniprésente. Un ami m’a dit qu’en lisant mon livre, il avait eu l’impression d’avoir lu le journal intime de sa petite amie. Il m’a dit qu’à certains moments il a avait rigolé, à d’autres pleuré et encore à d’autres moments, il a été très mal à l’aise parce que le salaud dans l’histoire, c’était lui.

Tu racontes des histoires d’autres vies, qui ne sont pas les tiennes, mais on suppose qu’il y a un peu de toi quand même dans chacune d’elles.

Parfois et dans certaines en particulier. Dans « Morte de culpabilité » par exemple.

A-t-on l’impression de se déshabiller quand on écrit un livre comme celui-là ?

Oui, comme je le fais dans chaque livre. Mais, je me suis tellement mise à nue dans mon précédent livre, La toupie, que finalement, j’estime n’avoir pris aucun risque avec ce recueil.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorParlons de La Toupie justement. C’est un récit témoignage, à la fois analytique et très littéraire, qui s’interroge sur l’éducation, la maladie, l‘école et les méthodes d’enseignement qui restent muettes face à un enfant hyperactif. C’est aussi le procès d’une société qui préfère stigmatiser le malade plutôt que de comprendre la maladie. Un livre qui a fait beaucoup réagir.

C’est d’abord une grande déclaration d’amour à mon fils. Après la publication de ce livre, des gens ce sont immiscé dans ma vie. Ils m’ont posé plein de questions, m’ont demandé comment ça se passe avec mon fils aujourd’hui, m’ont écrit, m’ont téléphoné, m’ont dit qu’il fallait que je vienne diner avec eux chez eux parce qu’ils vivaient la même chose que moi. D’un côté, je comprends ce qu’ils ressentent, ce qu’ils vivent, mais je ne suis pas médecin. Des réponses, je n’en ai pas. Si, j’en avais, je n’aurais pas écrit ce livre. Les gens pensent que je vais leur apporter des solutions…

Pourquoi avoir écrit un livre sur l’hyperactivité de ton fils ?

Pour que les gens comprennent. J’ai attendu d’avoir du recul, d’être bien avec cette histoire pour pouvoir l’écrire. Je ne voulais pas écrire quelque chose de rancunier ou vengeur ou pathos… je voulais porter un regard lucide sur le trouble et le quotidien. Et puis aussi, à la base, je cherchais des témoignages de parents, je n’en ai pas trouvé, alors j’ai décidé d’écrire moi-même ce livre.

Ça a changé quelque chose la sortie de ce livre dans ta vie ?

Oui, au niveau de la compréhension. J’ai été invité par des groupements d’enseignants spécialisés pour expliquer le trouble, comment le gérer, ce qu’est exactement cette maladie. Au niveau de l’école, pour mon fils, ça s’est nettement ouvert. Des structures ont été mises en place  pour le soutenir. Les proches aussi ont mieux compris. On a bénéficié d’une couverture médiatique importante, par rapport au trouble. Certains parents achètent le livre pour le donner aux proches ou aux enseignants qui ne comprennent pas. J’ai même reçu des lettres de remerciements de directeurs d’école.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorTu as signé tes deux derniers livres chez Xenia, une maison d’édition suisse.

J’aime beaucoup leur leitmotiv : « osez lire ce que nous osons publier ». Ils publient souvent des ouvrages qui sont sujets à controverse, des livres qui ne sont souvent pas attendus. L’éditeur, Slobodan Despots, a des choix littéraires qui vont à l’encontre du politiquement correct. Ça me convient tout à fait.

C’est difficile en tout cas de définir ton « style » ?

Je comprends. Je n’ai pas écrit un seul ouvrage qui va vers la même ligne. Le premier, La piqûre, était un roman policier, le deuxième, School Underworld et les Ondes Maléfiques (que je n'ai jamais chroniqué sur ce blog), un  livre jeunesse, le troisième, La toupie, un récit et le quatrième, celui-ci, un recueil de nouvelles. Je n’écris que ce qui m’intéresse. Ça dépend du moment, de l’impulsion, de ce qui me travaille et que j’ai envie d’exprimer. Je n’ai pas du tout envie de me cantonner dans un style particulier.

Tu te sens écrivain ?

Oui. À partir du moment où tu écris des livres, tu es écrivain. Je chronique deux fois par mois dans un journal et j’ai des sollicitations pour d’autres projets littéraires sur lesquels je travaille régulièrement. On peut discuter des termes pendant des heures, mais j’ai publié 4 bouquins, je suis écrivain, pas maçon.

Comment es-tu quand tu es en période d’écriture ?

Très chiante me dit mon mari. Je suis très pénible. Il ne faut plus me parler, je m’énerve pour un rien. J’aime bien comparer l’écriture à de la musique. De la musique de mots. Il faut que ça sonne juste. Quand quelqu’un te parle, tu risques la fausse note et c’est très pénible.

Tu écris quoi en ce moment ?

J’ai un projet d’écriture à deux mains entre un homme et une femme. Ce sera un roman fictionnel qui parlera du couple et tout ce qui est vrai au sein d’une vie à deux. Chacun posera des questions à l’autre sur le sexe opposé. Pourquoi un homme est comme ça et pourquoi une femme réagit de telle façon ? Les réponses seront le plus sincères possible et toutes les vérités ne seront pas bonnes à dire… mais seront dites.

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16 juillet 2012

Florent Nouvel et Stéphane Richez : interview croisée

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Florent Nouvel et Stéphane Richez ont tous les deux des répertoires différents. Deux sortes de chanson française qui ont pour point commun de la porter vers le haut. Tous les deux jouent avec les mots, poétisent des évènements, font montre de tendresse et d’humour. Pas de la même façon, mais avec une même rigueur stylistique et musicale. Ils jouent sur des scènes communes parfois. Le hasard de la vie fait qu’ils m’ont contacté quasiment en même temps et qu’un ami commun, le guitariste Martial Bort, me les a fait connaître au même moment. Ces signes-là et leur talent respectif étaient suffisants pour qu’une mandorisation s’impose…

Présentation des forces en présence (très largement inspirée de leur bio officielle) :

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorFlorent Nouvel - ou plutôt son personnage - Floflo, caricature nos maladresses avec bienveillance et sourit doucement de ses histoires, heureuses ou malheureuses, souvent bien proches des nôtres...

Sa première aventure avait conduit Floflo au milieu des petits, des précaires, de toutes celles et tous ceux que la vie fragilise. En contrepoint, il s'était moqué des grands et des puissants avec « Petit homme public », chanson consacrée à notre ancien petit président de la République... Plusieurs médias se sont fait l'écho de ce titre, qui a connu un franc succès sur Internet (30000 lectures sur You Tube) et s'est vue diffusée sur France Inter tout comme « Le quai de Ouistreham ».

Véritable show-man, d'une grande générosité sur scène, Florent poursuit son chemin de salle en salle accompagné de ses guitaristes et complices Martial Bort et Bruno Barrier.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorStéphane Richez, lui, a joué dans de nombreux tremplins et festivals : Prix Georges Brassens 2007 (Prix du Jury et du Public), Présélections pour le Printemps de Bourges…et évidemment, sur de nombreuses scènes françaises.

Dans ses chansons, il chante Paris, ses rues, ses stations de métro. Une valse des vieux garçons (qui n'en est pas une), quelques couplets assassins sur les radins (et un refrain), une complainte des apparences (et de ceux qui misent tout dessus), une ballade des faubourgs (de Paris), un hymne pour les enfants de 68 (ce n'est qu'un début), des strophes pour ceux qui s'emmerdent (en silence), et puis...

Et puis, des regards sur un monde de gens bien et d'autres moins, absurde parfois (le monde) et beau souvent...

Le 10 juillet dernier, les deux artistes sont venus à l’agence.

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Interview :

Vous avez fait des doubles plateaux communs, qu’est-ce qui vous réunis tous les deux ?

Stéphane Richez : Le point commun, c’est que nous chantons tous les deux en français. On compose et on écrit nous même nos chansons. On a tourné pendant longtemps, chacun de notre côté, moi à la guitare et Florent au piano et puis un jour, dans la cadre du collectif « Les beaux esprits », on a joué sur les mêmes scènes.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandor« Les beaux esprits » est un label qui fonde sa philosophie sur la solidarité entre artistes.

Florent Nouvel : L’idée est de réunir des artistes avec des univers différents et des compétences différentes. Des musiciens, des gens capables de filmer, des gens capables d’avoir un œil technique. Chacun, avec bienveillance, peut  apporter son savoir aux autres avec des perspectives d’analyse.

S.R : À la base, c’est Bruno Barrier qui est à l’origine de ce collectif. C’est un truc dont il rêvait depuis très longtemps. Seul, certes, on peut se produire un peu n’importe où, on est libre,  mais on avance hyper lentement et on progresse moins.

F.N : Je tiens à préciser qu’il y a un état d’esprit dans ce collectif. Il ne s’agit pas simplement de venir consommer du réseau, on essaie de construire quelque chose ensemble et d’être dans une dynamique d’aide mutuelle. Stéphane, tu le disais à l’instant, au début on était seul. C’est une solitude que l’on se créait nous même. On voulait chanter et on s’accrochait à cette perspective. Le fait de rencontrer d’autres artistes permet d’avoir un autre regard sur son travail, d’être plus ouvert et de faire évoluer son propre projet.

S.R : Avec Florent, nous avons des talents complémentaires. Lui, il a beaucoup bossé la scène, la mise en scène, moi j’avais une chorégraphie aussi belle que celle qu’avait Georges Brassens (Rires).

F.N : Ce qui nous relie, ce sont nos spécificités mutuelles et paradoxalement, nos grandes différences. Stéphane, j’ai toujours trouvé qu’il avait une forme de continuité entre la scène et le hors scène… il y a un truc de l’ordre du naturel. Il arrive devant le public avec une espèce d’innocence que je trouve admirable. Moi, je coupe beaucoup. Il y a la scène et après la scène.

Oui, mais toi Florent, tu as inventé un personnage : Floflo.

F.N : Oui, et ce personnage joue d’autres personnages. Ce qui est intéressant, à partir de ces deux manières d’envisager la scène complètement opposée, c’est que l’on arrive à retirer des leçons de l’autre. Stéphane m’a appris une forme de tranquillité, d’apaisement, même sur scène. Moi qui suis beaucoup dans l’énergie, j’adore voir Stéphane chanter et captiver tranquillement son public. Sa simplicité et sa sérénité m’impressionnent.

Florence Aubenas, Journaliste et Reporter, relate son expérience de femme de ménage dans son livre Le quai de Ouistreham (L'Olivier, 2010). Précarité, cadences, exploitation, mais aussi solidarités et dignité sont le lot quotidien de ces travailleuses invisibles de la « France d'en bas ».
Bouleversé par cette lecture, Florent Nouvel a souhaité faire vivre en chanson le quotidien de ces femmes.

Cette envie de chanter vous tenaillait depuis longtemps ?

F.N : J’ai toujours voulu être chanteur et évoluer sur scène. Quand je voyais des concerts à la télé, je pleurais tellement je voulais y être aussi. J’écoutais toutes les nuits sur France Inter Sous les étoiles exactement et ça me faisait envie. J’ai beaucoup sacralisé cette activité de chanteur… avec toutes les névroses qu’il y a derrière, quoi !

Ah bon ! Les artistes ont des névroses ?

F.N : Je sais, c’était une lapalissade, mais paradoxalement, devenir artiste m’a apaisé. Moi, j’ai gardé le côté positif de cette énergie-là. Je n’ai pas gardé le côté destructeur de ce métier.

Je vais poser la question à chacun de vous… D’abord Florent, où en est ton projet ?

F.N : Je suis content de comment il a évolué. L’idée du personnage de Floflo est né tout doucement.  Je lui fais vivre des aventures, un peu comme les « Martine à la plage ». Je ne veux pas spécialement « réussir », je veux juste que les gens viennent me voir en concert. Et si je peux gagner un peu de sous, ce serait pas mal. Je veux aussi rester dans ma ligne, sans dévier de trajectoire. Je veux que ce je fais soit ce que je veux être.


Clip VELIBERATION Florent Nouvel hymne du vélib par 2flos

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorToi, contrairement à Stéphane, tu ne sors que des CD singles.

F.N : Je reviens au code d’avant, à l’époque des 45 tours. Mais chaque CD est conceptuel. Je suis inspiré par des évènements qui ne sont pas très éloignés de l’actu, mais avec ma lecture, parfois un peu rigolote. Après, selon comment la sauce prend, il n’est pas exclu que tous ses titres soient réunis sur un album avec d’autres titres. J’opportunise volontairement mes sorties. « Quitter Facebook », je l’ai sorti lors de l’entrée en bourse de Facebook. Là, j’ai une chanson sur Cécile de France, je la mettrai en avant quand le prochain film de cette comédienne sortira.

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florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorStéphane, toi, tu as deux albums à ton actif, La Marguerite (2007) et Sans connaître (2012). Peut-on dire que tu fais une carrière plus conventionnelle que celle de Florent ?

S.R : Je ne me pose pas la question en terme de carrière. Je sais que j’avance au jour le jour, mais il y a tellement d’inconnus concernant le monde de l’industrie du disque que je ne fais pas de plan sur la comète. Tous les codes habituels du milieu ayant explosé, il n’y a plus trop de repères sur lesquels on peut compter pour avancer avec assurance. Moi, j’écris des chansons et quand j’en ai assez, je fais un album. Et je continue mes concerts parce que je ne peux pas m’en passer. Comme les dates tombent toutes seules, je ne boude pas mon plaisir. 

Tu as deux formules de concert, si je puis dire…

Il y a mon spectacle avec mes propres chansons et un autre dans lequel j’interprète mes trois maîtres à chanter : Brel, Brassens et Renaud. Martial Bort et de temps en temps Clarisse Catarino m’accompagnent. À la sortie de mes concerts, je vends mes disques comme des petits pains. Pour résumer, tant que je fais des concerts, le reste m’importe peu.

Stéphane Richez présente quelques chefs-d'oeuvre de ses Maîtres à chanter : Jacques Brel, Georges Brassens et Renaud... Stéphane est accompagné par Martial Bort, à la guitare et Clarisse Catarino, à l'accordéon.

Vous avez tous les deux un travail « rémunérateur ».

S.R : Je travaille dans l’informatique. Ça me donne une liberté matérielle, mais le revers de la médaille, c’est le temps qui me manque pour travailler la guitare ou mes chansons. Cela étant, je suis dans une boite « cool » où tout le monde sait ce que je fais à l’extérieur. Ils sont très arrangeants avec moi quand je dois répéter pour un concert ou que je dois enregistrer un disque. Il n’empêche que je me retrouve avec deux boulots à plein temps en fait.

Et toi, Florent, tu as aussi deux vies ?

F.N : Je suis prof de science économique et sociale dans un lycée. Ce sont deux métiers de « scène ». Je fais mon numéro dans les deux cas. Dans les deux cas, je porte une parole, je fais passer quelque chose, il y a un lien énorme avec gens. Je suis bien évidemment moins libre en cours… quoique. Et je suis prof de sciences humaines, je suis donc dans toute une réflexivité. À la base j’ai fait des études de sociologie. Quand j’écris Le quai de Ouistreham sur la précarité des femmes de ménage après la lecture du livre de Florence Aubenas, quand j’écris La Vélib’ération où je crée des personnages volontairement marqués socialement avec des types caricaturaux, je fonctionne beaucoup en idéaux types, termes sociologiques pour définir des personnes qui n’existent pas vraiment, mais qui disent des choses sur le réel. Mon but, c’est mes textes parlent à un maximum de personnes. Je travaille beaucoup dans mes chansons sur la psychanalyse et le fonctionnement des individus. Ça me passionne. Pour moi, ces deux activités, c’est un équilibre. Pour l’instant, c’est comme ça.

Stéphane, une chanson comme « Les montons », je la trouve très forte.

S.R : J’ai mis très longtemps à l’écrire. C’est certainement ma chanson la plus aboutie, par rapport à ce que j’avais envie de dire et que j’ai réussi à transcrire.

Les moutons : chant et guitare : Stéphane Richez. Accordéon et choeurs : Clarisse Catarino. Guirares et choeurs : Martial Bort.

Une chanson au style très « Renaud », je trouve.

S.R : C’est marrant que tu me dises ça. Quand j’étais ado, dans ma chambre, j’avais un poster de lui sur lequel j’avais marqué : « un jour, je prendrai le relais ». Bon, j’étais jeune… Renaud, plus qu’avoir été mon idole, je dirais plutôt qu’il a été le frère que je n’ai jamais eu pendant mon adolescence.

Et entre Renaud, Brassens et Brel, qui est le maître absolu?

S.R : Les trois sont tellement différents qu’il est compliqué de répondre à cette question. Chacun a joué un rôle très important dans ma vie personnelle et artistique.

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Florent, toi, qui sont tes références ?

F.N : Il y en a pas mal. Pour le travail scénique et le jeu des chansons, ça peut être les Wriggles par exemple. Pour les personnages que je crée sur scène, ça pourrait être quelqu’un comme Mathieu Chédid qui a créé M. Mon répertoire peut aussi envoyer vers une douceur et une tendresse à la Pierre Perret. Dans son rapport artistique et dans sa manière de vivre ses chansons, Louis Chédid, je le trouve très sain. Mes inspirations peuvent aussi lorgner vers la BD. Mon personnage de Floflo n’est pas éloigné d’un Gaston Lagaffe par exemple. Mon but, c’est de créer des histoires dans lesquelles chacun puisse un peu se rattraper, comme dans une BD, en somme. Des personnes un peu dépassées au milieu d’évènement et au cœur d’une vie contemporaine, avec une personnalité, une existence et une fragilité propre… comme ce que dessine un type comme Manu Larcenet dans Combat ordinaire. Mes histoires à moi sont souvent drôles, mais sans moqueries… plutôt au profit d’une humanité.

"La panne", chanson qui ne nous concerne pas personnellement. Evidemment.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorDernière question… la plus embarrassante. Que pense l’un du répertoire de l’autre. Stéphane, pour commencer.

S.R : Il y a des chansons de Floflo que j’adore vraiment, comme « Le quai de Ouistreham », « La cantine », « Cécile de France » ou « La panne »… et d’autres moins, comme « Le livreur de pizza ». Je trouve formidable le personnage de Floflo, qui ressemble quand même beaucoup à Florent Nouvel. Une générosité hors du commun. Tu sors d’un concert de Florent, tu as obligatoirement la banane. Tu t’es bien marré et il y a des chansons hyper émouvantes. Tu te sens bien parce qu’il y a eu beaucoup d’humanité qui est passée. Son travail de mise en scène et de jeu de scène me fascine. Je l’admire pour cela. Il est très exigeant, très dans le détail, très dans le « sans faute ». Il ne laisse rien passer. Moi, je suis plus cool là-dessus. Pas laxiste, mais plus cool.

"Le métropolitain" : Chant et guitare : Stéphane Richez. Accordéon et choeurs : Clarisse Catarino. Guirares et choeurs : Martial Bort.

Florent… le cas Richez ?

F.N : Ce qui m’impressionne chez lui, c’est l’espèce d’évidence et de facilité avec laquelle il travaille. Pour avoir croisé pas mal d’artistes, je peux dire que Stéphane n’a pas d’ego qui écrase les autres. C’est rare. Stéphane est d’abord en lui-même. Il est toujours à l’écoute, il reçoit, il réfléchit et est en cheminement. Je trouve ça beau. Quant à son œuvre, comme lui, il y a des choses que j’aime beaucoup et d’autres moins, mais c’est normal. Ce qui est certain, c’est qu’on n’écoute pas de la même manière quelqu’un dont on connait un peu la vie. Il y a dans son répertoire un beau travail d’écriture et des refrains qui tournent bien. Moi, de  connaître Stéphane Richez, ça me fait encore plus aimer ce qu’il fait.

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14 juillet 2012

Jérôme Minière : interview pour "Le vrai le faux"

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(Crédit : PascalGrandmaison-FrédériqueBouchard)

jérôme minière,le vrai le faux,interview,mandorRecevoir Jérôme Minière a été un vrai honneur/bonheur. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour ce français installé au Québec depuis la fin des années 90, dont j’écoutais les disques au tout début de sa carrière (La nuit éclaire le jour qui suit est un joyau de la chanson française !).

A l'aise aussi bien avec la musique électronique que la variété française, il n'a jamais coupé les ponts avec son pays natal et a entretenu des relations amicales et artistiques avec ses homologues français : il écrit avec Dominique A et Katerine pour Françoiz Breut, compose avec Albin de la Simone (ce dernier ayant participé à l'enregistrement de « Le Vrai Le Faux ») et retrouve ses complices sur de nombreux concerts, dont une double affiche inoubliable avec Dominique A aux Francofolies de Montréal.

jérôme minière,le vrai le faux,interview,mandorLe Vrai Le Faux sort en France le 24 septembre 2012 chez Wagram. L'occasion rêvée de fêter le retour en France de cet artiste au combien talentueux. Ce disque est le plus récent album de Jérôme Minière. Sorti il y a deux ans au Québec, le chanteur y examine les liens entre le réel et l'imaginaire à l'ère de la surconsommation, de la surinformation, du vedettariat instantané, etc...
Jérôme Minière nous offre ici un album pop à la réalisation très léchée. Les arrangements, bien pensés et les textes intelligents et pertinents se complètent à merveille.

Jérôme Minière est passé à « l’agence » le 9 juillet dernier pour parler un peu de son retour en France, de cet album et de son amour pour la fiction…

(Un merci très spécial à Pierre-Henri Janiec !)

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Interview :

Tes deux premiers albums, Monde pour n’importe qui (1996) et La nuit éclaire le jour qui suit (1998) ont reçu un très bel accueil dans ton pays, la France, puis tu es parti vivre à Montréal… ce n’est pas d’une grande logique pour commencer une carrière.

C’est l’amour d’une Québécoise qui m’a fait partir. Je n’ai rien calculé, ça s’est trouvé comme ça. J’avoue aujourd’hui que c’est une anti-carrière totale. Je me suis tiré une balle dans chaque pied. Une sorte de suicide commercial pour la France. Un artiste en développement qui habite à 6000 kilomètres, on m’a fait comprendre que ce n’était pas une super idée… Ca ma plombé sacrément.

Tu l’as regretté à un moment ?

Oui. Je te dirai que c’est, non pas une erreur de jeunesse, mais la passion de la jeunesse. Mais au final, tu sais, au Québec, je me suis construit une vraie carrière. C’est pour moi plus facile de revenir en France retenter ma chance, parce que, quelque part, je sais que je me tiens debout là-bas.

Tu as l’accent québécois aujourd’hui, c’est une curieuse sensation.

À partir du début des années 2000, j’ai eu une grosse cassure avec la France. De 2000 à 2003, je ne suis pas rentré du tout. C’est troublant pour l’identité parce que  quand je reviens en France, les gens qui ne me connaissent pas pensent que je suis suisse ou canadien… Mais, c’est la musique du quotidien. Quand tu parles à des gens qui s’expriment d’une certaine façon, tu finis par t’exprimer comme eux.

Le nouveau clip de Jérôme Minière, "Dans ton oreille".

Bon, aujourd’hui, tu reviens en France pour un album qui date déjà d’il y a deux ans.

Je travaille effectivement sur autre chose depuis, mais je vis très bien celui-ci et ça ne me dérange pas de repartir à zéro pour le défendre. D’ailleurs, pour aller plus loin dans ce paradoxe-là, dans les dix dernières années, par les hasards des circonstances, j’ai beaucoup plus joué en Allemagne qu’en France parce qu’un label m’a pris dans pas mal de leurs compilations, puis a fini par sortir mes albums et organiser une tournée.

C’est important que tu sois reconnu en France ?

Il y a ici un niveau économique que je ne peux pas me permettre de négliger. C’est le plus gros marché francophone. Et puis, l’autre niveau est sentimental. Sans faire une carrière à la Johnny, j’aimerai un peu de reconnaissance du travail que je fais de la part du pays où je suis né.

Comment se passe ton retour sur les scènes françaises ?

Ça se passe bien. Mais il faut juste que je retrouve le contact. Sans le vouloir, je porte ça comme un habit… j’ai un accent. Il faut que j’arrive, sans trop de mots, à ce que j’arrive à faire comprendre que, si je suis français, j’appartiens aussi à un autre pays.

J’ai l’impression que ton métier de chanteur, tu le prends avec beaucoup de recul et d’ironie… dans la chanson « Rien à vous dire », tu joues même au chanteur looser.

C’est comme si je racontais l’arrière-salle de ce métier, comme si je voulais démystifier ce qu’il y a derrière la scène. Ce n’est pas de la dénonciation crue, c’est plutôt humoristique et second degré. Pour moi, c’est libérateur de me moquer de moi-même en tant que chanteur.

La soirée de lancement de l'album Le vrai le faux (pleine de second degré et de recul par rapport à son métier).

Au Québec, tu te sens « en famille », artistiquement ?

Oui, tout à fait. Je trouve qu’un des trucs magnifiques qu’il y a au Québec et à Montréal en particulier, c’est que c’est une grande ville et qu’en même temps on se connait tous et il y a beaucoup de connivence entre nous. Les idées circulent vite et il n’y aucune barrière de genre.

Dans « Le vrai le faux », tu dis que l’ont ment beaucoup et que l’être humain se raconte beaucoup d’histoires…

Par nature, je pense qu’on est une espèce qui raconte des histoires facilement. Du fait du virage technologique, de la communication immédiate, je trouve que c’est encore plus fort qu’avant. Il y a aussi un virage idéologique. En pub, com et en propagande, on cherche toujours des histoires qui soient vendeuses. Cette chanson-là est un peu mystérieuse et complexe. À la fois je dénonce quelque chose et à la fois je suis convaincu que notre plus grande force, ce sont les histoires. Peut-être que ce qui nous dérange c’est quand on fait passer la fiction pour la vérité. Là, on est dans le domaine du relatif… la fiction assumée comme telle, c’est ce que je trouve de plus magnifique.

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(crédit : Shoot Studio)

Et que penses-tu des réseaux sociaux ?

J’ai l’impression qu’on voit sous nos yeux l’émergence d’une conscience globale. J’ai de plus en plus l’impression qu’on est chacun une espèce de synapse dans une conscience qui est immédiate. J’ai la sensation que l’on constitue un cerveau global de la planète.

Sur ta page Facebook, tu es très politique depuis quelques mois. Tu évoques beaucoup la situation compliquée qui règne au Québec et notamment les manifestations estudiantines.

À travers mes textes, depuis plus de 15 ans, on peut constater que je suis un auteur engagé. Engagé, mais avec un pas de côté. Je ne suis pas un porte-drapeau qui demande à ce qu’on le suive, je préfère analyser et raconter. J’étais déjà assez sensible, à l’automne dernier, à des mouvements comme les indignés, mais quand c’est arrivé un peu par surprise au Québec, de fil en aiguille, je me suis retrouvé impliqué dans leur mouvement. J’ai chanté pour les étudiants, notamment.

Prestation de Jérôme Minière suivi d'une entrevue avec Ariane Aubin-Cloutier à l'HAUSSEtie d'show présenté par la CLASSE le 22 mars 2012 au Métropolis de Montréal.

« Des pieds et des mains », c’est une chanson écolo sur la société de consommation, sur le « je-m’en-foutisme » qu’ont les gens par rapport à la planète.

Tu sais, il y a l’engagement militant avec le côté plus batailleur, moi, j’ai un engagement plus d’analyse et de questionnement en poésie.

J’ai cru comprendre que parfois, l’inspiration venait très vite ou qu’elle pouvait prendre des années selon le texte. C’est le souci du bon mot, du texte parfait, de la musique qui doit coller parfaitement au propos ?

Pour mes premiers albums en français, je travaillais vraiment comme un punk. Je faisais des chansons, je fonçais sans trop savoir ce que je faisais en en mettant le plus possible. Avec les années, il y a une histoire qui se construit, un parcours, des chansons que je laisse sur le côté, qui ne sont pas terminées, qui ne sont pas totalement abouties, ça finit par devenir des bagages. Il y a aussi le problème de la répétition. Je ne veux pas faire deux fois la même chose. Depuis 8 ans, je travaille autrement. C’est de plus en plus conscient, de plus en plus un travail de maîtrise et, je le répète, de questionnement.

Dans ce nouvel album, tu as osé reprendre « Les décors » d’Aragon sur des musiques africaines…

Ça demande un certain respect d’adapter des auteurs. Paul Eluard (« L’amoureuse ») ou Aragon (« Les décors ») par exemple. J’avais essayé des poètes comme Fernando Pesoa, mais pas sur disque. Je fonctionne en mariage spontané. C’est comme une rencontre amoureuse, si le texte que je ramène ne rencontre pas tout de suite la musique, ce n’est pas la peine d’essayer.

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Puisque tu t’intéresses aux auteurs de poésie, est-ce que tu as envisagé d’écrire un livre toi-même.

Oui. Ayant étudié le cinéma, si je ramasse tout ça sur les années, il est facile de constater que le centre de mon travail est de raconter des histoires. Je n’ai pas une grande voix, je ne suis ni Barbara, ni Jacques Brel, donc, ce qui m’a amené sur scène, c’est raconter des choses. D’année en année, mon amour de la fiction est passé du cinéma à la littérature. Je lis beaucoup de livres. Écrire un bouquin, c’est une autre affaire.  Depuis, 5 ans, ça devient une obsession. J’ai écrit pas mal de nouvelles par exemple. Combien d’années je vais mettre avant de publier un livre et est-ce que je vais y parvenir ? Je ne sais pas.

C’est un peu comme Dominique A. Il a longtemps dit ça et finalement, il vient de sortir son premier roman.

J’ai appris ça récemment. C’est drôle parce qu’il y a une connexion entre nous, qui n’est même pas volontaire. On est très différent et on n’a pas du tout le même angle, mais voilà, on sent une connexion.

Je sais que tu vas sortir bientôt au Québec un nouvel album.

Oui, il est en cuisson pour le mois de novembre prochain au Canada. Ce n’est pas la suite de celui-là. Ce n’est pas un album de chansons à proprement parlé. Dans ma carrière, tu n’es pas sans savoir que j’ai deux personnages, donc deux carrières parallèles. Je suis aussi Herry Kopter. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas ressorti.

Quelle est la différence entre Jérôme Minière et Herry Copter ?

Comme je te l’ai dit tout à l’heure, je suis un amoureux de la fiction. Herry Copter est pour moi une façon de mettre un pied dans la fiction et de me lancer dans des projets alternatifs. Au départ, c’était relié à la musique électronique. Mon premier Herry Copter, c’était un album instrumental ambiant avec une histoire fictionnelle. Le second, ca été un disque concept sur l’économie de marché. Le nom d’Herry Copter me permet d’avoir un angle différent de celui de Jérôme Minière, celui d’une personne morale, comme une compagnie. Cette fois-ci, ce sera  un disque electro très très libre avec trois-quatre choses que l’on pourrait assimiler à des chansons. C’est une forme de fantaisie pour moi.

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Petit plus :

Une belle version du titre Le vrai le faux.

Sur le blog Chuchotements, le blog qui fait du bruit, Jérôme Minière raconte notamment le Paris qu'il aime.

11 juillet 2012

Romain Lateltin : interview pour "Le râleur made in France"

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roamin lateltin,le râleur made in france,interviewRomain Lateltin, je l’ai découvert il y a quelques mois. Il m'a envoyé son disque et j'ai rapidement répondu à cet artiste Lyonnais que le jour où il passerait par Paris, une mandorisation était plus qu’envisageable. Son album aussi insolent qu’incisif a attiré mon attention immédiatement. On n’écoute pas tous les jours de l’irrévérence classe. Le chanteur nous raconte les aventures d’un imbuvable râleur, souvent (et ce n’est pas le moindre des paradoxes de ce disque) fort attendrissant. Derrière son humour cinglant se cache des vérités pas toujours bonnes à dire. Romain Lateltin dépeint des profils (le misanthrope, le tiède, le méprisant) et des situations vraies qui parlent à tous. Avec Fred Gayot (paroles et "agent artistique"), Christian Morfin (guitare et réalisateur album), Thierry Chanat (claviers, arrangements), Romain Lateltin propose un concept album à la fois décalé et humoristique qui n’a pas encore trouvé un public très large. C’est franchement dommage.
Le 3 juillet dernier, de passage (rapide) à Paris, il s'est arrêté à « l’agence » pour m'en dire un peu plus sur son parcours et sur ce troisième disque.

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Interview :

Tu as commencé la musique très jeune dans ta ville d’origine, Lyon…

Oui, et j’ai d’abord joué de l’orgue, puis du piano au lycée. Ensuite, on a monté un groupe, Absolute, et on jouait des reprises. On a fait du baloche et écumé pendant 5 ans de nombreuses scènes. Puis nous avons sorti un album de chansons originales. À cette époque, je composais, mais ne chantais pas encore.

En 2003, tu avais encore envie de faire de la musique du coup, tu t’es mis à chanter et à écrire des chansons.

Quand je n’avais plus de groupe, je me suis retrouvé tout seul… et puis, tu vois, là, j’en suis au troisième album. J’ai une petite notoriété dans ma région, mais quand tu es indépendant comme moi, le problème, c’est de gravir l’échelon supplémentaire. Acquérir un plus large public. Et puis il faut pouvoir durer. Moi, pour le moment, je vends suffisamment de disques pour pouvoir faire le suivant. On fait de plus en plus de dates et on est de mieux en mieux payés. J’avance doucement, mais surement.

Tu as vendu 2000 exemplaires de ton troisième album, Le râleur made in France, album co-écrit avec Fred Gayot qui décrit des personnages atypiques qui, de par leur décalage, tentent de changer le scénario de leur vie, de ne pas être formatés …

Oui, et c’est grâce aux bouches à oreilles. Du coup, là, on prépare le nouvel album. Je t’avoue franchement que je suis un peu déçu que ce disque ne soit pas allé plus loin parce qu’on a vraiment eu que des retours positifs. Ça plait quand on le joue sur scène et il y a un truc qui se passe.

Clip officiel du titre "le râleur made in France" de Romain Lateltin (réalisation Tibo Ras et Scénario Fred Gayot et R.Lateltin)

roamin lateltin,le râleur made in france,interviewTu as inventé un personnage dans « Le râleur made in France » : le « gaulois » moyen.

En fait, au fil des albums, j’essaie de créer un personnage à la fois détestable et aussi qu’on aime bien. Mon prochain album s’intitulera Pas de chichis entre nous, ce sera un peu la suite de celui-ci.

En octobre 2003, l’album A l’intérieur de soi même raconte l'histoire d'un personnage qui est prétentieux et libertin. En janvier 2006, Elle veut de l'homme narre cette fois-ci l'histoire d'une femme trentenaire qui a quelques problèmes avec la gent masculine. Bref, tous tes albums sont conceptuels… il y a toujours un personnage principal « hors norme ».

En tant que consommateur de disques, j’aime bien écouter un album intéressant du début à la fin, un album où il se passe quelque chose. Par exemple, ce que fait Emily Loizeau, je trouve ça génial. C’est innovant de la première à la dernière plage.

Il faut être original pour se démarquer des autres ?

Moi, je ne me pose pas la question. Je veux juste faire un disque qui me plait et qui soit populaire. Il faut aussi qu’il se passe quelque chose sur scène.

Sur scène, justement, tu es le « râleur made in France» ?

Oui, cela me permet de traiter le vice de l’être humain dans toute sa largeur. J’aime bien les phénomènes, les gens qui ne sont pas dans la norme et qui ont du caractère. Même moi, j’aime assez bien être dans la confrontation, pour être dans un débat constructif.

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Ah ! Mais en fait, ce n’est pas un personnage « le râleur » ? C’est vraiment toi ?

Pas loin. Souvent quand tu écris pour toi, tu écris aussi pour les autres et quand ça te correspond, ça correspond aussi à plein de gens. Moi qui travaille dans un secteur bien formaté, c’est amusant.

Oui, je peux peut-être préciser que tu gagnes ta vie en étant dans le secteur bancaire?

Tu peux même préciser que je suis dans "le surendettement". Tu vois, ça n’a rien à voir avec ce que je raconte dans mes chansons.

Ces deux activités sont un peu schizophréniques, non ?

Non, c’est plutôt un équilibre. Et puis, je me suis toujours dit que même si un jour mon métier d’artiste devait marcher, je garderai un mi-temps dans la banque. Je t’avoue que j’ai un peu de mal avec la mentalité du milieu artistique, ce qui ne m’empêche pas d’avoir plein de potes dedans. Moi, je fais d’abord de la musique pour les autres. Ce n’est pas le cas de tous…

Parle-moi de ton co-auteur, Frédéric Gayot.

C’est un peu mon Alain Souchon à moi. On prend des après-midi et on écrit tous les deux. Depuis que l’on bosse ainsi, j’ai l’impression que les textes que je chante sont meilleurs. Écrire à deux permet d’avoir des angles différents sur un même sujet. Le travail en équipe rassure un peu et on a tendance à très vite s’enfermer.

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Tu fais pas mal de concerts à domicile.

C’est génial. J’en fais plein et je n’ai jamais vendu autant de disques qu’avec cette formule. Les gens invitent leurs amis et leur famille pour découvrir de nouveaux artistes. On est rémunéré au chapeau et aux ventes de disques et on s’y retrouve très bien, car les personnes présentes sont sacrément généreuses. En plus, l’ambiance est conviviale.

Tu es diffusé sur des radios allemandes, tu as un public en Belgique et en France tu restes méconnu… Ca te va bien le fameux « nul n’est prophète en son pays ».

Oui, en Allemagne, je suis même sorti sur une compile de chanson française, "le tour 6", qui se vend très bien, avec Oldelaf, Karimouche, Lisa Portelli… que des artistes signés. Ca à l’air tellement plus facile dans les autres pays. Ici pour avoir quelqu’un directement au téléphone, c’est très compliqué. Parfois, j’ai envie de baisser les bras.

Et pourtant, tu prépares déjà ton nouvel album.

Oui, je ne te dis pas que je vais arrêter. Parfois, juste, je suis découragé, mais je reprends vite du poil de la bête. En plus, si tu ne viens pas jouer à Paris, les gens des labels ne viennent pas te voir en Province.

Ce 4e album sera aussi cinglant ?

Oui, et encore plus décalé. J’aime bien le non-formatage. Musicalement, il y aura plus d’instruments, plus de cuivres par exemple. Je travaille et j'avance... à mon rythme.

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09 juillet 2012

Pauline Brooks : interview pour son (premier) Taratata!

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Je republie ma chronique/interview sur Pauline Brooks, un de mes récents coups de cœur musical. La jeune femme veut rentrer sérieusement en studio. Avec Vincent-Marie Bouvot (voir plus bas), réalisateur, compositeur, elle souhaite enregistrer un 6 titres sous forme de CD promo, dans son « Unreal World studio ».

Pour l’aider financièrement (en échange de contreparties intéressantes), ça se passe sur Ulule. A l'heure où j'écris cette note, il reste 9 jours et il manque la moitié de la somme requise pour que Pauline puisse accéder au studio.

Précision : Si le projet n'aboutit pas, vos mises vous seront remboursées. Parlez en autour de vous, chaque mise est importante.

Tout est expliqué là !

Pauline Brooks fait partie des artistes que je suis avec beaucoup d’intérêt depuis plusieurs mois. Je trouve son univers original, noir et onirique. Je m’y sens bien.

pauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvotRécemment, Pauline Brooks était dans Taratata sur France 2.

La semaine dernière, elle était dans un studio d’enregistrement de Deuil-la-Barre (à 5 minutes de chez moi) avec Vincent-Marie Bouvot (réalisateur / compositeur / arrangeur / musicien, connu notamment pour avoir été l’instigateur principal du succès de Zazie au début de sa carrière). Je suis allé à sa rencontre. Je tombe sur une jeune femme un peu réservée, mais qui s’anime dès qu’on lui parle de son métier de chanteuse, musicienne.

Avant de continuer, voici sa bio signée Frédéric Vignale, très légèrement tronquée parce qu’elle était un peu longue  :

"De ses 10 ans de flûte traversière et solfège, Pauline Brooks a appris et gardé le goût de la discipline et la musicalité, ce qui n'est pas du pipeau quand on est une chanteuse digne de son nom qui est un pseudo.

A Seize ans, elle se lance dans la chanson et se rattrape assez vite, c'est le temps des expériences et elle n'hésite pas à faire le grand écart entre Jeff Buckley et Zazie sans jamais se casser une jambe. Un travail d'équilibriste !

Puis elle monte à Paris, se voit déjà en haut de l'affiche et pour financer son Art elle fait le Porte-manteau de luxe dans la mode tout en faisant des maquettes en parallèle de sa vie de mannequin qui s'ennuie de la superficialité des métiers du beau.

Dès 2006, elle se fait vite repérer dans les réseaux sociaux et autres scènes virtuelles, ce quipauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvot l'amène à être sélectionnée pour participer à l'émission « In Live With » avec Elodie Frégé, et rencontre le célèbre mixeur-réalisateur Steve Forward, qui lui propose de mixer le titre "Brille" que Pauline Brooks a écrit et composé. Elle rencontre ensuite le talentueux chef d'orchestre et chanteur Stanislas (un mec bien dans la Place, comme chacun le sait) qui lui propose des titres. Elle choisit alors la chanson "Non merci", sans doute par esprit de contradiction.

Active et dynamique sur le Net, elle continue à se faire remarquer (chose qu'elle fait très bien depuis toute petite) et finira même aux portes de la Star Academy sans y entrer, ce qui n'est pas plus mal pour sa carrière finalement.

En 2008, elle présente, dans l'auditorium de la Sacem, une reprise de la chanson "Nathalie", d'un chanteur mort, accompagnée de ses musiciens, dans le cadre du prix Pierre Delanoë. La même année, elle rencontre le compositeur Rémi Lacroix, avec lequel elle travailla vite sur de nouvelles chansons.

Ainsi se prépare un premier Album Pauline brookesque que le monde de la musique, qui va si mal, attendait. 2011 sera son année, à n'en pas douter. La vague rousse ne fait que commencer."

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pauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvotInterview:

Je suis l’évolution de ta carrière depuis quelques mois. Ca bouge beaucoup pour toi en ce moment…

Oui, je suis sur une vague plutôt positive. Je pense que c’est le bon moment pour que mon projet prenne complètement son envol. Tout arrive d’un coup et de belle manière. J’ai d’ailleurs un peu de mal à réaliser.

Je sais que tu as eu de grands moments de doutes récemment.

J’ai toujours le sentiment que les gens ne me voient pas avec la musique que je peux donner en ce moment, alors que c’est celle qui me ressemble le plus. Ce que je faisais auparavant était un peu plus « variété »… allons, disons plus pop ! Je me demandais si le chemin que je prenais était dans la bonne direction. C’est donc en plein doute que les choses se sont enclenchées.

Tu travailles toute seule chez toi, tu bidouilles tes ordinateurs, tu crées en solo. C’est difficile de ne pas avoir d’aide ?

Non, au contraire, je suis une solitaire. J’ai besoin d’être dans ma bulle et je m’enferme dedans. Au début, j’ai même eu du mal à mettre mes chansons en avant. J’avais un peu peur d’être jugée. Enfin, en tout cas, pour moi, c’était une étape de faire découvrir mes nouveaux morceaux.

Ton style d’aujourd’hui, s’il fallait le déterminer, je dirais que c’est du trip-hop. Mais, au fond, ce n’est pas que ça…

C’est ça, mais effectivement, il y a des chansons plus jazzy par exemple… de toute façon, je ne veux pas me cantonner à un style en particulier, c’est vraiment suivant l’inspiration.

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Dans tes chansons, tu évoques des héroïnes aux destins brisés. Jean Seberg, Dalida, Sharon Tate

Ce sont des femmes qui me touchent par leur personnalité, leur vécu. Le fait qu’elles soient adulées, adorées et très seules. Ces femmes-là doutaient beaucoup, n’avaient pas confiance en elles. Sur certains points, je me sens proche d’elles et il y a des choses qui sont en résonances avec ma propre vie. Cette envie d’écrire autour de ce thème-là est partie de la découverte des poèmes de Sylvia Plath. Il faut la lire pour comprendre pourquoi j’ai pris cette décision, ce qui est certain, c’est que je ne voulais pas évoquer ce que j’ai vécue moi.  

Parler des autres pour parler de soi-même…

Oui. Dans certaines chansons, j’utilise le « je », d’autres le « tu ». Du coup, on ne sait pas trop qui parle et ça me convient bien ainsi.

Mini-clip de la chanson "Sorry Jean" qui évoque le destin de Jean Seberg
Stéphane Defer (www.rouge-poivron.com) et Pauline Brooks.

Tu écris des chansons quand même très noires…

Oui, je sais. Le paradoxe, c’est que je n’ai pourtant pas envie de montrer uniquement ces côtés-là de ma personnalité et de la personnalité de l’artiste dont je vais parler.

Tu as beaucoup de chansons ?

En chantier, j’en ai pas mal. 8 sont finies et d’autres sont moins abouties.

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Tu es ici à Deuil-la-Barre pour retravailler certains de tes morceaux avec un grand réalisateur et créateur de chansons, Vincent-Marie Bouvot. Comment vous êtes vous rencontrés musicalement ?

Il a écouté mes morceaux sur MySpace il y a un an et au même moment, moi, je lui envoyais un mail. C’était une incroyable coïncidence. Lui, visiblement, avait bien aimé ce qu’il avait écouté, qui était pourtant encore à l’état embryonnaire. Moi, j’avais deviné son amour du son vintage qui correspond à celui que j’apprécie aussi. J’ai un peu avancé sur mes maquettes et il a trouvé ça intéressant. Il a estimé qu’un univers s’en dégageait. Il m’a proposé de travailler sur cette maquette pour me permettre d’avancer sur mon projet d’album. Je voulais un deuxième regard sur mon travail, car il est difficile d’avoir du recul sur ses propres chansons. Il a revu toutes les structures des chansons quand il le fallait. Je travaille de manière très instinctive donc tout n’étaient pas bien structurés. Moi, c’est ce que j’attendais… un retour franc et constructif. Me remettre en question ne me dérange pas. Avec Vincent-Marie, j’avance à vitesse grand V.

Tu es quelqu’un de fier ?

Pas vraiment. Du moment que l’on me parle sans agressivité, je crois que je suis capable de prendre les choses avec philosophie.

Tu fais aussi partie de la sélection des Inrocks.

J’ai postulé un peu par erreur. Je croyais que Les inrocks proposaient une plate forme telle que Noomiz ou MySpace. Je pensais que c’était juste pour se présenter, je n’avais pas calculé qu’il y avait un concours autour de ça et que je pouvais être sélectionnée. Ca m’a donné un coup de boost parce que j’étais un peu dans le creux de la vague. J’ai retravaillé complètement une chanson et j’ai tourné un petit clip avec une harpiste pour présenter un peu le projet (voir au-dessus de la question). C’était super d’avoir cette visibilité sur le site des Inrocks.

pauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvotEt après, il y a eu Taratata.

Pour leur nouvelle rubrique « Jeunes Talents », ils ont fouiné et m’ont déniché sur le site de Télérama. Ils ont trouvé ce que je faisais suffisamment intéressant pour qu’ils le proposent à Nagui. C’est vraiment le truc qui arrive de manière inattendue. Après quelques jours de suspens, j’apprends que c’est confirmé. Je quitte donc Avignon, pour la capitale enregistrer l’émission. Là, je suis accueillie par Flavien qui me rassure, me donne des conseils, m’explique comment ça va se passer et aussi que Chris Martin, le leader des Coldplay, va m’écouter. Nous avons été super bien reçus, finalement comme les groupes importants. De mon côté, j’ai essayé de bien gérer mon trac… non, parce que je l’avais, crois-moi.


Pauline Brooks- Taratata par notsoblonde

Avec ce Taratata, tu touches du doigt un bout de ton rêve.

Oui, et il faut que je rebondisse là-dessus. Il n’y a pas de raison pour que ça ne continue pas.

Pour voir la prestation de Pauline Brooks à Taratata, il suffit de cliquer ici.

 

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Pauline Brooks travaille avec Vincent-Marie Bouvot, soit. Il était donc pour moi impératif que j'interroge le principal intéressé sur cette collaboration, que j’espère de tout cœur fructueuse. (En fait, je n’en doute pas.)

Comment avez vous pris la décision de travailler avec elle?

Pour l'instant il s'agit plus de créer ensemble, de partager, de se renvoyer la balle à propos des titres en construction, de mettre en place les moyens intellectuels, les réflexes créatifs. Lancer la douce confrontation des imaginaires (assez proches je le crois chez Pauline et moi) et des expériences passées. Tout cela au profit du projet artistique de Pauline. Pour moi la phase du "travail" à proprement parler serait donc plutôt ce moment où, ayant conquis des producteurs, des éditeurs, l'on passe à la production "industrieuse" d'un disque. Il n'y a donc pas ici de "décision". C'est la soif de faire de belles choses qui me pousse. Comme si croiser Pauline sur la route de ma caravane était y trouver un point d'eau. Le but alors et j'y reviens: Faire ensuite que ce petit miracle, ce point d'eau là grandisse en oasis.

Qu'est-ce que vous aimez professionnellement chez elle?

Pauline est habitée. Elle est une excellente musicienne. Une Artiste - Il n'y en a pas autant qu'il y paraît de vrais artistes- elle est capable d'écrire les plus jolies musiques, les plus chouettes chansons qui soient. Et de les chanter et les "porter" artistiquement, tout comme professionnellement, aussi haut et loin que possible. Pour Pauline, cela ne fait aucun doute, la musique est une affaire sérieuse, je ne dis pas "triste" bien au contraire. Car pour elle, je l'ai vu, la bonne musique est une joie. Et cela quel qu'en soit le style affiché, le genre. Je partage totalement ce sentiment. Voilà ce que j'aime chez Pauline.

Comment voyez-vous ou espérez-vous son avenir musical?

Je n'ai pas de visions en général sur l'avenir d'une carrière. Je souhaite seulement que la musique de Pauline passe à la radio. Beaucoup. Souvent. Aussi personnelle et
originale soit elle. Je souhaite que le plus large publique possible entende la meilleure musique possible. Voilà ce qui rend tout le monde heureux: L'artiste et son équipe et tous les auditeurs, les spectateurs, nous: Les gens.

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Après l'interview...

(Grand merci à LaBlonde Musique pour les belles photos dans les loges de Taratata et pour la photo d'ouverture!)

07 juillet 2012

Myra Eljundir : interview exclusive pour Kaleb

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Il y a quelques jours, je reçois sur mon bureau un livre dont la couverture attire mes yeux. Il est intitulé Kaleb. Je lis la quatrième de couverture, l’histoire m’intéresse, mais n’étant pas un grand fan de la littérature jeunesse, je reporte aux calendes grecques sa lecture.

Mais, en fait, non.

Dans la journée, je reçois un appel d’un(e) ami(e) auteur « à forte notoriété ». Il/elle me demande si j’ai bien reçu le livre d’une dénommée Myra Eljundir. Je réponds que oui, mais que je ne compte pas spécialement me précipiter pour le lire. D’un ton un peu péremptoire, cette célébrité du monde des lettres me conseille de réviser ma position et de le/la rappeler. Il/elle pourrait bien m’organiser un rendez-vous avec cette auteure qui écrit sous pseudo et dont je connais l’œuvre, précise-t-il/elle.

myra eljundir,kaleb,interview,mandorAvant de continuer cette histoire, voici la présentation de l’éditeur :

"À 19 ans, Kaleb Helgusson se découvre empathe : il se connecte à vos émotions pour vous manipuler. Il vous connaît mieux que vous-mêmes. Et cela le rend irrésistible. Terriblement dangereux. Parce qu'on ne peut s'empêcher de l'aimer. À la folie. À la mort.
Sachez que ce qu'il vous fera, il n'en sera pas désolé. Ce don qu'il tient d'une lignée islandaise millénaire le grise. Même traqué comme une bête, il en veut toujours plus. Jusqu'au jour où sa propre puissance le dépasse et ou tout bascule... Mais que peut-on contre le volcan qui vient de se réveiller ?
Le premier tome d'une trilogie qui, à l'instar de la série Dexter, offre aux jeunes adultes l'un de leurs fantasmes : être dans la peau du méchant.

Déconseillé aux âmes sensibles et aux moins de 15 ans."

Et voilà comment l’auteur est présenté :

"Sous le mystérieux pseudonyme de Myra Eljundir se cache un auteur et scénariste francophone de talent, vivant en Islande. À l'instar de Kaleb, sa trop grande empathie l'a conduite à s'isoler. Une façon de se protéger, ainsi que ceux qu'elle aime. Les lecteurs pourront toutefois contacter directement Myra et tchater avec elle sur la page Facebook de la collection R."

Intrigué, je lis en deux jours ce roman. Que je ne trouve pas du tout destiné à la jeunesse. Je le trouve même parfois un peu « limite » pour des ados. Mais il est passionnant et à provoqué en moi différentes réactions, positives pour la plupart et parfois irritées. Mais, bon sang, jusqu’où est allée cette auteure ?

Je rappelle mon ami(e).

Lui explique mon enthousiasme.

Il/elle se vante un peu de m’avoir fait fléchir.

Ainsi, le 2 juillet dernier, je me retrouve en face de Myra Eljundir, dans un restaurant près de la place du Châtelet.

Interview :

Quoi ! C’est vous ?

Oui. Comme vous le constatez.

C’est amusant que l’on se rencontre, j’ai lu l’intégralité de votre œuvre.

J’en suis enchantée, mais il n’empêche que si vous divulguez mon identité, je vous tue.

Euh… je serai une tombe, promis. Pardonnez-moi, mais je suis obligé de vous poser la question… pourquoi ne pas avoir écrit sous votre vrai nom ?

Je me sens plus libre dans l’anonymat. Libre du regard des gens qui me connaissent, libre de pouvoir sortir de ce que j’écris habituellement. Je voulais aussi me mettre au service de l’œuvre et que ce soit l’histoire la star, ou à la limite les personnages, mais pas moi l’auteur. Dans ma propre expérience, quand j’écris sous ma véritable identité, ça me dérange presque de vendre l’auteur plus que son travail. Bref, je m’éclate plus dans l’ombre que dans la lumière.

Mais du coup, en présentant l’auteur de Kaleb de manière aussi mystérieuse, inévitablement, ça créé une curiosité qui fait beaucoup parler. Ça ne parasite pas l‘œuvre, ça aussi ?

L’œuvre non, le refuge de l’anonymat peut-être ! Mais je suis un peu joueuse, vous savez. Et puis, un auteur est malgré tout un personnage complexe. Alors ici, je joue un peu à cache-cache et ça m’amuse, même si ça me met en danger. (En rigolant) Mon ego incommensurable d’auteur se demande si les lecteurs vont reconnaître son style. J’espère que non et en même temps, ça m’amuserait que oui !

Comment allez-vous procéder pour la promo de Kaleb?

Vous êtes le seul que je verrai en face à face… pour les autres, je répondrai par mail.

Pourquoi avoir accepté de me répondre, alors ?

Parce que je vous ai déjà lu moi aussi ! Il y a une vraie curiosité de l’autre et un vrai respect dans vos interviews. Je savais que vous joueriez le jeu du secret avec la discrétion que ça requiert !

En 2012, est-ce que ce petit jeu peut durer longtemps ?

On verra. Franchement je l’espère, car j’ai plein d’autres projets et envies sous ce pseudo là !

Kaleb, votre héros, possède en lui une empathie beaucoup plus développée que la moyenne, c’est le moins que l’on puisse dire. Je me suis laissé dire que vous aviez aussi ce don-là.

Kaleb, c’est un peu le côté obscur de Myra. En vrai, j’ai moi aussi un énorme problème d’empathie : je suis une véritable éponge. Je fonctionne par imprégnation. Les gens, je les sens, je lis en eux comme dans un livre ouvert. Et je provoque aussi la confession. J’ai parfois l’impression d’être une sorte de réceptacle. C’est bien, mais c’est difficile de ne pas prendre à son compte les émotions des autres. J’ai aussi une espèce d’hypersensibilité qui fait que je prends tout ce qui m’entoure puissance 10.

C’est handicapant dans la vie ?

Quand on ne sait pas le gérer, oui. On n’arrive pas toujours à se distancier par rapport à ce qui nous arrive ou à ce qui arrive aux gens qui gravitent dans notre périmètre proche. On est parfois dans des émotions en montagnes russes, ce n’est pas forcément super agréable à vivre. Ceux qui me croisent ou me rencontrent sont souvent loin de s’en douter, car je suis plutôt douce et souriante, mais j’ai une boule de colère et de chagrin profondément ancrée en moi, à fleur de peau, de cri ou de larmes parfois… je les cache par des sourires et les crie dans mes livres… mais ils restent là.

Je suis allé voir sur Internet ce qu’il se disait sur votre livre… il y a vraiment les « pour » et les « contre ». J’ai rarement vu autant de différences de ressentis.

Il y a ceux qui adorent et ceux qui détestent. Ça me plait beaucoup. Kaleb, que ce soit le livre ou le personnage, ne pouvait pas laisser indifférent. C’est quelqu’un qui est tellement à fleur de peau, qu’il ne pouvait que susciter des réactions épidermiques. Je ne m’attendais pas à ce qu’il puisse choquer autant, parce que moi, personnellement, je l’adore. Cela étant, je peux m’expliquer ce phénomène facilement. Ce roman a été présenté comme un livre « jeunesse et jeunes adultes ». Je pense qu’il est plus « jeune adulte et adultes » que « jeunesse ». Mon livre n’est pas bien pensant, ni moralisateur, comme le sont généralement les livres de littérature jeunesse, il y a de quoi être un peu dérouté.

Kaleb est un héros qui plait plus aux garçons qu’aux filles, non ?

Effectivement, et ça me fait très plaisir parce qu’on a tendance à dire que ce genre de littérature est plus destinée aux filles qu’aux garçons. Comme si les garçons ne lisaient pas et ne pouvaient pas s’intéresser à ces choses-là ! Alors s’il contribue aussi à les réconcilier avec la lecture, j’en serai super fière ! Parmi les plus belles réactions que j’ai eues, beaucoup étaient celles de garçons. En règle générale, ceux qui aiment ce livre sont ceux qui sont contents de ne pas trouver un ton adolescent dans la narration et dans le propos. Un ton qui ne leur explique pas tout, qui ne leur met pas les sous-titres, qui ne cherche pas à les caresser dans le sens du poil. Un ton qui les respecte en leur racontant la vraie vie.

Vous avez modifié votre façon d’écrire pour ce livre.

C’est à vous de me le dire puisque vous connaissez mes livres. Je ne sais pas. Je suis peut-être moins dans la poésie du texte, plus dans l’efficacité. Et l’histoire se prêtait à un style assez dépouillé, sans fioritures, brut de décoffrage comme Kaleb. Je suis une grande fan de littérature fantastique… C’est même mon genre préféré et du coup, Kaleb est très important pour moi. Je voulais raconter une histoire qui me plaisait et qui me tenait à cœur, sans chercher à faire d’effets de manche. Juste être sincère dans ce que je racontais, tant sur le fond que sur la forme…

Kaleb est un EDV, un enfant du volcan. Pour le moment, l’explication de leur existence est assez trouble...

On en saura plus dans le deuxième tome, qui lèvera le voile sur toute une mythologie inspirée d’autres déjà existantes, ainsi que sur l’origine de ces enfants très particuliers. On saura d’où ça vient et où ça mène. Je ne pouvais pas tout expliquer dans le premier tome.

Un des héros de ce livre est un pays. L’Islande. Vous y vivez, je crois.

J’y suis très souvent en effet. J’aime ce pays parce que c’est une terre adolescente, bouillonnante. Parce que tout y est en mouvement. Vous avez l’impression d’éléments qui se déchaînent. Le feu côtoie la glace et ça crée des réactions épatantes. C’est une terre qui est encore en formation : elle bouge, au sens littéral du terme. On se sent super vivant là-bas et c’est incroyable comme on vibre. En même temps, cette vie côtoie des paysages de mort, comme les volcans, les champs de lave à perte de vue, des espèces de mares bouillonnantes d’acide sulfurique et des émanations de soufre. J’aime quand la nature est poussée à ses extrêmes.

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Comme les Islandais, croyez-vous aux choses surnaturelles ?

Qui Myra ou moi ?

Vous.

Moi oui. Myra aussi. Pas vous ?

Si, mais mes lecteurs s’en moquent un peu. Avez-vous été témoin d’événements, disons… « étranges ».

Oui. J’en ai été l’actrice aussi… d’une certaine façon. Mais, je n’en dirai pas plus.

Avez-vous l’impression d’avoir été islandaise dans une autre vie ?

Qui sait ? La première fois que je me suis rendue dans ce pays, ça a été une vraie évidence et j’ai eu un immense sentiment de liberté. J’ai ressenti ce que je ressens habituellement quand il y a un orage. Quand un orage arrive, je le sens physiquement. Je ressens la pression dans mon crâne et ça me rend d’extrême mauvaise humeur. Quand l’orage éclate, c’est comme une intense libération doublée d’un sentiment de puissance. En Islande, je ressens cela non stop.

Pourquoi revenez-vous à Paris régulièrement ?

Je viens pour mes obligations professionnelles. Mais je n’aime pas trop ce qui est « rendez-vous » et grégarismes obligatoires. J’aime bien avoir mon espace et ma liberté. J’apprécie cependant l’effervescence qu’il y a à Paris, ce bouillonnement culturel, ainsi que la France en général. Il y a des régions magnifiques, notamment des régions volcaniques extraordinaires qui font penser à l’Islande, sous certains aspects. Mais si j’aime venir, j’adore aussi repartir !

Votre premier tome finit de manière très frustrante. Il n’y a pas de fin, puisque la suite sera racontée dans les deux prochains.

En tant qu’auteur, je suis très contente que vous soyez frustré, même si ce tome s’achève sur une révélation fracassante ! Vous savez, quand j’écris une histoire, avant de la raconter à quelqu’un, je me la raconte à moi-même. Je suis excitée, je veux en savoir plus, je peux être énervée contre mon personnage, parfois je suis terriblement attristée pour ceux que je malmène. Vous savez, je me joue un tour à moi-même en écrivant ce genre de fin. Je me frustre aussi.

Vos héroïnes sont un peu « femmes objets » dans votre livre ?

Ce ne sont pourtant pas les seules victimes de l’histoire ! Qui voudrait être à la place des adversaires de Kaleb, ou d’un certain jeune militaire ?  C’est curieux de ne compter que les filles dans l’hécatombe ! D’autant que vous allez vite vous rendre compte qu’elles sont moins « objets » que vous ne l’imaginez. En revanche, il n’y a aucune misogynie de ma part, que les choses soient claires ! Lucille, la jeune fille de 17 ans, qui est certainement la plus malmenée, je ne lui fais pas du mal pour le plaisir de lui faire du mal. Rien de ce qu’elle subit n’est gratuit. Hélas, elle se trouve sur le chemin de Kaleb quand il découvre son pouvoir. Il est grisé, il ne maîtrise pas, elle va malheureusement en faire les frais. Mais je ne vais certainement pas l’épargner sous prétexte que c’est une femme ! Là, ce serait terriblement sexiste et misogyne. Ce n’est pas parce que c’est une femme qu’elle ne peut pas être victime et faire de sales rencontres. Je n’écris pas une intrigue qui se passerait au pays des Bisounours. Maintenant, je ne trouve pas que mes héroïnes soient plus malmenées qu’une Bella dans Twilight.

C'est-à-dire ?

Si Twilight est remarquable à d’autres niveaux, Bella me fait l’effet d’une vraie femme objet. Pour commencer, elle attend comme une malheureuse que l’homme de ses rêves consente à avoir une relation avec elle. Évidemment, à ce moment-là, elle est  vierge, sinon, ça ne le fait pas. Ensuite, à partir du moment où elle consomme, paf ! elle tombe enceinte. Et pour finir, une fois enceinte, elle devient juste un personnage de seconde zone, une espèce de moule qui doit accepter l’enfant qui va la tuer. Elle porte l’enfant au détriment de sa propre vie, qui ne compte plus ! Dans le cas présent, c’est quoi l’image de la femme ? C’est : « soit vierge jusqu’au mariage, et même si tu dois en mourir, il faut surtout que tu mènes ta grossesse à terme parce que l’avortement c’est mal et que tu es faite pour enfanter ? ». Attendez de découvrir un peu mieux Abigail… pour en revenir vraiment de l’image de la femme objet !

Ce livre n’est complaisant ni vis-à-vis des personnages, ni vis-à-vis des lecteurs.

Je ne veux pas édulcorer ce que j’écris à partir du moment où j’estime que c’est cohérent avec l’histoire. Et je préfère susciter des réactions vives, dans un sens ou dans l’autre, que d’écrire un roman tiède qui caresse les gens dans le sens du poil pour faire des ventes !

Vous avez écrit les deux autres tomes ?

C’est en cours, mais pas tout à fait bouclé ! Car mes personnages ont leur vie propre et si je sais où je veux les conduire, je sais aussi qu’eux me conduiront vers des endroits que je n’aurais pas imaginé avant de les écrire.

Vos personnages décident parfois ?

Souvent ! Et j’adore ça. Ca veut dire qu’ils ont pris chair, qu’ils sont incarnés. S’ils n’étaient pas incarnés, j’en ferais ce que je veux. Et ils seraient juste des prétextes à raconter mes histoires alors qu’ils ont une vraie substance : parfois c’est moi qui deviens leur objet. Je me plie à ce qu’ils ont envie de devenir.

Un écrivain est un Dieu. Il est maître de son propre monde…

C’est fascinant parce qu’on a l’impression d’être un médium, c'est-à-dire d’être en communication avec des êtres d’une autre dimension. J’ai l’impression qu’ils se servent de moi pour que je raconte leur histoire. Maître et esclave à fois, donc…

Du coup, vivre la vraie vie, sortir de votre imaginaire, c’est difficile pour vous ?

En pure phase d’écriture, oui. Pour autant, je ne me coupe pas de la vie « normale ». Je ne veux pas me couper du réel et des vrais gens. Parce qu’à vivre seul avec soi-même, on finit par vivre avec un con. C’est bien, je trouve, de se confronter aux aléas du quotidien, cela permet de réagir, d’évoluer, de ressentir des émotions différentes que si je restais toute seule cloitrée dans ma maison sans rien voir, ni rien faire.

Kaleb est un garçon très ancré dans le réel, dans notre société.

Son histoire permet d’aborder des thèmes comme les relations ados-parents, la solitude, la quête initiatique, et de répondre à quelques interrogations. « Qu’est-ce que je fais des bouffées, des pulsions qui me viennent à l’adolescence ? », « Si je me sens en prison dans la société, comment je gère ma colère ? »… ce type de questions que se posent beaucoup d’adolescents.

Quand sortent les deux prochains volets des aventures de Kaleb ?

Les deux sortent en 2013.

Myra Eljundir me fait penser à une anagramme, il n’en est rien m’avez-vous dit avant que l’on démarre l’interview… Ce nom a-t-il une signification ?

Oui ! Dans la mythologie nordique, la déesse des enfers s’appelle Hel. C’est de là que vient le mot « Hell » en anglais, enfer, donc en Français. Les quartiers de la déesse Hel aux enfers s’appellent l’Eljundir. Mon pseudo à donc une signification très précise.

C’est facile de cacher son identité ?

Quand on ne veut pas être vu, on ne l’est pas. D’ailleurs, il est temps pour moi de partir…

Mais, vous savez que pour mon blog, photos il y a…

Allons, sur le pont d’à côté…

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05 juillet 2012

Patrick Coutin : interview pour "Babylone Panic"

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patrick coutin,babylone panic,interview,mandorPatrick Coutin est arrivé dans nos vies en 1981 avec un tube énorme et immortel, « J’aime regarder les filles », que l’on réécoute chaque été depuis plus de 30 ans. Outre quelques albums, Patrick Coutin dirigera par la suite une salle de spectacles, produira une dizaine d’albums pour lui, une dizaine pour autrui (Les Wampas, Dick Rivers…). Homme-orchestre, il est tant auteur compositeur, musicien, ingénieur du son que réalisateur. En 2010, neuf ans après son précédent opus, il sort Le bleu, un bijou country folk, un peu blues, un peu introverti, aux textes ciselés comme jamais. Deux ans après (aujourd’hui, donc), il revient avec Babylone Panic au son ludique et lumineux, aux mots qui cognent et aux guitares qui gueulent, dans la presque démesure. Les textes n’en sont pas moins écrits avec délicatesse et  extrême sensibilité. Il assène quelques bonnes vérités et chante le monde et l’amour tel qu’il est.

Merci à Sissi Kessaï qui m’a emmené ce vrai rockeur à l’agence, lundi dernier (2 juillet). Un artiste souriant, bien dans ses pompes, lucide et authentique. Dupe de rien et un avis éclairant sur tout.

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Interview :

Entre 2001 et 2010, vous vous êtes retiré de la vie musicale. C’est une longue coupure…

Disons que je n’ai pas fait de disque. Pour des raisons personnelles, je n’avais pas envie de me lancer dans ce genre de projet. Et puis, j’avais moins de choses à dire. La musique, c’est mon métier. J’y ai tout fait. J’ai chanté, écrit, réalisé et subitement, j’ai trouvé que tout ce qui était lié à la musique était de moins en moins intéressant. Ce milieu était en restructuration et je n’ai pas trouvé cette période particulièrement épanouissante pour un artiste.

On peut dire que vous étiez même un peu déçu de la tournure que prenait le milieu de la musique ?

Je suis passé d’un monde ou vendre 200 000 albums était normal à un monde ou subitement en vendre 5000 est devenu un exploit… c’est forcément moins excitant. Quand tu as bouffé du foie gras et du caviar pendant des années, tu as du mal à te remettre aux sardines en boites.

La situation n’ayant pas changé, que s’est-il passé pour qu’en 2010 vous décidiez de revenir avec l’album Le Bleu ?

J’ai trouvé que la génération actuelle était intéressée par la musique et la chanson écrite en français. Il me semblait qu’il y avait même un besoin et le besoin, ça donne envie. Et puis, il y a un moment, quand tu as envie d’écrire, tu écris, ça ne s’explique pas. Moi, je suis un écrivain un peu compulsif, c'est-à-dire que soit ça sort, soit ça ne sort pas. J’ai commencé à retrouver un certain goût de choses à dire et donc, c’est sorti.

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Je note que vous avez employé le mot « écrivain ». Un chanteur emploie généralement le mot auteur.

Je ne veux pas paraître prétentieux et m’exprimant ainsi. Mais pour moi, une chanson, c’est comme une poésie, sauf qu’elle est en musique. Elle sort avec une mélodie et un rythme. Il s’agit de dire un certain nombre de mots, pas trop d’ailleurs, pour exprimer des climats, des descriptions et des sentiments.

Une chanson comme « La crise » explique la crise financière alors que l’on pourrait s’imaginer que vous évoquez une crise liée à une maladie.

J’ai toujours tendance à être en décalage. Ce qui est difficile quand on écrit au premier degré, c’est que le premier degré est terriblement éphémère. C’est tout de suite daté. Je tente d’être dans la prise de distance et en même temps dans la spontanéité. Ça demande une certaine contorsion.

J’ai vu une interview dans laquelle vous affirmiez qu’une bonne chanson se fabrique d’elle-même. Insinuez-vous qu’écrire une chanson, finalement, c’est facile ?

Écrire une chanson, oui, en effet, c’est assez facile, mais il y a un énorme travail de préparation. C’est un peu comme la fabrication du charbon, du pétrole ou des pierres précieuses, ça demande beaucoup de temps et de travail et à un moment, ça se met en place. Soudain, sortent à la fois le rythme dans la façon d’écrire, l’harmonie, la mélodie, l’intention et les mots. Quelquefois aussi, dans une chanson, tu découvres ce que tu as voulu dire un tout petit peu de temps après. En réalité, je ne sais pas ce que j’écris exactement. Il n’y a pas de volonté. Il y a quelque chose qui s’est fabriqué dont je suis transmetteur.


Patrick Coutin - Rock'n'Roll par CoutinMusic (une vidéo de Pierre Terrasson (1991) sur un titre enregistré à l'Aéronef de Lille.

Dans  « Babylone Panic », votre chanson la plus politique, vous parlez du printemps arabe et de manière très claire, sans louvoyer. Vous êtes d’origine tunisienne, vous vous sentez concerné par ce qu’il s’est passé dans ces pays-là ?

Cette révolution était une situation complexe, mais en même temps, je n’ai pas eu de mal à raconter tout ça. J’ai eu juste un problème pour la fin. Comme je ne sais pas comment tout ça finira, c’était assez délicat de terminer cette chanson.

Si je dis que vous êtes l’un des derniers des mohicans du rock français, ça vous gène ?

Vous faites comme vous voulez. Le rock’n’roll c’est beau quand c’est un peu brutal, un peu simpliste, avec un son pas trop peaufiné, je dirais même qu’il faut que la musique soit finement agressive. J’avais vraiment envie que l’album soit rock d’un bout à l’autre. Il me semblait que l’époque avait besoin quelque part d’un petit disque de rock pur.

Babylone Panic, live à La Boule Noire le 24 avril 2012.

Pour cet album, vous avez pensé à la scène ?

Pour moi, enregistrer en studio ou faire un concert, c’est pareil. Je joue de la musique. Je n’arrive pas à faire la différence de l’espace.

patrick coutin,babylone panic,interview,mandorOn ne peut passer sous silence, la pochette de Liberatore

Tanino, c’est un peu le Michel-Ange du 21e siècle. C’est un homme qui dessine incroyablement bien. Il a un sens du détail absolu et un amour pour la chair, la musculature, les veines, la peau. Il dessine des femmes d’une somptueuse beauté. (Rires). Quand je vais dans son atelier, j’ai envie de lui demander tous les numéros de téléphone des femmes qu’il a conçus.

Quelle vision avez-vous du monde de la musique aujourd’hui ? Vous vous y sentez bien ?

C’est plus facile pour moi de me sentir bien que pour plein de gens. Quand tu as une carrière comme la mienne derrière toi, que tu as des chansons qui ont fonctionné, je dirai que ce n’est pas trop difficile de continuer à évoluer dedans. Je n’ai pas d’avis négatif ou positif. On est dans une société extrêmement dure dans laquelle les gens ont très peu de choses à faire à part consommer. On est gavé et tout commence à avoir le même goût, culturellement parlant aussi, bien sûr. Je trouve ça injuste parce qu’il y a beaucoup de très bons musiciens aujourd’hui.


Patrick Coutin "Justice" (clip officiel) par CoutinMusic

Avez-vous quelque chose à prouver encore aujourd’hui ?

Même au départ, je n’ai jamais eu l’impression que j’avais quelque chose à prouver. Juste à mes copains musiciens. Le public te prend ou ne te prend pas. C’est lui qui choisit. Il faut garder beaucoup de distance face au succès. On n’est pas un génie parce qu’on a vendu beaucoup de disques et on n’est pas non plus une merde si on n’en vend pas. Par contre, il faut être bon dans ce que l’on fait, il faut essayer d’aller au bout de ses idées, essayer d’être digne dans ce que l’on balance… tout ceci me paraît important.

Bon, reparlons de votre méga tube, « J’aime regarder les filles ». C’est très original parce que ça ne fait que 31 ans que les journalistes ne vous lâchent pas avec ce titre culte.

Ça ne me dérange pas du tout. C’est difficile de comprendre pourquoi une chanson est un tube, mais en tout cas, un tube, c’est quelque chose qui touche les gens et qui participe à leur vie. Coup de chance pour moi, c’est un des morceaux les plus rock que j’ai écrit et donc, ça me va bien. C’est ma façon de jouer de la guitare, ma façon de chanter, c’est mon écriture qui est à la fois dedans et un peu décalée. Ce n’est pas une chanson si simple que cela. Elle a plein de degrés. On a le droit de penser que c’est ce que j’ai fait de mieux, mais je n’en suis pas persuadé.


Patrick Coutin - J'aime regarder les filles [1982] par ZapMan69

De nombreux DJ’s ont repris « J’aime regarder les filles », dont Bob Sinclar. Ça ne vous gêne pas qu’on triture une de vos chansons ?

Pendant très longtemps, j’ai refusé que l’on touche à mes chansons et puis je me suis rendu compte que des gens y touchaient sans mon accord. Un DJ fait un peu ce qu’il veut sur n’importe quelle œuvre, il faut le savoir. Bon, du coup, je me suis un peu ouvert à ce sujet. La seule chose que je refuse, c’est que la chanson soit dénaturée. J’ai fait quelques interdictions. Rachida Brakni voulait chanter « J’aime regarder les mecs ». Je n’ai pas voulu, car je trouvais que sa chanson était à contre sens de la mienne. Par contre, il y a un groupe de jeunes filles homosexuelles qui ont fait « J’aime regarder les filles ». La version est décalée, mais elle rend super. Bon, en même temps, une chanson, c’est comme un enfant, il faut lui laisser vivre sa vie.

Mais quand on a écrit 9 albums et que l’on revient invariablement sur ce titre, il y a de quoi péter un câble, non ?

Non, parce que je ne trouve pas cette chanson ringarde. Il y en a une autre qui s’était vachement vendue aussi, il y a de cela 25 ans, « Rends-moi mon cœur gamine ». Quand je la réécoute, celle-là, je ne la trouve pas bien. Je l’assume beaucoup moins parce que je ne l’aime pas. Je conseille à vos lecteurs d’écouter mon nouveau disque. C’est ma musique, celle que j’aime et que je sais jouer.

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02 juillet 2012

Alain Chabat : interview pour la sortie en DVD de "Sur la piste du Marsupilami"

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Pour Le Magazine des Espaces culturels Leclerc daté du mois de Juillet/Août 2012, j'ai interviewé Alain Chabat...

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Sur la piste du Marsupilami - Bande-Annonce... par Lyricis