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25 juillet 2012

Mamienco : interview pour "Ici l'homme"

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Il y a quelques semaines, je reçois le mail d’une dénommée Lise Daynac. Elle me propose à travers une bio et quelques liens musicaux de partir à la découverte du groupe Mamienco. Je connaissais l’existence de ce groupe, mais pas vraiment leur musique. J’avais en tête un chanteur barbu (et de temps en temps torse nu) particulièrement charismatique. Mais point barre. Rien de plus. Après l’insistance d’un second mail de la manageuse du groupe, j’obtempère.

Et je ne l’ai pas regretté.

mamienco,jeff preto,florent mery,lise daynac,interview,ici l'hommeDes paroles puissantes et poétiques sur l’homme avec un petit «  h » (« pour en évoquer la simplicité, une humanité anodine révélée grâce à la musique » explique le groupe). Une musique diablement énergique avec toutes sortes d’instruments inhabituels quand on joue du rock à ce point-là.

Je réponds enthousiaste au mail de la jeune femme.

Ainsi, le 18 juillet dernier, j’ai reçu deux des 4 éminents membres de Mamienco : Jeff  Preto (bassiste, guitariste et chanteur) et Florent Mery (clarinettiste).

(Merci donc à Lise Daynac !)

Extraits de la biographie officielle :

L’appétit de la scène et l'énergie que déploient les Mamienco vous toucheront. Une fois la première note posée, les univers se dessinent et les influences surgissent. Jeff Preto offre une présence et une voix à la croisée des Doors, d'un Brel et d'un Eddie Vedder, la clarinette est autant rock que balkanique, l'accordéon joue de son soufflet comme d'une guitare électrique, la batterie mène la danse... chanson, rock, musique du monde...
En 2010 Mamienco est Lauréat du GRAND ZEBROCK et foule les scènes de la Maroquinerie et de la fête de l’huma de Paris. Le groupe a plus de 300 concerts à son actif, des tournées en France et à l'étranger et des rencontres avec des artistes comme Les Têtes Raides, Les Blérots de Ravel, Fantazio, les fils de Teupuh, Jim Murple Mémorial, JAVA, Bernard Lavilliers, Syrano, Courir les rues et d'autres...

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Interview :

Quand le groupe a débuté en 2001, le projet Mamienco était sensiblement différent.

Jeff : On était jeune. On avait la dynamique de faire de la musique et de partager des envies de création. Dans la première version de notre groupe, il y avait une chanteuse qui avait des envies de chanson française. Elle était très influencée par Paris Combo ou La Tordue par exemple, du coup on a fait un mélange entre nos propres envies et les siennes… ça a donné l’ancien Mamienco.

Florent : Après le départ de la chanteuse, on s’est axé sur la matière de Jeff. Jeff qui est sacrément prolixe.

Vous travaillez les morceaux sur les « squelettes » de Jeff. Il vient avec sa voix et une guitare et il présente ses morceaux.

Jeff : C’est exactement ça. Quand je travaille seul chez moi, je pense aux arrangements. Donc, quand j’arrive, je donne des pistes à chaque musicien.

Florent : Il arrive avec une matière fournie en termes de couches. Il y a pas mal de pistes que l’on peut s’approprier pour faire nos propres arrangements. L’idée étant de ne pas travestir la matière de Jeff. On trouve plus intéressant de travailler la matière sonore avec les instruments peu utilisés dans le rock que de jouer des riffs de guitares peut-être efficaces, mais basiques.

Meddley de l'album "Ici l'homme".

Vous dites que vous faites du rock. Que l’énergie que vous déployez est rock.  Que la clarinette et l’accordéon ne changent rien à l’affaire… L’accordéon, il fait le taff d’une guitare électrique.

Florent : L’enjeu, pour nous les instrumentistes, c’est d’aller au-delà de son instrument. On pense nos arrangements comme des parties de guitares pour aboutir à une énergie rock’n’roll. On n’est pas un groupe « festif », même si on est content aussi… mais on fait du rock.

Jeff : On a toujours une petite distance avec le sujet abordé. Malgré les thèmes graves que j’aborde dans mes chansons, on ne veut et va pas faire pleurer dans les chaumières avec. Je veux faire écho chez les gens à travers tout ce que j’ai vécu. Je continue à sourire, j’aime la vie. Je ne veux pas être l’archétype du mec pas bien, qui a le spleen. Si je l’ai un peu, je vis bien avec.

Florent : J’imagine que dans tes textes, il y a un aspect un peu exutoire. La musique te permet de sortir les trucs qu’il y a en toi. Le tout est de ne pas le faire de manière simplement égoïste

Jeff : Je suis dans le partage et dans le don.

Florent : Comme on travaille sur des textures et des émotions, le tout est d’être suffisamment imagé pour que chacun puisse trouver un écho dans sa propre vie.

Jeff : Si parfois, dans mes chansons, j’utilise le « je », elles restent le plus ouvertes possible, fédératrices et universelles.

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Pendant l'interview...

Vous, les musiciens, vous arrive-t-il d’intervenir sur les textes de Jeff ?

Florent : Très rarement. On intervient surtout pour la musique. Les textes sont vraiment toujours calés. Il n’y a jamais rien à en redire.

Jeff : Moi, je pose quand même la question aux autres. Les mots, c’est important. Souvent, je demande à Florent si ce que je raconte est correct. Il est un peu mon « monsieur syntaxe ». Il intervient sur la diction, les liaisons… c’est super important.

Florent : Le défi est de faire passer le texte de manière le plus intelligible qui soit avec énergie et une interprétation sans faille. Dans nos textes, il y a un vrai propos, mais c’est un propos qui est parfois musical.

J’ai lu quelque part vous concernant : Le rock des années 70, le grunge, Noir désir, avec des injections de Brel et de Brassens…

Florent : Je ne sais pas trop ce que tu en penses Jeff, mais moi, Brassens, je ne vois pas trop. Brel, plus… pour l’aspect sueur.

Jeff : Ce serait prétentieux de se comparer à ces grands-là.

Mamienco aux Francofolies de la Rochelle 2011 sur la scène SFR Jeunes Talents.

Jeff, tu fais le singe sur scène. C’est un retour aux sources qui te permet de te mettre à nu le plus possible.

Jeff : Parfois, ça va loin, je saute sur les gens, je balance des chaises…

Florent : Plus tu vas loin, plus, nous, on kiffe parce qu’on te suit.

Jeff, tu sembles un peu timide, discret, en tout cas dans la vie. Sur scène, par contre, tu exploses. Tu sens une transformation quand tu rentres sur scène ?

Jeff : Il y en a une. Comment la décrire et l’expliquer ? Je ne sais pas. Pour moi, un plateau, c’est un lieu divin où je suis une sorte de catalyseur. Si mon mot est posé, je serai posé, si mon mot part en couille, je pars en couille. Tout doit passer et tout est permis en même temps. La scène, c’est un terrain de jeu sacré.

Florent : La représentation scénique, c’est l’effort de conscientisation qu’on essaie de faire. On ne présente pas n’importe quoi aux gens. Tout à du sens dans ce que nous montrons.

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Votre musique me fait penser au rock progressif des années 70. Des musiques à tiroir.

Jeff : Un peu, en effet. Et la scène permet de défiger notre disque. On peut ouvrir encore un peu plus de tiroirs…

Florent : A aucun moment on ne s’interdit de digresser.

Cette position de leader, Jeff, tu le vis bien ?

Jeff : Ce n’était pas évident. Aujourd’hui ça va mieux. L’échiquier du groupe a fait que je me suis mis devant, mais je relativise ça.

Maintenant que vous avez un disque « officiel », ça change beaucoup de choses ?

Florent : Tout le monde s’accorde à dire que le disque, c’est fini, mais il faut avoir un disque pour que l’on parle de nous, pour intéresser des programmateurs ou des organes de presse. L’intérêt plus personnel, c’est qu’un disque peut figer sur une matière physique un instant T défini. Le fait de ce contraindre à faire un disque cohérent, avec un visuel, un contenu musical qui se tient avec un réalisateur, Michel Zacha, qui nous a bien fait progresser, ça incite à le défendre à fond. C’est nécessaire un disque pour la vie d’un groupe, pour tourner…

"Coeur de vie".

Vous n’êtes pas prophète en votre pays, mais vous tournez pas mal à l’étranger.

Florent : Le public de l’extérieur est un public que nous aimons aussi beaucoup. Il ne va pas intellectualiser notre musique, nos textes…  En France, le public est plus spectateur qu’acteur. Ils comprennent les textes, donc ils écoutent les paroles. Ils ont des références, du coup, on est comparé.

A qui le plus souvent ?

Florent : A Noir Désir principalement. Ce que l’on a ressenti dans les festivals en Angleterre ou en Allemagne, c’est que le public est plus sensible à l’énergie que l’on dégage que du propos tenu.

Ce n’est pas facile pour nous, journalistes musicaux…on vous place entre la chanson et le rock…

Florent : C’est un souci dans la vie post Noir Désir. Ce groupe à réussi cette synthèse de puissance, de sauvagerie, d’aspect terrien, et de textes qu’on retient et chargés de sens. Depuis, personne n’a réussi cet exploit et ça manque franchement. On essaie, avec nos instruments à nous. Je ne dis pas que l’on y parvient, mais on essaie.

Jeff : Noir Désir était un groupe authentique et complètement à nu. En France, je ne vois plus ça. Ce que j’entends aujourd’hui, ce sont des groupes qui disent les choses sans que le public ait à faire un effort de compréhension. Moi, je ne vibre plus. Je connais des groupes qui reviennent vers ça. Je suis assez optimiste sur ce phénomène.

"Ici l'homme".

« Ici l’homme » est une grande chanson, je trouve.

Florent : Elle remet l’homme à sa place. Il ne sert à rien d’avoir de grandes pensées et une grande orientation, on est de toute façon dirigé par notre instinct. On n’est pas là pour se poser des questions supra existentiels, on est là pour vivre.

Jeff : Bonne analyse Florent. On est un peu comme des chercheurs qui passent sa vie à chercher ou comme un écrivain qui met le temps pour écrire son bouquin. On a cherché pendant longtemps un climat et je pense que nous l’avons trouvé.

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Commentaires

je vous adoooore !!! j'écoute "ici d'home" en boucle !
steph

Écrit par : Indépendance Royale | 09 août 2012

Joli. ;)
J'aimerais ajouter que la force du groupe tient aussi à la façon qu'a chacun de ses membres (batteur, chanteur-bassiste, accordéoniste, clarinettiste) de jouer "intelligemment" de leurs instruments respectifs, et pas seulement basiquement. Ca donne un bel ensemble.

Écrit par : Maxine | 14 août 2012

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