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24 juillet 2012

Gaëlle Pingault : interview pour "Ce qui nous lie"

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gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorCela faisait longtemps que j’avais lu les deux recueils de nouvelles de Gaëlle Pingault. Ses histoires sont toujours drôles, dures ou tendres… ou les trois à la fois. J’apprécie cette façon d’écrire qui fait mouche, qui ne laisse pas insensible. En la lisant, on aboutit toujours là où on ne s’attendait pas. J’ai souvent croisé cette auteure dans des salons du livre que j’animais et il me tenait à cœur de lui poser des questions dans un contexte plus calme (où le temps n’est pas notre ennemi).

Le 16 juillet dernier, Gaëlle Pingault est enfin venue sur mon canapé (celui de l’agence, hein, qu’on ne se méprenne pas !) pour évoquer Ce qui nous lie et l’écriture en général.

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandor4e de couverture : Ce livre nous entraîne dans la valse colorée des liens, fragiles ou indéfectibles, salvateurs ou destructeurs, tissés pour un jour ou pour toujours avec parents, amis et tous ceux qui nous lient. Comme dans un kaléidoscope, nous voyons se former et se déformer ces relations ; sentiments forts, confus, complexes, artificiels...

L’auteur : Gaëlle Pingault, née en 1976, est orthophoniste. Elle exerce dans sa Bretagne natale. Ce qui nous lie est son deuxième recueil. Le premier (paru aussi chez Quadrature), On n’est jamais préparé à ça a reçu le prix Nouvelles d’automne 2010.

Interview :

Tu écris depuis une vingtaine d’années et c’est ta sœur qui t’a mise sur les rails…

Oui. Aujourd’hui, elle fait partie de mes relectrices. Je te prie de croire qu’elle ne lâche rien. Elle épingle tout ce qu’il y a à épingler en vol. Elle est très forte pour repérer les failles de logique dans un texte. Il n'y a pas qu’elle qui fait partie de mes relectrices privilégiées. J’ai des yeux précieux autour de moi qui se complètent les uns des autres.

Le goût de l’écriture te vient d’un goût prononcé pour la lecture ?

J’ai pas mal lu quand j’étais ado. Je viens d’une famille où on a toujours beaucoup bouquiné, mais au-delà de ça, je viens également d’une famille dans laquelle on aime perpétuellement jongler avec les mots. J’ai été élevé à Bobby Lapointe, ça doit donner un goût pour les mots et l’envie de s’amuser avec.

Sais-tu si une nouvelle est plus forte qu’une autre ?

Il y en a que j’aime et d’autres moins. Ça arrive de temps en temps que je me rende compte qu’une nouvelle n’est pas ce qu’elle devrait être. À ce moment-là, elle reste à dormir dans un coin de mon ordi. Parfois, il m’arrive juste de constater qu’une est « pas mal », c'est-à-dire qu’elle reflète ce que je voulais dire. Parfois, je pars avec une idée et puis je cale en cours de route parce que je ne trouve pas le bon rythme, pas le bon mot, bref, rien ne se met en place.

Que fais-tu des non aboutis ?

Je les garde en me disant qu’elles pourront mûrir plus tard. Il est déjà arrivé que deux ans plus tard j’en ressorte une parce que j’ai une idée supplémentaire, parce qu’entre les deux, mon écriture a évolué. Je me dis que, peut-être, ça vaut le coup de la retravailler. Parfois ça marche, parfois, ça ne marche pas.

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(Photo Jérôme Cayla)

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorAs-tu une technique d’écriture pour capter l’attention du lecteur dans tes nouvelles ?

Pas du tout. Je fais partie des gens qui écrivent sans scénario. Je peux partir sur une fin d’histoire pour construire le début. Dans ce recueil, c’est le cas pour « Avant Venise » par exemple. J’ai construit mon personnage et mon histoire à partir de la chute. Mais, généralement, quand je commence à écrire, je commence plutôt par le début et je ne sais pas comment ça se termine.

Selon toi, plus on écrit, plus son style s’aiguise, plus on devient bon ?

Je n’en sais rien. J’ai plutôt l’impression de ne pas faire la même chose et ça, c’est important pour moi. La façon dont je procède, dont je fais ma cuisine, mon petit mitonnage, j’ai l’impression que ça ne se passe pas de la même façon. Maintenant, le lecteur s’en rend-il compte ? Je n’en ai aucune idée.

Je vais te poser la question autrement. Sens-tu une évolution entre le premier et le deuxième recueil ?

Oui.

Et ton éditeur aussi ?

Oui, clairement. En plus, chez Quadrature, ils sont huit. Un grand nombre de ce comité lecture a gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorconsidéré que ce recueil était meilleur que le premier. Lorsque j’ai su ça, ça a été la cerise sur le gâteau.

Tu es donc très officiellement « novelliste » et tu te revendiques comme telle. Réfutes-tu le terme « écrivain » te concernant ?

Je ne sais pas si c’est le terme « écrivain » que je réfute, c’est juste que je suis orthophoniste à la base et que c’est ça mon métier. Et je ne veux pas me lancer sur des histoires de légitimité, sinon, on n’est pas rendu. Pour résumer, être novelliste, ce n’est pas plus ou moins que mon « vrai » métier, c’est en parallèle.

Est-ce qu’il faut égarer le lecteur dès le départ quand on écrit une nouvelle ?

Je pense que l’on peut écrire des nouvelles de plein de façons différentes, en tout cas, moi j’aime donner des fausses pistes. Pas pour le plaisir de balader les gens et de me satisfaire de les avoir piégé, mais pour les amener par la main avec moi. On ne joue pas l’un contre l’autre dans cette histoire-là.

Sans en dire beaucoup sur tes nouvelles, peut-on dire que ça ne finit pas toujours de manière très… positive ?

On peut le dire, oui. C’est curieux, on me l’a beaucoup fait remarquer sur ce recueil et au début, j’ai été très surprise parce que ce n’était pas ce que j’en avais comme image. Après réflexion, j’ai compris pourquoi. Parce que mon recueil était trop long, une fois mis en page… on a retiré trois nouvelles sans faire attention sur le fait qu’elles étaient à fins positives. Du coup, ça à un peu déséquilibré le machin.

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorBref, ils ont besoin d’un orthophoniste sera ton troisième recueil (sortie le 15 novembre 2012). Étonnante aventure que celle de ces textes, improvisés au fil de la plume sur les réseaux sociaux fin 2011 pour tenter de faire connaître l’étendue du travail orthophonique, et qui ont déclenché un enthousiasme certain. Ils circulent aujourd’hui dans de multiples sphères, partagés et repartagés. Il était donc tentant de leur offrir un écrin littéraire digne de ce nom.

En effet, il y a aura les textes qui figurent sur le blog et quelques nouvelles inédites. J’ai réécrit des textes intercalaires avec l’histoire d’un personnage récurrent. Les textes « orthophoniques » et l’histoire de ce personnage se renvoient la balle.

Tu fais un métier qui permet aux personnes d’apprendre à mieux parler/prononcer et ta deuxième activité, c’est écrire…

Parler et écrire, j’ai vite remarqué ses deux axes principaux de ma vie. J’ai fait mon auto-analyse sur ce sujet. La seule chose que je peux dire sur ce phénomène, c’est que ce n’est vraiment pas un hasard.

Quand tu travailles, tu retiens des évènements que tu couches sur papier en rentrant chez toi le soir ?

Non, ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe. Quand je suis en séance d’orthophonie, je suis en séance d’orthophonie. Ça ne m’est jamais arrivé de me dire : « ça, c’est un truc que je peux réutiliser ». Les textes sur ce sujet que j’ai écrits sont fictionnels, d’après ce que j’ai entendu raconter. Les orthophonistes sont du genre bavard et nous échangeons beaucoup entre nous. Cela étant, on n’est pas orthophoniste sans avoir un minimum d’intérêt pour les gens qui se baladent autour de vous… c’est comme quand on écrit finalement, on a un sens aiguisé de l’observation et de l’écoute.

La devise des gens de ma maison d’édition est : Quadrature est un plaisir et doit le rester.

Ça me va assez bien comme devise. D’où le fait de ne pas écrire des choses qui m’ennuient et d’en faire qu’à ma tête.

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Commentaires

Très chouette interview de Gaëlle où l'on retrouve sa modestie par rapport à l'écriture, son intelligence, son envie d'aller vers les autres.
Elle sera présente, en principe, sur le prochain salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, le samedi 24 novembre 2012 avec son tout nouveau recueil ! (pub !)
Effectivement, belle devise : "Quadrature est un plaisir et doit le rester" !

Écrit par : Luc-Michel | 27 juillet 2012

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