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16 juillet 2012

Florent Nouvel et Stéphane Richez : interview croisée

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Florent Nouvel et Stéphane Richez ont tous les deux des répertoires différents. Deux sortes de chanson française qui ont pour point commun de la porter vers le haut. Tous les deux jouent avec les mots, poétisent des évènements, font montre de tendresse et d’humour. Pas de la même façon, mais avec une même rigueur stylistique et musicale. Ils jouent sur des scènes communes parfois. Le hasard de la vie fait qu’ils m’ont contacté quasiment en même temps et qu’un ami commun, le guitariste Martial Bort, me les a fait connaître au même moment. Ces signes-là et leur talent respectif étaient suffisants pour qu’une mandorisation s’impose…

Présentation des forces en présence (très largement inspirée de leur bio officielle) :

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorFlorent Nouvel - ou plutôt son personnage - Floflo, caricature nos maladresses avec bienveillance et sourit doucement de ses histoires, heureuses ou malheureuses, souvent bien proches des nôtres...

Sa première aventure avait conduit Floflo au milieu des petits, des précaires, de toutes celles et tous ceux que la vie fragilise. En contrepoint, il s'était moqué des grands et des puissants avec « Petit homme public », chanson consacrée à notre ancien petit président de la République... Plusieurs médias se sont fait l'écho de ce titre, qui a connu un franc succès sur Internet (30000 lectures sur You Tube) et s'est vue diffusée sur France Inter tout comme « Le quai de Ouistreham ».

Véritable show-man, d'une grande générosité sur scène, Florent poursuit son chemin de salle en salle accompagné de ses guitaristes et complices Martial Bort et Bruno Barrier.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorStéphane Richez, lui, a joué dans de nombreux tremplins et festivals : Prix Georges Brassens 2007 (Prix du Jury et du Public), Présélections pour le Printemps de Bourges…et évidemment, sur de nombreuses scènes françaises.

Dans ses chansons, il chante Paris, ses rues, ses stations de métro. Une valse des vieux garçons (qui n'en est pas une), quelques couplets assassins sur les radins (et un refrain), une complainte des apparences (et de ceux qui misent tout dessus), une ballade des faubourgs (de Paris), un hymne pour les enfants de 68 (ce n'est qu'un début), des strophes pour ceux qui s'emmerdent (en silence), et puis...

Et puis, des regards sur un monde de gens bien et d'autres moins, absurde parfois (le monde) et beau souvent...

Le 10 juillet dernier, les deux artistes sont venus à l’agence.

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Interview :

Vous avez fait des doubles plateaux communs, qu’est-ce qui vous réunis tous les deux ?

Stéphane Richez : Le point commun, c’est que nous chantons tous les deux en français. On compose et on écrit nous même nos chansons. On a tourné pendant longtemps, chacun de notre côté, moi à la guitare et Florent au piano et puis un jour, dans la cadre du collectif « Les beaux esprits », on a joué sur les mêmes scènes.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandor« Les beaux esprits » est un label qui fonde sa philosophie sur la solidarité entre artistes.

Florent Nouvel : L’idée est de réunir des artistes avec des univers différents et des compétences différentes. Des musiciens, des gens capables de filmer, des gens capables d’avoir un œil technique. Chacun, avec bienveillance, peut  apporter son savoir aux autres avec des perspectives d’analyse.

S.R : À la base, c’est Bruno Barrier qui est à l’origine de ce collectif. C’est un truc dont il rêvait depuis très longtemps. Seul, certes, on peut se produire un peu n’importe où, on est libre,  mais on avance hyper lentement et on progresse moins.

F.N : Je tiens à préciser qu’il y a un état d’esprit dans ce collectif. Il ne s’agit pas simplement de venir consommer du réseau, on essaie de construire quelque chose ensemble et d’être dans une dynamique d’aide mutuelle. Stéphane, tu le disais à l’instant, au début on était seul. C’est une solitude que l’on se créait nous même. On voulait chanter et on s’accrochait à cette perspective. Le fait de rencontrer d’autres artistes permet d’avoir un autre regard sur son travail, d’être plus ouvert et de faire évoluer son propre projet.

S.R : Avec Florent, nous avons des talents complémentaires. Lui, il a beaucoup bossé la scène, la mise en scène, moi j’avais une chorégraphie aussi belle que celle qu’avait Georges Brassens (Rires).

F.N : Ce qui nous relie, ce sont nos spécificités mutuelles et paradoxalement, nos grandes différences. Stéphane, j’ai toujours trouvé qu’il avait une forme de continuité entre la scène et le hors scène… il y a un truc de l’ordre du naturel. Il arrive devant le public avec une espèce d’innocence que je trouve admirable. Moi, je coupe beaucoup. Il y a la scène et après la scène.

Oui, mais toi Florent, tu as inventé un personnage : Floflo.

F.N : Oui, et ce personnage joue d’autres personnages. Ce qui est intéressant, à partir de ces deux manières d’envisager la scène complètement opposée, c’est que l’on arrive à retirer des leçons de l’autre. Stéphane m’a appris une forme de tranquillité, d’apaisement, même sur scène. Moi qui suis beaucoup dans l’énergie, j’adore voir Stéphane chanter et captiver tranquillement son public. Sa simplicité et sa sérénité m’impressionnent.

Florence Aubenas, Journaliste et Reporter, relate son expérience de femme de ménage dans son livre Le quai de Ouistreham (L'Olivier, 2010). Précarité, cadences, exploitation, mais aussi solidarités et dignité sont le lot quotidien de ces travailleuses invisibles de la « France d'en bas ».
Bouleversé par cette lecture, Florent Nouvel a souhaité faire vivre en chanson le quotidien de ces femmes.

Cette envie de chanter vous tenaillait depuis longtemps ?

F.N : J’ai toujours voulu être chanteur et évoluer sur scène. Quand je voyais des concerts à la télé, je pleurais tellement je voulais y être aussi. J’écoutais toutes les nuits sur France Inter Sous les étoiles exactement et ça me faisait envie. J’ai beaucoup sacralisé cette activité de chanteur… avec toutes les névroses qu’il y a derrière, quoi !

Ah bon ! Les artistes ont des névroses ?

F.N : Je sais, c’était une lapalissade, mais paradoxalement, devenir artiste m’a apaisé. Moi, j’ai gardé le côté positif de cette énergie-là. Je n’ai pas gardé le côté destructeur de ce métier.

Je vais poser la question à chacun de vous… D’abord Florent, où en est ton projet ?

F.N : Je suis content de comment il a évolué. L’idée du personnage de Floflo est né tout doucement.  Je lui fais vivre des aventures, un peu comme les « Martine à la plage ». Je ne veux pas spécialement « réussir », je veux juste que les gens viennent me voir en concert. Et si je peux gagner un peu de sous, ce serait pas mal. Je veux aussi rester dans ma ligne, sans dévier de trajectoire. Je veux que ce je fais soit ce que je veux être.


Clip VELIBERATION Florent Nouvel hymne du vélib par 2flos

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorToi, contrairement à Stéphane, tu ne sors que des CD singles.

F.N : Je reviens au code d’avant, à l’époque des 45 tours. Mais chaque CD est conceptuel. Je suis inspiré par des évènements qui ne sont pas très éloignés de l’actu, mais avec ma lecture, parfois un peu rigolote. Après, selon comment la sauce prend, il n’est pas exclu que tous ses titres soient réunis sur un album avec d’autres titres. J’opportunise volontairement mes sorties. « Quitter Facebook », je l’ai sorti lors de l’entrée en bourse de Facebook. Là, j’ai une chanson sur Cécile de France, je la mettrai en avant quand le prochain film de cette comédienne sortira.

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florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorStéphane, toi, tu as deux albums à ton actif, La Marguerite (2007) et Sans connaître (2012). Peut-on dire que tu fais une carrière plus conventionnelle que celle de Florent ?

S.R : Je ne me pose pas la question en terme de carrière. Je sais que j’avance au jour le jour, mais il y a tellement d’inconnus concernant le monde de l’industrie du disque que je ne fais pas de plan sur la comète. Tous les codes habituels du milieu ayant explosé, il n’y a plus trop de repères sur lesquels on peut compter pour avancer avec assurance. Moi, j’écris des chansons et quand j’en ai assez, je fais un album. Et je continue mes concerts parce que je ne peux pas m’en passer. Comme les dates tombent toutes seules, je ne boude pas mon plaisir. 

Tu as deux formules de concert, si je puis dire…

Il y a mon spectacle avec mes propres chansons et un autre dans lequel j’interprète mes trois maîtres à chanter : Brel, Brassens et Renaud. Martial Bort et de temps en temps Clarisse Catarino m’accompagnent. À la sortie de mes concerts, je vends mes disques comme des petits pains. Pour résumer, tant que je fais des concerts, le reste m’importe peu.

Stéphane Richez présente quelques chefs-d'oeuvre de ses Maîtres à chanter : Jacques Brel, Georges Brassens et Renaud... Stéphane est accompagné par Martial Bort, à la guitare et Clarisse Catarino, à l'accordéon.

Vous avez tous les deux un travail « rémunérateur ».

S.R : Je travaille dans l’informatique. Ça me donne une liberté matérielle, mais le revers de la médaille, c’est le temps qui me manque pour travailler la guitare ou mes chansons. Cela étant, je suis dans une boite « cool » où tout le monde sait ce que je fais à l’extérieur. Ils sont très arrangeants avec moi quand je dois répéter pour un concert ou que je dois enregistrer un disque. Il n’empêche que je me retrouve avec deux boulots à plein temps en fait.

Et toi, Florent, tu as aussi deux vies ?

F.N : Je suis prof de science économique et sociale dans un lycée. Ce sont deux métiers de « scène ». Je fais mon numéro dans les deux cas. Dans les deux cas, je porte une parole, je fais passer quelque chose, il y a un lien énorme avec gens. Je suis bien évidemment moins libre en cours… quoique. Et je suis prof de sciences humaines, je suis donc dans toute une réflexivité. À la base j’ai fait des études de sociologie. Quand j’écris Le quai de Ouistreham sur la précarité des femmes de ménage après la lecture du livre de Florence Aubenas, quand j’écris La Vélib’ération où je crée des personnages volontairement marqués socialement avec des types caricaturaux, je fonctionne beaucoup en idéaux types, termes sociologiques pour définir des personnes qui n’existent pas vraiment, mais qui disent des choses sur le réel. Mon but, c’est mes textes parlent à un maximum de personnes. Je travaille beaucoup dans mes chansons sur la psychanalyse et le fonctionnement des individus. Ça me passionne. Pour moi, ces deux activités, c’est un équilibre. Pour l’instant, c’est comme ça.

Stéphane, une chanson comme « Les montons », je la trouve très forte.

S.R : J’ai mis très longtemps à l’écrire. C’est certainement ma chanson la plus aboutie, par rapport à ce que j’avais envie de dire et que j’ai réussi à transcrire.

Les moutons : chant et guitare : Stéphane Richez. Accordéon et choeurs : Clarisse Catarino. Guirares et choeurs : Martial Bort.

Une chanson au style très « Renaud », je trouve.

S.R : C’est marrant que tu me dises ça. Quand j’étais ado, dans ma chambre, j’avais un poster de lui sur lequel j’avais marqué : « un jour, je prendrai le relais ». Bon, j’étais jeune… Renaud, plus qu’avoir été mon idole, je dirais plutôt qu’il a été le frère que je n’ai jamais eu pendant mon adolescence.

Et entre Renaud, Brassens et Brel, qui est le maître absolu?

S.R : Les trois sont tellement différents qu’il est compliqué de répondre à cette question. Chacun a joué un rôle très important dans ma vie personnelle et artistique.

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Florent, toi, qui sont tes références ?

F.N : Il y en a pas mal. Pour le travail scénique et le jeu des chansons, ça peut être les Wriggles par exemple. Pour les personnages que je crée sur scène, ça pourrait être quelqu’un comme Mathieu Chédid qui a créé M. Mon répertoire peut aussi envoyer vers une douceur et une tendresse à la Pierre Perret. Dans son rapport artistique et dans sa manière de vivre ses chansons, Louis Chédid, je le trouve très sain. Mes inspirations peuvent aussi lorgner vers la BD. Mon personnage de Floflo n’est pas éloigné d’un Gaston Lagaffe par exemple. Mon but, c’est de créer des histoires dans lesquelles chacun puisse un peu se rattraper, comme dans une BD, en somme. Des personnes un peu dépassées au milieu d’évènement et au cœur d’une vie contemporaine, avec une personnalité, une existence et une fragilité propre… comme ce que dessine un type comme Manu Larcenet dans Combat ordinaire. Mes histoires à moi sont souvent drôles, mais sans moqueries… plutôt au profit d’une humanité.

"La panne", chanson qui ne nous concerne pas personnellement. Evidemment.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorDernière question… la plus embarrassante. Que pense l’un du répertoire de l’autre. Stéphane, pour commencer.

S.R : Il y a des chansons de Floflo que j’adore vraiment, comme « Le quai de Ouistreham », « La cantine », « Cécile de France » ou « La panne »… et d’autres moins, comme « Le livreur de pizza ». Je trouve formidable le personnage de Floflo, qui ressemble quand même beaucoup à Florent Nouvel. Une générosité hors du commun. Tu sors d’un concert de Florent, tu as obligatoirement la banane. Tu t’es bien marré et il y a des chansons hyper émouvantes. Tu te sens bien parce qu’il y a eu beaucoup d’humanité qui est passée. Son travail de mise en scène et de jeu de scène me fascine. Je l’admire pour cela. Il est très exigeant, très dans le détail, très dans le « sans faute ». Il ne laisse rien passer. Moi, je suis plus cool là-dessus. Pas laxiste, mais plus cool.

"Le métropolitain" : Chant et guitare : Stéphane Richez. Accordéon et choeurs : Clarisse Catarino. Guirares et choeurs : Martial Bort.

Florent… le cas Richez ?

F.N : Ce qui m’impressionne chez lui, c’est l’espèce d’évidence et de facilité avec laquelle il travaille. Pour avoir croisé pas mal d’artistes, je peux dire que Stéphane n’a pas d’ego qui écrase les autres. C’est rare. Stéphane est d’abord en lui-même. Il est toujours à l’écoute, il reçoit, il réfléchit et est en cheminement. Je trouve ça beau. Quant à son œuvre, comme lui, il y a des choses que j’aime beaucoup et d’autres moins, mais c’est normal. Ce qui est certain, c’est qu’on n’écoute pas de la même manière quelqu’un dont on connait un peu la vie. Il y a dans son répertoire un beau travail d’écriture et des refrains qui tournent bien. Moi, de  connaître Stéphane Richez, ça me fait encore plus aimer ce qu’il fait.

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