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14 juillet 2012

Jérôme Minière : interview pour "Le vrai le faux"

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(Crédit : PascalGrandmaison-FrédériqueBouchard)

jérôme minière,le vrai le faux,interview,mandorRecevoir Jérôme Minière a été un vrai honneur/bonheur. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour ce français installé au Québec depuis la fin des années 90, dont j’écoutais les disques au tout début de sa carrière (La nuit éclaire le jour qui suit est un joyau de la chanson française !).

A l'aise aussi bien avec la musique électronique que la variété française, il n'a jamais coupé les ponts avec son pays natal et a entretenu des relations amicales et artistiques avec ses homologues français : il écrit avec Dominique A et Katerine pour Françoiz Breut, compose avec Albin de la Simone (ce dernier ayant participé à l'enregistrement de « Le Vrai Le Faux ») et retrouve ses complices sur de nombreux concerts, dont une double affiche inoubliable avec Dominique A aux Francofolies de Montréal.

jérôme minière,le vrai le faux,interview,mandorLe Vrai Le Faux sort en France le 24 septembre 2012 chez Wagram. L'occasion rêvée de fêter le retour en France de cet artiste au combien talentueux. Ce disque est le plus récent album de Jérôme Minière. Sorti il y a deux ans au Québec, le chanteur y examine les liens entre le réel et l'imaginaire à l'ère de la surconsommation, de la surinformation, du vedettariat instantané, etc...
Jérôme Minière nous offre ici un album pop à la réalisation très léchée. Les arrangements, bien pensés et les textes intelligents et pertinents se complètent à merveille.

Jérôme Minière est passé à « l’agence » le 9 juillet dernier pour parler un peu de son retour en France, de cet album et de son amour pour la fiction…

(Un merci très spécial à Pierre-Henri Janiec !)

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Interview :

Tes deux premiers albums, Monde pour n’importe qui (1996) et La nuit éclaire le jour qui suit (1998) ont reçu un très bel accueil dans ton pays, la France, puis tu es parti vivre à Montréal… ce n’est pas d’une grande logique pour commencer une carrière.

C’est l’amour d’une Québécoise qui m’a fait partir. Je n’ai rien calculé, ça s’est trouvé comme ça. J’avoue aujourd’hui que c’est une anti-carrière totale. Je me suis tiré une balle dans chaque pied. Une sorte de suicide commercial pour la France. Un artiste en développement qui habite à 6000 kilomètres, on m’a fait comprendre que ce n’était pas une super idée… Ca ma plombé sacrément.

Tu l’as regretté à un moment ?

Oui. Je te dirai que c’est, non pas une erreur de jeunesse, mais la passion de la jeunesse. Mais au final, tu sais, au Québec, je me suis construit une vraie carrière. C’est pour moi plus facile de revenir en France retenter ma chance, parce que, quelque part, je sais que je me tiens debout là-bas.

Tu as l’accent québécois aujourd’hui, c’est une curieuse sensation.

À partir du début des années 2000, j’ai eu une grosse cassure avec la France. De 2000 à 2003, je ne suis pas rentré du tout. C’est troublant pour l’identité parce que  quand je reviens en France, les gens qui ne me connaissent pas pensent que je suis suisse ou canadien… Mais, c’est la musique du quotidien. Quand tu parles à des gens qui s’expriment d’une certaine façon, tu finis par t’exprimer comme eux.

Le nouveau clip de Jérôme Minière, "Dans ton oreille".

Bon, aujourd’hui, tu reviens en France pour un album qui date déjà d’il y a deux ans.

Je travaille effectivement sur autre chose depuis, mais je vis très bien celui-ci et ça ne me dérange pas de repartir à zéro pour le défendre. D’ailleurs, pour aller plus loin dans ce paradoxe-là, dans les dix dernières années, par les hasards des circonstances, j’ai beaucoup plus joué en Allemagne qu’en France parce qu’un label m’a pris dans pas mal de leurs compilations, puis a fini par sortir mes albums et organiser une tournée.

C’est important que tu sois reconnu en France ?

Il y a ici un niveau économique que je ne peux pas me permettre de négliger. C’est le plus gros marché francophone. Et puis, l’autre niveau est sentimental. Sans faire une carrière à la Johnny, j’aimerai un peu de reconnaissance du travail que je fais de la part du pays où je suis né.

Comment se passe ton retour sur les scènes françaises ?

Ça se passe bien. Mais il faut juste que je retrouve le contact. Sans le vouloir, je porte ça comme un habit… j’ai un accent. Il faut que j’arrive, sans trop de mots, à ce que j’arrive à faire comprendre que, si je suis français, j’appartiens aussi à un autre pays.

J’ai l’impression que ton métier de chanteur, tu le prends avec beaucoup de recul et d’ironie… dans la chanson « Rien à vous dire », tu joues même au chanteur looser.

C’est comme si je racontais l’arrière-salle de ce métier, comme si je voulais démystifier ce qu’il y a derrière la scène. Ce n’est pas de la dénonciation crue, c’est plutôt humoristique et second degré. Pour moi, c’est libérateur de me moquer de moi-même en tant que chanteur.

La soirée de lancement de l'album Le vrai le faux (pleine de second degré et de recul par rapport à son métier).

Au Québec, tu te sens « en famille », artistiquement ?

Oui, tout à fait. Je trouve qu’un des trucs magnifiques qu’il y a au Québec et à Montréal en particulier, c’est que c’est une grande ville et qu’en même temps on se connait tous et il y a beaucoup de connivence entre nous. Les idées circulent vite et il n’y aucune barrière de genre.

Dans « Le vrai le faux », tu dis que l’ont ment beaucoup et que l’être humain se raconte beaucoup d’histoires…

Par nature, je pense qu’on est une espèce qui raconte des histoires facilement. Du fait du virage technologique, de la communication immédiate, je trouve que c’est encore plus fort qu’avant. Il y a aussi un virage idéologique. En pub, com et en propagande, on cherche toujours des histoires qui soient vendeuses. Cette chanson-là est un peu mystérieuse et complexe. À la fois je dénonce quelque chose et à la fois je suis convaincu que notre plus grande force, ce sont les histoires. Peut-être que ce qui nous dérange c’est quand on fait passer la fiction pour la vérité. Là, on est dans le domaine du relatif… la fiction assumée comme telle, c’est ce que je trouve de plus magnifique.

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(crédit : Shoot Studio)

Et que penses-tu des réseaux sociaux ?

J’ai l’impression qu’on voit sous nos yeux l’émergence d’une conscience globale. J’ai de plus en plus l’impression qu’on est chacun une espèce de synapse dans une conscience qui est immédiate. J’ai la sensation que l’on constitue un cerveau global de la planète.

Sur ta page Facebook, tu es très politique depuis quelques mois. Tu évoques beaucoup la situation compliquée qui règne au Québec et notamment les manifestations estudiantines.

À travers mes textes, depuis plus de 15 ans, on peut constater que je suis un auteur engagé. Engagé, mais avec un pas de côté. Je ne suis pas un porte-drapeau qui demande à ce qu’on le suive, je préfère analyser et raconter. J’étais déjà assez sensible, à l’automne dernier, à des mouvements comme les indignés, mais quand c’est arrivé un peu par surprise au Québec, de fil en aiguille, je me suis retrouvé impliqué dans leur mouvement. J’ai chanté pour les étudiants, notamment.

Prestation de Jérôme Minière suivi d'une entrevue avec Ariane Aubin-Cloutier à l'HAUSSEtie d'show présenté par la CLASSE le 22 mars 2012 au Métropolis de Montréal.

« Des pieds et des mains », c’est une chanson écolo sur la société de consommation, sur le « je-m’en-foutisme » qu’ont les gens par rapport à la planète.

Tu sais, il y a l’engagement militant avec le côté plus batailleur, moi, j’ai un engagement plus d’analyse et de questionnement en poésie.

J’ai cru comprendre que parfois, l’inspiration venait très vite ou qu’elle pouvait prendre des années selon le texte. C’est le souci du bon mot, du texte parfait, de la musique qui doit coller parfaitement au propos ?

Pour mes premiers albums en français, je travaillais vraiment comme un punk. Je faisais des chansons, je fonçais sans trop savoir ce que je faisais en en mettant le plus possible. Avec les années, il y a une histoire qui se construit, un parcours, des chansons que je laisse sur le côté, qui ne sont pas terminées, qui ne sont pas totalement abouties, ça finit par devenir des bagages. Il y a aussi le problème de la répétition. Je ne veux pas faire deux fois la même chose. Depuis 8 ans, je travaille autrement. C’est de plus en plus conscient, de plus en plus un travail de maîtrise et, je le répète, de questionnement.

Dans ce nouvel album, tu as osé reprendre « Les décors » d’Aragon sur des musiques africaines…

Ça demande un certain respect d’adapter des auteurs. Paul Eluard (« L’amoureuse ») ou Aragon (« Les décors ») par exemple. J’avais essayé des poètes comme Fernando Pesoa, mais pas sur disque. Je fonctionne en mariage spontané. C’est comme une rencontre amoureuse, si le texte que je ramène ne rencontre pas tout de suite la musique, ce n’est pas la peine d’essayer.

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Puisque tu t’intéresses aux auteurs de poésie, est-ce que tu as envisagé d’écrire un livre toi-même.

Oui. Ayant étudié le cinéma, si je ramasse tout ça sur les années, il est facile de constater que le centre de mon travail est de raconter des histoires. Je n’ai pas une grande voix, je ne suis ni Barbara, ni Jacques Brel, donc, ce qui m’a amené sur scène, c’est raconter des choses. D’année en année, mon amour de la fiction est passé du cinéma à la littérature. Je lis beaucoup de livres. Écrire un bouquin, c’est une autre affaire.  Depuis, 5 ans, ça devient une obsession. J’ai écrit pas mal de nouvelles par exemple. Combien d’années je vais mettre avant de publier un livre et est-ce que je vais y parvenir ? Je ne sais pas.

C’est un peu comme Dominique A. Il a longtemps dit ça et finalement, il vient de sortir son premier roman.

J’ai appris ça récemment. C’est drôle parce qu’il y a une connexion entre nous, qui n’est même pas volontaire. On est très différent et on n’a pas du tout le même angle, mais voilà, on sent une connexion.

Je sais que tu vas sortir bientôt au Québec un nouvel album.

Oui, il est en cuisson pour le mois de novembre prochain au Canada. Ce n’est pas la suite de celui-là. Ce n’est pas un album de chansons à proprement parlé. Dans ma carrière, tu n’es pas sans savoir que j’ai deux personnages, donc deux carrières parallèles. Je suis aussi Herry Kopter. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas ressorti.

Quelle est la différence entre Jérôme Minière et Herry Copter ?

Comme je te l’ai dit tout à l’heure, je suis un amoureux de la fiction. Herry Copter est pour moi une façon de mettre un pied dans la fiction et de me lancer dans des projets alternatifs. Au départ, c’était relié à la musique électronique. Mon premier Herry Copter, c’était un album instrumental ambiant avec une histoire fictionnelle. Le second, ca été un disque concept sur l’économie de marché. Le nom d’Herry Copter me permet d’avoir un angle différent de celui de Jérôme Minière, celui d’une personne morale, comme une compagnie. Cette fois-ci, ce sera  un disque electro très très libre avec trois-quatre choses que l’on pourrait assimiler à des chansons. C’est une forme de fantaisie pour moi.

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Petit plus :

Une belle version du titre Le vrai le faux.

Sur le blog Chuchotements, le blog qui fait du bruit, Jérôme Minière raconte notamment le Paris qu'il aime.

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