Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Alain Chabat : interview pour la sortie en DVD de "Sur la piste du Marsupilami" | Page d'accueil | Myra Eljundir : interview exclusive pour Kaleb »

05 juillet 2012

Patrick Coutin : interview pour "Babylone Panic"

patrick coutin,babylone panic,interview,mandor

patrick coutin,babylone panic,interview,mandorPatrick Coutin est arrivé dans nos vies en 1981 avec un tube énorme et immortel, « J’aime regarder les filles », que l’on réécoute chaque été depuis plus de 30 ans. Outre quelques albums, Patrick Coutin dirigera par la suite une salle de spectacles, produira une dizaine d’albums pour lui, une dizaine pour autrui (Les Wampas, Dick Rivers…). Homme-orchestre, il est tant auteur compositeur, musicien, ingénieur du son que réalisateur. En 2010, neuf ans après son précédent opus, il sort Le bleu, un bijou country folk, un peu blues, un peu introverti, aux textes ciselés comme jamais. Deux ans après (aujourd’hui, donc), il revient avec Babylone Panic au son ludique et lumineux, aux mots qui cognent et aux guitares qui gueulent, dans la presque démesure. Les textes n’en sont pas moins écrits avec délicatesse et  extrême sensibilité. Il assène quelques bonnes vérités et chante le monde et l’amour tel qu’il est.

Merci à Sissi Kessaï qui m’a emmené ce vrai rockeur à l’agence, lundi dernier (2 juillet). Un artiste souriant, bien dans ses pompes, lucide et authentique. Dupe de rien et un avis éclairant sur tout.

patrick coutin,babylone panic,interview,mandor

Interview :

Entre 2001 et 2010, vous vous êtes retiré de la vie musicale. C’est une longue coupure…

Disons que je n’ai pas fait de disque. Pour des raisons personnelles, je n’avais pas envie de me lancer dans ce genre de projet. Et puis, j’avais moins de choses à dire. La musique, c’est mon métier. J’y ai tout fait. J’ai chanté, écrit, réalisé et subitement, j’ai trouvé que tout ce qui était lié à la musique était de moins en moins intéressant. Ce milieu était en restructuration et je n’ai pas trouvé cette période particulièrement épanouissante pour un artiste.

On peut dire que vous étiez même un peu déçu de la tournure que prenait le milieu de la musique ?

Je suis passé d’un monde ou vendre 200 000 albums était normal à un monde ou subitement en vendre 5000 est devenu un exploit… c’est forcément moins excitant. Quand tu as bouffé du foie gras et du caviar pendant des années, tu as du mal à te remettre aux sardines en boites.

La situation n’ayant pas changé, que s’est-il passé pour qu’en 2010 vous décidiez de revenir avec l’album Le Bleu ?

J’ai trouvé que la génération actuelle était intéressée par la musique et la chanson écrite en français. Il me semblait qu’il y avait même un besoin et le besoin, ça donne envie. Et puis, il y a un moment, quand tu as envie d’écrire, tu écris, ça ne s’explique pas. Moi, je suis un écrivain un peu compulsif, c'est-à-dire que soit ça sort, soit ça ne sort pas. J’ai commencé à retrouver un certain goût de choses à dire et donc, c’est sorti.

patrick coutin,babylone panic,interview,mandor

Je note que vous avez employé le mot « écrivain ». Un chanteur emploie généralement le mot auteur.

Je ne veux pas paraître prétentieux et m’exprimant ainsi. Mais pour moi, une chanson, c’est comme une poésie, sauf qu’elle est en musique. Elle sort avec une mélodie et un rythme. Il s’agit de dire un certain nombre de mots, pas trop d’ailleurs, pour exprimer des climats, des descriptions et des sentiments.

Une chanson comme « La crise » explique la crise financière alors que l’on pourrait s’imaginer que vous évoquez une crise liée à une maladie.

J’ai toujours tendance à être en décalage. Ce qui est difficile quand on écrit au premier degré, c’est que le premier degré est terriblement éphémère. C’est tout de suite daté. Je tente d’être dans la prise de distance et en même temps dans la spontanéité. Ça demande une certaine contorsion.

J’ai vu une interview dans laquelle vous affirmiez qu’une bonne chanson se fabrique d’elle-même. Insinuez-vous qu’écrire une chanson, finalement, c’est facile ?

Écrire une chanson, oui, en effet, c’est assez facile, mais il y a un énorme travail de préparation. C’est un peu comme la fabrication du charbon, du pétrole ou des pierres précieuses, ça demande beaucoup de temps et de travail et à un moment, ça se met en place. Soudain, sortent à la fois le rythme dans la façon d’écrire, l’harmonie, la mélodie, l’intention et les mots. Quelquefois aussi, dans une chanson, tu découvres ce que tu as voulu dire un tout petit peu de temps après. En réalité, je ne sais pas ce que j’écris exactement. Il n’y a pas de volonté. Il y a quelque chose qui s’est fabriqué dont je suis transmetteur.


Patrick Coutin - Rock'n'Roll par CoutinMusic (une vidéo de Pierre Terrasson (1991) sur un titre enregistré à l'Aéronef de Lille.

Dans  « Babylone Panic », votre chanson la plus politique, vous parlez du printemps arabe et de manière très claire, sans louvoyer. Vous êtes d’origine tunisienne, vous vous sentez concerné par ce qu’il s’est passé dans ces pays-là ?

Cette révolution était une situation complexe, mais en même temps, je n’ai pas eu de mal à raconter tout ça. J’ai eu juste un problème pour la fin. Comme je ne sais pas comment tout ça finira, c’était assez délicat de terminer cette chanson.

Si je dis que vous êtes l’un des derniers des mohicans du rock français, ça vous gène ?

Vous faites comme vous voulez. Le rock’n’roll c’est beau quand c’est un peu brutal, un peu simpliste, avec un son pas trop peaufiné, je dirais même qu’il faut que la musique soit finement agressive. J’avais vraiment envie que l’album soit rock d’un bout à l’autre. Il me semblait que l’époque avait besoin quelque part d’un petit disque de rock pur.

Babylone Panic, live à La Boule Noire le 24 avril 2012.

Pour cet album, vous avez pensé à la scène ?

Pour moi, enregistrer en studio ou faire un concert, c’est pareil. Je joue de la musique. Je n’arrive pas à faire la différence de l’espace.

patrick coutin,babylone panic,interview,mandorOn ne peut passer sous silence, la pochette de Liberatore

Tanino, c’est un peu le Michel-Ange du 21e siècle. C’est un homme qui dessine incroyablement bien. Il a un sens du détail absolu et un amour pour la chair, la musculature, les veines, la peau. Il dessine des femmes d’une somptueuse beauté. (Rires). Quand je vais dans son atelier, j’ai envie de lui demander tous les numéros de téléphone des femmes qu’il a conçus.

Quelle vision avez-vous du monde de la musique aujourd’hui ? Vous vous y sentez bien ?

C’est plus facile pour moi de me sentir bien que pour plein de gens. Quand tu as une carrière comme la mienne derrière toi, que tu as des chansons qui ont fonctionné, je dirai que ce n’est pas trop difficile de continuer à évoluer dedans. Je n’ai pas d’avis négatif ou positif. On est dans une société extrêmement dure dans laquelle les gens ont très peu de choses à faire à part consommer. On est gavé et tout commence à avoir le même goût, culturellement parlant aussi, bien sûr. Je trouve ça injuste parce qu’il y a beaucoup de très bons musiciens aujourd’hui.


Patrick Coutin "Justice" (clip officiel) par CoutinMusic

Avez-vous quelque chose à prouver encore aujourd’hui ?

Même au départ, je n’ai jamais eu l’impression que j’avais quelque chose à prouver. Juste à mes copains musiciens. Le public te prend ou ne te prend pas. C’est lui qui choisit. Il faut garder beaucoup de distance face au succès. On n’est pas un génie parce qu’on a vendu beaucoup de disques et on n’est pas non plus une merde si on n’en vend pas. Par contre, il faut être bon dans ce que l’on fait, il faut essayer d’aller au bout de ses idées, essayer d’être digne dans ce que l’on balance… tout ceci me paraît important.

Bon, reparlons de votre méga tube, « J’aime regarder les filles ». C’est très original parce que ça ne fait que 31 ans que les journalistes ne vous lâchent pas avec ce titre culte.

Ça ne me dérange pas du tout. C’est difficile de comprendre pourquoi une chanson est un tube, mais en tout cas, un tube, c’est quelque chose qui touche les gens et qui participe à leur vie. Coup de chance pour moi, c’est un des morceaux les plus rock que j’ai écrit et donc, ça me va bien. C’est ma façon de jouer de la guitare, ma façon de chanter, c’est mon écriture qui est à la fois dedans et un peu décalée. Ce n’est pas une chanson si simple que cela. Elle a plein de degrés. On a le droit de penser que c’est ce que j’ai fait de mieux, mais je n’en suis pas persuadé.


Patrick Coutin - J'aime regarder les filles [1982] par ZapMan69

De nombreux DJ’s ont repris « J’aime regarder les filles », dont Bob Sinclar. Ça ne vous gêne pas qu’on triture une de vos chansons ?

Pendant très longtemps, j’ai refusé que l’on touche à mes chansons et puis je me suis rendu compte que des gens y touchaient sans mon accord. Un DJ fait un peu ce qu’il veut sur n’importe quelle œuvre, il faut le savoir. Bon, du coup, je me suis un peu ouvert à ce sujet. La seule chose que je refuse, c’est que la chanson soit dénaturée. J’ai fait quelques interdictions. Rachida Brakni voulait chanter « J’aime regarder les mecs ». Je n’ai pas voulu, car je trouvais que sa chanson était à contre sens de la mienne. Par contre, il y a un groupe de jeunes filles homosexuelles qui ont fait « J’aime regarder les filles ». La version est décalée, mais elle rend super. Bon, en même temps, une chanson, c’est comme un enfant, il faut lui laisser vivre sa vie.

Mais quand on a écrit 9 albums et que l’on revient invariablement sur ce titre, il y a de quoi péter un câble, non ?

Non, parce que je ne trouve pas cette chanson ringarde. Il y en a une autre qui s’était vachement vendue aussi, il y a de cela 25 ans, « Rends-moi mon cœur gamine ». Quand je la réécoute, celle-là, je ne la trouve pas bien. Je l’assume beaucoup moins parce que je ne l’aime pas. Je conseille à vos lecteurs d’écouter mon nouveau disque. C’est ma musique, celle que j’aime et que je sais jouer.

patrick coutin,babylone panic,interview,mandor

Commentaires

Patrick reprend la route... c'est juste un des mecs les plus essentiels de la scène francophone
avec un son et une verve sans concession... le public rassemble des jeunes des "moins jeunes" mais essentiellement des amoureux du rock et aussi de la langue qui retrouve la un artiste Rock Pop et culte... il sera le 4 Octobre prochain au Bus Palladium et sur les routes dés le mois d'Octobre avec une équipe de tueur qui fabrique un son en béton ( musiciens de Bashung, Personne,JJMilteau, Rivers, Darc...)
Qu'on se le dise !
Bravo pour votre Blog qui éclaire, informe et donne envie !

Écrit par : lajus | 06 juillet 2012

Les commentaires sont fermés.