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23 juin 2012

Scotch et Sofa : interview pour "Par petits bouts"

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(Photo: Lisa Roze, Odile Subra: maquillage, Fred Barat coiffure, Olivia Bidou: stylisme.)

scotch et sofa,par petits bouts,interview,pic d'or 2012; mandor,chloé monin,romain preussÉvidemment, j’avais remarqué et bien gardé dans mon esprit ce duo magnifique qu’est Scotch et Sofa. Je n’irai pas dans la facilité en disant que j’ai été « scotché » en écoutant leur disque, Par petits bouts, pour la première fois, mais c’était pourtant la pure réalité. Difficile de ne pas tomber sous le charme de leur musique et de la voix envoutante de la chanteuse. La possibilité d’une future mandorisation était bien ancrée en moi. Puis, ma participation en tant que juré du Pic d’Or a finalement accéléré les choses. Ils se sont présentés à ce tremplin et l’ont gagné haut la main (voir leur prestation filmée, ici). Du coup, j’ai fait brièvement leur connaissance là-bas. Eux et moi étions bien occupés, donc, nous nous sommes promis de nous revoir à Paris. C’est donc avec plaisir que j’ai accueilli Scotch et Sofa sur mon sofa à « moi » (qui n’est en fait qu’un simple canapé), le 18 juin dernier.

scotch et sofa,par petits bouts,interview,pic d'or 2012; mandor,chloé monin,romain preussBiographie de Scotch et Sofa (tirée du site RFI Musique) :

Chloé Monin, alias Sofa, chanteuse, et Romain Preuss, alias Scotch, guitariste et beatboxer. Deux mordus de jazz, rencontrés au sein de Jam, l’une des écoles réputées du genre à Montpellier.

Chloé est partagée entre sa future carrière dans le corps professoral et sa volonté de se "lancer" en groupe. Romain, guitariste autodidacte, revient d’Angleterre où il s’est enivré de soul, rythm'n'blues et jazz, et a développé sa technique de "finger-picking" sur une guitare à huit cordes rarissime, si caractéristique du style bien affiché de Scotch & Sofa.

Le duo se distingue par une couleur jazz, une vraie liberté formelle et un chant pastel parfaitement maîtrisé. Publics et professionnels ne s’y trompent pas : les Musik’elles de Meaux en 2006, les Francofolies de la Rochelle en 2007 et nombre de grandes scènes et de premières parties jalonnent le parcours du groupe.

Sur disque, l’univers dépouillé de Scotch & Sofa s’étoffe un peu, mais l’essentiel est là : le très beau timbre cotonneux de Chloé, l’étonnant sens des espaces de Romain, et des textes faussement simplistes et ciselés à merveille.

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Interview :

Quand on commence à se faire connaître, la difficulté première est-elle de continuer à tenter d’acquérir un public plus nombreux ?

Romain : Nous, on a l’impression que ça va à une allure modérée et humaine. Ce qu’il se passe autour de nous est super bon signe et ça reste agréable à vivre. Là, on vient de faire le premier disque, donc inévitablement, on pense à la suite. Pour être clair, on pense déjà au deuxième album.

Cela étant, ça fait 7 ans que vous existez et ce que vous récoltez en ce moment ne vous tombe pas dessus du jour au lendemain. Il y a beaucoup de travail. Votre album est sorti il y a deux mois et tout le monde parle de vous… comment prenez-vous la chose ?

Chloé : Je prends tout comme des cadeaux. C’est super agréable, parce que, justement, rien n’est arrivé du jour au lendemain. Comme dit Romain, ça arrive lentement, mais sûrement. Que l’album plaise, que nous passions de plus en plus à la radio, que nous remportions des tremplins, on le prend comme un bonus, mais je t’assure que l’on garde les pieds bien sur terre.

Romain : Moi, la seule réflexion que je me fais, c’est que c’est bien que notre musique parvienne à des gens. C’est ce qu’il y a de plus important.

Chloé : Romain a raison. Nous on fait de la musique et des gens peuvent la découvrir. Si notre progression est douce et  lente, on sent que le bouche à oreille fonctionne. Le clip de "Ça se", avec la participation du chanteur Ours y est pour beaucoup...

Vous faites des shows cases dans pas mal d’endroits, de vrais concerts aussi… vous êtes en permanence en activité.

Chloé : Oui, il y a même des scènes qu’on n’avait pas particulièrement envie de faire qui nous ont finalement fait passer presque un meilleur moment que dans une grosse scène dont on attendait beaucoup et ou il ne s’est finalement pas passé grand-chose.

Romain : Pour ma part, j’ai plus peur sur une petite scène que sur une grosse.

Chloé : Quand on arrive sur un Zénith, on peut penser que c’est plus impressionnant, mais quand on est sur scène, nous on voit une masse, pas des individus bien déterminés. Donc, c’est moins impressionnant que de jouer devant une soixantaine de personnes dont on voit tous les regards portés vers soi. C’est plus intimidant.

Romain : Il faut dire que quand nous sommes amenés à jouer devant autant de gens, on est souvent dans une situation d’outsiders puisque , pour le moment, c’est dans le cadre de premières parties. On n’a pas la même pression que les têtes d’affiche. Les gens n’achètent pas les billets pour voir Scotch et Sofa, ils ont juste l’occasion de nous découvrir…

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En même temps, il ne faut pas décevoir les spectateurs présents.

Chloé : C’est un challenge et on se donne toujours à fond sur ces scènes-là. On prend ces moments très au sérieux. On a toujours l’intention de se mettre le public dans la poche.

Romain : Comme nous ne sommes que deux, on ne peut pas se permettre de jouer à l’économie. Faut y aller !

Vous êtes fatigués à la fin d’un concert ?

Romain : Moi, je suis très très fatigué.

Chloé : Oui, moi aussi, mais ce sont deux fatigues différentes. Romain, c’est très physique ce qu’il fait sur scène. Quand il fait du beat box, il dépense beaucoup d’énergie, au point de souffrir parfois. Moi, ça me prend peut-être moins d’énergie, mais j’ai l’impression que ça me lessive complètement. Je me sens tellement investie par ce qui est raconté que je puise dedans. A la fin d’un concert, j’ai envie d’aller me coucher.  C’est d’ailleurs ce que je fais tout le temps.

En concert, êtes-vous très réceptif aux réactions et attitudes du public ?

Romain : Chloé est beaucoup plus une éponge que moi.

Chloé : Comme je leur raconte une histoire, je suis sensible à comment ils vont la recueillir. Par contre, je ne vais être sensible qu’en positif. Je refuse de me laisser envahir par le négatif quand je suis sur scène.

Extrait du concert du duo Scotch & Sofa dans un appart privé du quartier Gambetta à Montpellier à l'occasion de la sortie de leur album "Par petits bouts". Organisé et filmé par l'association Gumguts.

J’ai une image de vous deux comme des personnes assez secrètes et peu démonstratives quand le concert est terminé.

Chloé : Après le concert, je vais plus vers les gens que Romain.

Romain : Sans aucun dédain, c’est vrai que j’ai tendance à ne pas aller vers les gens. C’est plus de la timidité.

Chloé : Quand je suis sur scène, je suis dans une bulle, alors, c’est vrai que quand c’est fini, crever la bulle, c’est parfois un peu violent. Je prends les concerts un peu comme une mission. J’ai la mission que cette musique se diffuse, du coup, quand on finit le concert, je me dis, « ça ne s’arrête pas là ! ». J’aime beaucoup aller voir les gens, avoir leur retour. Je constate à quel point les gens sont contents d’échanger avec nous, pas uniquement musicalement, mais aussi humainement.

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Tout à l’heure, Chloé, tu me parlais de l’investissement que tu mettais en interprétant les textes… ils sont tous signés Céline Righi. C’est facile de rentrer dans l’univers des mots de quelqu’un d’autre ?

Chloé : Au début, la question ne se posait pas parce que ni Romain, ni moi n’écrivions. On est parti à la recherche d’un auteur. On a rencontré aucune autre personne avec qui ça a fonctionné aussi bien qu’avec Céline. Elle est très talentueuse et a su parfaitement comprendre où nous voulions aller. Après, pour notre indépendance, il serait bien que nous jouions sur nos propres textes. C’est quelque chose qui est en train de se mettre en place doucement.

Romain : Je précise que c’est loin d’être du dépit que de travailler avec Céline.

Chloé : Cette rencontre est même presque magique, parce qu’effectivement les gens me disent souvent qu’ils sont persuadés que c’est moi qui ai écrit les paroles.

Il y a des textes qui datent de quelques années. Certains de 6 ans. Il faut pouvoir continuer à les assumer, non ?

Chloé : Le comble, c’est que je pense que je ne les ai jamais autant assumés qu’aujourd’hui.

Avez-vous une forme de lassitude de chanter ces mêmes chansons sur scène ?

Chloé : Non parce qu’elles évoluent perpétuellement. Elles prennent des formes différentes. Pas uniquement au niveau des arrangements, mais aussi de l’instrumentation. « La trouille » et « Ca ce », c’était vraiment deux chansons différentes il y a quelques années. À chaque fois, j’ai l’impression que c’est une nouvelle histoire que l’on raconte.

Romain : Ça me plait encore beaucoup de jouer ces chansons. Je ne sens jamais un poids à interpréter tel ou tel titre. On est même très enthousiaste.

Votre style, c’est de la chanson française, jazz, lounge… etc. Indéterminé finalement ?

Romain : Je n’ai aucun problème à dire que c’est de la chanson française. Mais, elle n’est pas traditionnelle.

Oui, ça tient de votre parcours... Vous vous êtes rencontrés à Montpellier dans une école de jazz. Et le jazz, on en entend un peu par exemple.

Chloé : Ma formation musicale de base est le classique. J’ai commencé à l’âge de 6 ans, j’ai bifurqué vers le jazz bien plus tard. C’était juste un prétexte, pour lâcher le classique, pour lâcher la partition et être un peu plus libre. Après, je n’aurai pas la prétention de dire que j’ai une formation jazz.

Romain : Même en écoutant objectivement nos chansons, je ne trouve pas trop d’ancrage du jazz.

Chloé : Moi, parfois, les gens me disent par exemple qu’on entend un peu ça dans mon grain de voix.

Romain : Personnellement, musicalement et en terme d’écriture de chanson, j’aurais plus tendance à aller du côté de la pop.

Chloé : Je suis d’accord avec Romain. J’ai envie qu’on avance et qu’on ne fasse pas la même chose qu’il y a 6 ans. Je lui fais entièrement confiance pour savoir quel chemin prendre pour nous permettre de nous renouveler et évoluer. 

Chloé, ta voix dans un répertoire plus rapide, plus pop… tu t’en sens capable ?

Chloé : Je me pose la question. Mais justement, j’aime ce genre de gageure. Je pense que ça ne sera pas évident pour moi, mais que ça peut le faire.

Sur le titre Visite des Recoins, Oxmo Puccino signe un excellent featuring, sensuel et lent. Mazette Puccino !

Romain : Nous l’avons sollicité il y a longtemps pour avoir son accord de principe, et ça s’est fait assez naturellement. 3 ans plus tard, on lui demande si ça tient toujours et il confirme très gentiment. Le résultat est excellent.

Vous êtes un peu des enfants du chantier des Francos, non ?

Chloé : Oui, ils nous encouragent depuis nos débuts et nous suivent, nous encouragent, nous accompagnent comme des parrains… comme notre album vient de sortir, ils nous ont proposé de faire la première partie de Laurent Voulzy, le dernier jour des Francofolies de La Rochelle 2012.

J’ai l’impression que depuis que ce disque existe, beaucoup de monde souhaite vous prendre sous leurs ailes.

Romain : C’est une question de moment. On est déjà un vieux jeune groupe. On n’est pas en « feu vert » depuis le début. Il y a eu des creux et des bosses. Je suppose qu’il y a des moments ou le propos, l’âge qu’on a et ce que l’on raconte sont un peu alignés. Du coup, ça crée cette dynamique un peu homogène autour.

Chloé : Peut-être aussi que ce que l’on joue correspond à ce que les gens ont envie d’entendre en ce moment. J’ai cette croyance-là.

Je sais qu’en ce moment, vous ne seriez pas contre le fait de trouver un label.

Chloé : Oui, nous allons faire en sorte d’avoir de nouvelles chansons qui pourraient éventuellement être diffusées en radio. Comme nous sommes indépendants, si un label souhaite investir sur nous dans quelques mois, effectivement, ce serait vraiment bien.

C’est quoi pour vous un artiste ? Quelqu’un qui fait rêver ? Quelqu’un qui doit faire réfléchir ?

Romain : Pour moi, déjà, c’est quelqu’un qui est habité. Quelqu’un qui est complètement habité par son propos, quel que soit le mode d’expression.

Chloé : Pour moi, c’est quelqu’un qui a quelque chose à dire, quelque chose à partager et qui le fera par conviction.

Mais est-ce que vous sentez l’utilité qu’a un artiste pour le public?

Chloé : J’ai toujours peur d’entamer un discours pompeux, mais je trouve que l’on donne un bout de rêve aux gens. Ceux qui ont passé toute leur semaine à trimer au travail et qui vont au concert le samedi soir pour un instant d’évasion, je trouve ça magique. Quand ils viennent nous voir en disant qu’ils ont tout oublié de ce qu’il se passe de négatif dans leur vie, qu’ils étaient juste avec nous, à ce que nous racontions, qu’ils étaient pris par l’émotion et qu’ils nous remercient… je me dis que, vraiment, je ne fais pas ce métier pour rien.

Je me pose toujours cette question… c’est dur parfois d’appartenir à un duo ?

Chloé : (En riant) Ah ! Ce n’est pas simple tous les jours. Mais Romain est une des personnes qui m’a fait le plus fait avancer.

Romain : Je trouve ça bien qu’on ne regarde pas toujours dans la même direction, qu’on ne soit pas toujours d’accord, qu’on n’entende pas toujours la même chose. On essaie de se respecter et de s’entendre. 

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