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19 mai 2012

CD'Aujourd'hui: Pétula Clark pour "Pétula"

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pétula clark,pétula,cd'aujourd'hui,interview,mandorPétula Clark, la plus française des chanteuses anglaises revient après 15 ans d’absence avec Petula, un tout nouvel album de chansons inédites réunissant un casting « All Stars » haut de gamme. Au total 13 chansons, dont 9 interprétées en français dont des duos exceptionnels avec Charles Aznavour, Ben L’Oncle Soul, Joyce Jonathan et Mani.

Des chansons écrites et produites par Charles Aznavour, Benjamin Biolay, Salvatore Adamo, Jean-Philippe Verdin, Maxime Lebidois & Maxime Pinto (Beat Assaillant), Michel Legrand, et l’équipe de Thomas Dutronc pour un résultat des plus classieux qui ravira autant les fans de la première heure que la nouvelle génération !

Pour CD’Aujourd’hui, je suis allé l’interviewer le 2 mai dernier dans le sous-sol d’un bar parisien. Avoir cette star mondiale pour soi (et pour son caméraman), c’est un luxe. Je ne suis pas très amateur de son répertoire, mais je ne peux que respecter l’incroyable parcours de la dame et gouter ce genre de moment…

Pour voir l’émission, c’est là !

Quelques photos de la session acoustique (piano voix).

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With Petula... le 2 mai 2012.

16 mai 2012

Pic d'or 2012 : on en parle dans "Hors Scène" et dans "Tarbes le mag" !

Dans une semaine se tient le Pic d’or 2012, à Tarbes. J’ai hâte d’y être, très sincèrement.

J’ai déjà expliqué, récemment, comment je me suis retrouvé membre du jury de ce Festival « Paroles et Musiques », plus particulièrement destiné à faire connaître au public les auteurs, compositeurs, interprètes exclusivement d’expression française.

Le site musical Hors Scène (l'information musicale autrement) évoque cette manifestation et présente ici les candidats.

Et voici un article publié dans le journal de la mairie de Tarbes.

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14 mai 2012

Eloïse Lièvre : interview pour "La biche ne se montre pas au chasseur"

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Éloise Lièvre et moi nous sommes croisés dans quelques salons littéraires. On ne se connaissait pas vraiment, mais elle et son livre, La biche ne se montre pas au chasseur, ont fini par m’intriguer. J’en avais entendu parler (d’elle et de son livre) en plus que positif par des amis communs, écrivains, eux aussi.

Je l’ai donc lu et j’ai été convaincu.

Pas par le thème, mais plutôt par le style.

Ainsi, l’auteure est venue à « l’agence » le 3 mai dernier pour une mandorisation en règle.

book_86.jpg4e de couverture :

Une jeune femme veut un enfant. L’enfant ne vient pas. Le désir la déchiquette à belles dents. Elle veut comprendre, il doit bien y avoir une explication, une bouée rationnelle, physique, à laquelle se raccrocher. Dans sa quête, elle rencontre successivement une ogresse lilliputienne, une gentille patricienne paresseuse, un ours plaisantin, un fana des jeux vidéo in utero, des cyber-­sirènes, et les affres de la normalité. Tout va malheureusement bien.
Alors elle décide de prendre sa tête au sérieux et de chercher dedans.
Dedans, il y a un souvenir de grand-mère, des chiens, des chats, des chevaux, et un événement, quand elle avait quinze ans.

C’est une épopée gynécologique miniature, une exploration de l’intimité féminine du désir d’enfantement, suivie d’un bestiaire introspectif où l’on voit que la sexualité des jeunes filles s’apprend chez les animaux.

Ce roman a été sélectionné par l’Opération Manuscrits 2009 de la revue Technikart. Il faisait partie des 4 finalistes présentés au Salon du livre de Paris en mars 2009.

portrait_eloiselievre-vignette-rose-vieillefrance.jpgL’auteur :

Eloïse Lièvre n’est pas un pseudonyme.
Elle est née le 10 janvier 1974 à Agen.
Elle déteste les courants d’air et l’injustice.
Elle a deux enfants.
Eloïse Lièvre est normalienne agrégée.
Elle n’écoute presque jamais de musique.
Éloise Lièvre mesure un mètre cinquante huit et doit perdre trois kilos.
Elle a une collection de gadgets japonais.
Elle aime La Vie de Marianne, Le Ravissement de Lol V. Stein et Martine fait du théâtre.
Eloïse Lièvre habite près d’un grand cimetière.
Elle tient mal son stylo.
Elle porte Coco Mademoiselle.
Éloise Lièvre souvent rêvasse.

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L'auteure ne se montre pas à Mandor...

DSC03712.JPGInterview :

De quoi parle La biche ne se montre pas au chasseur précisément ?

Mon texte décrit une expérience intime dont certaines personnes, ayant des conceptions très arrêtées de ce que doit éprouver aujourd'hui une femme, ne veulent pas entendre parler, ou du moins pas ainsi, étouffant une des façons de vivre ces événements. Cependant, ce vécu et ces sentiments existent. Ce sont eux que j'ai voulu simplement raconter. Il est possible qu'un jour je raconte l'autre façon, une des autres façons de vivre ces mêmes faits. Ce n'est pas incompatible. Les émotions sont des réalités mêlées. Tout n'est pas noir ou blanc. Le droit est une chose, l'intimité, le désir, ou son absence, plus compliqués.

Tu as eu un peu de mal à trouver un éditeur pour ce livre… mais finalement, tu y es parvenue…

Il y a des éditeurs qui étaient sensibles à l’écriture, mais qui étaient un peu retissant par rapport au sujet. Certains le trouvaient trop féminin et d’autres pas assez féministes. Alors, que moi, je le revendique comme un texte féministe.

Est-ce important que ce texte soit féministe ?

Au départ, non. Quand j’étais universitaire, on évoquait la question de savoir s’il y avait une écriture féminine, je ne me sentais pas en phase avec cette question-là. Comme je muris et que je m’installe de plus en plus dans ce qui est « être adulte », je me dis que ce ne sont pas des questions anodines. N'étant pas de nature militante, j'ai pourtant l'impression dans ma vie de tous les jours de défendre tous les droits des femmes. Je me sens féministe, à ma façon, j’ai donc envie de revendiquer cette part de moi.

C’est amusant, parce que, personnellement, je trouve que le ton de ton livre est masculin.

D’autres éditeurs m’ont dit qu’ils le trouvaient trop cru. Moi, je trouve juste que mon écriture est intimiste, organique et physiologique.

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Tu racontes comment tes parents t’ont conçu, tu expliques certains examens gynécologiques… on ne peut pas dire que la pudeur t’étouffe.

Tu dis « tu », mais ce n’est pas forcément ma vie que je raconte, c’est celle de la narratrice.

Ah bon ! Je suis très surpris. J’ai lu ton livre en pensant que c’était autobiographique.

J’ai beaucoup de facilité à affirmer que la narratrice, ce n’est pas moi. Dans la mesure où ce n’est pas complètement moi, ce n’est pas autobiographique. Je serais incapable d’écrire un roman purement fictionnel, certes, mais je ne me reconnais pas dans l’héroïne de mon livre. Je ne sais même plus si ce que j’ai écrit est éloigné de la réalité.

Bon, à la base, tu as eu toi-même des difficultés à avoir un enfant. C’est proche de ce que vit ton héroïne, on est bien d’accord ?

Effectivement, j’étais dans une urgence d’avoir un enfant, et cette urgence-là, elle est dans le livre. J’ai pensé que je mettais très longtemps à parvenir à mes fins. Je le voulais presque en claquant des doigts. On n’a mis qu’un an, ce qui est à peu près normal de nos jours. Ce n’est pas une attente catastrophique. Et je n’ai pas fait tous les examens que la narratrice fait

Oui, ce n’est pas dramatique, mais on comprend bien que la narratrice a vécu cela comme un échec face à la dictature de la performance. Elle avait l’habitude d’avoir tout et tout de suite.

C’est un peu ça. Cette facilité à avoir les choses immédiatement reposait sur la volonté. Ça en revanche, c’est ma réalité aussi. On m’a toujours appris à me donner les moyens pour parvenir à mes souhaits, à être une battante. Ce qui m’intéressait, c’était justement ce point de la vie qui à la fois dépend du désir et échappe complètement à la volonté et à la maitrise. On est complètement démiurge, mais on ne maîtrise rien.

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Avoir un enfant est la plus belle chose qui peut arriver à une femme, il me semble.

Je ferai d’autres livres sur le sujet, c’est sûr. En tout cas, le fait de faire des enfants sera intégré. C’est là où se concentre notre toute-puissance ou notre impuissance.

La narratrice dit : « je suis responsable de mon corps, je suis donc responsable de mon infertilité ».

C’est un des discours féministes que j’ai pu enregistrer dans mon enfance et mon adolescence. Avec la pilule, l’avortement, on est maître de son corps. Ça marche dans un sens finalement, mais dans l’autre sens, c’est plus incertain.

Est-ce que tu te sens comprise dans le message que tu as voulu faire passer dans ce livre ?

Tu as lu le livre, donc tu connais son sujet caché. Par rapport à ce sujet, des lectrices sont venues me voir pour me dire qu’elles avaient vécu la même chose. Le problème, c’est que je n’ai pas vécu ce que je raconte. C’est tellement énorme que je ne veux pas usurper cette situation.

On lit des scènes « bestiaires »…

Pour moi, les animaux sont très liés à l’histoire sexuelle. J’ai en tête des images pornographiques avec des chevaux, des chiens… Ça me parait assez banal. Ça m’a aidé à appréhender la sexualité.

La grand-mère de la narratrice a une vision du sexe de l’homme un peu particulière ?

Ce personnage de grand-mère est très travaillé et on ne sait pas autre chose d’elle que le discours qu’elle a sur les hommes.

Quel genre de lectrices as-tu rencontré lors des salons que tu as faits ?

Il y a plusieurs types de lectrices. Il y a celles qui sont en train de songer à faire des enfants, celles qui essaient depuis un moment et qui n’y parviennent pas encore et celles, plus âgées qui n’ont pas eu d’enfants pour x raisons.

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Que veux-tu que l’on retienne de ton livre ?

Pas de leçon, pas de morale, mais j’avoue que j’ai une petite tendance à écrire des romans à thèse. En fait, ils sont plus dans l’interrogation que dans l’affirmation. Je me contente de semer des questions.

Moi, j’ai été scotché par le style et ta façon de raconter une histoire qui, à priori, ne m’intéressait pas au départ.

Je suis moi-même assez surprise, parce que finalement, je me découvre avec une écriture rude, une violence un peu larvée. Pour moi, c’est le plus beau des compliments que l’on dise que l’écriture prend le pas sur le sujet… Pour être sincère, j’ai peur de perdre cette écriture-là pour le prochain roman.

Tu as déjà bien entamé l’écriture de ton deuxième livre, je crois…

Il y aura les mêmes thèmes, mais traités différemment. Particulièrement le sujet de l’enfant et le passage de l’état d’adolescent à l’état adulte, qui sont les deux gros pôles de La biche ne se montre pas au chasseur. Ils rejoignent la question de la famille, de la descendance et de la filiation. Il y a aura aussi plus de sexe. Mon écriture est très liée au sexe, je ne sais pas pourquoi.

Te réclames-tu d’une école littéraire ?

J’ai été très longtemps fasciné par Marguerite Duras, ensuite, j’ai eu une phase de répulsion. Je pense qu’elle a compté beaucoup dans ma formation littéraire. Sinon, je suis très éclectique. J’aime l’œuvre des auteurs qui ne correspondent pas à ce que je fais moi, comme Proust, Céline, Houellebecq.

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13 mai 2012

Isabelle Autissier : interview pour "L'amant de Patagonie"

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Isabelle Autissier, ingénieur agronome, née en 1956 à Saint-Maur, ancienne navigatrice en solitaire jusqu’en 1999, présidente actuelle du World Wild Fund (France), est également connue comme une auteure de talent. Elle a écrit, chez Grasset, une biographie de Kerguelen (2004), Salut au Grand Sud (coécrit avec Erik Orsenna, 2006), Versant Océan, avec l’alpiniste Lionel Daudet (2008), et un roman remarqué, Seule la mer s’en souviendra (2009). Je l’ai interviewé à l’occasion de la sortie de L’amant de Patagonie. En voici la substantifique moelle pour Le magazine des loisirs culturel Auchan (daté du mois de mai 2012).

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Bonus mandorien :

C’est votre 7e livre, mais votre 2e roman.

Je vais jusqu’à dire que L’amant de Patagonie est mon premier roman 100%. Seule la mer s’en souviendra était inspiré d’un fait réel, même s’il était romancé. Là, c’est vraiment de la fiction.

Écrire des livres fictionnels vous taraudait depuis longtemps ?

Je suis une grande lectrice, alors évidemment, écrire un roman est de l’ordre du fascinant. Raconter des aventures vécues n’a rien à voir avec le fait d’inventer des histoires. Avec le roman, on est face à une page blanche et un monde à inventer de A à Z. Je voulais me lancer dans cette aventure, car je me  demandais si j’en étais capable et surtout, j’aime aller voir ailleurs, sortir de ma vie et mes expériences habituelles.

Vous sentez-vous l’âme d’un écrivain ?

C’est en tout cas ma façon de m’exprimer. J’aime les mots, j’aime leur musique, j’aime ce qu’ils portent comme imaginaire. On peut abattre toutes les frontières avec eux.

La mer est présente dans votre livre, moins que dans les précédents, mais quand même… arriverez-vous à vous détacher de la navigation dans vos livres.

Ma vie tourne autour de l’océan depuis longtemps et j’ai toujours eu le sentiment depuis petite fille que ma vie allait se passer là. Ce qu’il y a de bien avec la mer, c’est que l’on peut tout faire. J’ai eu une carrière scientifique, j’ai travaillé avec les marins pêcheurs,  j’ai eu une carrière sportive, maintenant, je suis plus dans le culturel. Je crois que je n’ai pas épuisé toutes les ressources que l’océan peut m’offrir d’un point de vue intellectuel en tout cas.

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En termes d’océans et de navigation, difficile de trouver plus légitime que vous, mais en termes d’écriture, cherchez-vous une légitimité ?

Je serais contente si je gagne cette légitimité. A partir du moment où on écrit, c’est que l’on se vit un minimum comme écrivain et qu’on a envie d’être lu. Bien sûr que la reconnaissance des lecteurs et de ses pairs est importante. Par contre, je n’ai pas forcément envie d’être dans une boite avec marquée dessus « écrivain ».

Le livre fini, quand il arrive dans vos mains, ça vous fait quoi ?

Ça concrétise des mois de travail, d’élan intérieur. L’envie de trouver les bons mots, l’envie d’être comprise. Un livre, c’est un peu un bébé qui va vivre sa vie… dont j’espère qu’elle sera belle.

Vous faites des salons du livre, vous rencontrez quelques écrivains… vous aimez bien ce milieu ?

J’aime bien parler de ce que j’aime, j’aime bien partager, j’aime bien emmener les gens dans ce qui m’a fait rêver moi, dans ce qui continue à me faire rêver. Toutes ces merveilles que j’ai la chance de voir et de vivre, il n’y aucune raison que je les garde pour moi. Être dans le partage et le compte rendu, depuis que j’ai arrêté la course au large, c’est ma façon de vivre et de travailler aujourd’hui.

Faire rêver les gens convient bien à la vie que vous avez menée finalement…

C’est important, il ne faut pas que rêver. Il faut aussi après se prendre par la main et se mettre au boulot, mais tout commence par des rêves.

12 mai 2012

Jean-Roch : Interview (video) pour "Music Saved My Life"

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roch1.JPGJean-Roch, tout le monde le connait comme le maître des nuits parisiennes, tropéziennes et cannoises. Mais, l’homme est aussi un dingue de musique. La musique qui fait bouger les pieds. Pas celle qui fait penser, d’autres s’en chargent parfaitement, non, la musique qui nous fait onduler le corps sans pouvoir le maîtriser (enfin, le votre, parce que le mien, il ne fait qu’écouter et je le maîtrise parfaitement. Je sais lui éviter les débordements).

Bref, Jean-Roch sort un album dance : Music Saved My Life.

Le site pour lequel je travaille, MusiqueMag est partenaire de cette sortie. Je me suis donc rendu dans son antre parisien, au VIP Room, le 12 avril dernier, pour une interview filmée.

La voici.

Et comme l’agence pour laquelle je travaille possède une sérieuse synergie d’entreprise, voici la version écrite destinée au Magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2012).

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Jean-Roch, le 12 avril 2012, au VIP Room de Paris, devant une oeuvre de Bono (U2). Après l'interview.

Et voici pour terminer, son nouveau clip en exclusivité mondiale de l'univers intersidéral, "Saint-Tropez".


JEAN-ROCH FEAT. SNOOP DOGG - SAINT-TROPEZ par Jean_Roch_Official

11 mai 2012

Alain Damasio : interview pour "Aucun souvenir assez solide"

Interview d’Alain Damasio, un auteur dont je connaissais l’existence, mais dont je n’avais lu aucun livre. Rien. Nada.

Et puis, pour les besoins de mon travail, je me suis plongé dans Aucun souvenir assez solide. J'ai senti souvent qu'il me manquait quelques repères intellectuels liés à ce genre littéraire... dont, habituellement, je ne suis pas le plus fervent amateur.

Voici sa bio trouvée sur le site de sa maison d’édition :

alain damasio,aucun souvenir assez solide,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorNé à Lyon en 1969, Alain Damasio caracole sur les cimes de l'imaginaire depuis la parution en 2004 de son deuxième roman, La Horde du contrevent (La Volte), Grand Prix de l'Imaginaire. Il explique sa prédilection pour les récits polyphoniques, et pour le travail physique, physiologique de la langue, par un besoin vital d'habiter plusieurs corps, et de se laisser lui-même habiter. Après la réédition par la Volte en 2007 de La Zone du Dehors (Cylibris, 2001), récit d'anticipation inspiré par Michel Foucault, il s'est lancé dans la création d'un ambitieux jeu vidéo et prépare actuellement son troisième roman.

Amplement salué par la critique, dévoré par le public, Alain damasio construit une œuvre rare, sans équivalent dans les littératures de l'imaginaire. Bienvenue au cœur d'un cyclone !

La Horde du Contrevent a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire 2006 et le prix Imaginales des Lycéens 2006. La Zone du Dehors a reçu le Prix Européen Utopiales 2007.

Voici l'interview publiée dans Le Magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2012).

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10 mai 2012

Yannick Noah : interview pour "hommage"

Troisième rencontre avec la personnalité préférée des Français (la première, en 1997, ici, la seconde, en 2010, ).

C’était le 3 avril dernier dans une chambre de l’Hôtel de Sers, à l’occasion de la sortie de son album Hommage à Bob Marley…

Si je ne suis pas fan de son œuvre musicale, j’apprécie toujours les interviews qu’il m’accorde.

Voici le fruit de ce moment passé avec Yannick Noah… pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2012).

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A l'issue de l'interview... le 3 avril 2012.

09 mai 2012

Gaspard Proust : interview pour la sortie DVD de "L'amour dure trois ans"

Gaspard Proust est mon humoriste préféré. Il est cinglant, féroce, décapant, cru, une mauvaise foi jubilatoire. Un fils de bonne famille qui débite des horreurs sans ciller. Pas un mot plus haut que l'autre. Aucun effet théâtral.

Je suis fan.

Pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2012) qui sort aujourd’hui, je l’ai interviewé à l’occasion de la sortie en DVD du film L’amour dure trois ans. Avant de commencer notre conversation, je lui ai demandé d’abandonner son second degré pour le bien de mon article. Il a accepté.

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L’AMOUR DURE TROIS ANS : BANDE-ANNONCE Full HD... par baryla

05 mai 2012

Sigolène Vinson : interview pour "J'ai déserté le pays de l'enfance"

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Il m’arrive d’avoir du retard à l’allumage.

De passer à côté d’un livre.

Et puis, un jour, les hasards, les coïncidences, tout ce à quoi je ne crois pas, (mais appelez cela comme vous voulez), nous mettent sur le chemin d’un auteur, puis d’un livre.

J’ai donc lu le livre de Sigolène Vinson, J’ai déserté le pays de l’enfance (sorti le 18 août 2011).  Moi qui n’y suis pas parvenu (déserter le pays de l’enfance), je ne me suis pourtant pas senti éloigné du ressenti de l’auteure sur la vie et son sens.

Après lecture, le 25 avril dernier, je suis allé chez elle pour en parler. Au programme (que je ne raconte pas forcément dans cette chronique) : café, pains au chocolat, livres, musique, conversation mandorienne, une voisine bruyante... et le temps qui casse, mais que je ne vois pas passer.

sigolene vinson,j'ai deserté le pays de l'enfance,interview,mandor4e de couverture :

Je rêve d’autre chose…
La vie d’adulte, en nous mettant un métier et un salaire entre les mains, brade nos souvenirs, remise nos idéaux, raille nos folies de jeunesse. Un jour pourtant, l’enfance se rappelle à nous, cette époque où l’on était quelqu’un, où l’on était sûr de le devenir.
Avocate à Paris, S. V. supporte de plus en plus mal les compromis, les trajets en métro, les ciels gris et sa robe noire.
Loin, à la Corne de l’Afrique, il y a Djibouti, qu’elle a déserté à la fin de l’enfance. Le pays des braves, des pêcheurs, des bergers, de la mer et du vent. Une terre d’aventuriers où séjournèrent Arthur Rimbaud, Henry de Monfreid, où l’on raconte qu’accosta Corto Maltese. Un ailleurs où elle doit revenir pour ne pas mourir bête, pour ne pas mourir singe, le pays du premier homme, des origines et des possibles.

Biographie :

Sigolène Vinson est comédienne, avocate et écrivain. Elle a été formée au Cours Florent et au Cours Viriot. Elle a joué dans des clips vidéo ou des courts métrages comme Anagramme de Vincent Mottez. Au cinéma, elle joue entre autres dans Fauteuils d'orchestre de Danièle Thomson. Au théâtre, elle a joué dans La mandragore de Machiavel, Le précepteur de Brecht et Noces de Sang de Lorca.

Elle était avocate pendant sept ans, inscrite au barreau de Paris.

Sigolène Vinson a déjà écrit deux romans au Masque avec Philippe Kleinmann : Bistouri Blues, Prix du Roman d'Aventures (2007), et Double Hélice.

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Interview :

Le chemin fut épique pour parvenir à sortir cette auto fiction…

Ce qui est étrange, c’est que j’avais soumis d’autres textes aux maisons d’édition et notamment un auquel je croyais très fort, l’histoire d’une tentative d’implantation russe à la corne de l’Afrique et 1889, Le fort de Sagallo. Chez Grasset, Emmanuel Carcassonne l’avait beaucoup aimé. Il l’avait retravaillé avec moi, finalement, il n’est pas passé au comité de lecture. J’ai eu 2 voix "pour" moi et 3 "contre".

Ensuite, tu as envoyé ce même texte aux éditions Gallimard.

Philippe Demanet, secrétaire littéraire du service des manuscrits, m’appelle pour me dire qu’il le trouve beau. Après plusieurs coups de fil, il m’annonce lui aussi que ça ne passe pas parce qu’il est trop « poétique ». Cela étant, effectivement, moi-même, je ne suis pas sûre d’être capable de lire 400 pages de poésie.

Tu fais quoi, du coup, après ces deux « oui, mais non finalement » ?

Je laisse tomber ce texte en pensant que c’est ce que j’ai pourtant écrit de plus beau. Ensuite, je me mets à en écrire un autre complètement romanesque, Le pingouin. 70 pages format A4 sur une épave dans la vasière à Djibouti. Je l’envoie à Denis Bouchain à qui j’avais déjà fait parvenir un premier texte, 4 ans auparavant… celui qui deviendra,  J’ai déserté le pays de l’enfance. Il me dit qu’il y a quelque chose à faire avec Le pingouin, mais que, pour le moment, il n’est pas assez dense. Puisqu’il veut de la densité, je lui envoie Le fort de Sagallo. Il souhaite me rencontrer et me demande si je n’ai pas un autre texte à lui soumettre. J’ai retravaillé nuit et jour J’ai déserté le pays de l’enfance, qui ne s’appelait pas ainsi à l’époque, et il finit par me dire que mon premier roman sera celui-là.

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Revenons donc à ce livre qui met en scène une avocate qui est déçue par le chemin que prend sa vie professionnelle, à contre-courant de ses propres valeurs. Un jour, elle va plaider contre un homme qui n’a aucune arme pour se défendre et dont elle sait qu’elle va l’écraser. Au lieu de cela, elle s’évanouit, puis va passer 4 jours en Hôpital Psychiatrique. Tout s’est passé réellement comme tu le décris ?

Non, j’ai travesti un peu la réalité. Je ne suis pas restée 4 jours, mais 6 jours en HP. Mais le reste s’est déroulé pratiquement comme je le raconte.

Avec le recul, aller en HP, ça t’a aidé ?

Je pense que je ne serais plus là pour te répondre si je n’y étais pas allée. Ce que je ne raconte pas, c’est que, bien avant cela, je me suis retrouvée plusieurs fois aux urgences, mais jamais aucun médecin n’a pensé que cela nécessitait un séjour en psychiatrie. Visiblement, cette fois-ci, la personne que j’ai vue à posé le bon diagnostic. Au moment où j’arrive à l’hôpital Ambroise Paré, à côté de moi, il y a une jeune femme qui a fait une tentative de suicide concrète, pourtant, elle, on l’a renvoyé chez elle. En me voyant, le médecin avait compris qu’il y avait danger. Je lui tire mon chapeau.

Tu évoques dans ce livre ton enfance passée à Djibouti, ta déception d’être rentrée à Paris et la difficulté de t’extirper de ton enfance.  Même si tout cela est lié, ton métier tel que tu l’as pratiqué ne t’a aidé en rien à régler ce que tu avais dans la tête…

Ce métier d’avocat, qui est normalement un métier de passion et d’idéaux, je me suis vite rendu-compte que je ne l’exerçais pas de la façon dont je l’avais rêvé. Mais ce livre est complètement une construction intellectuelle. J’ai essayé de comprendre, sans faire d’analyse, pourquoi j’en étais arrivée là et j’en ai fait un objet littéraire.

sigolene vinson,j'ai deserté le pays de l'enfance,interview,mandorTu reviens en France au milieu des années 80, dans une période particulière.

C’est effectivement une période assez forte de solidarité, de manifestations étudiantes, etc. Je trouvais que les gens étaient nourris d’idéaux, de générosité et de partage. Je m’étais dit que j’allais remplacer les paysages de Djibouti par ces combats-là.

Tu as été élevée dans le militantisme.

Disons, qu’il n’y avait pas une discussion à table qui n’était pas politique. Ca marque terriblement  Je me suis aperçue que ma vie d’adulte ne correspondait pas du tout à mes idéaux. Et même, au jour le jour, je trahissais tout ça.

Ton enfance particulière dans un pays étranger est le fruit de ce livre, la base de tout.

Djibouti n’est pas un pays anodin, c’est le pays d’Arthur Rimbaud où le poète a cessé d’être poète. Pourquoi a-t-il cessé d’être un poète ? Qu’est-ce qu’il a trouvé là-bas qu’il ne trouvait pas ailleurs dans la poésie ? Pour moi, Djibouti, c’est le triangle des Afars, là où on a trouvé le premier homme, donc j’ai associé mon enfance à la naissance des hommes et à leur fin aussi. J’essaie de faire ce parallèle entre l’Existence (la naissance des Hommes), leur fin et ma naissance et ma fin à moi. J’ai en fait un livre, mais je le ressens vraiment dans mon corps.

Dans ton livre, quand tu parles de ta vie à Paris, c’est frontal, dès que tu abordes Djibouti, ta langue devient poétique…

C’était pour faire la différenciation entre Djibouti et le gris de la vie parisienne. La partie en HP est assez contemporaine, une écriture assez proche de l’oralité, que je n’ai pas moi même. Tu sais, au fond, l’écriture frontale, je ne l’aime pas. Moi, en vrai, je suis beaucoup plus tendre que la narratrice. Je trouve même que dans certains passages, la narratrice est très méprisante et crue.

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La jeune femme partage sa vie entre la littérature et la musique...

Ce livre te sert-il à tourner la page ?

C’est la publication en elle-même qui a été importante. Ça faisait tellement longtemps que j’écrivais que j’avais besoin de trouver quelqu’un comme Denis Bouchain. Une personne qui me fasse confiance et qui m'encourage.

Aujourd’hui, rien n’est réglé pour toi ?

Je vois bien que je ne vis pas comme les autres femmes de mon âge. Parfois, mes amis me paraissent beaucoup plus heureux que moi et parfois, beaucoup plus malheureux. Je ne sais pas où est la bonne manière de vivre, ce qui est sûr, c’est que je suis un peu en dehors. Aujourd’hui, je n’ai plus de métier. Je suis réceptionniste dans un hôtel 24 heures par semaine les week-ends, je vis dans le studio que j’avais quand j’étais étudiante, je n’ai pas de compagnon, pas d’enfant, pas de voiture.

Tout ça est remplacé par l’écriture.

C’est le choix que j’ai fait et j’en suis très contente. Il est difficile à prendre et à comprendre, mais aujourd’hui, je l’assume.

Est-ce que l’on peut parler d’une forme de liberté ?

Je me sens libre, en tout cas. Quand je marche seule dans les rues de Paris ou dans les déserts  djiboutiens, je me sens libre comme personne. Bon, je n’ai pas d’écran plat, ni d’iPhone, mais je suis super libre.

Tu écris un nouveau roman en ce moment ?

Je suis sur un projet romanesque qui s’appelle Le collier de perles. Si à la base, c’est une stratégie géopolitique chinoise, je raconte l’histoire d’un Français qui travaille pour la chine et qui se déplace en cargo marchand. Il négocie pour la chine des contrats avec les pays qui jalonnent la voie maritime des matières premières dont la chine à besoin. C’est un objet littéraire très étrange. Un thriller économico-politique, mais avec de la poésie dedans.

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Bonus :

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Un film de Raphaël Pellegrino relate les débuts dans la littérature de Sigolène Vinson (et de Margaux Guyon).

Sigolène Vinson.
Margaux Guyon.
Deux premiers romans.
Deux autofictions.
Pour l'une, une enfance à Djibouti, mythifiée; pour l'autre, une adolescence à Cavaillon, honnie.
Un même éditeur, Plon.
Le 18 août, ils étaient 700, comme elles, à intégrer les rayons des libraires.
C'était la rentrée littéraire.
Ceci est le film de leur aventure.


Sigolène et Margaux - Une rentrée littéraire, un... par SIGOLENEETMARGAUX

02 mai 2012

Erwan Larher : interview pour Autogenèse

erwan larher,autogenèse,interview,mandorLa première fois que j’ai mandorisé Erwan Larher, c’était il y a deux ans, pour son premier roman, Qu’avez-vous fait de moi.  Il suffit de relire cette chronique pour comprendre à quel point j’avais été impressionné par son écriture et son propos. Des termes dithyrambiques en veux-tu en voilà… bref, Larher était pour moi un choc littéraire.

Quand on a un coup de cœur comme celui-ci, évidemment, on a peur d’être déçu par le second roman. Et si le souffle, la rage de dire, de convaincre, de donner des coups de pieds dans les nombreuses fourmilières sociétales n’y étaient plus ? Si cet auteur avait décidé de se reposer sur ses lauriers en ne faisant que poursuivre le chemin balisé du premier ? S’il ne nous surprenait plus ?

Avec Autogenèse, le type, en fait, il récidive. Époustoufle. Dérange. Déclenche l'hilarité autant que l'angoise.

L’Humanité à découvert, l’Humanité redécouverte.

Sans humanité.

Une écriture enlevée, magnifique et percutante. Et qui questionne. En permanence. On ressort de cette lecture jubilatoire parfaitement crevé… mais heureux.

(Voire un peu plus intelligent).

(Voire un peu plus humain).

erwan larher,autogenèse,interview,mandor4e de couverture :

Il se réveille, nu, dans une maison isolée.
Il ne se souvient plus de rien. Il se lance dans le monde, à la recherche de son passé et de son identité. C'est un destin qu'il trouvera, agrémenté d'une mystérieuse ange gardien à la gâchette facile, d'un journaliste schizophrène, d'un bienfaiteur sans scrupule. Dans son turbulent sillage, les trajectoires se déjettent, pas toujours en douceur. D'exclu amnésique, jouet du hasard, nom de code Icare, il devient maître du jeu.
Mais certains n'ont pas l'intention de le laisser faire... Roman picaresque et politique, Autogenèse interroge sur la folie et la grandeur des hommes, entrelaçant parcours singuliers et Histoire en marche. Peut-on (se) construire en misant sur le bon sens contre les passions, les émotions ? Peut-on (se) bâtir sans mémoire ? Et qui est ce diable d'Icare ?

L’auteur :
Auteur de pièces de théâtre, chansons et scénarios, Erwan Larher a publié son premier roman, Qu’avez-vous fait de moi ? en 2010.

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erwan larher,autogenèse,interview,mandorInterview (réalisée le 24 avril  dernier dans les locaux de "l'agence".):

C’est un livre qui a mis du temps à aboutir.

C’est une idée que j’ai eue il y a quelques années. J’ai commencé à l’écrire en 2005 et puis j’ai été absorbé par d’autres projets. J’ai laissé de côté et me disant que j’y reviendrais.

L’entreprise était gigantesque dans ce projet. Il fallait donc que tu sois bien concentré.

Oui, mais au départ, je ne m’en rendais pas autant compte que cela. Ma base de départ était : que se passerait-il si Candide était jeté dans notre monde d’aujourd’hui? Un type qui n’a pas d’a priori, pas de présupposé et ensuite, du coup, pas de passé. Il se demande pourquoi constamment. Pourquoi on fait telle chose, ou telle autre. Jusqu’au moment où on ne peut plus se demander pourquoi. La matriochka théorie, quoi !

Ton roman est foisonnant, il part dans de nombreuses directions, mais d’une manière telle que l’on retombe toujours sur ses pieds…

Quand j’ai repris le bébé, après Qu’avez-vous fait de moi, je me suis quand même dit que j’étais bien prétentieux, en tout cas bien ambitieux, de m’attaquer à un projet de cette nature, même si je n’aime pas l’expression, à un roman « monde ». Quand on crée un monde, il faut créer les super structures, mais aussi, les infrastructures. Le macro et le micro. Comment vivent les gens au quotidien et comment tout ça est régi ? Il faut que ça reste cohérent, il ne faut pas que ça prenne trop de place parce que sinon on a des descriptions super chiantissimes sur la manière dont le pouvoir politique se transmet, dont les institutions fonctionnent. Parfois, j’ai un peu baissé les bras devant l’ampleur de la tâche et je me suis souvent dit que j’allais mettre 20 ans à finir ce livre.

Ce monde que tu as créé ressemble au nôtre. C’est même la France, mais avec quelques variations. C’est le Canada Dry de notre monde. L’équilibre entre « c’est différent » et « c’est pareil » doit être compliqué à trouver, non ?

Oui, et ça n’a pas été de tout repos. Il y a plein d’autres éléments de ce monde que j’ai imaginé, puis que j’ai viré. Je voulais éviter la branlette d’écrivain. J’avais écrit beaucoup de détails, comme savoir si les voitures roulent ou si les voitures volent… ça n’a aucun intérêt dans mon roman. Mon gros travail a été de virer l’anecdotique pour ne garder uniquement ce qui était essentiel à la compréhension de l’évolution de l’humanité telle que je la voyais.

Dans ton roman, le contexte économique n’est pas tout à fait le même qu’aujourd’hui. Il a fallu que tu inventes aussi une situation géopolitique chamboulée. Tu as fait fusionner l’Espagne et le Portugal par exemple, la Suisse et la Belgique aussi d’ailleurs.

Encore une fois, tout ça, c’est le cadre. Pour moi, le plus important c’était de dire : si on n’y fait pas attention, voilà où ça peut nous mener. Pour s’en sortir, on s’unit. Je pose finalement deux questions : quid de l’humanité et dans quel sens va-t-on collectivement ? Il n’y a pas de collectif sans individuel et vice versa, donc nous sommes tous responsables de ce qu’il se passe aujourd’hui et de l’évolution que prend le monde.

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Tu évoques le système de la sécurité sociale qui évolue de manière fort peu conventionnelle, voire tragique. Par exemple, tu expliques qu’on obtient les indemnités de sécu contre des travaux d’intérêt général.

Si on regarde bien, c’est la pente sur laquelle on est. Il y a de plus en plus de déremboursement. On nous dit de nous couvrir de plus en plus, donc de prendre des mutuelles. Nous allons donc avoir un système privé de l’assurance maladie, comme ce qu’il se fait aux États-Unis et dans tous les pays libéraux. Un jour on va te dire : « ok ! Je te rembourse tes médocs, mais tu vas tailler les haies dans les jardins publics… ». Je te rappelle que pour le RSA, on est en train de dire : « on vous donne un peu d’argent pour que vous ne creviez pas la gueule ouverte, mais en échange il va falloir balayer le bord des routes »… ce qui, soit dit en passant, est du travail dissimulé. C’est moyen légal. Dans mon livre, comme on plonge dans un futur proche, ça peut paraître un peu brutal.

Ikéa (qui s’appelle aussi parfois  Icare, Harvey ou Arsène) est ton héros principal. Il ne comprend rien à ce qui lui arrive, mais il n’est jamais étonné pour autant.

Il est placide. En fait, je ne vais pas raconter pourquoi il est comme ça, ce serait raconter la fin du livre. Juste, il n’est pas dans l’émotion, du tout, du tout. Il est dans la contemplation et le bon sens. Comme il ne se rappelle de rien, il n’a aucun à priori et il est vierge de tout. Son disque dur se grave au fur et à mesure, donc il absorbe et il essaie de comprendre. Au bout d’un moment, il comprend en tout cas qu’il faudrait peut-être qu’il interagisse avec ce monde. C’est ce qu’il va faire, même un peu malgré lui.

Tu n’as pas eu peur que le lecteur s’égare avec le nombre impressionnant qu’il y a de personnages ?

Ça, je m’en fous. Si on commence à écrire les choses pour les lecteurs, on ne s’en sort plus. S’il faut prendre le plus petit commun dénominateur… les gens n’aiment pas quand c’est trop long, quand il y a trop de personnages, quand il y a des mots trop compliqués, il ne faut pas qu’il y ait trop de morts, trop de sexe, mais un peu quand même… Quand tu mets tout ça dans un pot pour avoir plaire potentiellement aux plus de lecteurs possible, tu ne fais finalement plus rien… ou alors, tu fais un téléfilm de Josée Dayan. Tu t’ennuies.

Mon portable sonne. Il me dit : Vas-y répond, j’ai vu que c’était Mylène Farmer ! Je réponds que non, ça peut attendre, c’est Jean-Jacques Goldman.

As-tu l’impression que ton roman à été compris par tout le monde ?

Oui, je trouve. C’est super ce qu’il se passe avec ce livre. J’ai des retours magnifiques. C’est très émouvant. Je sens un truc particulier entre les personnes qui ont lu Autogenèse. C’est comme s’ils partageaient un truc, un secret ou une bonne adresse, je ne sais pas comment dire. Il y a une connivence. C’est prétentieux de dire ça, je le sais bien, mais c’est comme ça que je le ressens.

Tu sais que ton livre ne trouvera pas un public large.

L’important, c’est que je suis très fier de ce livre.

Moi, je suis sûr que ton succès sera sur la durée.

Je suis content de te l’entendre dire. C’est pour cela que j’écris.

Autogenèse est aussi un roman d’aventures. Il n’y a aucun temps mort…

J’aime lire des livres et j’aime que l’auteur parvienne à me transporter, à me donner envie de tourner la page. Donc j’écris des livres que j’aimerais bien lire. Sans rentrer dans des considérations philosophiques, je crois que l’on est ce que l’on fait dans la vie. Ce sont nos actes et nos engagements qui nous définissent. Le discours, c’est juste de l’enrobage. L’action, c’est important dans la vie, c’est important aussi dans un livre.

Une de tes façons d’agir, c’est d’écrire et dénoncer ?

Oui, c’est mon engagement citoyen.

Tu as voté et milité pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour... on peut en parler ?

Oui, mais ça, c’est un engagement personnel. Ça n’a rien à voir avec mes écrits. Un livre, ce doit être intemporel. J’estime qu’on doit pouvoir lire Autogenèse dans 50 ans et toujours comprendre l’histoire et les mécanismes sans que cela soit daté. Je sépare bien mes engagements citoyens et ce que j’écris. C’est important à comprendre : ce que j’écris n’est pas militant.

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Lors de l'interview...

J’ai le sentiment du contraire, Erwan.

L’auteur ne prend pas position dans mon livre.

Oui, mais à partir du moment où tu dénonces les excès de la société, sa barbarie, sa mesquinerie… c’est déjà militer, non ?

Oui, peut-être que l’acte de l’écrire est militant, si on part du principe qu’être écrivain, c’est déjà un engagement.

Pourquoi être écrivain est-il un engagement ?

Parce que l’on travaille 6 à 10 heures par jour pendant des mois. C’est un engagement dans la société pour changer la société, changer les choses et donner à réfléchir, à voir le monde autrement... et ce, presque bénévolement.  Dans Autogenèse, il y a mes convictions et toutes mes tripes.

Tu m’as dit en off tout à l’heure que tu n’avais plus le temps de prendre ton temps. Tu es donc déjà sur un prochain roman.

Oui, il devrait sortir à la rentrée littéraire prochaine. Il s’appelle Cherchez le garçon… ça va te plaire.

Référence à Taxi Girl ?

Évidemment. Ce roman se situe fin des années 70, début des années 80. Quant à la suite d’Autogenèse, je compte le sortir en septembre 2013.

Depuis la dernière fois que je t’ai mandorisé, tu es devenu un homme de télévision… tu présentes à TV Tours, une fois par mois, des livres que tu aimes bien et que tu as envie de défendre.

Oui, mais attention, je ne suis pas critique littéraire, juste, je me permets de dire ce que je pense sur certaines de mes lectures, à un niveau émotionnel… et pas intellectuel. J’ai trop de respect pour les vrais critiques littéraires, des gens capables de croiser des textes à plusieurs époques, d’inscrire tel ou tel écrit dans une histoire littéraire spécifique, pour prétendre au titre de « critique ».

Mais tu peux prétendre sans problème au titre d’écrivain futurement culte. Je ne cesse de le répéter et le temps me donnera raison.

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J'ai toujours rêvé que ma fille rencontre un auteur culte. C'est fait.