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02 mai 2012

Erwan Larher : interview pour Autogenèse

erwan larher,autogenèse,interview,mandorLa première fois que j’ai mandorisé Erwan Larher, c’était il y a deux ans, pour son premier roman, Qu’avez-vous fait de moi.  Il suffit de relire cette chronique pour comprendre à quel point j’avais été impressionné par son écriture et son propos. Des termes dithyrambiques en veux-tu en voilà… bref, Larher était pour moi un choc littéraire.

Quand on a un coup de cœur comme celui-ci, évidemment, on a peur d’être déçu par le second roman. Et si le souffle, la rage de dire, de convaincre, de donner des coups de pieds dans les nombreuses fourmilières sociétales n’y étaient plus ? Si cet auteur avait décidé de se reposer sur ses lauriers en ne faisant que poursuivre le chemin balisé du premier ? S’il ne nous surprenait plus ?

Avec Autogenèse, le type, en fait, il récidive. Époustoufle. Dérange. Déclenche l'hilarité autant que l'angoise.

L’Humanité à découvert, l’Humanité redécouverte.

Sans humanité.

Une écriture enlevée, magnifique et percutante. Et qui questionne. En permanence. On ressort de cette lecture jubilatoire parfaitement crevé… mais heureux.

(Voire un peu plus intelligent).

(Voire un peu plus humain).

erwan larher,autogenèse,interview,mandor4e de couverture :

Il se réveille, nu, dans une maison isolée.
Il ne se souvient plus de rien. Il se lance dans le monde, à la recherche de son passé et de son identité. C'est un destin qu'il trouvera, agrémenté d'une mystérieuse ange gardien à la gâchette facile, d'un journaliste schizophrène, d'un bienfaiteur sans scrupule. Dans son turbulent sillage, les trajectoires se déjettent, pas toujours en douceur. D'exclu amnésique, jouet du hasard, nom de code Icare, il devient maître du jeu.
Mais certains n'ont pas l'intention de le laisser faire... Roman picaresque et politique, Autogenèse interroge sur la folie et la grandeur des hommes, entrelaçant parcours singuliers et Histoire en marche. Peut-on (se) construire en misant sur le bon sens contre les passions, les émotions ? Peut-on (se) bâtir sans mémoire ? Et qui est ce diable d'Icare ?

L’auteur :
Auteur de pièces de théâtre, chansons et scénarios, Erwan Larher a publié son premier roman, Qu’avez-vous fait de moi ? en 2010.

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erwan larher,autogenèse,interview,mandorInterview (réalisée le 24 avril  dernier dans les locaux de "l'agence".):

C’est un livre qui a mis du temps à aboutir.

C’est une idée que j’ai eue il y a quelques années. J’ai commencé à l’écrire en 2005 et puis j’ai été absorbé par d’autres projets. J’ai laissé de côté et me disant que j’y reviendrais.

L’entreprise était gigantesque dans ce projet. Il fallait donc que tu sois bien concentré.

Oui, mais au départ, je ne m’en rendais pas autant compte que cela. Ma base de départ était : que se passerait-il si Candide était jeté dans notre monde d’aujourd’hui? Un type qui n’a pas d’a priori, pas de présupposé et ensuite, du coup, pas de passé. Il se demande pourquoi constamment. Pourquoi on fait telle chose, ou telle autre. Jusqu’au moment où on ne peut plus se demander pourquoi. La matriochka théorie, quoi !

Ton roman est foisonnant, il part dans de nombreuses directions, mais d’une manière telle que l’on retombe toujours sur ses pieds…

Quand j’ai repris le bébé, après Qu’avez-vous fait de moi, je me suis quand même dit que j’étais bien prétentieux, en tout cas bien ambitieux, de m’attaquer à un projet de cette nature, même si je n’aime pas l’expression, à un roman « monde ». Quand on crée un monde, il faut créer les super structures, mais aussi, les infrastructures. Le macro et le micro. Comment vivent les gens au quotidien et comment tout ça est régi ? Il faut que ça reste cohérent, il ne faut pas que ça prenne trop de place parce que sinon on a des descriptions super chiantissimes sur la manière dont le pouvoir politique se transmet, dont les institutions fonctionnent. Parfois, j’ai un peu baissé les bras devant l’ampleur de la tâche et je me suis souvent dit que j’allais mettre 20 ans à finir ce livre.

Ce monde que tu as créé ressemble au nôtre. C’est même la France, mais avec quelques variations. C’est le Canada Dry de notre monde. L’équilibre entre « c’est différent » et « c’est pareil » doit être compliqué à trouver, non ?

Oui, et ça n’a pas été de tout repos. Il y a plein d’autres éléments de ce monde que j’ai imaginé, puis que j’ai viré. Je voulais éviter la branlette d’écrivain. J’avais écrit beaucoup de détails, comme savoir si les voitures roulent ou si les voitures volent… ça n’a aucun intérêt dans mon roman. Mon gros travail a été de virer l’anecdotique pour ne garder uniquement ce qui était essentiel à la compréhension de l’évolution de l’humanité telle que je la voyais.

Dans ton roman, le contexte économique n’est pas tout à fait le même qu’aujourd’hui. Il a fallu que tu inventes aussi une situation géopolitique chamboulée. Tu as fait fusionner l’Espagne et le Portugal par exemple, la Suisse et la Belgique aussi d’ailleurs.

Encore une fois, tout ça, c’est le cadre. Pour moi, le plus important c’était de dire : si on n’y fait pas attention, voilà où ça peut nous mener. Pour s’en sortir, on s’unit. Je pose finalement deux questions : quid de l’humanité et dans quel sens va-t-on collectivement ? Il n’y a pas de collectif sans individuel et vice versa, donc nous sommes tous responsables de ce qu’il se passe aujourd’hui et de l’évolution que prend le monde.

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Tu évoques le système de la sécurité sociale qui évolue de manière fort peu conventionnelle, voire tragique. Par exemple, tu expliques qu’on obtient les indemnités de sécu contre des travaux d’intérêt général.

Si on regarde bien, c’est la pente sur laquelle on est. Il y a de plus en plus de déremboursement. On nous dit de nous couvrir de plus en plus, donc de prendre des mutuelles. Nous allons donc avoir un système privé de l’assurance maladie, comme ce qu’il se fait aux États-Unis et dans tous les pays libéraux. Un jour on va te dire : « ok ! Je te rembourse tes médocs, mais tu vas tailler les haies dans les jardins publics… ». Je te rappelle que pour le RSA, on est en train de dire : « on vous donne un peu d’argent pour que vous ne creviez pas la gueule ouverte, mais en échange il va falloir balayer le bord des routes »… ce qui, soit dit en passant, est du travail dissimulé. C’est moyen légal. Dans mon livre, comme on plonge dans un futur proche, ça peut paraître un peu brutal.

Ikéa (qui s’appelle aussi parfois  Icare, Harvey ou Arsène) est ton héros principal. Il ne comprend rien à ce qui lui arrive, mais il n’est jamais étonné pour autant.

Il est placide. En fait, je ne vais pas raconter pourquoi il est comme ça, ce serait raconter la fin du livre. Juste, il n’est pas dans l’émotion, du tout, du tout. Il est dans la contemplation et le bon sens. Comme il ne se rappelle de rien, il n’a aucun à priori et il est vierge de tout. Son disque dur se grave au fur et à mesure, donc il absorbe et il essaie de comprendre. Au bout d’un moment, il comprend en tout cas qu’il faudrait peut-être qu’il interagisse avec ce monde. C’est ce qu’il va faire, même un peu malgré lui.

Tu n’as pas eu peur que le lecteur s’égare avec le nombre impressionnant qu’il y a de personnages ?

Ça, je m’en fous. Si on commence à écrire les choses pour les lecteurs, on ne s’en sort plus. S’il faut prendre le plus petit commun dénominateur… les gens n’aiment pas quand c’est trop long, quand il y a trop de personnages, quand il y a des mots trop compliqués, il ne faut pas qu’il y ait trop de morts, trop de sexe, mais un peu quand même… Quand tu mets tout ça dans un pot pour avoir plaire potentiellement aux plus de lecteurs possible, tu ne fais finalement plus rien… ou alors, tu fais un téléfilm de Josée Dayan. Tu t’ennuies.

Mon portable sonne. Il me dit : Vas-y répond, j’ai vu que c’était Mylène Farmer ! Je réponds que non, ça peut attendre, c’est Jean-Jacques Goldman.

As-tu l’impression que ton roman à été compris par tout le monde ?

Oui, je trouve. C’est super ce qu’il se passe avec ce livre. J’ai des retours magnifiques. C’est très émouvant. Je sens un truc particulier entre les personnes qui ont lu Autogenèse. C’est comme s’ils partageaient un truc, un secret ou une bonne adresse, je ne sais pas comment dire. Il y a une connivence. C’est prétentieux de dire ça, je le sais bien, mais c’est comme ça que je le ressens.

Tu sais que ton livre ne trouvera pas un public large.

L’important, c’est que je suis très fier de ce livre.

Moi, je suis sûr que ton succès sera sur la durée.

Je suis content de te l’entendre dire. C’est pour cela que j’écris.

Autogenèse est aussi un roman d’aventures. Il n’y a aucun temps mort…

J’aime lire des livres et j’aime que l’auteur parvienne à me transporter, à me donner envie de tourner la page. Donc j’écris des livres que j’aimerais bien lire. Sans rentrer dans des considérations philosophiques, je crois que l’on est ce que l’on fait dans la vie. Ce sont nos actes et nos engagements qui nous définissent. Le discours, c’est juste de l’enrobage. L’action, c’est important dans la vie, c’est important aussi dans un livre.

Une de tes façons d’agir, c’est d’écrire et dénoncer ?

Oui, c’est mon engagement citoyen.

Tu as voté et milité pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour... on peut en parler ?

Oui, mais ça, c’est un engagement personnel. Ça n’a rien à voir avec mes écrits. Un livre, ce doit être intemporel. J’estime qu’on doit pouvoir lire Autogenèse dans 50 ans et toujours comprendre l’histoire et les mécanismes sans que cela soit daté. Je sépare bien mes engagements citoyens et ce que j’écris. C’est important à comprendre : ce que j’écris n’est pas militant.

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Lors de l'interview...

J’ai le sentiment du contraire, Erwan.

L’auteur ne prend pas position dans mon livre.

Oui, mais à partir du moment où tu dénonces les excès de la société, sa barbarie, sa mesquinerie… c’est déjà militer, non ?

Oui, peut-être que l’acte de l’écrire est militant, si on part du principe qu’être écrivain, c’est déjà un engagement.

Pourquoi être écrivain est-il un engagement ?

Parce que l’on travaille 6 à 10 heures par jour pendant des mois. C’est un engagement dans la société pour changer la société, changer les choses et donner à réfléchir, à voir le monde autrement... et ce, presque bénévolement.  Dans Autogenèse, il y a mes convictions et toutes mes tripes.

Tu m’as dit en off tout à l’heure que tu n’avais plus le temps de prendre ton temps. Tu es donc déjà sur un prochain roman.

Oui, il devrait sortir à la rentrée littéraire prochaine. Il s’appelle Cherchez le garçon… ça va te plaire.

Référence à Taxi Girl ?

Évidemment. Ce roman se situe fin des années 70, début des années 80. Quant à la suite d’Autogenèse, je compte le sortir en septembre 2013.

Depuis la dernière fois que je t’ai mandorisé, tu es devenu un homme de télévision… tu présentes à TV Tours, une fois par mois, des livres que tu aimes bien et que tu as envie de défendre.

Oui, mais attention, je ne suis pas critique littéraire, juste, je me permets de dire ce que je pense sur certaines de mes lectures, à un niveau émotionnel… et pas intellectuel. J’ai trop de respect pour les vrais critiques littéraires, des gens capables de croiser des textes à plusieurs époques, d’inscrire tel ou tel écrit dans une histoire littéraire spécifique, pour prétendre au titre de « critique ».

Mais tu peux prétendre sans problème au titre d’écrivain futurement culte. Je ne cesse de le répéter et le temps me donnera raison.

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J'ai toujours rêvé que ma fille rencontre un auteur culte. C'est fait.

Commentaires

Moi je dis qu'un jour il faudra que je présente ton boulot et toi même et aussi ton site aux lecteurs d'unidivers car c'est quand même un truc assez méritoire tout ton boulot

Écrit par : david | 02 mai 2012

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