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30 avril 2012

Bilan du Salon du livre de Provins 2012 !

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Les 10 et 11 mars dernier, j’ai animé le Salon du Livre de Provins. C’était la troisième fois consécutive. Ici la première (avec l'invitée d'honneur Simone Veil) et là, la deuxième (avec l'invité d"honneur Michel Drucker).

Une centaine d'auteurs interviewée en deux jours...

Le contact avec des auteurs rencontrés sur l’instant et dont il faut tenter de retirer des informations essentielles, quasiment à la chaîne, rentrer dans des univers différents en faisant semblant de connaître l’œuvre des personnes interrogées, en les mettant en avant, en tentant de comprendre leur fonctionnement, c’est un loisir auquel je m’adonne avec un plaisir fou. Même si, je le sais parfaitement superficiel  (je n’abhorre rien de plus que d’interroger un écrivain sans avoir lu son livre). Mais ce que j’apprécie, dans ce cas de figure, c’est la performance. L’exercice de style. Le combat. Ce n’est pas désagréable, juste exténuant à l'issue du deuxième jour.

Je remercie ici Jean-Pierre Mangin qui a shooté à tout va pendant ce week-end et m’a suivi dans quasiment toutes mes pérégrinations « interviewgatives ». Le photographe m’a fait parvenir une clé USB avec 300 photos. J’ai eu du mal à en sélectionner.

En tout, en voici 77…ça tombe bien nous étions en Seine-et-Marne.

Portfolio du 1er jour : samedi 10 mars 2012.

Pierre Bellemare.

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Christian Jacob (maire de Provins) et Pierre Bellemare.

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Jean-Patrick Sottiez (maire de Soisy-Bouy) et Christian Jacob (maire de Provins).

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Jean-Louis Debré.

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André Bercoff et Jean-Louis Debré.

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André Bercoff.

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La foule...

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Shaké Mouradian.

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Chris Costantini.

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Sandra Martineau et Gaëlle Perrin.

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Luc-Michel Fouassier.

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Christian Rauth.

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Caroline Hesnard.

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Sylvick et Fanny Etienne Artur.

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Marie-Odile Monchicourt.

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Stéphane Victor.

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Charlotte Bousquet et Samantha Bailly.

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Samantha Bailly.

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Michel de Decker.

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Christophe Malavoy.

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Serge Bloch.

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Jacques Saussey.

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Jean-Patrick Sottiez (de l'association Encre Vives qui organise le salon) fait le bilan de la première journée...

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Puis les auteurs ont été conviés à une petite (mais délicieuse collation)...

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Portfolio du 2e jour : dimanche 11 mars 2012.

Albert Jacquard.

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Dominique Dimey et Albert Jacquard.

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Dominique Dimey.

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Mathieu Simonet et Marie Sizun.

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Magdalena Guirao.

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Douglas Brosset.

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Carole Martinez.

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Philippe Grimbert.

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Sophie Loubière.

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Fabien Hérisson (qui a organisé l'espace consacré au polar).

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Frédéric Mars.

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Laurent Luna.

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Sophie Adriansen, Valérie Bettencourt, Laurent Luna.

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Gérard Porte.

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Jean-Paul Ollivier.

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Philippe Nessmann.

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Frédéric Clément.

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Shaké Mouradian.

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Lyliane Mosca.

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Léo Lamarche.

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Roumette.

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Nathalie Brisac.

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Anne-Marie Desplats-Duc.

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Philippe Gourdin.

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Ariane Charton.

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Valérie Bettencourt.

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Philippe Di Folco.

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Kara Cros.

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Une des bibliothécaires de Provins.

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Marion Laurent.

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Jean-Patrick Sottiez (de l'association Encre Vives qui organise le salon) fait le bilan de la deuxième journée...

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27 avril 2012

Askehoug : interview pour "Je te tuerai un jeudi"

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L’histoire est simple, l’attachée de presse (et néanmoins amie) d’un chanteur m’envoie le disque de son protégé. Je ne le reçois pas. Puis, elle me le renvoie. Je n’ai pas le temps de l’écouter. Elle insiste par mail, me demandant ce que j’en pense. Plusieurs fois, mais diplomatiquement, comme sait si bien le faire Patricia Espana. Comme je fais confiance au goût de cette attachée de presse-là, j’obtempère. J’écoute Askehoug. Puis, je réécoute. Puis j’appelle Patricia lui « intimant l’ordre » de faire en sorte que je puisse mandoriser l’artiste au plus vite. Ainsi fut fait.

Et de manière agréable.

Le 18 avril dernier, Askehoug est venu me rejoindre à l’agence et nous sommes allés dans un bar à proximité. Très sympathique artiste. Un mélange étonnant de timidité, d’humour et de franchise.

askehoug,je te tuerai un jeudi,interview,mandorBiographie officielle 2012 (mais un peu raccourcie):

Des textes racés, à mi-chemin entre l’écriture ludique de Prévert et la noirceur assumée de Bukowsky, Askehoug raconte de façon délibérément provocante les pérégrinations d’individus trop romantiques pour ne pas être balayés par leur propre existence, dont la mégalomanie souffre d’une maladresse congénitale. Une sorte d’autoportrait déformant en somme…
Un ou deux traits de guitare électrique, trituration samplée et le décor est planté. Le groupe (car ils sont trois) réconcilie subtilement rythmique hip hop et orchestration, hargne urbaine et style pompier, trivialité et bonnes manières, à l’image du titre de son premier album autoproduit Smart & Piggy.
Si l’on devait parler d’influence, Askehoug se trouve presque exactement à mi-chemin entre Arthur H et les Wampas, Serge Lama et les Beasty boys !

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DSC03673.JPGInterview:

C’est ton deuxième album… ton premier, en 2009, Smart & Piggy, je ne l’ai même pas vu passer.

Il était autoproduit, beaucoup d’idées, un peu foutraques, avec un son improbable enregistré quasiment entièrement à la maison, pas vraiment mixé… peu de moyen pour le faire, peu de moyen pour le défendre. Je n’avais pas fait appel à une attachée de presse et je me rends compte qu’un artiste a besoin de cette interface-là pour rencontrer les journalistes. Ce n’est pas un luxe, la preuve. Avec ce premier album, en tout cas, la gageure était principalement de savoir si je savais faire réellement un album de bout en bout.

Tu étais déjà musicien avant d’enregistrer ton premier disque.askehoug,je te tuerai un jeudi,interview,mandor

Oui, mais je me réfugiais derrière les autres. J’ai mis beaucoup de temps avant d’admettre que j’avais des trucs à dire et que je voulais chanter. Tu as entendu la voix que j’ai ? Jamais je n’aurais pu m’imaginer devenir chanteur. Je pensais qu’il fallait avoir une voix plus haut perchée, plus fluide. À un moment, je me suis lancé quand même.

Au départ, d’après ce que tu me racontes, même pour le premier album d’Askehoug, tu étais avec un groupe officiel ?

À l’origine, je jouais dans un groupe de rock qui avait deux chanteurs. L’un des deux est décédé d’une crise cardiaque à 35 ans. À sa mort, il ne restait plus que moi à chanter et avec les autres membres on a décidé de poursuivre quand même sous un autre nom. Moi, je voulais juste composer des titres et à la rigueur, diriger le groupe. Pour tenir le rôle de chanteur principal, je n’avais pas un orgueil assez assumé à l’époque. Le groupe s’est arrêté parce qu’il était à deux vitesses. Certains voulaient en faire leur métier et d’autres, faire ça en dilettante. Mon guitariste, Pierre-Antoine Combard (guitariste de Mademoiselle K) et moi, on a décidé de continuer ce métier professionnellement. Il fallait que l’on vive de la musique.

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Aujourd’hui, tu joues avec deux autres musiciens.

Je me suis offert les services d’un super contrebassiste, James Sindatry, et d’un batteur extraordinaire, Nicolas Krassilchik. Avec le groupe de rock, j’avais un problème pour placer ma voix par rapport aux guitares. Il fallait chanter très haut et souvent, c’était très moche. Je me suis donc dit qu’on allait faire une musique plus douce, plus calme. J’ai plus de facilité à mettre ma voix grave dans cette musique-là.

Avec ce deuxième album, quels sont les changements notables ?

L’écriture est plus condensée et homogène. Je n’ai pas mixé moi-même. J’ai filé le bébé à un très bon ingénieur du son, Bertrand Lantz. Il avait beaucoup de recul et c’était ce dont j’avais le plus besoin. Quand tu es auteur compositeur, tu n’es pas trop objectif.

Ce que j’aime dans tes textes, c’est l’insolence, l’ironie, l’humour et la poésie qui s’en dégagent.

L’aspect poétique, je le recherche. J’aime les belles choses, les belles phrases. Par contre, l’aspect ironique dont on me parle souvent me dépasse un peu.

Ah ! Tu ne te trouves pas un peu sarcastique, même ?

On me parle même de cynisme, ce qui me gêne un peu. Je me trouve simplement critique.

Tu es un homme de l’ombre qui passe à la lumière finalement.

J’ai pas mal joué pour des chanteurs installés, en effet. Dernièrement, j’ai joué lors de la dernière tournée de Louis Chédid, par exemple. C’est une espèce de parrain, il écoute ce que je fais, me donne son avis, me pousse à sortir des choses… c’est un super modèle. Je suis impressionné par cette carrière de 35 ans. Je ne dirais pas qu’il n’a plus rien à prouver, mais son image est faite. De mon côté, j’ai tout un travail à faire pour me faire connaître, pour accéder à un certain confort de création. Un disque comme le mien n’a pas beaucoup de place dans les têtes de gondole. Je ne suis pas très « mainstream », il faut bien le dire.

askehoug,je te tuerai un jeudi,interview,mandorTu as joué aussi pour Grégoire

J’étais bassiste sur sa tournée. Au début, personne ne le connaissait et un jour, on se retrouve à jouer au Stade de France. Expérience à vivre. Après, j’ai arrêté, ça commençait à me poser des problèmes. J’avais l’impression d’être schizo. Je ne renie pas que c’était une période confortable, j’étais bien payé, mais au bout d’un moment, il faut être en accord avec soi même. Pendant cette période, je disais toujours que je prenais l’argent de la variété française pour la réinvestir dans la chanson française.

Tu aimes les grands écarts. Il y a 10 ans, tu jouais aussi pour Stupeflip…

J’ai commencé ma carrière de musicien professionnel avec eux. C’était ultra créatif et ça partait dans tous les sens.

En tout cas, on ne peut pas te reprocher de faire de la variété… dans ta bio, des comparaisons sont faites avec Bashung, Serge Lama, Les Beastie Boys et Jean Rochefort (pour le look, je suppose). Moi, j’ai pensé à CharlElie Couture, Arthur H et parfois, à Kent aussi.

Dans l’intonation, dans le timbre de la voix ou dans l’écriture ?

Surtout dans la voix et la façon de chanter.

J’ai toujours eu de l’habileté à imiter mes ainés. Il faut juste que je trouve ma signature. Moi, je fais du parlé-chanté avec une diction à l’ancienne.

Attention, je ne suis pas en train de dire que tu imites ce beau monde. J’ai juste repéré quelques références, mais je t’assure que tu as une identité vocale bien marquée. Unique. Très élégante.

En tout cas, ça me rassure que tu dises qu’il y a de la poésie qui se dégage de ça et pas uniquement du cynisme. J’aime bien la poésie à la Prévert. J’aime bien l’écriture imagée. J’ai étudié les arts plastiques pendant longtemps et je suis diplômé. Mon ambition première était de devenir dessinateur. Et puis, un jour à Art Déco, j’ai croisé de très bons dessinateurs avec un trait hyper sensible. Cela m’a incité à changer de direction. À partir du moment où j’ai arrêté de dessiner, l’écriture texte est venue. Quand j’écris, je tente d’écrire une image, de décrire une image.

Tu ne fais aucune concession à la facilité… ta carrière prendra du temps, je pense.askehoug,je te tuerai un jeudi,interview,mandor

Un professionnel du spectacle me disait récemment que ce que je faisais était vraiment bien, et que donc, ça prendrait au moins 10 ans pour que j’en vive vraiment. Moi, je me dis très égoïstement que si je fais un disque, je veux pouvoir l’écouter dans 15 ans sans en avoir honte et en me disant que c’était un témoignage d’une époque. Je veux savoir ce que je laisse derrière moi et que chacun de mes albums ait du sens. Par contre, je ne veux pas devenir une marque de fabrique dans laquelle je ne pourrai pas sortir.

Depuis l’écriture de ce deuxième album, tu es devenu père de famille. Crois-tu que ça va changer ton inspiration et ton écriture ?

J’ai une petite fille qui est arrivée il y a 7 mois, du coup, je suis en effet persuadé que mon troisième album ne sera pas du tout écrit de la même manière. Je risque d’abandonner ce côté critique que j’ai. C’était là peut-être mon dernier album de vieil ado de 40 ans qui a encore envie de cracher sur le système. Cela étant, je ne dis pas que je ne continuerai pas… mais différemment.

Askehoug sur scène, il paraît qu’il assure franchement.

C’est pour moi un laboratoire. Il me permet de développer mon personnage. J’aime beaucoup la scène. Même si elle m’angoisse, c’est une récréation dont j’ai du mal à me passer. C’est un moment d’existence où tu peux faire ce que tu veux. Même te foutre à poil, si tu veux…

Tu te fous à poil parfois ?

Pas tout à fait. Presque. Torse poil, ça m’arrive. Tu sais, je suis un grand timide, c’est une bonne thérapie la scène. Je peux dire des trucs que je ne dirais pas dans la vraie vie. C’est le remède le plus efficace que j’ai trouvé pour lutter contre ma timidité maladive.

Tu parlais de « personnage ». Askehoug, c’est une création.

Non, pas du tout, c’est bien moi, mais libéré de tout un tas de contraintes et complètement décalé. C’est celui que j’aimerais être en toute circonstance. J’aimerais dire tout le temps ce que je pense, quitte à être vulgaire, obscène, dans le mauvais goût. Askehoug est le personnage que je ne peux être dans la réalité d’aujourd’hui, car socialement, nous sommes un peu trop cadrés. Askehoug, c’est mon moi non autorisé.

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Pour terminer, voici quelques captations et clips "maisons" de chansons tirées de l'album Je te tuerai un jeudi...

"Je veux du style", clip salle de bain.

"Je te tuerai", aux Trois Baudets, le 19 mai 2011.

"Muse", au Sax, à Achères.

"Rien" (Travelling dans un appartement vide)

"La mer", aux trois baudets, le 19 mai 2011.

"Les vagues font leur boulot", clip maison.

26 avril 2012

CD'Aujourd'hui : Berry pour "Les passagers"

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Photo Zoé Ghertner/Atelier Franck Durand

Berry est un de mes coups de cœur du mois. L'album Les passagers est le récit des deux dernières années de sa vie, bercée entre les scènes et l'envie d'écrire de nouvelles chansons. Un voyage prenant l'allure d'une quête spirituelle pour rendre compte de l'impact limité de nos petites vies sur terre. En douze morceaux, la chanteuse exprime aussi ses sentiments et raconte entre les lignes ses histoires d'amour. Les histoires finissent souvent mal pour elle, mais la passion dévorante vaut le coup d'être vécue, bien qu'elle appelle parfois au désespoir et à la tristesse.

Voici ma chronique sur son nouvel album. Elle est parue dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’avril 2012).

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Pour CD'Aujourd'hui, le 6 avril dernier, je suis allé interviewer la belle jeune femme dans le légendaire Studio Ferber. C'était sa toute première interview pour cet album, elle n'était donc pas totalement rassurée. Mais au final, tout c'est bien passé.

Pour voir l'émission, c'est ici !

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Un peu "troublé"...

23 avril 2012

Gilles Paris : interview pour "Au pays des kangourous"

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En tant que journaliste souvent littéraire (depuis des lustres), il était inimaginable de ne pas tomber sur Gilles Paris. J’ai dû passer par lui ou par son bureau de nombreuses fois pour obtenir livres, visuels, argumentaires ou même rendez-vous avec un auteur. Il a toujours été efficace, je dois dire. Mais s’il sait « vendre » les auteurs pour lesquels il travaille, il sait aussi les protéger. Je me souviens d’un "savon" reçu lorsque j’ai raconté sur ce blog une tranche de vie d’un de ses auteurs qu’il ne fallait pas préciser… et il avait raison.

Je connaissais sa double vie d’auteur, mais uniquement de réputation. Je n’avais rien lu de lui. Je savais par contre qu’à chaque fois, le public était au rendez-vous. Alors, j’ai voulu « juger » par moi-même ce qu’était exactement un Gilles Paris écrivain. Un style narratif original, émouvant, drôle et (im)pertinent. Faire parler un enfant de neuf ans n’est pas anodin. On peut se protéger et dire beaucoup derrière ses propos… mine de rien.

Gilles Paris est venu à « l’agence », mercredi dernier (le 18 avril 2012). Curieusement, après des années de conversations téléphoniques, c’était la première fois que nous nous voyions « en vrai ».

gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorPrésentation de l'éditeur :

« Ce matin, j’ai trouvé papa dans le lave-vaisselle. En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir. J’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. Il m’a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout replié sur lui-même. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand mon papa. » Simon, neuf ans, vit avec son père Paul et sa mère Carole dans un vaste appartement parisien. En fait, le couple n’en est plus un depuis longtemps, la faute au métier de Carole, qui l’accapare. Paul est écrivain, il écrit pour les autres. Carole est une femme d’affaires, elle passe sa vie en Australie, loin d’un mari qu’elle n’admire plus et d’un enfant qu’elle ne sait pas aimer. Le jour où Paul est interné pour dépression, Simon voit son quotidien bouleversé. L’enfant sans mère est recueilli par Lola, grand-mère fantasque et jamais mariée, adepte des séances de spiritisme avec ses amies « les sorcières », et prête à tout pour le protéger. Mais il rencontre aussi l’évanescente Lily, enfant autiste aux yeux violets, que les couloirs trop blancs de l’hôpital font paraître irréelle et qui semble pourtant résolue à lui offrir son aide. Porté par l’amour de Lily, perdu dans un univers dont le sens lui résiste, Simon va tâcher, au travers des songes qu’il s’invente en fermant les yeux, de mettre des mots sur la maladie de son père, jusqu’à toucher du doigt une vérité que l’on croyait indicible.

L’auteur :

Gilles Paris est auteur de deux romans, Papa et maman sont morts (Le Seuil, 1991) et Autobiographie d’une courgette (Plon, 2002). Il travaille dans le monde de l’édition.

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gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorInterview :

Les gens du « milieu » te connaissent comme un attaché de presse indépendant et incontournable. Un des plus prisés de « la place ».

J’ai une nature indépendante. Ça m’a toujours joué des tours dans les maisons d’édition dans lesquelles j’ai travaillé. Je suis resté 10 ans chez Plon, 7 ans chez Lattès et je suis passé dans d’autres maisons. J’aime bien faire mon propre chemin. J’aime bien choisir mes axes et mes angles pour lancer un livre. Je n’aime pas trop que l’on me dise ce que je dois faire. Depuis toujours, quand je lis un livre, j’ai une lecture un peu déformée à cause de mon métier et je pense tout de suite à ce que je vais en faire. Quel angle vais-je prendre pour lancer le livre ? Quels journalistes vais-je contacter ? Vers quelles émissions vais-je aller ? Donc, tout ça fait que ça m’a incité à monter ma propre boite.

C’est marrant que tu me dises ça, parce que tu m’as proposé la semaine dernière deux livres : l’autobiographie de Dominique Cantien et la bio de Michel berger par Yves Bigot. C’est bien vu !

Tu sais, il y a un truc que je déteste faire dans mon métier, c’est ce qu’on appelle « la liste de topage ». C’est la liste des journalistes à qui je vais envoyer tel où tel livre. Moi, ça me prend entre deux et trois heures pour en faire une. C’est très complexe parce qu’aucune liste ne va se ressembler, puisqu’aucun livre, à priori, ne ressemble à l’autre. Il faut choisir dans l’idéal le journaliste susceptible d’être intéressé. Parfois, il y en a plusieurs sur un support, parfois, il n’y en a qu’un seul. Il faut bien connaître les journalistes, leurs goûts, leur approche du livre et malgré cela, on peut se tromper. Rien n’est jamais acquis. Quand on fait un bon service de presse, une partie du lancement est fait.

Faut-il être fin psychologue pour être un bon attaché de presse ?

Il faut surtout être très patient. Il faut savoir entendre le « non », quitte à revenir après d’une autre manière. Quand j’ai un refus dans un support, j’essaie d’avoir une seconde chance pour l’auteur et d’avoir un autre journaliste susceptible d’aimer le livre et de le défendre au sein de la rédaction. Tu le sais, un journaliste qui aime un livre est beaucoup plus légitime au sein de sa rédaction s’il le défend avec passion que le meilleur des attachés de presse. Je fais vraiment beaucoup attention aux pigistes et à tout « le périphérique » de ses médias… j’ai souvent remarqué que ça fonctionnait bien ainsi.

Quand j’ai reçu ton livre, tu te souviens que je t’ai demandé, naïvement certes, si tu étais ton propre attaché de presse.

Évidemment que je ne le suis pas. Il y a une règle que j’essaie d’appliquer  au sujet de mon livre et qui n’est pas toujours facile : si on ne m’en parle pas, je n’en parle pas. Je trouve que c’est la moindre des choses. Après, j’avoue, quand on est dans la peau d’un auteur, c’est difficile de parler 15 fois à un journaliste qui ne répond pas à votre propre attachée de presse de votre propre livre.

Toi qui connais par cœur les arcanes de ce métier, est ce que ça te permet d’imaginer la destinée de ton livre?

On ne peut jamais imaginer quoi que ce soit. Il y a un facteur de travail, de fond, de stratégie, mot que je n’aime pas beaucoup, et de réflexion dans le lancement d’un livre. Après le goût des uns et des autres, c’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas. La chance que j’ai eue, c’est que mon éditrice, Stéphanie Chevrier, a eu le livre deux mois avant sa parution. Nous avons donc eu l’opportunité de faire un gros service de presse pour les libraires. J’ai eu pas mal de retours positifs, bien avant que la promotion en elle-même commence. Ça m’a aidé à approcher cette période de manière sereine. Je suis quelqu’un de tourmenté, d’angoissé. J’essaie de ne pas trop le montrer, mais je suis comme n’importe quel auteur au moment d’un lancement. J’appréhende le regard que les lecteurs porteront sur mon univers.

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Mais, à ce que j’en sais, tu as eu un accueil magnifique.

Je suis extrêmement content de ce qui s’est passé. Ça a été formidable du côté des libraires, de la presse et des médias en général. J’ai découvert aussi quelque chose qui m’a absolument bluffé, c’est le rôle d’internet et des blogs littéraires aujourd’hui. J’ai lu une enquête il n’y a pas très longtemps qui a été mise en ligne sur Livres Hebdo. Ils ont demandé à un panel de gens ce qui les incitait le plus à acheter un livre. 49% d’entre ont répondu : les blogs littéraires. La presse littéraire, par exemple, ne représentait que 4%. C’est quand même assez édifiant. Au moment d’Autobiographie  d’une courgette, les blogs littéraires n’étaient pas aussi florissants. Ce que j’aime, c’est leur franchise, leur droiture, leur honnêteté. Ils aiment, ils le disent, ils n’aiment pas, ils le disent aussi. C’est un regard neuf.

Bon, parlons du livre justement. Tu dis souvent que tu ne sais pas écrire comme un adulte. Là, c’est un enfant de 9 ans qui raconte la dépression de son père…

Je te promets que je ne sais pas écrire autrement que par le prisme du regard d’un enfant de 9 ans. Revenons à la chronologie des choses. J’ai écrit des nouvelles entre l’âge de 12 et 16 ans et déjà, à 12 ans, j’écrivais comme un enfant de 9 ans. C’est venu comme ça et c’est toujours resté comme ça. Je ne peux pas t’expliquer pourquoi. Je n’ai jamais écrit comme un adulte. Bien sûr, je sais faire des lettres ou des dossiers de presse, mais en littérature, écrire comme un enfant de 9 ans, ça me colle à la peau.

Un psychanalyste se régalerait, non ?

J’ai au moins un point commun avec les trois narrateurs qui engendrent mes trois romans. Peut-être que, comme eux, j’aime bien porter un regard sur la société qui m’entoure sans vraiment la juger. Je suis une sorte d’observateur, de spectateur, mais qui ne porte pas vraiment de jugement, ni sur une situation, ni sur les gens. Je me suis toujours senti légèrement en dehors du monde dans lequel je vis.

Cela permet d’avoir plus de distance sur les sujets que tu abordes, souvent grave.

À 53 ans, bien sûr que l’on se rend compte que raconter un roman avec le point de vue d’un enfant de 9 ans, c’est évidemment la distance, c’est dédramatiser le sujet puisque le langage de l’enfant est à la fois très imagé et fait montre d’une curiosité insatisfaite.

Le petit Simon du Pays des Kangourous  n’a rien à voir avec le Jean Jean de Papa et gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandormaman sont morts.

20 ans se sont écoulés entre les deux livres et les générations changent, c’est quelque chose qu’il faut beaucoup travailler. J’ai donc beaucoup observé les enfants de mes meilleurs amis. Et pour les mots, je fais attention en permanence que ce soit bien le langage d’un enfant de 9 ans d’aujourd’hui et qu’ils soient bien prononçables par lui.

Paradoxalement, dans ton roman, il y a une jeune autiste, Lily, qui a le même âge que Simon, mais qui dit toujours la vérité et qui parle comme une adulte.

Dans mes romans, j’aime bien perturber le petit narrateur par une enfant de son âge. Je voulais que ce soit quelqu’un de malade qui lui parle de la maladie. Je suis allé dans une librairie, j’ai fait le tour des rayons pour voir quelle maladie pouvait m’intéresser et je suis tombé sur le rayon de l’autisme. Il y a beaucoup de témoignages et de documents sur le sujet. J’ai lu un livre de Judy et  Sean Barron Moi, l’enfant autiste, paru chez Plon, et il m’a bouleversé. Bouleversé en tant que lecteur et bouleversé en tant que romancier. Je me suis rendu compte qu’il y a une certaine partie de l’autisme qui  est absolument fascinante. Certains enfants autistes ont une intelligence presque adulte, en même temps, ils évitent les flaques d’eau pour ne pas s’y enfoncer, ils touchent la nourriture avant de la manger, ils passent leur temps à allumer et éteindre la lumière pour voir si rien ne change… quand j’ai refermé ce livre, j’avais compris que la petite fille du livre serait autiste.

On ne voit pas le mot autisme dans le roman…

C’est volontaire parce que cette petite Lily, pour moi, elle n’existe pas réellement dans le roman, mais elle n’est pas le fruit non plus de l’imagination de Simon. C’est un ange gardien, quelqu’un qui fait attention à lui, qui le protège parce que son père est malade et sa mère est absente. En même temps, c’est quelqu’un qui ne s’intéresse qu’aux malades pour les soigner… et parfois même contre l’avis des médecins. Ce qui m’intéressait, c’est qu’on ne sache rien d’elle. D’où vient-elle ? Pourquoi est-elle là ? Je ne réponds pas à ces questions. Juste, elle fait du bien à Simon et à son père.

gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorDu coup, on retrouve un peu l’atmosphère des films de M. Night Shyamalan, comme Sixième sens par exemple.

J’ai pensé aux films de ce réalisateur quand j’ai créé Lily. Je voulais insérer dans mon roman « réel » un personnage « fantastique », ça donne une dimension onirique. Il fallait que ce soit le plus subtil possible pour que l’on ait un doute. Que l’on y croit alors qu’elle n’existe pas.

Il y a une forte place laissée à l’imagination dans ton livre. Par exemple, Simon, quand il ferme les yeux, il réinvente son monde.

J’ai deux sœurs. Dont une d’un second mariage, de mon père. Donc, moi, je n’étais pas un enfant unique. Par contre, à l’école, j’avais autour de moi des copains qui l’étaient. J’étais fasciné par eux parce qu’ils avaient une facilité déconcertante à inventer des jeux pour jouer avec eux-mêmes. J’estimais que Simon devait avoir un truc à lui vraiment perso. Il a cet art, ce don, de s’inventer des rêves vivants, c'est-à-dire de les convoquer. Ce sont des rêves parfois oniriques, parfois psychanalytiques, parfois prémonitoires. Pour moi, les rêves de Simon, c’est sa part adulte. C’est ce qui va l’aider à grandir.

Tu as connu toi-même la dépression. Trois dépressions graves, toutes suivies d’hospitalisations.

J’ai même été à Sainte-Anne assez longtemps.

Ce livre était-il aussi une forme de suite de thérapie ?

Non, la thérapie, je l’ai faite avec des médecins et des médicaments. Aujourd’hui, je me suis complètement sorti de cette maladie.

En France, c’est un sujet tabou dans la société d’aujourd’hui...

Alors que la France est le pays champion en Europe de la consommation d’antidépresseurs… mais c’est aussi un sujet anxiogène. Ça met les gens très mal à l’aise de manière générale. Je voulais essayer, à travers Lily et à travers le père de Simon, de faire en sorte que les gens en aient moins peur, qu’ils aient une vision moindre du mal, de cette douleur morale surtout, que représente cette maladie. Si ce livre peut aider les gens à comprendre ce dont a souffert leur fils, leur fille ou quelqu’un de proche autour d’eux, alors j’aurais gagné une partie de ce que je souhaitais faire avec ce roman.

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Vitrine aux Deux Magots.

Ce que j’aime dans ce livre, c’est qu’il est très émouvant, mais il n’y a pas de pathos… la frontière est difficile à ne pas franchir.

À des moments difficiles de ma vie, quand je me confiais à des gens que j’aimais, je ne pouvais pas m’empêcher, de conclure ma conversation en faisait une pirouette finale qui dédramatisait tout ce que je venais de raconter. Je n’aime pas rester sur quelque chose de profond. Quand je dis une chose sincère, je rajoute toujours une connerie après.

Au pays des kangourous vient d'obtenir le prix Cœur de France 2012. Ce prix récompense un auteur accessible au plus grand nombre. Ça rassure de recevoir un prix ?

Évidemment, oui. Je vais te dire très franchement, j’avais des amis dans le jury, notamment Janine Boissard. Mais, ce qui m’a fait plaisir, c’est que je me suis retrouvé en ballotage avec un autre auteur et la personne qui a donné sa double voix et qui m’a permis d’avoir le prix, c’est Madeleine Chapsal. Une auteure que je n’avais jamais rencontrée dans ma vie et qui ne me connaissait pas du tout avant d’avoir lu mon livre.

(Le Prix Cœur de France est attribué tous les ans pendant la fête du livre "Lire à Limoges".  Les membres du jury sont :  Madeleine Chapsal (présidente), Marie-Paule Barruche (adjointe au maire de Limoges), Janine BoissardRégine Deforges, Eve Ruggieri, Sonya Rykiel, Eric Portais et Gonzague Saint Bris. Le jury 2012 a désigné Gilles Paris pour "Au royaume des kangourous".)

Tu connais tous les travers des auteurs, puisque tu les fréquentes au quotidien…

C’est aussi les miens, François. (Rires)

C’est ce que j’allais te demander, as-tu les mêmes soucis que les gens que tu défends ?

Je pense que je n’harcèle pas mon attachée de presse. Je ne suis pas parfait. J’ai des défauts comme tout le monde et je suis certain d’avoir commis des impairs, mais j’essaye d’être discret et de me réfréner. Mes livres ont beaucoup d’importance pour moi et bien sûr que si, un jour, je ne peux faire que ça, je le ferai. Je fais un métier que j’aime et vis-à-vis des auteurs que je défends, je ne peux pas me comporter comme n’importe qui.  Je m’évertue à ne pas froisser un auteur pour lequel je travaille en même temps que mon livre sort. Ce sont des auteurs que j’aime et certains sont fragiles.

Ton premier livre date de 1991. Tu écris un livre tous les dix ans. C’est peu.

Quand j’étais chez Plon, une année, les Américains étaient à l’honneur du Salon du livre de Paris. Il y avait une auteure de nouvelles, Jayne Anne Phillips, qui écrit elle aussi un livre tous les dix ans. Les journalistes lui demandaient tous pourquoi. Elle a répondu : « Parce que c’est le temps qu’il me faut, non seulement pour vivre avec mon histoire, pour vivre avec mes personnages, les oublier, les reprendre et au final, écrire un livre dans des temps assez rapides ». Il y a longtemps, quand j’étais journaliste, j’ai rencontré un écrivain vénitien qui m’avait dit : « Pour le commun des mortels, une page blanche, c’est juste une largeur et une longueur, pour un écrivain, c’est surtout une profondeur. C’est dans la profondeur de la page qu’il va chercher son histoire et ses personnages ».

gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorMais, toi, quelle est ta vraie raison ?

Pour Autobiographie d’une courgette, il m’a fallu pas loin de 3 ans pour bien ingérer le milieu des maisons d’accueil et pour mener à bien une enquête sérieuse. Pour Au Pays des kangourous, j’ai pris tout ce temps parce qu’il fallait que je sois complètement sorti de la dépression, que j’en sois complètement guéri pour pouvoir en parler de manière légère. Ma dernière dépression remonte à 8 ans, tu sais…

Tu vas garder ce rythme ?

Non, je vais essayer d’en écrire un tous les deux ans. J’en ai un qui est prévu pour janvier 2014… si tout va bien.

Tu vas tenter d’écrire comme un adulte.

C’est déjà fait. Ce roman s’appelle Les amis de Paul. Pour être franc avec toi, il n’a pas accroché les éditeurs à qui je l’ai fait lire. Ça m’a conforté dans l’idée que ce n’était pas mon univers.

Tu ne retenteras pas, du coup ?

Je ne sais pas. Je ne dis jamais jamais.

Es-tu fasciné par ce métier d’écrivain ?

Non. En tout cas, je n’ai pas de fascination pour les écrivains. Je les aime, j’aime lire certains de leur livre. Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est leur écrit. Mon métier est de protéger mes auteurs et de les vendre dans les médias le mieux possible, mais j’ai une distance très forte avec eux.

Tu choisis que des gens que tu aimes bien ? Bon, tu ne peux pas me dire le contraire…

Mais je vais te répondre très honnêtement. 80% du temps, j’accepte d’être l’attaché de presse de gens que j’apprécie parce que j’ai la chance de pouvoir choisir. De temps en temps, il m’arrive d’accepter des budgets parce que j’ai une boite à faire tourner. J’ai des salaires, des charges… cela étant presque toutes les semaines, je refuse un budget. Si j’en refuse un, c’est que j’en ai forcément un plus intéressant qui va arriver. Mon agence marche bien, on essaye donc d’avoir une tenue et une rigueur dans le choix des auteurs et des livres.

Comment tu expliques que ça marche bien ?

Le métier de la communication n’est pas encore un métier en crise. Tous les auteurs ont besoin d’un attaché de presse pour les représenter.

Tu t’occupes aussi de leur image ?gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandor

Oui, mais je suis très discret là-dessus. Ça peut être interprété comme du marketing pilonné. Je fais très attention à certains auteurs, à ne pas leur faire faire des émissions qui peuvent les desservir, comme je fais attention à faire faire des émissions à des auteurs qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent et qui peuvent leur donner une meilleure image.

Envoyer un auteur chez Ruquier, c’est un peu casse-gueule, non ?

On en discute beaucoup avec mes auteurs. Pour ce qui est non fiction, c’est important de passer chez Ruquier. Pour les essais, les livres polémiques par exemple. Mais, j’ai des auteurs qui se sont faits super dézingués et c’est dur à vivre.

Selon toi, quelle est l’émission qui fait vendre le plus de livres ?

Je dirais, d’une manière générale, la chronique de Gérard Collard dans Le magazine de la santé. On ne se connait pas très bien, mais il a ce que beaucoup de gens n’ont plus. Ce n’est même plus de l’enthousiasme, ça frôle la folie. Quand il aime un livre, il ne comprend pas que le livre ne marche pas, donc il va faire tout ce qu’il peut, lui, pour que ce livre marche. Pour Christine Orban, pendant 5 semaines de suite, il en a fait son coup de cœur sur LCI. J’aime cette espèce de détermination implacable qu’il a à aider les auteurs. Très souvent, il créer des ruptures de stock. Sinon, il y a aussi l’émission de François Busnel, La grande librairie

Merci à toi pour ta franchise. Je te rends à tes auteurs.

Merci à toi.

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21 avril 2012

Corinne Royer : interview pour "La vie contrariée de Louise"

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corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorJ’avais lu et beaucoup apprécié le premier roman de Corinne Royer, M comme Mohican et l’avais contacté pour lui signifier. Il était question d’une mandorisation, nous n’avons fait que nous croiser. Quand j’ai reçu le suivant, La vie contrariée de Louise, il me paraissait inimaginable que nous ne parlions pas ensemble de ce roman bouleversant. La petite histoire dans la grande m’a toujours fasciné, surtout  quant le sujet évoqué est si proche de ma propre vie.

Je suis petit fils d’un soldat autrichien qui a eu une liaison en 1944 avec ma grand-mère maternelle. Celle-ci a abandonné ma mère à une dame qui tenait des hôtels à Vichy durant cette période-là et qui, selon ce que je suis parvenu à apprendre, n’était pas franchement claire. Elle n’était pas précisément une Juste (contrairement aux héros du livre de Corinne Royer). Pas du tout même. J'ai un peu de mal à me dépêtrer de ce passé familial maternel que je porte en moi.

Je l’avoue ici, car depuis des années je compte raconter cette histoire-là dans un roman/récit (et j’évoque déjà cet aspect de ma vie, de manière parcellaire, dans mon livre).

Corinne Royer est venue à « l’agence » le 3 avril dernier.

corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandor4e de couverture :

Lorsque James Nicholson apprend l’existence d’une grand-mère qui vit en France, au Chambon-sur-Lignon, il est trop tard. Comme seul testament, Louise laisse à son petit-fils venu des États-Unis un cahier rouge, journal intime de sa jeunesse. Au fil des pages lues par Nina, serveuse dans le petit hôtel où il séjourne, l’Américain découvre que le village protégea des milliers de réfugiés sous l’Occupation.  Pourtant, même les plus belles histoires recèlent leur part d’ombre et de mystère. De la liaison de Louise avec Franz jusqu’au terrible secret des enfants cachés, James plonge dans un passé familial où la barbarie bouscule l’innocence et l’amour. Nul ne peut tout à fait se soustraire à son destin, mais il appartiendra à Nina, la lectrice, de décider si toute vérité est, ou non, bonne à dire.

Réminiscences du Liseur, désirs clandestins, sensualité de la lecture, La Vie contrariée de Louise est un suspense bouleversant.

Auteure :

Originaire de Saint-Étienne, Corinne Royer est directrice d’une agence de communication. Elle est également réalisatrice de documentaires et auteur d’un 1er roman publié en 2009, M comme Mohican. En 2012, elle revient dans les rayons avec son nouveau roman, La Vie contrariée de Louise. Ses deux livres ont été publiés aux Editions Héloïse d'Ormesson.

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corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorInterview :

Ce roman est une histoire que tu portais depuis longtemps ?

Je n’habite pas très loin. Je suis dans le Parc du Pilat, à 30 kilomètres de La Chambon-sur-Lignon. C’est un lieu très connu des Stéphanois et des gens de la région. Je connaissais cette histoire depuis très longtemps. Elle n’est connue que localement, mais aussi aux États-Unis, en Suisse, mais pas en France.

Le Chambon-sur-Lignon est le seul village français à avoir reçu le titre de « Justes parmi les Nations ».

Le mythe, c’était de dire « 5000 enfants  sauvés au Chambon ». On est seulement en train de recenser réellement les enfants qui sont passés par le village pendant la Seconde Guerre mondiale. On est à peu près à 3600 noms pour l’instant. Le village comptait à l’époque en 1943/1944 à peu près 2900 habitants. Pour 2900 habitants, en sauver 3600, c’était déjà quelque chose de particulier et de très fort.

Tu racontes l’histoire de ce village pendant cette période-là, à travers une histoire inventée. C’est là qu’intervient la romancière.

Moi, j’ai toujours plein d’idées dans la tête. À un moment, il y en a une qui va s’imposer, qui va chasser les autres et qui va prendre toute la place. J’avais celle-ci dans la tête depuis longtemps. Je savais que j’allais écrire sur ce sujet, sans savoir si cela allait être un roman ou autre chose. Ce qui fait basculer, ce sont des rencontres… fortuites en général. Dans le cas de Louise, j’ai effectivement rencontré une vieille dame du Chambon avec qui j’ai sympathisé. Que j’ai vu et revu et avec laquelle j’ai beaucoup parlé. On peut dire que cette vieille dame m’a inspiré Louise. Elle m’a surtout donné envie de devenir une passeuse de mémoire par rapport à cette histoire.

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Pour « le Dictionnaire des Justes de France » de Yad Vashem, le mémorial israélien de la Shoah, la région du Chambon « occupe une place unique dans l’histoire de la France : nulle part ailleurs les Juifs ne furent accueillis et sauvés en aussi grand nombre et avec pareille générosité ».  Fait exceptionnel, c’est collectivement que la région du Chambon-sur-Lignon a été honorée par Yad Vashem, qui ne reconnaît généralement que des individus.  Dans toute l’Europe occupée, une seule autre commune (Nieuwlande, aux Pays-Bas) a également été honorée comme commune de Justes.

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Groupe d’enfants mis à l’abri au Chambon-sur-Lignon, août 1942.
source photo : United States Holocaust Memorial Museum
crédit photo : USHMM

Une fois que l’idée d’écrire sur ce sujet arrive, tu enquêtes plus profondément ?

J’ai lu énormément de livres, j’ai regardé tous les films réalisés sur le sujet. Au lieu de m’intéresser à la grande histoire, je suis aussi allé chercher les petites histoires. Parfois, j’ai lu 300 pages pour en tirer 4 lignes. Ce qui m’intéressait, c’était de toucher à l’intime des gens qui avaient pu vivre à cet endroit-là, à cette époque-là, dans ce contexte très particulier.

T’es-tu demandée ce qu’allaient penser les historiens de ton livre ?

Quand j’écris, je suis vraiment portée par mes personnages, par mon travail d’écriture et vraiment, je n’ai que faire de ce que va en penser les historiens, les éditeurs, les lecteurs, etc. C’est une question que je me pose uniquement quand le livre est édité et qu’il va être confronté au regard du lecteur.

Tu mets en évidence que ce qu’il s’est passé dans le village à cette époque a des répercussions sur la vie d’aujourd’hui… l’histoire est passée, mais elle est toujours là.

La Deuxième Guerre mondiale n’est pas si loin derrière nous, c’est une première chose. Et puis, j’ai voulu faire un roman qui parle à la génération d’aujourd’hui. Je ne présente pas ce livre comme un roman historique, il reste un roman contemporain avec un fort suspense. J’avais envie d’interpeller les jeunes d’aujourd’hui sur toutes ces questions-là. Le legs identitaire en particulier. Des enfants cachés dans le village en 1943, certains ont continué de vivre sous leur fausse identité. Certains ont découvert qu’ils étaient juifs à l’âge de 40 ans. J’ai rencontré des gens dont les parents venaient au Chambon-sur-Lignon tous les étés, ils se demandaient pourquoi ils venaient là et un jour, ils ont découvert que leurs parents ont été cachés pendant la guerre. Ce n’est pas une histoire d’une époque, c’est une histoire que l’on transmet de génération en génération. Et avec des bouleversements qui sont phénoménaux.

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Tu ne laisses pas la place au manichéisme. Le bien le mal… comment on fait pour s’en sortir…

Tous mes personnages portent ça. Ils sont tous ambigus par rapport à cette question-là. Personne ne peut dire : « Moi, si j’avais vécu à ce moment-là, dans cette situation-là, j’aurais fait tel choix ». Je ne crois pas que l’on puisse se positionner.

Dans ce livre, il y a aussi le poids de la religion, puisque c’est un village protestant.

Les gens qui protégeaient dans des fermes des enfants juifs mettaient en péril leur propre famille, c’était des choix vraiment difficiles. Ce qu’il y a d’étonnant et de remarquable c’est que c’est vraiment l’engagement de toute une communauté. Ceux qui n’étaient pas d’accord se taisaient. Il n’y a eu aucune délation dans ce village.

Tu insistes sur le fait que ce village n’a pas traversé la guerre de manière légère…

Il y a eu des rafles. Ils n’ont pas vécu à l’abri des difficultés de cette période. 18 enfants ont été emmenés et les trois quarts sont morts dans les camps. Des professeurs ont été arrêtés… Je voulais vraiment rétablir la vérité. On a un peu mystifié l’histoire de ce village, mais tout ça s’est fait dans la difficulté, la souffrance et des douleurs abominables. 

Il y a des personnages dans ton livre qui ont réellement existé. Ils sont mélangés à corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandord’autres qui sont le fruit de ton imagination.

Dans la partie contemporaine du roman, tous les personnages sont imaginaires, par contre, dans la partie historique, il y a des personnages réels. J’ai travaillé de façon solitaire la partie historique, donc j’ai essayé de respecter une sorte de contrat moral avec les personnages vrais, c'est-à-dire de ne pas leur faire dire et leur faire faire des choses qu’ils n’auraient pas pu dire ou faire. Je n’ai pas voulu travailler avec des historiens, des biographes ou des sociologues pour ne pas amputer mon imaginaire et mon travail de romancière. Une fois la première version de mon roman écrite, là, j’ai rencontré de visu des historiens et des biographes. Nous avons parlé de ce que j’ai écrit et je leur ai fait lire certains passages, mais uniquement pour qu’ils me confirment que je respectais bien ce contrat moral. Ils ont été très émus par le livre et m’ont dit que la dimension historique a été parfaitement respectée.

Tu poses la question essentielle de la vérité. Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ?

Mon héros, cet américain de 40 ans, James Nicholson, est dans une quête identitaire, donc lui, il cherche toute la vérité sur ces origines. Nina, la serveuse qui lui lit le cahier rouge de sa grand-mère, elle est là pour lui transmettre cette vérité. Au bout d’un moment, ce qu’elle va lire sera tellement lourd à ses yeux qu’elle va devoir décider ou non de transmettre cette vérité. Elle va devoir faire le choix de transmettre l’Histoire avec un grand H ou le choix d’épargner celui qu’elle commence à aimer.

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Il n’y a, à priori, aucun rapport entre tes deux livres… mais j’en ai trouvé un. Une sacrée sensualité.

Dans le premier c’était plus immédiat puisque le thème était le désir et la passion. Il y avait matière… Sur ce sujet-là, c’est l’écriture qui est sensuelle.

Des scènes aussi.

Oui, c’est aussi une des choses que je voulais rétablir. Pendant les périodes de grands troubles, notamment en période de guerre, l’humanité s’exprime clairement, je dirais… l’humanité avec tous ses débordements. La sensualité, la sexualité sont exacerbées dans ces moments-là.

Tu es directrice d’une agence de communication, comment en es-tu venu à écrire des livres ?

Ma vie de romancière a commencé bien avant ma vie de directrice d’une agence de communication. J’ai vraiment toujours écrit. Des poèmes quand j’avais 8 ans, des nouvelles quand j’en avais 12. Ensuite, j’ai écrit des nouvelles un peu plus longues et je me suis mise aux romans, que je n’ai pas cherché à faire publier, soit dit en passant. Ça me paraissait inatteignable et ce n’était pas mon objectif, c’était vraiment le plaisir de l’écriture. La diffusion, le regard du public, ce n’est pas ce qui me questionnait, m’intéressait. Mes amis m’ont incité à essayer d’être publié. J’ai envoyé le premier manuscrit  que j’avais sous la main et il est tombé dans celles d’Héloïse d’Ormesson et de Gilles Cohen-Solal.  L’aventure de l’édition a commencé comme ça.

corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorTu es sur un troisième roman en ce moment ?

C’est une sorte de conte pour adulte, un conte un peu fantasque dont une partie se passe en France en territoire rural et dont l’autre partie devrait se passer en Haïti.

Tu aimes ta vie d’écrivain ?

L’écriture solitaire dans mon petit bureau, c’est vraiment quelque chose dont j’ai besoin. Ça participe à mon équilibre quotidien. C’est indépendant de l’édition. La période d’interviews, la promo du bouquin, c’est quelque chose que j’appréhende toujours, mais une fois que j’y suis, je suis plutôt heureuse d’y être. Ce sont des rencontres qui vont souvent au-delà du livre. Ce sont souvent deux personnes qui se rencontrent, mais ce n’est pas à toi que je vais apprendre ça.

Et pour info... ça se passe cet après-midi.

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20 avril 2012

CD'Aujourd'hui : Diane Tell pour "Rideaux ouverts"

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diane tell,rideaux ouverts,cd'aujourd'hui,interview,mandorLe 4 avril dernier, je suis allé à la rencontre de Diane Tell pour enregistrer un CD’Aujourd’hui à l’occasion de la sortie de son nouvel album Rideaux ouverts.

Le rendez-vous s’est tenu au Théâtre Dejazet, un théâtre chargé d'histoire qui fut l'unique rescapé du Boulevard du Crime détruit par les grands travaux haussmanniens.

Pour voir l’émission, c’est là !

De temps en temps, lorsque cela est possible, j'ai beaucoup de plaisir à immortaliser les coulisses des tournages... commençons avec la session acoustique.

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Splendide hasard... "mon" caméraman a des ailes d'ange.

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Avant l'interview, Diane Tell en pleine conversation avec l'hôte du lieu, l'illustre Jean Bouquin.

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Pendant l'interview... (merci à l'attaché de presse, Alain Ichou, pour ses deux clichés !)

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Et merci à Diane Tell pour sa gentillesse et sa disponibilité. Comme d'habitude...

Teaser de l'album Rideaux ouverts.

"Je sais bien qu'un jour", extrait de l'album Rideaux Ouverts.

19 avril 2012

Fills Monkey : interview pour leur spectacle "Incredible Drum Show"

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Fills Monkey entre dans la scène musicale et humoristique française en 2005, lorsque Yann Coste (batteur d'Anaïs, Prohom et No one is innocent) et Sébastien Rambaud (JMPZ) décident de créer un spectacle ludique et humoristique autour de la batterie. Tour à tour batteurs, comédiens, mimes, jongleurs, ils s'entrechoquent à travers une série de tableaux "humorythmiques". "Incredible Drum Show" nait au Sentier des Halles en septembre 2011 et le succès ne se fait pas attendre, le spectacle étant sans paroles et très accessible. Le 4 avril dernier, les deux doux dingues sont passés à MusiqueMag pour nous gratifier d’une session inédite et improvisée… que voici.

video Incredible Drum Show

fills monkey,incredible drum show,interview,musiquemag,mandorEt je leur ai posé quelques questions (en leur demandant d'y répondre sérieusement, ce qui n'est pas évident pour eux...).

Interview :

Votre duo existe depuis 2005…

Yann : En fait, on se croisait déjà depuis des années quand nous jouions dans nos groupes de rock respectifs. En 2005, on a été sponsorisé par une marque de cymbale qui nous a demandé de présenter le matériel. Chacun devait faire un morceau pour représenter notre écurie et, du coup, présenter le matériel. On s’était déjà rencontré et on sentait que le courant passait entre nous. On s’est retrouvé dans un local et on a écrit le premier morceau et le dernier morceau du spectacle que vous connaissez aujourd’hui. Tout de suite, on s’est mis à être très très idiot et à jouer aux sales gosses.

Y avait-il la volonté de faire de l’humour dès le départ ?

Yann : Au début, on n’osait pas. On y est allé progressivement parce que vraiment, ça ressortait de notre personnalité. Quand on jouait, on se permettait de sortir de la batterie, faire des petits gags, installer une dualité.

Plus le public se marrait plus, plus j’imagine que ça vous incitait à continuer.

Seb : Complètement. En fait, on s’est complètement laissé guider par les gens. Encore aujourd’hui, on continue à recueillir toutes les critiques, qu’elles soient positives ou négatives, pour faire avancer le spectacle.

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Tournage de la session...

Vous continuez vos carrières de batteur de groupe de rock ?

Seb : Très franchement, de moins en moins. Depuis deux ans, notre volonté est de mettre le maximum d’énergie dans ce spectacle pour essayer de le faire avancer, pour voir jusqu’où il peut aller. Du coup, on a de moins en moins de temps à côté.

Yann : Après, on reste des musiciens. On va toujours jouer avec des copains. Personnellement, je continue à jouer de temps en temps pour mon groupe initial, No One is Innocent, mais effectivement, mon projet principal, ce sont les Fills Monkey.

Votre spectacle est hyper chorégraphié, une mise en scène millimétrée…

Yann : On a écrit ce spectacle sur 5 ans. Il y a plein d’automatismes qu’on a mis en place, de compositions, de compréhension. En plus, on a un bagage technique qui est un peu le même. On ne passe pas beaucoup de temps à régler les choses techniques, on en passe plus à régler l’acting. On a appris à se connaitre et dans la batterie, et dans le jeu d’acteur et humainement dans la vie de tous les jours.

Seb : On a repassé le spectacle au crible en septembre dernier avec un metteur en scène qui s’appelle Gil Galliot (Pascal Légitimus, Patrick Bosso). Il a emmené de nouveaux tableaux et c’est bien d’avoir un regard « extérieur »…

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Tournage de la session...

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Est-ce que l’on peut dire que votre succès assez soudain vient de vos nombreuses vidéos que l’on voit partout sur Internet : YouTube, Dailymotion, réseaux sociaux…

Seb : C’est un plus énorme. Ce média nous aide beaucoup. On a vite compris que c’était la promo idéale et en plus, ça nous amuse de le faire. Dès qu’on a un peu de temps, entre deux concerts et les répétitions, on se fait une session vidéo happening le plus sympa et efficace possible.

Yann : Celle qui a le plus marché, c’est quand on a fait du air batterie dans le métro… Le happening, ce n’est pas ce que l’on préfère faire parce qu’on a un peu l’impression de prendre les gens en otage, mais à chaque fois qu’on l’a fait, les retours ont toujours été très positifs. Les gens ont toujours participé avec le sourire en plus.

Avez-vous l’impression que c’est votre année là ?

Seb : Ce qui est certain, c’est qu’il se passe quelque chose. Il y a plein d’évènements qui se préparent, et au-delà même de nos espérances… Par exemple, nous sommes programmés 10 jours au Festival « Juste pour rire » à Montréal. C’est incroyable pour nous. On commence à accrocher pas mal de premières parties. Au mois de mai, on joue avec Archimède à la Cigale. En termes de visibilité, oui, on peut dire que c’est notre année. Ce qu’on a semé commence à germer.

Il était temps ?

Seb : Oui, dans nos carrières respectives, on peut considérer que c’est le moment. Les Fills Monkey n’existent que depuis 6 ans, certes, mais ça fait 15 ans que l’on fait de la musique et que l’on tourne beaucoup. On s’est beaucoup sacrifié pour des groupes auxquels on croyait. On a fait énormément de kilomètres, parfois dans des conditions limites. Maintenant, c’est super gratifiant d’avoir un projet qu’on aime beaucoup et dans lequel on s’exprime à fond. Les gens commencent à être au rendez-vous, on ne boude pas notre plaisir. On est dans la vie, comme dans le spectacle, deux gamins. Au point que nous sommes comme des dingues quand on ouvre un journal et que l’on voit dedans une photo des Fills Monkey. Ce mois-ci, on est dans le poster de Batterie Magazine. Ce poster, c’est un rêve de gosse.

Yann : L’ambition qu’on a aussi avec ce spectacle, comme il n’y a pas de paroles, c’est d’aller à l’étranger. On va redémarrer à zéro, mais on a envie de tenter l’expérience. C’est un cycle, ça ne s’arrête jamais. Un éternel recommencement.

Êtes-vous allé voir Cloclo au cinéma ?

Seb : On a des invitations, il paraît, mais nous n’y sommes pas encore allés.

Être produit par le fils de Claude François, c’est amusant quand même…

Seb : C’est génial pour nous ! Jusqu’à maintenant, c’est juste super. On a rencontré Claude François junior au début de notre projet et le gars qui nous reçoit a un super état d’esprit, il adore le spectacle vivant. Il nous a aidés financièrement et en terme de réseau. On n’a pas encore fait de référence à Claude François dans le spectacle, mais ça viendra. (Rires).

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Quand les Fills Monkey déshabillent Mandor...

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 Pour finir (et parfaire votre opinion sur ce duo décapant), voici un reportage diffusé sur BFM TV cette semaine.

 
Et quelques photos personnelles de leur spectacle au Sentier des Halles, lors d'un concert privé réservé à la presse, il y a deux mois...

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17 avril 2012

Stéphane Mondino : interview pour la sortie de "1975"

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Beaucoup d’entre vous n'ont jamais entendu parlé de Stéphane Mondino. Je ne le comprends pas tant cet auteur-compositeur-interprète est pétri de talent. Personnellement, je l’ai connu et apprécié en 2004 avec son album Saint Lazare. Depuis, je suis sa carrière qu’il mène en pointillé. Je le considère comme un des meilleurs chanteurs français et par la même occasion, un des meilleurs mélodistes de la chanson pop française. Stéphane Mondino a sorti un nouveau disque hier, il serait bon de ne pas passer à côté.

Grâce à son attachée de presse, Flavie Rodriguez, le 30 mars dernier, Stéphane Mondino est passé à « l’agence » pour répondre à quelques questions sur cet album (et un peu plus).

stéphane mondino,1975,interview,daniel balavoine,mandorExtraits du dossier de presse :

1975, nouvel album à l’image de l’artiste, simple, musical et sans concession. Réalisé en « autoproduction volontaire » par Michel Françoise (Francis Cabrel, Souad Massi…), 1975 saura en séduire plus d’un, pour peu que la curiosité ait encore sa place dans le dictionnaire.

AvantStéphane Mondino fait un premier album St Lazare  (Cargo/Sony), on le voit un peu, on l’entend aussi. De la scène, des premières parties, quelques radios. Et déjà un autre album pointe son nez  Roll Over : « Entrez, pressez-vous, venez voir » mais Stéphane n’est décidément pas à l’aise dans l’ambiance du showbiz. Il reprend sa liberté et ses notes et s’en va faire Les Vents Tourneront ailleurs. Autoprod’ et plans galères, Stéphane a tout traversé… 1975 est là, avec un son, une envie et cette dose de dédain que le rock sait donner. Rock, chanson, pop, folk… c’est du Stéphane Mondino et ça fait du bien.

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Interview :

C’est le deuxième album que tu enregistres avec la collaboration de Michel Françoise. Là, il a l’a réalisé et produit complètement dans « Le sous-marin », son home studio, à Nérac…

Pour mon album Roll Over, il l’avait réalisé, Francis Cabrel l’avait produit. Dans 1975, ce qui est particulier, c’est qu’il a été joué à trois. Michel Françoise a fait des guitares, son fils Tom des batteries et moi des guitares et des claviers.

Est-ce plus confortable de travailler ainsi ?

Oui, c’est bien. Trois, c’est très peu. On n’a pas beaucoup d’instruments additionnels. C’est très roots et très joué. Il n’y a pas de boucles, pas de synthés ou juste une nappe…

Avec Michel Françoise, vous êtes partis dans l’idée de ne faire ensemble que deux chansons, et puis finalement, vous avez fait l’album dans son entier.

On avait vraiment accroché humainement quand on a travaillé sur Roll Over. Il m’a rappelé en me disant qu’il aimerait retravailler avec moi. Il m’a dit de venir le voir à Nérac et on a commencé a bosser sur deux titres pour que je les présente éventuellement à des labels. Je suis arrivé avec 5 titres et, de fil en aiguille, on a travaillé tellement vite et bien, qu’on s’est retrouvé avec assez de chansons pour un album entier.

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Stéphane Mondino entre Michel Françoise (à gauche) et Tom Françoise en avril 2011.

(Photo : Patrick Batard)

Tout à l’heure en « off », je te sentais gêné quand on a évoqué la notion « d’artiste ». Tu ne te sens pas artiste ?

C’est comme si nous, chanteurs, on planait au-dessus d’un monde. Je ne sais pas trop ce que cela veut dire en fait. Je considère que la chanson, c’est plus un artisanat.

Artisanat/artiste, on n’est pas loin.

C’est vrai. Il n’y a pas d’emphase à ce statut-là.

 

stéphane mondino,1975,interview,daniel balavoine,mandorDans cet album, tu as écrit toutes tes chansons sauf quatre. On a pourtant l’impressionnant que tu en es l’auteur.

Pascal Lanier, il me connait pas mal puisque cela fait quelques années que l’on travaille ensemble. Alain Charbonnier, on se connait depuis 20 ans. Éric Ginhac, par contre j’ai fait sa connaissance récemment. Je dis très vite aux auteurs avec lesquels je travaille quand un mot ou un sentiment ne me correspond pas. Je propose d’autres choses dans lesquelles je me reconnais un peu plus, c’est cela qui doit donner cette sensation d’unité. Par contre, s’ils ont un argumentaire fort pour me faire comprendre pourquoi ils ont choisi tel ou tel mot, je vais me l’approprier et l’assumer. Assumer, c’est le mot principal dans ce métier.

Tu aimes bien quand on ne comprend pas forcément du premier coup les textes ?

J’aime bien que le public fasse un pas. Tout le monde comprend quelque chose dans une chanson, par rapport à sa propre vie et ses influences. Il y a des mots, des associations de mots, des images qui rappellent un moment de nos vies. Ce n’est donc pas la peine de surligner.

Tu n’es pas spécialement un chanteur engagé, et pourtant, il y a une chanson qui s’appelle « Les fantômes » dans laquelle tu évoques l’arrivée au pouvoir du FN ou plus généralement de l’extrémisme.

C’est vrai que je ne fais pas de chansons engagées. C’est difficile pour moi de me servir de la chanson comme tribune. Je n’aime pas les donneurs de leçons dans la chanson. Pour « Les fantômes », je voulais quelque chose de baroque, mais finalement, elle est très premier degré et très sombre. C’est un peu l’exception qui confirme la règle dans mon répertoire.

Je te trouve moins nostalgique que dans tes précédents albums.

Ah bon ! Tu trouves ? C’est la première fois que l’on me dit ça. J’ai une certaine nostalgie, une certaine mélancolie du moment qui vient de passer, du temps qui file, du toboggan sur lequel on est. La chanson qui ouvre l’album, « La vie est là », parle de ça. Le fait de s’arrêter et de ne plus être dans le côté négatif. Pour la première fois, j’ai écrit une chanson pleine de vie sur ce sujet. Même si un jour on doit dire adieu à la vie, prenons le temps de vivre le moment présent.

Tes chansons ne sont pas gaies, il faut bien le dire…

On passe beaucoup dans les mariages (rires). Non, mais ce n’est pas non plus ultra noir.

Disons que je ne lis pas en toi une joie de vivre intense. Mais, ce sont ces chansons-là qui marchent le mieux. Francis Cabrel et Michel Jonasz, ce ne sont pas non plus les rois de la rigolade !

Il y a effectivement un paquet d’artistes qui ne sont pas spécialement joyeux. La culture de la chanson française est sur le mode mineur. On peut vite  partir vers la ligne à ne pas franchir : le pathos à mort.

Nous avons un point commun, nous sommes tous les deux fans de Balavoine. Et nous l’avons rencontré et posé avec lui, la même année. Commente-nous les deux photos où tu es avec lui en 1984.

J’avais 9 ans. Il y avait un jeu de Patrick Sabatier sur RTL qui s’appelait « Une soirée pas comme les autres ». Ma maman à joué et elle a gagné. On a passé la soirée du 30 septembre 1984 ensemble. C’était un rêve, j’étais avec mon idole absolue.

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Stéphane Mondino et Daniel Balavoine le 30 septembre 1984...

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C’est quelqu’un qui t’a influencé dans ta façon de chanter…

J’ai perdu le tic. Quand j’étais ado, j’avais le tic. Je l’avais beaucoup chanté. Il avait un truc de fin de phrase difficile à raconter, mais que j’avais chopé. Quand j’ai commencé à travailler avec des professionnels, ils me disaient d’arrêter cette très mauvaise imitation. L’album Les vents tourneront est dédié à Daniel Balavoine. Pendant longtemps, je n’ai pas parlé de lui. En France, il y a un truc bizarre avec la variété. On a facilement tendance à dire « variétoche » avec tout ce qu’il y a de péjoratif derrière. Balavoine, ça le tuait d’être considéré ainsi et pas comme un chanteur de rock. On sait qu’il ne faisait pas du rock, mais une belle variété très musclée. Et toi, tu l’as rencontré comment ?

(Je lui raconte, en détail, mais tel n’est pas le sujet du jour).

Revenons à nos moutons, tu fais de la variété toi aussi ?

Oui, tout à fait. Je l’assume aujourd’hui. Mais, c’est quand même drôle, il y a certaines chansons en français, on les mettrait en anglais, ça deviendrait de la pop ou du rock. Coldplay, par exemple, on ne dit pas que c’est de la variétoche.

Tu es toujours dans le doute. Pourquoi ?

Oui, c’est chiant pour les gens autour. Je n’arrête pas de dire : « C’est merdique! Ce concert est tellement nul, j’arrête ! Je vais vivre dans le Vaucluse en survêtement dans une maison et je n’en sors plus ! » Bon, en ce moment, je me dis que mon album est pas mal… le fait d’avoir Michel Françoise qui me produise, d’avoir quelqu’un qui me fasse confiance, ça me rassure. Que Cabrel aussi aime mon travail, qu’il produise un de mes albums, oui, ça aussi ça me donne confiance. Les jours sans, je me dis que tout ce beau monde va finir par se rendre compte que je suis un imposteur.

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Francis Cabrel et Stéphane Mondino en octobre 2004.

Je n’ai pas compris qu’après ton premier album Saint-Lazare, tu n’aies pas explosé. C’est un mystère pour moi.

Il y a une part de responsabilité de plein de gens, dont je fais partie. Il y a un moment où on rentre dans le métier, on est produit, on est mal entouré, bref, je ne veux pas revenir vers cette période-là, assez décevante finalement.

Tu n’étais pas très souple, je crois savoir…

Je ne supportais pas la superficialité du métier. J’envoyais tout péter. Je me demandais de quoi on me parlait parfois. Des problèmes qui n’en étaient pas. C’est idiot de ne pas avoir joué le jeu. À partir du moment où on rentre dans un truc qui s’appelle le show-biz, il ne faut pas se plaindre de manquer de liberté. On est dans un système où le but, c’est de vendre des disques. Il fallait que je m’adapte aux lois de cette industrie.

Et aujourd’hui, tout va bien ?

Je suis heureux de la sortie de cet album. Les choses doivent être comme elles doivent être. Si ce disque permet de faire avancer les choses, tant mieux.

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16 avril 2012

CD'Aujourd'hui : Ridan pour "Madame la République"

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Après Le rêve ou la vie en 2004, L'ange de mon démon en 2007 et L'un est l'autre en 2009, Ridan a sorti le 10 avril son nouvel album, Madame la République. Je rencontre ce poète engagé régulièrement quand il sort un disque. (Voir ma dernière mandorisation du monsieur, la précédente et la toute première fois). J’ai d’ailleurs chroniqué son nouvel album pour le journal gratuit de la Fnac, ActuFnac (daté du mois d’avril 2012).

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Le 3 avril dernier, je suis allé à sa rencontre pour enregistrer un CD’Aujourd’hui. Rendez-vous fut pris à La Flèche d'Or pour une session et une interview (principe de cette émission depuis toujours). Pour voir l’émission, c’est là !

Voici quelques photos de la session...

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Après l'enregistrement...

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Voici ses deux derniers clip en date... deux chansons censurées à la télévision et à la radio (pour cause de période électorale).


RIDAN - Madame la République (CLIP OFFICIEL) par Ridan_Officiel

15 avril 2012

Eli Esseriam (et un peu Fred Ricou) : interview pour le cycle "Apocalypsis"

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Apocalypsis est un cycle de 5 livres signé Eli Esseriam. Les quatre premiers tomes sont écrits à la première personne, présentent chacun l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse et peuvent être lus indépendamment. Le cinquième tome clôt le cycle avec la rencontre des quatre héros et la narration des événements qui conduisent à l’Apocalypse.

C’est mon ami Fred Ricou, fondateur du site Les histoires sans fin (et mandorisé ici), qui m’a fait parvenir les deux premiers tomes de cette série. J’ai lu le premier volet, Alice, malgré le peu d’intérêt que je porte à ce genre littéraire. Un livre pour ado, de plus de l’héroic fantasy… c’était mal barré pour que j’accepte de recevoir l’auteur(e). Sauf rien en s’est passé comme prévu quand j’ai entamé ce premier volet. Plus j’avançais, plus le ton, l’humour et le style d’Eli Esseriam m’a subjugué. Rien de moins. Le 23 mars dernier, Eli (qui habite Strasbourg) et son « mentor » Fred sont passés à « l’agence » pour une interview sans langue de bois.

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La série :

2012. Selon plusieurs croyances et mythologies, la Fin du Monde arrive à grands pas.
Ils sont quatre adolescents d’apparence ordinaire. Alice, Edo, Maximilian et Elias. Ils ne se ressemblent pas et n’ont, à première vue, rien en commun. Leurs vies vont pourtant s’entremêler d’étranges manières. Chacun va se découvrir un rôle dans ce cataclysme planétaire et apprendre à dominer son pouvoir unique. Ils vont devoir s’unir et sceller le Jugement Dernier. Ils sont les Cavaliers de l’Apocalypse.
Ils devront tuer, mais aussi épargner, maîtriser le sort des Hommes tout en se soumettant à leur propre destin.
Seules 144 000 âmes pourront être sauvées. En ferez-vous partie ? Ou serez-vous un de leurs mystérieux opposants, déterminés et prêts à tout pour sauver le Monde ?


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Eli Esseriam et Fred Ricou.

Interview :

Eli, tu lis depuis toujours et écris depuis longtemps. Raconte-nous comment ce cycle Apocalypsis est né. Fred (ton conseiller artistique/agent/frère de fortune) y est un peu pour quelque chose, je crois…

Quand j’ai rencontré Fred, j’étais juste infirmière. J’écrivais dans mon coin des petites histoires pour enfants et on a eu des atomes crochus assez rapidement, avec des affinités littéraires évidentes. Je lui ai montré certains textes qu’il aimait beaucoup. Il voulait depuis le début que j’écrive pour les adolescents et je refusais obstinément. Mais, il m’a aussi proposé d’être chroniqueuse pour son site Les histoires sans fin. J’étais contente parce que j’allais avoir des livres gratuits et ça allait soulager ma banque.

Tu aimes lire les livres pour enfants ? Quand on est adulte, c’est intéressant de lire ce genre-là ?

Sans doute parce que j’ai une relation particulière avec les livres depuis que je suis toute petite. A l’adolescence, je me suis mise à rechercher les livres que je lisais enfant et à explorer cet univers-là. Ces livres sont constructeurs de tout notre avenir de lecteur. Je trouve ça passionnant.

Mais tu es déjà construite en tant que lectrice. Alors, quel intérêt trouves-tu à lire de nouveaux livres jeunesse ?

C’est certainement de la nostalgie pure. C’est avoir envie de retrouver des sensations complètement oubliées que l’âge adulte ne permet plus. Ce sont de petites bouffées d’air frais.

Fred, qu’as-tu trouvé dans les textes d’Eli ?

Fred : Je trouvais que dans ces textes d’albums, elle avait une écriture vraiment belle, poétique et que je ne retrouvais pas forcément dans d’autres albums. Je lui ai demandé d’essayer d’écrire un roman d’ado. Eli, tu peux continuer l’histoire…

Eli : Je ne cherchais pas particulièrement d’histoire parce que je n’envisageais pas une seconde de me mettre à ce projet. Un matin, j’ai eu cette idée-là et j’en ai parlé naturellement à Fred. On s’est mis d’emblée à faire des recherches là-dessus et à projeter des choses…

5 livres pour commencer une carrière littéraire, tu n’as pas choisi la facilité !

Eli : Fred avait cette crainte. Pour un auteur jamais publié, pas du tout connu, sans relation, ça allait être compliqué. Il y a un cavalier par tome, qui lui-même se retrouve dans le cinquième. Je tenais à cette découpe-là. Fred a essayé de négocier en me proposant un tome pour deux cavaliers, par exemple. Je n’ai pas cédé. C’est de l’inconscience et de l’innocence totale, je le sais bien.

DSC03425.JPGIl a fallu donc que tu inventes 4 cavaliers, avec chacun leur personnalité. La seule fille de la bande, Alice, qui est l’héroïne du premier volet, je me suis laissé dire qu’elle te ressemble beaucoup…

Au début, je n’envisageais pas de mettre une fille. Je voyais 4 cavaliers, 4 garçons. C’est encore Fred qui m’a conseillé judicieusement d’ajouter une touche féminine. Pour élargir le lectorat. Fred est pragmatique. Du coup, Alice est le cavalier le plus intelligent et qui a la meilleure représentation symbolique. J’avoue qu’elle me ressemble pas mal adolescente. C’est ce que mes proches disent en tout cas.

A l’âge de 10 ans, son QI est supérieur de 4 points à celui d’Einstein… toi aussi tu es surdouée ?

Je lui ai donné quelques points de plus que moi au même âge. J’ai suivi une scolarité normale, j’ai même été très très mauvaise en seconde, par pure paresse scolaire. Mais, c’est vrai que je lui ai donné beaucoup de ma personnalité et de mon histoire personnelle.

Tu es solitaire, comme Alice ?

Oui. J’étais comme ça. J’étais asociale, très sarcastique, très cynique.

Ça se sent terriblement dans ton écriture. Le sarcasme et le cynisme. Fred, je crois que9782354501785.jpg ça ne t’a pas dérangé.

Fred : Non bien au contraire. Pour une fois, il y avait ce cynisme qu’on ne retrouve pas en littérature adolescente. Même dans les romans où il y a des anti-héros, au fond d’eux, ils sont profondément gentils finalement. Et là, Alice, elle s’en fout d’être gentille.

Alice n’est pas capable d’empathie.

Eli : Elle est pragmatique. Elle s’empêche de pas mal de choses. Comme tout le monde, quand on est un être humain, on a de l’empathie. Les émotions humaines, on les a tous, après on choisi de les exploiter, d’accepter de les ressentir, de les contrôler ou de les mesurer. Alice, elle est dans le refus de tout ça. Elle veut rester en permanence froide et sensée. Il faut que tout soit intelligent et cohérent.

On ne sait pas d’où elle vient, ce ne sont pas ses vrais parents. Cela instaure déjà un premier mystère.

Moi aussi, j’étais une enfant adoptée. J’ai juste transposé certains traits me correspondant parce que je pensais que ça pouvait nourrir le personnage.

Dans sa vie de tous les jours, Alice se rend compte d’abord avec effroi, puis avec une espèce de jubilation qu’elle peut manipuler les pensées de tout le monde. Tu ne peux quand même pas changer la perception des gens, lire dans les pensées, leur faire faire ce que tu souhaites ? Tu me fais peur là !

Rassure-toi, pendant cet entretien, je ne ferai rien qui ne te nuise.

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Avant de commencer le premier tome d’une série qui en comprendra cinq, il faut que tu saches où tu vas jusqu’au bout. Il te faut un sacré squelette avant de commencer et une bible à suivre, je suppose.

Le terme « une bible » est particulièrement bien approprié. Comme je suis quelqu’un de psycho rigide, il faut effectivement que tout soit bien structuré. Je suis infirmière de profession, ça se sent dans ma manière de travailler, je pense.

J’ajoute que c’est dans le monde psychiatrique. C’est important pour comprendre ton œuvre.

Je n’ai pas fait que de la psy. J’étais aussi une puriste des urgences et aussi de la recherche en laboratoire.

Pour un journaliste, c’est très facile de faire le lien entre ta profession et ce que l’on peut lire dans cette saga. Il est beaucoup question de psychologie…

C’est mon univers, mon quotidien, ma normalité.

Quand on écrit un roman pour les adolescents, est-ce que l’on se dit qu’il faut faire attention à ce que l’on écrit pour ne pas les heurter ? Non, parce que tu parles de suicide et de viol, notamment.

J’ai du mal à écrire si je commence à penser à ce que les lecteurs vont eux même penser, ressentir ou en retirer. Je préfère écrire avec mes œillères. Après, c’est vrai que Fred, derrière me dit : « euh… là, ce n’est pas sûr que ça passe ». J’ai la chance d’avoir un éditeur qui aime ça et qui, au contraire, me demande de ne rien m’interdire. En même temps, je pense que les adolescents sont beaucoup plus hardcore que nous trois réunis.

Je crois savoir que tu as le besoin du regard de Fred sur tes textes assez régulièrement.

Il faut savoir que je suis quelqu’un de très impatient et effectivement très dur et très intransigeant. Quand j’ai commencé Alice, j’étais dans une situation professionnelle différente  et au moins 72 fois, j’ai eu envie de renoncer pendant l’écriture de ce premier tome. Fred étant un excellent manipulateur, se contentait de me demander d’écrire encore deux, trois pages, juste pour lui. Il me disait qu’il voulait lire la suite. Comme ça, il m’a amené au bout d’Alice. Il savait qu’au bout d’Alice, j’allais avoir envie d’explorer un autre personnage.

Quand Fred m’a parlé de ton livre, je lui ai répondu que l’héroic fantasy, ce n’était pas du tout ma tasse de thé.

Ce n’est pas la mienne non plus…

artoff295.jpgC’est ce que j’ai cru comprendre aussi. Je n’ai pas lu ton premier tome comme un livre de ce genre -là. J’étais captivé par le personnage d’Alice. Elle m’a embarqué dans son  monde un peu « spécial » grâce à sa personnalité très trash.

Tu devrais aimer le deuxième cavalier, Edo.C’est un personnage qui est aussi brut de décoffrage et aussi sarcastique qu’Alice. Il est encore plus cru. Finalement, inconsciemment, les quatre cavaliers ont quelque chose de moi.

Tu veux encore me faire peur ou quoi ? Bon si je comprends bien, pour te connaître parfaitement, il faut faire un condensé des personnalités des 4 cavaliers ?

On projette toujours des choses. Alice, c’est le côté de moi que l’on connait le plus socialement, les trois autres, ce sont les choses que je refoule et que je n’assume pas forcément. Ce sont mes traits de caractère les moins avouables.

Est-ce que l’on est maître de ce que l’on a envie d’écrire ?

Je ne pense pas. Je n’ai jamais eu l’impression de décider. Les choses et l’action se sont simplement enclenchées. Je n’assume pas trop. J’ai fait des études littéraires, tu sais. On est un peu élitistes, un peu prétentieux. Mais, bon,  j’adore les comics, même si je le dis moins volontiers. Je fais semblant quand je dis que Kundera est mon auteur préféré. En vrai, j’ai un gros penchant pour la littérature fantastique.

Lâcherais-tu tout pour la littérature si le succès était au rendez-vous ?

Je prends beaucoup de plaisir à écrire, mais j’ai trop besoin de mon métier d’infirmière. J’en aurais toujours besoin. Pour rééquilibrer, pour avoir un pied dans la réalité. L’un et l’autre doivent coexister. Je n’ai pas envie d’écrire pour écrire. Il y a beaucoup de personnes qui le font et ça se sent dans la qualité de leurs ouvrages. Plus le temps passe, plus ça perd en substance, en intérêt. Il y a des redites. J’aurais trop peur de faire de l’Apocalypsis ad vitam æternam.

Dans ton milieu professionnel, cela se sait que tu écris ?

Non. C’est pour ça que j’ai pris un pseudo. Quand on travaille en psychiatrie, par rapport aux patients, ce n’était pas possible de cumuler ces deux existences-là. On peut être sujet à projection. Je travaille avec une patientèle très spécifique. Certains font des délires mystiques, alors, avec ce que j’écris…

Ce doit être sacrément source d’inspiration…

C’est énorme, tu n’imagines pas. Moi, j’ai toujours aimé me retrouver au milieu d’une équipe de soignant, écouter leurs anecdotes, leurs moments forts dans le métier. On vit des choses inimaginables, aux frontières du réel…

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Écrire sur l’Apocalypse… tu n’as pas eu peur que l’on considère que c’est opportuniste ?

J’aime bien les challenges où l’on est perdant d’avance. En plus, je déteste tout ce qui est prédiction apocalyptique.

Et pourtant, tu as écrit 5 livres sur ce sujet…

Je ne suis que paradoxe. Mais pour rentrer un peu plus dans le fond de l’histoire, sache que les 4 cavaliers doivent épargner 144 000 personnes, parmi les vivants et les morts. Ce sont des âmes, pas des vies.

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Quelle est ton opinion sur l’apocalypse ?

Je suis censée y croire. Je suis chrétienne et croyante. Je suis censée croire dur comme faire aux 4 cavaliers. Ce que j’aime dans la bible, c’est que c’est très romanesque, très métaphorique.

Si tu es croyante, tu ne culpabilises pas de transformer « les écrits » ?

Je ne te le cache pas. C’est un truc auquel je pense régulièrement. J’espère que Dieu ne m’en voudra pas.

Transgresser fait partie de ta personnalité, finalement.

Voilà. Dieu m’a fait comme ça… il doit m’aimer comme ça, sinon, il m’aurait fait différemment. C’est ce que je me dis pour me consoler.

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L'auteur, l'éditeur et le conseiller artistique : Hicham Matagot, Eli Esseriam et Fred Ricou, à la librairie L'Antre Monde, le lendemain de cette interview...

Une autre interview d'Eli Esseriam, très complémentaire, celle d'Archessia (qui rentre un peu plus en profondeur dans le cycle en lui-même...)