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11 avril 2012

Zedrus : interview pour "Dans la différence générale"

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Zedrus, je ne l’ai pas vu venir. Un disque reçu parmi tant d’autres, un attaché de presse insistant. J’ai écouté. Trouvé les textes diablement bien écrits et souvent drôles. À la deuxième écoute, j’ai décroché mon téléphone et imploré pour que l’on m’amène ce chanteur suisse dès son arrivée à Paris. Ainsi fut fait le 28 mars dernier. Il passait ce soir-là et le lendemain au Sentier des Halles. L’iconoclaste artiste est venu avec Paule Mangeat, sa manageuse (et écrivain-scénariste de son état) et Julien Oliba, l’attaché de presse efficace.

Zedrus m’explique qu’il s’est couché à 3 heures, car il a participé à l’émission de Serge Levaillant, « Sous les étoiles exactement ». Donc une interview à 11h du matin… dur pour lui. On tente l’entretien quand même… Avant de le lire (avec beaucoup de second degré), voici ma chronique sur ce deuxième album, parue dans Addiction, le mag (daté du mois de mars 2012).

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Interview :

Tu es père au foyer et chanteur. Ce n’est pas incompatible, mais c’est rare…

J’ai eu un enfant, j’ai voulu le voir grandir. Ma femme a voulu travailler, j’ai donc fait père au foyer. Quand il a commencé à aller à l’école, j’ai eu le temps d’écrire des chansons. À cette époque, je faisais un peu de musique avec un groupe. Un jour, à Genève un personnage influent dans la musique en Suisse, Roland Le Blévennec, du Chat Noir, m’a dit qu’il avait une date pour moi. Je me suis retrouvé au fin fond du Canada, en Acadie. J’ai eu peur d’ennuyer les gens, c’est là que j’ai décidé d’être sur scène comme dans la vie. Je ne fais pas des sketches, mais je crée une interaction avec le public. Si cela fait sourire, tant mieux. J’ai fait trois, quatre ans de tournée en solo. Aujourd’hui, je joue en trio, mais j’ai gardé ce côté « show man ».

Avoir une femme qui travaille, c’est une forme de liberté pour toi…

Je le reconnais. L’argent n’est pas ce qui me pousse à faire ce métier. C’est l’envie. Parfois, il m’arrive d’oublier de prendre mon cachet, c’est dire. Je n’en reviens pas d’être payé pour faire de la chanson. Je ne vais pas faire de tirade mélanchoniste, mais j’ai un rapport particulier avec l’argent. Je trouve que la culture et l’argent ne vont pas ensemble.


Zedrus - Petit mortel live acoustique par cath1966

Zedrus-Live1.jpgLa musique, c’est aussi un prétexte pour voyager, m’as-tu dit…

Mes concerts durent une heure. Avant, j’ai trois heures à remplir, après aussi. Ca me permet de rencontrer les gens, d’aller dans des endroits improbables. Tu finis à 5 heures du matin à gouter des spécialités locales un peu douteuses et à danser la bourrée, j’adore… Sur une île déserte, je continuerais à écrire, mais j’irais aussi me baigner tout nu.

Tu as un esprit baba cool, dis donc !

Non. Je suis plutôt anarchiste. Dans « baba cool », il y a la notion d’oisiveté que je n’aime pas trop.

Il y a une chanson de ton premier album qui s’intitule « Vieux con »…

Mon premier album était plus teinté Brassens que celui-ci. C’était une réponse à des critiques que l’on me faisait sur le fait que je n’étais pas un chanteur à la mode. J’ai donc répondu que j’étais le vieux con de la chanson.

Tu as un côté punk, je trouve.

C’est vrai, mais c’est toujours dur de se définir soi-même. Moi, je ne me définis jamais comme mon image semble refléter aux autres… Plutôt que punk, je suis direct et franc. Je pense tout haut, sans aucun frein. Pour moi, la chanson, c’est penser tout haut.

Je trouve qu’outre les jeux de mots et l’ironie constante dans tes chansons, tu t’exprimes aussi beaucoup en image.

Je pars du principe que tout a été dit, mais pas par moi. C’est une phrase de Gilles Vigneault. J’essaie de sublimer les banalités par un peu de style. Je tente de dire des choses profondes avec des mots simples, mais de manière compliquée ou alambiquée. J’ai une forme de distance et d’ironie. C’est aussi un changement d’angle de vue. J’aime bien fonctionner sur la surprise. J’aime l’idée que l’on ne sache pas trop ce que je vais dire. Moi, sur le visage d’une jolie femme, ce n’est pas la beauté du visage qui m’intéresse, mais les boutons qu’elle a dessus. Je vais sublimer ses boutons. Bref, j’aime les défauts et les aspérités. Je suis pour la célébration de la noirceur de la vie. Je trouve que l’ombre éclaire la lumière.

On sent que tu cisèles tes textes… que tu y fais très attention, en tout cas.

Plus qu’avant, en fait. Mais, j’aime garder une spontanéité et le côté magique de l’écriture.

C’est un peu de l’écriture automatique ?

Non, quand même pas. Je ne suis pas Bertrand Belin. Note que je n’ai rien contre lui, je l’ai même vu en concert à Genève… Juste, je n’ai pas la même audace. Quand je serai en play-list sur France Inter, je pourrais me permettre d’écrire ce genre de texte.

Dans la chanson francophone, tu te sens dans une famille ?

Non. Il y a plein de gens que j’aime, mais je ne me sens disciple de personne.

Tu n’as pas de maîtres es-chansons ?

Si. Tous les chanteurs morts. Brassens, Brel, Renaud, Pierre Perret…

J’ai lu que tu n’aimais pas les chansons qui racontaient le quotidien. Dis donc, tu as quand même fait la première partie de Vincent Delerm

Au début, je ne pouvais pas l’encadrer. Et puis, en écoutant attentivement ses chansons, j’ai trouvé que ce qu’il racontait n’était pas si anodin que cela. Il n’utilise que des images, mais avec beaucoup de profondeur.

As-tu une volonté de choquer ?

Dans écriture de chansons, non. En spectacle, un peu. Je me considère comme un médecin. Je choisis la seringue, je choisis le produit, je fais la piqure, après, j’aime bien observer l’effet. J’adore voir comment les gens qui écoutent reçoivent tout ça.

Tu es un peu le Docteur House de la chanson ?

Tu es le deuxième journaliste à me le dire. Tu peux quand même l’écrire, parce que ça me va bien… J’essaie de garder mon originalité, c'est-à-dire un certain mordant parfois déconcertant. Je n’ai pas envie de m’adoucir plus. J’arrête les concessions.

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Es-tu né à la bonne époque ?

Tu sais, je ne crois pas au « c’était mieux avant ». Je te rappelle que dans les années 70, Dave vendait plus de disques que Brel et Brassens réunis. Rien n’a changé. Cela étant, c’est plus dur de faire de la musique et en vivre aujourd’hui que naguère. C’est à cause des groupes de rock. Quand ils se séparent, ça fait 4 ou 5 projets solos qui déboulent.

Que pense ta femme de ton œuvre ?

Mes femmes, tu veux dire ?

Euh… si tu veux.

Mais, tu connais un chanteur fidèle toi ? Bon, la mienne, elle aime bien ce que je fais.

Tu me fais penser un peu Sarcloret, autre chanteur insolent suisse. Tu l’aimes bien ?

Artistiquement ou humainement ? Artistiquement, je l’aime beaucoup, humainement, aussi d’ailleurs, même s’il est un peu compliqué. On s’entend bien. Nous sommes les deux exceptions culturelles suisses. Peu de gens me comparent à lui, alors qu’il y a des points communs évidents, au moins dans le fond.

Sais-tu pourquoi tu es si sarcastique ?

La condition humaine, je trouve ça absolument atroce, même si moi, franchement, j’ai eu une belle vie. Je ne cherche pas à savoir pourquoi je suis comme ça. Mais, si on ne cherche pas à savoir, à moins d’être complètement con, on se pose quand même des questions. Moi, j’ai toujours été comme ça. Même enfant. Je relisais récemment mes bulletins de quand j’étais tout petit, on a l’impression qu’ils parlent de moi aujourd’hui, c’est très étrange. « Ne se soumet pas à l’autorité », « distrait ses camarades », « enfant original »…  Au fond, je considère que la vie est un vaste jeu qui n’a pas forcément de sens et de règle. J’ai une phobie du sérieux. J’aime le côté fou du roi.

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Commentaires

Les photos sont sympas !

Écrit par : Tanguy | 12 avril 2012

Qu'il est chou ce zedrus!!! Haha

Écrit par : Thari | 13 avril 2012

L'interview est aussi sympa d'ailleurs :)

Écrit par : Guillaume | 31 janvier 2013

Interview très intéressante, merci :)

Écrit par : Stephan | 29 juillet 2013

Les commentaires sont fermés.