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07 avril 2012

Marc Dugain : interview pour "Avenue des Géants"

marc dugain,avenue des géants,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorInspiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée entre le milieu des années 60 et la fin des années 70, Avenue des géants raconte le terrible destin de Edmund Kemper – ici appelé Al Kenner – tueur en série qui défraya la chronique aux États-Unis. Dans ce roman puissant et captivant, Marc Dugain (l'auteur notamment de La chambre des officiers et de La malédiction d'Egard) s’applique à décrire la figure du mal quand elle s’incarne dans un tueur en série. Il conjugue ici sa passion pour les États-Unis avec son intérêt toujours vif pour les personnages décalés, marginaux, voire fous, mais qui permettent de saisir l’humanité dans ses contradictions et ses excès. J’ai rencontré Marc Dugain, le 20 mars dernier, dans les locaux de sa maison d’édition, Gallimard. Voici pour commencer, l’interview publiée dans Le magazine des loisirs culturels Auchan daté du mois d’avril 2012.

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Voici un extrait du fameux entretien qu'a donné Ed Kemper à Stéphane Bourgoin, le spécialiste mondial des tueurs en série...


Entretien de Stéphane Bourgoin avec Edmund Kemper par Pasprod

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Bonus mandorien : ce que vous n'avez pas lu dans le magazine...

Avez-vous un petit attachement à Edmund Kemper, du coup ?

Non, on ne peut pas dire ça. Je n’ai même pas voulu le rencontrer pour laisser la part de fiction opérer. Cet homme a beaucoup de respect pour les gens qui le respecte. Les tueurs compulsifs sont des gens qui ont été bafoués. Lui, il a été bafoué par sa mère et ses sœurs et négligé par son père, du coup, il est très attaché aux gens qui lui montrent du respect. Il a une sorte de considération pour eux. Il n’imagine pas qu’il puisse les tuer, ce qui est déjà énorme pour lui. Dans sa tête, c’est ça le degré supérieur de la considération. Les épargner.

Il ment de temps en temps, mais on sent que ça lui coûte. Il est plutôt du genre à dire la vérité.

Dans ma vie, j’ai côtoyé, malheureusement de façon assez proche, de grands schizophrènes. Le fait de ne pas savoir mentir et même en être incapable est parfois un signe assez pathologique. L’homme est constitué pour s’adapter. Lui, il ne ment pas et en même temps, il ment de façon colossale. Par moment, il est impressionnant de vérité et à d’autres moments de son histoire, il est impressionnant de dissimulation. Cette dissimulation ne sert qu’à se protéger vis-à-vis de lui-même. Il a conscience en permanence de sa maladie, de son état de folie, de ce qui le ronge.

Pour une meilleure compréhension du personnage, vous êtes allé aux États-Unis pour voir les lieux où les événements se sont déroulés.

Oui, en particulier la maison de sa mère. Je suis resté 10 minutes et je suis parti tellement je ne supportais plus. Il y avait une telle puissance du lieu dans sa force évocatrice et destructrice. Cette maison dégage une angoisse extraordinaire. Je suis allé dans le bar qu’il fréquentait assidument, et aussi dans le campus. Il dégage une atmosphère de félicité. Les étudiants sont dans le jardin d’Éden. Il y en a 6 qui sont passés du jardin d’Éden à l’enfer en deux minutes. Il fallait que j’aille voir cela de près pour mieux retranscrire les ambiances et les atmosphères. J’ai passé tout le mois de juillet aux États-Unis pour traquer les lieux.

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Faut-il se mettre dans la tête du tueur pour décrire le mécanisme bien huilé ?

S’il y a une valeur ajoutée à mon livre, c’est qu’effectivement,  je me suis mis à sa place. J’ai fait des réglages qui font que ça restitue quelque chose qui est réel. Je vois bien là où il est atteint, qu’est-ce que ça a pu exacerber chez lui, comment il réagit, comment il se défend, comment il ne se défend pas et qu’est-ce que ça entraîne comme modification de sa perception, ensuite, je me suis lancé…

On ne lui connait pas trop de passion à Edmund Kemper, sauf peut-être la littérature.

Oui, il est devenu lecteur de livres pour aveugles. Il a 8 médailles de meilleur lecteur de livres pour aveugles. Si je l’avais rencontré, c’est une des questions que je lui aurais posées : a-t-il tiré une expérience de la littérature ? Je pense que fondamentalement ces esprits très entachés pathologiquement ne sont pas de grands passionnés de quoi que ce soit. C’est ce que j’essaie de retransmettre dans sa relation avec Wendy, sa visiteuse de prison, c’est l’extrême solitude dans laquelle il est tout le temps,  le non-attachement et le non-intérêt aux choses. Les autres deviennent vite un encombrement, c’est pour ça qu’il les dézingue sans scrupules, puisqu’ils n’existent plus.

Oui, il est persuadé qu’il leur rend service quand il tue les gens.

Il a l’idée que s’il avait tué sa mère dès le début, 9 personnes auraient eue la vie sauve. Dès le moment où il a tué sa mère, il n’a plus jamais eu de pulsion meurtrière. C’est tellement freudien comme approche…

En matière d’écriture, je crois savoir que vous n’aimez pas les règles, que vous n’hésitez pas à casser les conventions littéraires habituelles…

Il n’y a pas de règle générale dans l’écriture, chacun fait ce qu’il veut. Tout le monde sait que je suis très lié à Fred Vargas. Je ne dis pas qu’elle fait toujours le même livre, loin de là, mais c’est toujours la même structure et elle très à l’aise là-dedans. Moi, je suis bien quand je sais que mon prochain livre n’aura rien n’à voir avec le précédent. Que le succès soit là ou pas, je n’exploite jamais une veine.

marc dugain,avenue des géants,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorIl y a donc la notion de risque « littéraire ».

J’adore ça, sinon, ça ne sert à rien que j’écrive. C’est marrant de se lancer dans un sujet complètement neuf pour soi et de se l’approprier avec justement un regard neuf. Dès le moment ou la fiction est un réenchantement de la réalité, réenchantement tant négatif que positif, c’est bien d’aborder le sujet avec des yeux neufs et un regard distancié. Ce n’est pas un juge d’instruction qui va écrire les meilleures histoires judiciaires.

Vous dites que la vie, c’est de la fiction.

Oui, il faut remarquer que vous passez la moitié de votre vie dans les rêves et curieusement, ce sont ces rêves qui vous ramènent à une vraie réalité. Quand un psychanalyste vous fait raconter vos rêves, c’est parce que c’est à travers ses rêves qu’il va pouvoir venir vers le vrai vous et non pas à travers ce que vous allez lui dire quand vous êtes éveillé. Donc, il y a un rapport entre la fiction et la réalité qui est constant  et qui s’auto-nourrit. La fiction est un biais formidable pour ramener les gens à une certaine forme de réalité. Je n’ai pas dit à la vérité… une certaine forme de réalité.

Votre livre sort bientôt. Vivez-vous sa sortie comme celle des autres livres ?

Quand vous êtes sensibles à une critique, c’est qu’elle vous renvoie à vos propres doutes. Si vous aimez vraiment un livre et que vous y croyiez, dans le sens où vous avez été honnête en l’écrivant, que vous avez vraiment tout donné, il n’y a pas de raisons d’avoir une inquiétude particulière. J’ai eu tellement de plaisir à l’écrire que je ne redoute rien pour ce livre. Ce grand moment de plaisir d’écriture, personne ne peut me l’enlever. C’est 7 mois de ma vie à me lever le matin avec une pêche d’enfer parce que je suis en train d’écrire le livre que j’ai envie d’écrire, c’est énorme. Maintenant, je préférerais que les lecteurs le lisent et l’apprécient en nombre, c’est sûr. Mais je rappelle ce que disait Cioran : « J’ai connu tout type de désillusions dans mon existence, y compris le succès ».

D’autant qu’il ya de très mauvais livres qui ont du succès.

Exactement. Le tout, c’est de savoir ce que l’on fait, d’avoir envie de le faire, de prendre du plaisir à le faire et de s’y tenir.

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Avec Marc Dugain, le 20 mars 2012, chez Gallimard.

Commentaires

Je serais très heureuse de pouvoir echanger avec Marc Dugain au sujet de Une Execusion Ordinaire.
Pourriez-vous avoir l'obligeance de me faire parvenir son adresse ou son mail.
Avec tous mes remerciements.

Hélène Eisenmann

Écrit par : eisenmann | 11 septembre 2013

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