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06 avril 2012

Benjamin Paulin : interview pour son deuxième album "2"

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On l’a connu rappeur avec le groupe Puzzle, puis sous le nom Le vrai Ben. C’est en 2010 avec L’homme moderne, que Benjamin Paulin trouve sa voix/voie, certes dans un style de crooner un chouia surjoué. Mais même si ses compositions paraissaient légères à la première écoute (inattentive), ses textes étaient en fait l’exact contraire. Corrosifs, entre dérision et ironie. Le deuxième album s’intitule (judicieusement) 2. Entre pop new wave des années 80 et electro pop nerveuse, cet album est tout simplement classieux.

Benjamin Paulin est venu à ma rencontre à « l’agence », le 16 mars dernier (merci à Patricia Téglia pour l’organisation sans faille du rendez-vous. Comme d’habitude.) Un jeune homme bien sympathique qui risque de devenir un futur incontournable de la pop française.

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benjamin paulin,interview,2,mandorInterview :

Tu reviens un an et demi  après L’homme moderne. C'est plutôt rapide...

J’ai même rongé mon frein. L’homme moderne était un album qui a été finalisé un an avant sa sortie. Il y a toujours une très grande inertie dans le marché du disque. En tant qu’artiste, quand on a envie de créer, quand on a envie de faire des choses, le laps de temps entre deux albums, deux tournées est toujours trop long...

Il faut bien recharger les accus et trouver l’inspiration, non ?

Je suis bien d’accord, mais pas trop longtemps.

L’homme moderne  a été un joli succès d’estime. C’était un album pop très bien ficelé qui a incité pas mal de journalistes à s’intéresser à ton cas.

En effet, même si cela n’a pas suivi au niveau des ventes. La maison de disque avait l’air d’être surprise de tant de bonnes critiques. Cela étant, ils n’avaient pas fait une immense mise en place dessus, à tort où à raison, il n’en reste pas moins que ça leur a donné envie de partir sur un nouveau disque.

Ce nouveau disque s’intitule 2. Plus de maturité, moins d’exercice de style. Ton écriture gagne en profondeur…

Avec ce titre, j’ai voulu appuyer sur la thématique de l’album. Le dédoublement qui s’opère dans l’esprit d’un personnage porteur d’une dualité complexe : l’auteur et l’interprète. Après avoir fait un an de concert et de première partie avec mon précédent disque dans lequel je m’étais construit un personnage avec un costume, j’étais fatigué de jouer ce rôle-là et je trouvais intéressant d’en parler. C’est un album dans lequel, vraiment, je raconte la lutte entre l’auteur et l’interprète. J’insiste sur ce point.

Est-ce que sur ce disque, tu te confies plus ? Je pose ma question autrement, est-ce lebenjamin paulin,interview,2,mandor vrai Benjamin Paulin ?

Le premier disque était plus impertinent et plus cynique, mais c’est justement quelque chose que j’ai voulu m’interdire sur celui-là. « Tout m’est égal » et « Les fleurs en plastique » sont les deux seules chansons de ce deuxième album qui se rapprochent du premier. Sur toutes les autres, j’ai essayé de ne pas fonctionner comme d’habitude, c'est-à-dire à la punchline, à la phrase coup-de-poing, comme j’avais coutume de le faire dans le rap. J’avais besoin d’être plus moi-même et de ne pas me cacher derrière de la rhétorique ou des formules.

As-tu l’impression de te bonifier avec l’âge, artistiquement bien sûr…

Depuis le début de ma carrière, à travers le rap puis à travers la chanson, je vais vers une quête de vérité, vis-à-vis de moi-même en tout cas. J’essaie de m’en rapprocher à chaque fois un peu plus. Textuellement, vocalement et musicalement. La musique, c’est une psychanalyse. C’est un chemin très long.

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D.R. © Ramon Palacios-Pelletier

2 est un album lumineux et sombre, simple et complexe, introspectif et divertissant. De plus, aucune chanson n’est placée au hasard…

Étant un grand fan de Gainsbourg et particulièrement de L’homme à tête de chou, j’avais envie depuis toujours de faire un album concept. Par contre, je n’aime pas le côté narratif pour souligner chaque chose. J’ai préféré faire des chansons sur des saynètes que j’imaginais et je me suis arrangé pour que l’on puisse les écouter sans que l’on pense à l’histoire. On entend une cohérence globale, même si le liant n’est pas surligné. Ce qui est certain, c’est que je ne voulais pas faire un album jugé « intellectuel » encore moins que l’on puisse considérer « excluant ».

Frédéric Lo a réalisé l’album… Il a une forte identité musicale, toi aussi. Comment c’est passé votre collaboration ?

J’étais très content de travailler avec Frédéric.  Je suis très content de ce qu’il a fait de mes chansons, comment il les a fait vivre. Je n’en espérais pas autant.  On a eu un rapport assez simple. Je l’ai laissé aller là où il voulait se rendre. Il m’écoutait, je l’écoutais et on n’a jamais été dans le combat. Il a dépassé souvent ce que j’espérais. Cet album s’est conçu de façon logique, comme si tout s’organisait pour que ça se réalise avec beaucoup de plaisir et d’implication.

Tes textes sont littéraires. Lis-tu beaucoup ?

Comme tout ce que je fais, je fonctionne de manière extrême et boulimique. Je peux lire 10 livres en une semaine et ne pas en lire pendant un an. Les mots et l’écriture sont ce qui génèrent le plus d’émotion en moi. Je peux être ému par un auteur, par de la littérature, être ému par de la musique toute seule. Quand on mélange le sens et la musique, il y a un troisième langage qui se créé. C’est ce que j’ai voulu explorer dans ce disque-là.

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Il y a la participation exceptionnelle d’une légende de studios, le bassiste anglais Herbie Flowers (basse de "Melody Nelson" de Gainsbourg, "Electric Warriors" de T Rex et "Transformer" de Lou Reed.)

Il a passé deux jours en studio avec nous. On a payé un tribut au rock’n roll. Il nous a raconté plein d’anecdotes de studios, c’était un sacré bon moment.

Ton clip de « Variations de noirs » est assez particulier. Il y a trois comédiennes qui écoutent ton disque sur trois clips différents…

L’idée était de regarder quelqu’un écouter. C’était un concept intéressant et comme c’était un album assez radical, il fallait aussi que la mise en image le soit.

Rossy de Palma.

Hafsia Herzi.

Zoé Félix.

Le clip final avec tout le monde dedans... même le chanteur !

En quoi ton album 2 est-il radical ?

Parce que rien n’est fait pour plaire. On a juste voulu aller au bout d’une idée, d’un sentiment et d’une esthétique sans chercher à rentrer dans un cadre habituel.

Tu cites volontiers Cioran, Albert Cohen, Céline ou encore Bukowski. Es-tu tenté par l’écriture d’un roman ?

J’écris des nouvelles. D’ailleurs, il y a une qui va être publiée dans une revue en juin. Pour l’instant, je ne me sens pas encore capable d’attaquer un format plus long. J’ai une espèce d’incapacité à développer vraiment ou à faire tenir mes idées sur des chapitres entiers. J’ai toujours besoin de compacter au maximum les idées pour qu’elles soient efficaces. Moi, je souhaite écrire sans rien qui ne soit présent pour décorer. Je veux que l’on sente la  puissance des mots à chaque phrase.

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