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26 mars 2012

Sandrine Roudeix : interview pour "Les petites mères"

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C’est un joli roman que celui de Sandrine Roudeix. La famille, les non-dits, la communication difficile, la transmission qui ne l’est pas moins… Les Petites Mères chamboulent le lecteur. M’ont chamboulé moi, en tout cas.

Après avoir chroniqué ce livre aussi noir que délicat, j’ai donc souhaité rencontrer cette auteur(e) (néanmoins photographe réputée), le 9 mars dernier, pour une mandorisation en règle dans "mon" agence.

Portrait :

D'origine espagnole par son arrière-grand-mère, Sandrine Roudeix passe son enfance à Toulouse, fait ses études à Bordeaux et sa vie professionnelle à Paris. Elle travaille d’abord dans l’édition avant de devenir journaliste, puis photographe et romancière, ses deux passions.

Après un premier roman, Attendre, où Sandrine Roudeix abordait la question de l'identité à travers les enjeux d’une naissance, elle explore dans Les Petites Mères, son dernier titre paru aux éditions Flammarion, les conséquences de la transmission mère-fille.

Voici ma chronique de Les Petites Mères paru dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de Mars 2012).

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sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandorInterview :

Revenons sur votre parcours, en quelques mots.

J’ai fait un bac scientifique, math-physique, plus une prépa HEC, plus une école de commerce, plus une fac de Lettres. En fait, dès le départ, je voulais travailler dans la littérature. Je suis issue d’une famille un peu populaire, un peu modeste qui disait : « Travaille ma fille, la littérature, ça ne fait pas vivre !  Le commerce, c’est bien. » Tout ce qui est associé à la culture n’était ni la culture de la maison, ni l’espoir de la maison.

Vous êtes rentrée chez Gallimard après vos études en 1996.

J’ai travaillé un an dans cette maison, je m’occupais du marketing chez Folio. J’ai fait d’ailleurs du marketing pendant 10 ans, chez Gallimard, chez 10-18 et au Seuil. Au bout de 10 ans, j’ai fini par me rendre compte que je m’étais trompée de voie. Je suis devenue journaliste pendant un an à Livres Hebdo, après j’ai fait des portraits d’écrivains et de musiciens pour le Nouvel Obs Paris. Toujours dans la culture, quoi !

Ça se tient comme parcours (que l’on peut découvrir plus en détail là !).

Je suis partie d’un entonnoir, j’ai tâtonné parce que  je n’osais pas encore m’avouer que je voulais aller vers la littérature directement.

Mais comment en êtes-vous venue à la photo ?

Au bout de six mois au Nouvel Obs Paris, je leur ai dit que je pouvais aussi leur faire des photos. Ils ont accepté. Je n’ai pas de formation photo. Je suis juste partie voyager autour du monde toute seule avec mon appareil photo, après ma cassure du monde du marketing et de l’édition.

Vous avez photographié Raymond Depardon et vous connaissez bien Jean d’Ormesson. Vous ne vous mettez pas un peu de pression dans chacun de vos domaines de prédilection ?

C’est très motivant, au contraire. Et moi, venant d’un autre milieu et d’un peu loin, cette reconnaissance est la preuve que tout est possible. En toute modestie, j’ai envie de suivre leur chemin. Pour Les petites mères, Jean d’Ormesson a été le deuxième à m’appeler, après ma mère. Il m’a dit avec sa petite voix chevrotante : « Sandrine, j’ai trouvé ça déchirant, mais déchirant ».

sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandorVotre premier roman, Attendre, vient tout juste de sortir en poche.

C’est génial. Je connais très bien les rouages d’une maison d’édition. Ça veut dire que ce livre va durer un peu plus longtemps. Attendre, c’est mon premier roman, mais Les Petites Mères, c’est encore plus mes tripes.

Dans vos deux romans, il n’y a pas de grands paysages, on est plutôt enfermé.

J’aime les espaces clos dans les romans. Dans la contrainte, je trouve qu’on est beaucoup plus créatif. La difficulté avec Les petites mères, c’est que je voulais raconter cette malédiction familiale, matriarcale, transmission mère/fille qui ne se passait pas très bien, dans une seule et même journée. Je ne voulais pas que les gens s’emmerdent parce qu’elles sont beaucoup dans les réminiscences du passé et dans les télescopages de leurs espoirs et leurs déceptions. Il fallait que ça soit tendu, j’ai donc travaillé cette tension-là en essayant, pour chacune des petites mères, d’avoir un enjeu dès le départ, une interrogation. Yann Queffelec m’avait dit un jour : « S’il n’y a pas d’énigme dans un livre, c’est du foutage de gueule pour les lecteurs ». Ça m’a marqué, moi qui ne suis intéressée que par le côté psychologique et les liens, du coup, dans mes romans immobiles, j’ai décidé d’inclure énigmes et résolutions.

Vous parlez dans vos romans de transmission, certes, mais aussi du poids de l’héritage et sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandordes répétitions de génération et génération.

Les parents et les grands-parents font ce que l’on est aujourd’hui. Si on ne comprend  pas ça, on n’a rien compris à la vie. Dans Les petites mères, j’ai voulu montrer que chaque petite mère ne fera pas pareil que sa propre mère avec sa fille. Je dresse le constat que, finalement, on ne fait jamais bien.

Il n’est pas exagéré de dire que ce que vous écrivez est très largement inspiré des évènements de votre vie personnelle.

En fait, comme pour Attendre, il y a un gros côté autobiographique, mais je suis issue d’une famille de taiseux, j’ai des bribes, mais tout n’est pas dévoilé sur mon histoire familiale. La littérature m’a permis d’inventer les fils qui relient chaque information que j’ai pu glaner petite ou plus récemment. Dans Attendre, je raconte une naissance non désirée. Je me mets tout à tour à la place de la petite fille qui attend son père qu’elle ne connait pas, de la mère qui, deux ans plus tôt, veut dire à sa fille qui est son père. Je traite la question de l’identité. Qui on est par rapport à un père et une mère qui ne nous ont pas voulu. La fin du livre se termine au moment zéro de la naissance. En vrai, je connais la conséquence, je connais le fait, mais je ne connais pas l’entourage. J’invente donc.

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Est-ce que votre mère à lu Les Petites Mères ?

Oui. Elle a été bluffée que j’écrive des choses dont elle était certaine que je ne savais pas et que la littérature m’a fait découvrir, mais sans m’en rendre compte. On sait toujours ce que l’on porte en soi.

Était-elle au courant que vous écriviez ce genre de livre ?

Oui, je ne lui ai jamais caché, mais je ne lui ai pas fait lire avant, ni l’un, ni l’autre. Toute modeste qu’elle soit, c’est une grande lectrice. Elle a tout à fait compris que mes livres étaient des objets littéraires, que c’était des livres et qu’il fallait les prendre comme tels. Du coup, elle ne se sent presque pas visée. J’ai trouvé cela très intelligent.

Parlons des hommes dans Les petites mères. Ils n’ont pas le beau rôle…

C’était le sujet puisque je voulais traiter le matriarcat. Le matriarcat = pas d’homme. Soit parce que les hommes sont absents, soit parce qu’ils sont méchants. Les petites mères ont choisi les mauvaises personnes et elles ont été très abimées. Je ne dis pas que tous les hommes sont des salauds, mais dans cette famille-là, ils l’étaient tous. La plupart des gens disent à mon éditeur et à mon attachée de presse que c’est hyper sombre et hyper noir. Je pense plutôt que mon roman est très noir, mais surtout qu’il est très proche du commun des mortels et que c’est un peu dérangeant. Si on gratte dans chaque famille, on peut trouver des accointances avec ce que je raconte dans ce roman. En fait, dans mon livre, il y a un message d’espoir : on peut croire qu’il y a une répétition et une malédiction, mais malgré tout, on peut s’en sortir et avoir une prise de conscience pour ne pas reproduire le schéma. Chacun fait comme il peu, mais chacun peu, à un moment donné, s’échapper.

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Avez-vous peur qu’on ne comprenne pas ce que vous avez voulu exprimer.sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandor

Non. Ça ne se dit pas, mais je n’écris pas pour le lecteur, j’écris pour moi. J’écris parce que ça me semble important. J’ai voulu comprendre le processus de la transmission mère/fille. J’ai voulu tout désarticuler sur ce sujet pour essayer d’en saisir les nuances et tout mettre à plat.

Et ça va mieux aujourd’hui ?

Je comprends que vous insinuez que ce roman a remplacé un psy. Ce n’est pas tout à fait exact dans mon cas, parce que je ne peux écrire sur un sujet que lorsqu’il est réglé pour moi. C’est le seul moyen, encore une fois, d’en faire un objet littéraire.

Y a-t-il un rapport entre votre façon de photographier et votre façon d’écrire ?

Vous ne croyez pas si bien dire. Quand j’écris une scène avec plusieurs personnages, je m’amuse à les faire tous parler à tour de rôle, à la première personne du singulier. C’est vraiment comme un travail photographique. J’ai mon appareil photo. Je fais une photo d’un côté, et comme un chat, je tourne autour de mon sujet. En littérature, c’est pareil, j’essaie de me mettre dans tous les angles de vues possibles pour comprendre une psychologie et qu’il y ait à la fois de l’adhésion et du rejet.

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Portrait en ouverture d'interview : Alain Delorme

Les autres portraits : Sandrine Roudeix

Les photos à l'agence: bibi

Commentaires

Bonjour,
Je suis moi meme photographe et écrivain, et je confirme le lien intime qui peut exister entre la façon d'écrire et la façon de photographier. Quand on veut rendre vivants des personnages, ou des histoires, on peut les transformer en "scènes".
De toute façon, quand on a l'art dans la peau, cela transparait dans toutes nos activités :-)
berangere.b

Écrit par : berangere.b | 26 mars 2012

Ca donne envie de lire, ceux qui rompent le secret ou le non-dit sont toujours des parias, mais c'est toujours par eux que viendra le salut des générations à venir. Sinon, c'est à quoi cette histoire d'agence "rien qu'à toi" : tu te lances dans l'immobilier ? Non. Alors quoi ? (J'ai du louper plusieurs épisodes... ;@))

Écrit par : LA MACHINE A ECRIRE .NET | 26 mars 2012

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