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08 mars 2012

Fabien Hérisson et Nicolas Sker : interview pour "Les auteurs du noir face à la différence"

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Les forces en présence :

- Fabien Hérisson : Il consacre une grande partie de son temps libre à la lecture de polars, à la rédaction de chroniques pour K-libre et à l’administration, sous le pseudo du Proprio, de Livresque du Noir, un site sous forme de tribune, dédié aux auteurs du Noir.

- Nicolas Sker (pseudonyme de Nicolas Beuglet) : Directeur artistique et scénariste d'une grande chaîne de télévision. Il a sorti un premier roman l’année dernière, Le premier crâne (Michel Lafon).

Le premier est à l’origine du recueil de nouvelles Les auteurs du noir face à la différence. Tous les deux ont écrit une histoire très noire. Le 21 février, je les ai réunis pour une conversation sans langue de bois. Avant de la découvrir, voici mon article sur le livre publié dans Addiction, le mag (daté du mois de mars 2012).

ADDICT22 - P25 - LIVRE.jpg

Interview:

Fabien, quelle est la genèse de ce livre ?

Fabien Hérisson : Tout a commencé à Quai du Polar à Lyon l’année dernière. Le soir, après le salon, j’étais avec deux trois auteurs, dont deux font partie du recueil. On s’est dit que ce serait sympa de  poursuivre ce qui se fait sur Livresque du noir. C'est-à-dire donner la possibilité à des auteurs qui ne sont pas connus de côtoyer les auteurs connus. De les mettre sur un pied d’égalité et pourquoi pas, de leur permettre d’être découvert par un plus large public. La meilleure façon de faire ça, c’était le recueil de nouvelles. Le défi a été lancé, j’ai commencé à chapeauter ça. J’ai envoyé des invitations à des personnes qui avaient participé au site. Parmi les réponses positives, un auteur, Patrick de Friberg, m’a dit : « OK ! Mais à la condition que les droits d’auteur aillent aux bénéfices, soit d’une association, soit d’une œuvre humanitaire. »

Comment as-tu sélectionné les auteurs ?

Fabien : J’ai contacté des auteurs renommés et d’autres moins connus. J’ai choisi principalement des personnes qui étaient déjà rompues à cet exercice particulier qu’est la nouvelle.


Teaser-Les auteurs du Noir face a la difference par Livresque-du-noir

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorNicolas, comment es-tu arrivé dans l’aventure ?

Nicolas Sker : J’ai eu la chance de croiser Fabien dans les coulisses d’une émission de télévision sur TF1, lors de la promo de mon premier livre. Entre deux petits fours, il m’a parlé de son projet de recueil de nouvelles. Je connaissais Fabien grâce à son site pour lequel j’avais écrit un texte pour me présenter. Je lui ai donc dit oui, si et seulement si je trouvais la bonne idée.

Elle est donc venue, cette bonne idée.

Nicolas : Je l’ai laissé murir assez longtemps,j’ai tourné autour et puis je me suis dit que c’était intéressant qu’il y ait une vraie contrainte. C’est bien, pour un auteur, d’avoir une contrainte hyper précise, parce que ça limite le champ des possibles et finalement ça rassure un peu et c’est assez agréable. Quand on écrit, ce qui est le plus dur, ce n’est pas de trouver les idées, mais de choisir les bonnes idées. Quand on a un cadre imposé, on a moins de choix à faire parce que c’est hyper restrictif. Du coup, on travaille mieux le nœud, le cœur de l’histoire. Partant de là, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je trouve un truc chouette. J’estime qu’il faut prendre le lecteur par le bout du nez et qu’il soit surpris à l’issue de l’histoire. L’idée est venue et à ce moment-là et j’ai recontacté Fabien.

Fabien, c’est une lapalissade, mais il faut que tu aimes la nouvelle pour décider de l’inclure dans le recueil…

Fabien : Il faut qu’elle respecte les contraintes initiales. Très franchement, dans l’ensemble, j’ai été satisfait des textes proposés.

Nicolas, tu as sorti un roman, mais t’étais-tu déjà adonné à l’exercice de la nouvelle ?

Nicolas : Ce qu’il y a d’amusant, c’est que j’avais gagné un concours de nouvelles il y a quelque temps, mais sous un pseudo, Stéphane Némo. Ça faisait partie d’un recueil sur le monde du travail, Les nababs et des clowns, et comme je travaille à la télé, je m’étais amusé à raconter les folies réelles de ce milieu. Pour moi, les nouvelles, c’est un peu la facilité. Ce qui est dur dans un roman, c’est de tenir la longueur et la cohérence. Sur une nouvelle, ce serait gonflé de se rater sur la cohérence.

Fabien, tu regardes bizarrement Nicolas…fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor

Fabien : Je suis un peu sceptique sur ce qu’il vient de dire. Effectivement, la nouvelle, ce n’est pas un genre répandu et porteur en France. Les recueils de nouvelles ne se vendent pas énormément. Peut-être que pour un écrivain, ça paraît plus facile de faire quelque chose de court, mais pour le lecteur, réussir a avoir une histoire avec un contenu qui accroche sur très peu de pages, ce n’est pas si facile que ça. Dans un roman, on a plusieurs pages pour poser son intrigue, son déroulement, essayer d’attraper le lecteur dans son univers. Là, c’est très très court. Il faut être percutant immédiatement et ce n’est pas donné à tout le monde.

Nicolas : Pour le coup, personnellement, en travaillant à la télévision, j’ai acquis cette espèce de réflexe permanent d’obligation d’accrocher à la première seconde. Dans mon milieu, on n’a pas le choix, c’est le règne de l’immédiateté. Quand j’essaie de penser à mon roman, je peux passer deux mois à réfléchir à la première phrase. Il n’est pas question pour moi d’emmerder le lecteur. Donc, l’exercice de la nouvelle est plus facile, parce que c’est le même exercice qu’un roman, mais en plus court.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorNicolas, tu as écrit un thriller ésotérique, Le premier crâne, là, c’est une nouvelle particulièrement noire. Ce changement de registre a-t-il été simple ?

Nicolas : Non, mais c’était ça que je trouvais excitant. Quand Fabien m’a dit qu’il fallait que ce soit très noir, au début je me suis dit que ce n’était pas moi et encore moins mon univers. Et, il n’y a rien de plus excitant que d’aller mettre un pied dans un univers qui n’est pas le sien. C’est un peu comme un comédien qui ne joue habituellement que des comédies et à qui un jour on annonce qu’il va jouer le rôle d’un salopard. On se demande si on est capable de le faire. On se sent coupable, mais c’est excitant quand même…

En plus Nicolas, je sais que tu n’aimes par le noir pour le noir.

Nicolas : En effet, je déteste ça. Je déteste être confronté à des choses gratuitement violentes ou sadiques. Il y a beaucoup de bouquins de ce genre. Ça me révulse donc je ne peux pas en lire sauf si vraiment il y a un très beau propos derrière.

Nicolas, ça me donne donc envie de te demander ce que tu as pensé des autres nouvelles de ce recueil…

Nicolas : En gros, j’ai été beaucoup plus touché par des nouvelles comme celle de Sophie Loubière, qui parle d’un enfant mal traité dans sa famille, que d’être confronté à de la violence pure.

Et qu’as-tu pensé de la nouvelle de Fabien ?

Nicolas : Au début, je me suis dit que c’était exactement ce que je n'aimais pas. Un sadique qui est en train de fantasmer sur ce qu’il va faire avec son scalpel à une pauvre jeune femme, ça partait mal. J’ai espéré une chute qui allait tout renverser… elle est arrivée. J’ai apprécié aussi toute la narration autour de la télé-réalité et ses dérives. En règle générale, je préfère les approches subtiles que les approches frontales.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorFabien, moi, c’est la première fois que je lis quelque chose de toi. Tu as donc donné de ta personne dans ce recueil.

Fabien : Pour être honnête, cette nouvelle, je l’avais écrite il y a quelque temps et ce sont des personnes qui participent au recueil qui m’ont demandé pourquoi je ne participais pas à l’aventure, puisque je chapeaute tout. Ils m’ont incité à me lancer. J’avais peur qu’on pense que je voulais me caser quelque part, que je voulais profiter de ce recueil pour me mettre en avant, pour essayer de me vendre.

As-tu eu peur du jugement littéraire des autres ?

Fabien : Non, je sais très bien que ça ne plaira pas à tout le monde. Après forcément, quand on écrit, c’est aussi pour avoir des retours.

Nicolas : J’ai une question à te poser Fabien. Qu’est-ce qui te plait dans le fait de nous mettre dans la peau d’une personne qui est présentée comme quelqu’un de sadique ?

Fabien : Pour moi, c’est l’enrobage. C’est ce qui permet d’amener le contenu. Derrière tout ça, pour moi, c’est le regard d’un homme qui est différent, qui voit la société différemment, qui se sent à l’écart de tout et de tout le monde. On peut parler de la superficialité, la perte de la dignité de l’être humain.

Nicolas : Justement, tu parles de la perte de la dignité et tu nous confrontes à la bassesse la plus extrême des comportements humains, celui de faire souffrir l’autre.

Fabien : Mon personnage est ce que sont beaucoup d’humains qui traînent sur internet, sur lesfabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor forums. Tu vas voir des gens qui sous prétexte de bonne morale et valeurs exceptionnelles vont se permettre des critiques ignobles et de descendre en flamme des gens. Ils ne sont pas mieux que ceux qu’ils sont en train de descendre.

Nicolas : D’accord, je comprends mieux.

Fabien : Il y a un côté dérangeant, mais c’est aussi pour mettre le doigt sur une réalité. Aujourd’hui, si tu veux alpaguer l’attention des gens, il faut un peu choquer. Si tu es trop gentil, trop passif, trop mou dans tes paroles, les gens s’en foutent et ne t’écoutent pas. Hélas.

Nicolas, pourquoi écris-tu des livres ?

Nicolas : Mon vrai but dans la vie, le vrai métier que je veux faire, c’est raconter des histoires. J’en raconte à la télévision dans mes reportages, mais je le concrétise encore plus en écrivant des livres. S’il y a un truc qui restera éternel de la « naissance de l’humanité » jusqu’à sa fin, c’est de raconter des histoires. Ça ne mourra jamais, car cela fait partie de l’homme. Raconter une histoire, c’est offrir un peu d’immortalité. Une histoire, elle est là quoi qu’il arrive. Elle est née avec toi et elle continuera à vivre éternellement.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorFabien, pourquoi as-tu créé Livresque du noir

Fabien : En tant que lecteur et passionné de littérature policière, j’avais envie d’en savoir un peu plus sur le derrière du rideau, l’envers du décor. Savoir comment on peut avoir envie d’écrire une histoire, qu’est ce qui nous amène à développer telle ou telle intrigue. Les questions que l’on peut voir dans les sites et blogs de littérature policière sont souvent les mêmes. J’avais envie de plus. L’autre constat, c’était que l’on voit toujours les mêmes auteurs. En France, il y a une multitude d’auteurs qui ne sont pas connus et dont on ne parle jamais, un réservoir de pur talent. Pour moi, c’était logique de faire quelque chose pour mettre en avant ces auteurs-là. Je les intègre dans un lieu où il y a d’autres auteurs beaucoup plus réputés qui amènent de la visite sur le site.

Nicolas : Fabien, il fait un truc pervers. Il nous demande de faire notre propre présentation. C’est super dur. Comme on ne veut pas écrire des trucs banals, on écrit finalement une nouvelle sur nous-mêmes. Il nous met au défi d’écrire un texte sur nous qui soit un bon moment de lecture.

Fabien : La façon dont écrit son texte un auteur est révélateur et va donner envie ou non d’aller vers son œuvre.  Il faut que ce soit percutant et original. Ça doit révéler un style.

Nicolas : En plus, il y a un regard bienveillant de Fabien sur ses auteurs et un véritable amour de la thématique qu’il a choisi. Les nouveaux auteurs qui arrivent comprennent vite qu’il sait de quoi il parle. Il se trouve donc sur un terrain ami et accueillant. Il nous apporte le meilleur.

Nicolas, tu travailles sur quoi en ce moment ?

Nicolas : Sur un nouveau thriller qui sortira chez Michel Lafon et qui va encore nous emmener sur une quête existentielle, une grande question que l’on se pose depuis toujours et que l’on se posera encore longtemps. Les personnages dans ce livre vont, peut-être, trouver la réponse.

Quelle est cette fameuse question ?

Nicolas : Je ne réponds pas à cette question pour le moment. Je suis désolé.

Mince, pas de scoop pour Mandor !

Nicolas : Je peux juste te donner le titre de travail : Patient 488. Et la thématique tournera autour de l’âme humaine… son origine, son existence, sa destinée, mais toujours avec une approche scientifique.

Et toi Fabien ?

Fabien : Il y a un texte qui est dans les tiroirs depuis deux trois ans et qui est en statu quo. Avec un peu plus de temps et de motivation, peut-être que je le sortirai.

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De gauche à droite: Fabien Hérisson, Tony Montana, Mandor et Nicolas Sker.

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Dernière précision :

Un bon nombre des « auteurs du noir face à la différence » seront présents ce week-end au Salon du Livre de Provins (que j’ai l’honneur d’animer).

Pour en savoir plus, c’est ici.

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