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17 janvier 2012

Frédéric Mars: Interview pour Non Stop

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Pour ne rien cacher aux éventuels nouveaux lecteurs, c’est ma 6e mandorisation de Frédéric Mars. (Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième et la cinquième). Il explose tous les records (non, après rapide enquête, c'est Jérome Attal qui est le grand vainqueur avec 7 mandorisations). Bref, que voulez-vous, je suis fidèle.

Le 5 janvier dernier, j'ai demandé à Frédéric Mars de me rejoindre à "mon" agence pour évoquer son nouveau livre, Non Stop, un thriller infernal.


couverture-NS-def.jpgPrésentation de l'éditeur:
9 septembre 2012, Manhattan. Un homme ordinaire reçoit une enveloppe anonyme et se met à marcher en direction du métro. À peine s’est-il arrêté sur le quai de la station qu’il explose, semant la mort autour de lui. Très vite, les mises en marche et explosions de ce genre se multiplient à une allure folle. Sam Pollack et Liz Mc Geary, les deux agents chargés de l’enquête, doivent admettre qu’ils sont confrontés à une attaque terroriste d’une envergure inouïe. Une attaque non revendiquée et d’autant plus difficile à contrer qu’elle transforme des innocents en bombes humaines, faisant d’eux les agents de ce scénario apocalyptique. Tous se sont vu implanter un pacemaker piégé dans les deux dernières années. Tous reçoivent ces fameuses enveloppes kraft et se mettent à marcher. S'ils s’arrêtent, la charge explosive se déclenche, où qu’ils soient. Quels que soient leur âge et leur couleur de peau. Grace, la propre fille de Sam Pollack, est concernée. Concerné aussi, un certain Stanley Cooper, président sortant des États-Unis, qui a caché à l'électorat son insuffisance cardiaque pour accéder au pouvoir… La cavale sans fin de ceux qu'on appelle les Death Walkers, les marcheurs de la mort, ne fait que commencer.

Un thriller ultra-réaliste et haletant tendance "24 heures chrono". Une écriture puissante par sa simplicité et son efficacité. Un scénario auquel tout lecteur amateur de sensations fortes, qu'il ait 15 ou 35 ans, peut s'identifier.

FM1.jpgL’auteur :
Frédéric Mars, 43 ans, vit entre Paris et l'océan Atlantique, entre ses travaux de scénariste TV et son univers romanesque, ébauché avec Son parfum, développé avec L'amour est une femme, Le livre du mal (Le sang du Christ) ou Non stop.
Il voue une passion à tout ce qui touche à la communication hommes/femmes, et en particulier aux modes d'échange non-verbaux (sensoriels, sensuels, etc.), ainsi qu'aux limites de la science, et aux sujets d'actualité (politique internationale, faits divers, etc.).

Dans une autre vie professionnelle, il a aussi été journaliste, photographe, "nègre" et auteur (sous d'autres patronymes) de nombreux essais, documents et livres pratiques.

DSC02971.JPGInterview :
Tu arrives chez Black Moon, la maison d’édition qui publie Twilight... c’est étonnant !
Le créneau de cette maison, aujourd’hui, c’est ce qu’on appelle le « young adult », c'est-à-dire rarement des lecteurs de moins de 14 ans, jusqu’à, globalement, des lecteurs de 40 ans. Enfin, il n’y a pas vraiment de limite. Cette terminologie-là recouvre quasiment toutes les littératures de l’imaginaire qui ne sont pas impossibles à lire quand tu as 15 ans. J’explique le mieux possible, même si  je déteste les étiquettes. Quand je discute avec les gens de chez Black Moon,  ils me disent qu’ils observent les marchés anglo-saxons qui sont toujours en avance sur les autres pays sur la littérature de genre, les rayons « young adult » occupent plus de la moitié des rayons de livres. Tout ce qui était rangé avant dans SF ou Fantastique par exemple, est intégré dans cet espèce de sur rayon.

Avec Non Stop, ils avaient envie d’élargir leur spectre ?

Ils se sont rendu compte que le lectorat vieillissait avec les livres. Quand le premier Twilight est sorti, les lecteurs avaient 13 ans, ce sont aujourd’hui essentiellement des jeunes femmes de plus de 20 ans et qui forcément lisent autre chose. Qu’est ce que peuvent lire potentiellement de jeunes adultes, si ce n’est du thriller ?

Comment l’aventure a commencé avec Black Moon ?

J’ai contacté Cécile Terouanne, directrice éditoriale chez Hachette pour Black Moon. C’est quelqu’un d’une réactivité incroyable, le genre de personne, tu lui envoies un mail le vendredi soir à 23h, elle te répond le samedi matin de chez elle à 6 h. Un truc de maboule, quoi ! Je lui ai envoyé 10 pages de synopsis de Non Stop pour lui demander des conseils, elle a finalement décidé de le publier elle-même pour les raisons que je viens de t’expliquer.

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L’action du livre se déroule le 9 septembre 2012, trois jours avant les commémorations du drame du World Trade Center.

J’étais le 4 novembre 2008 à New York à Times Square au moment de l’élection d’Obama, j’ai donc vécu cette ferveur incroyable qu’il y avait autour de sa personne. C’était un peu Dieu sur Terre et pas que pour les Américains… c’était ressenti comme ça dans le monde entier. C’était le mec qui allait arrêter la guerre en Irak, régler le conflit afghan… J’avais la  sensation de vivre l’histoire en vraie de manière très forte. Tous les précédents présidents américains, quasiment depuis Reagan, ont eu un énorme conflit international à régler, un énorme dossier de politique étranger à gérer, en gros depuis la fin de la guerre froide. Tous ont eu beaucoup de mal avec ça, dans certains cas, ça leur a coûté le mandat suivant, je me suis demandé ce qui allait tomber sur Obama.

Un an après, tu tombes sur une brève du Daily Mail anglais !

C’est ça ! L’article raconte que MI5 (le service de sécurité intérieur Anglais) a chopé des anglais d’origine Pakistanaise qui ont été formés en qualité de chirurgien au Pakistan et dont on s’est rendu compte qu’ils avaient été spécifiquement formés pour la chirurgie plastique mammaire et encore plus spécifiquement formés à l’implant de prothèse mammaire piégée avec un liquide que j’ai repris dans mon roman, qui est la penthrite. Deux mois après, autre news, encore plus hallucinante et qui prête à rire. Un membre d’Al-Qaida en Arabie Saoudite a été arrêté au moment où il pénétrait dans un palais pour le faire exploser avec des minis explosifs qu’ils s’étaient introduits par l’anus. Ces deux informations confrontées m’ont fait dire qu’il est possible que n’importe qui pouvait  devenir de vraies bombes humaines. Moi, j’ai juste imaginé que cela pouvait être à leur insu. À partir de là, ça prend des proportions dantesques.

Ton livre est fortement documenté. On apprend notamment beaucoup de l’appareil politique américain, mais aussi de ce qu’il se passe en Moyen-Orient… À part l’intrigue, ce que tu racontes est-il rigoureusement exact ?

C’est l’analyse qu’en font les services secrets américains. J’ai lu plusieurs ouvrages d’anciens membres de la CIA sur l’état du Moyen-Orient, le rôle de l’Iran en particulier dans cette région-là… j’ai essayé de mixer tout ça pour imaginer une histoire crédible. J’ai essayé d’imaginer, en fonction des différentes thèses avancées par les uns et les autres ce que pouvaient être ces débats théoriques, mais aussi sur le terrain entre les différents services qui font partie des renseignements américains. Je voulais comprendre comment ces services s’étaient restructurés depuis le 11 septembre. À l’américaine finalement, c'est-à-dire en ajoutant des tonnes de nouvelles couches, de nouvelles agences, des tonnes de moyens qui,  hélas, n’ont pas forcément résolu grand-chose.

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Il y a beaucoup de personnages. Tu n’as pas eu peur de perdre quelques lecteurs en cours de route ?

C’est pour ça que j’ai mis une espèce de générique au début avec tous les personnages et leur fonction. En même temps, j’ai essayé de concentrer l’intrigue sur le personnage principal qu’est Sam Pollack, un des agents chargés de l’enquête. Il constitue une sorte de fil rouge que l’on arrive à suivre facilement. Mon idée était de transposer une saison d’une série télé type 24H sur du papier. C’était pour moi un challenge littéraire. A l’écran, quand tu vois les personnages, il n’y a aucun problème pour les repérer… à l’écrit, c’est beaucoup plus dur. Le côté multi point, chorale, intrigue foisonnante, est plus dur à faire passer.

Pratiquement, à la fin du livre, tu as poussé le vice jusqu’à séparer deux points de vue d’une action sur la même page par le biais d’une ligne verticale placée au milieu de la feuille.

Un split screen, comme au cinéma. Mon éditrice m’a un peu dissuadé de faire ça, mais j’ai quand même essayé. C’était intéressant d’utiliser ce procédé pour cette scène là spécifiquement.

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Ton écriture, ton style et ton rythme, me font penser à ceux qu’utilisent les écrivains de thrillers américains.

J’ai l’impression d’écrire de la même manière, de roman en roman, mais les gens qui en ont lu plusieurs, me disent que pas du tout.  Je ne m’en rends pas du tout compte. Et ce que tu me dis là, je l’entends souvent. Quoi répondre à cela ?

Rien, mais as-tu une méthode pour entretenir le suspense, garder un rythme haletant et une tension permanente ?

Oui et non. Oui parce que je fais un synopsis ultra détaillé. Je sais exactement, chapitre par chapitre, vers où je vais. Où les révélations s’arrêtent, où elles reprennent deux ou trois chapitres plus loin. Rien n’est laissé au hasard et c’est extrêmement construit. J’ai un canevas qui fait une cinquantaine de pages et en amont, pour le construire, j’ai un grand cahier physique, sur lequel je joue avec des post-it. Quand j’ai 300 post-it, ça veut dire que je suis venu à bout de mon intrigue. Après, c’est au moment de l’écriture elle-même que j’ajuste. J’ai des notions de cliffhanger comme on dit dans les scénarios américains.

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As-tu des automatismes d’écriture?

C’est beaucoup de boulot, mais en même temps, je sens que ça devient de plus en plus facile. Je fais gaffe à ça, parce que le risque serait que mon écriture devienne mécanique.

Moi qui ai lu tous tes romans, je constate qu’il y a à chaque fois un personnage entre la vie et la mort à l’hôpital.

Ah oui ? Tiens, je n’avais pas remarqué. Maintenant que tu me dis ça, je m’aperçois qu’il y en a aussi dans le prochain. C’est marrant ce que tu me dis là. Il faudrait que j’analyse ça.

(Il s’allonge sur le canapé en me demandant combien il me devait…)

ecriveurs.jpgParlons de ton prochain livre, Les Écriveurs.

Ca sort chez Bamm !, le label Jeunesse de J’ai Lu. Il y en a deux qui vont sortir en 2012 et un troisième en 2013. Ca se passe dans une île du pacifique qui n’apparaît pas sur les cartes pour la simple raison que c’est une ile volcanique où il y a une couverture nuageuse permanente, donc elle est invisible pour les satellites et pour quiconque. Sur cette île vivent quelques centaines de milliers d’âmes. C’est une communauté coupée du monde extérieur. Dans cette communauté, il y en a une autre encore plus secrète et fermée, les Écriveurs, qui vit dans une cité souterraine. On comprend très vite que cette communauté a entre ses mains le destin de l’humanité tout entière. Tout ce qu’on a pu vivre, toi, moi, tout le monde, n’est pas le fruit du hasard. Tout a été écrit quelque part par quelqu’un, en l’occurrence, par les gens de cette communauté d’enfants et d’adolescents. Seul hic, ils perdent ce pouvoir à partir du moment où ils tombent de manière avérée amoureux.

Ca te va bien comme nom, écriveur !

En effet, moi-même je passe mon temps à animer des personnages.

Tu as l’impression d’être toi-même un Dieu tout puissant ?

Il y a une analogie évidente entre le boulot d’un auteur et ce que font mes Écriveurs. L’idée est venue un peu de ça, on peut se considérer comme un animateur de monde. La seule différence, c’est que nous, ça s’arrête à la fin de nos livres.

Si ça se trouve, tu animes des mondes parallèles sans le savoir !

Mais oui, Mandor, si ça se trouve… (Grand sourire compatissant). Mais, le sujet fait réagir. Qu’on se sente manipulé ou manipulateur, la grande question est de savoir où réside la clef de ce qui nous arrive, de notre sort et de notre destin. Le philosophe français d’origine lituanienne, Emmanuel Lévinas, expliquait en substance que tout ce qui arrive dans l’humanité était écrit avant dans les  livres. Et si ça n’avait pas été écrit dans les livres, mais dans un livre spécifique à chacun d’entre nous ?

Tu as une imagination foisonnante, je le sais. Tu as combien d’histoire dans ta tête en avance ?

Je ne les compte plus. J’ai une irrépressible envie de raconter des histoires parce qu’elles débordent de moi. Dès que je lis une news qui m’intéresse, j’imagine immédiatement une histoire. C’est presque un réflexe. J’ai des fichiers word et des cahiers remplis de milliers de début d’histoires.

Permet moi de faire de la psychologie de comptoir… est-ce un moyen de fuir la vie réelle ?

Oui, involontairement. J’ai toujours été un garçon très très rêveur qui se réfugiait beaucoup dans l’imaginaire, aussi bien dans les livres que dans les films et j’ai eu très vite le besoin de vivre là dedans.

Ca ne te déconnecte pas de la réalité ?

Un peu.

Ce n’est pas embêtant pour l’entourage ?

Si. Ma femme ne comprend pas toujours très bien qu’à minuit, au moment d’aller se coucher, je reparte une demi-heure parce que trois idées me sont tombées dessus et que je ne veux absolument pas les perdre. Je suis comme ça, je ne peux m’en empêcher… incorrigible graphomane.

Pour finir, voici le teaser de Non Stop!

Commentaires

Mon dieu ! Il faut que je me trouve ce livre, et que je ne rate pas la sortie des "écriveurs", c'est un sujet qui m'intérésse fortement, la thèse que tout est écrit quelque part, que tout est programmé, même si on pense avoir toujours le choix. Tout cela m'a l'air fort intéréssant, merci pour cette future découverte !

Écrit par : Alegria Cendre | 16 février 2012

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