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02 janvier 2012

Henri Loevenbruck: interview pour L'Apothicaire

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henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewLa première mandorisation de l’année est consacrée à un auteur que j’apprécie beaucoup, Henri Loevenbruck. Je l’avais rencontré en 2008 pour une interview filmée (que le réalisateur a cru bon de supprimer de You Tube et DailyMotion…) à propos de son livre Le Rasoir d’Ockham. Depuis, nous sommes restés en contact. Avec mon ami Eric Briones (Darkplanneur), nous avions d’ailleurs organisé la soirée de lancement de ce livre. Bref, le voici de retour avec un livre gigantesque, un livre majeur, un de ceux qui marquera l’histoire de la littérature d’aventure (ce serait, en tout cas, fort mérité/logique!). L’Apothicaire est d'une érudition rare, passionnant et riche au sens intellectuel et émotionnel du terme. Le 26 décembre dernier, Henri Loevenbruck m'a donné rendez-vous dans un café situé en face de chez lui. Nous avons parlé littérature, chansons, imaginaire, religions, nous avons évoqué Renaud, Brassens, Umberto Eco et enfin, nous avons fait le point sur ses carrières (musicale et littéraire), le tout sans aucune langue de bois. Henri Loevenbruck ne donne pas beaucoup d'interviews, mais quand il décide de rencontrer un journaliste (dont il sait qu'il ne va pas trahir les propos), il parle comme il pense. C'est plaisant. Très.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewPrésentation de l'éditeur:

« Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes… » Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu’il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L’Apothicaire, poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel et l’Inquisiteur de France, décide de partir à la recherche de son propre passé, de Paris à Compostelle, jusqu’au mont Sinaï.  Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L’Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Âge et les tréfonds de l’âme humaine.

L’auteur :

Henri Loevenbruck est écrivain, chanteur et compositeur. Ses romans sont traduits dans plus de quinze langues. Mais en fait, sa bio complète est là… (à lire si vous avec 45 minutes devant vous…)

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewInterview :

7 ans pour concevoir ce livre, 2 ans pour l’écrire. Considères-tu L’Apothicaire comme le livre de ta vie ?

Oui, à tel point que ça me fait un peu peur parce que je me demande si je vais prendre autant de plaisir à écrire le prochain. Ce que je suis en train d’écrire est un projet complètement différent, il ne pourra donc pas souffrir de la comparaison. J’écris un roman-feuilleton avec Fabrice Mazza, l’auteur du Grand livre des Énigmes et mon ami d’enfance. Il sort en 6 épisodes de 200 pages. Chaque mois sort un épisode.

Il faudra donc acheter 6 livres en 6 mois ?

Oui, mais à 6 euros. Pour nous, c’est l’idée de renouer avec le vrai roman populaire avec tout ce qui va avec : le « cliffhanger » à la fin, un univers enrichit  un peu comme dans une série télé. On va faire ça pendant 3 ans.

Ce n’est pas une entreprise un peu risquée ?

Je n’y vois que du plaisir. On s’éclate en écrivant à deux.

Vous procédez comme un cadavre exquis?

Pas du tout. C’est moi qui écris le premier jet et c’est Fabrice qui repasse derrière. L’essentiel de notre boulot à deux, c’est d’imaginer des synopsis super détaillés.

Bon, revenons à L’Apothicaire. C’était un roman complexe à écrire ?

D’abord, il faut que je trouve l’idée du livre que je vais écrire et que je commence à imaginer une histoire sans avoir beaucoup de détails. En revanche, je m’approche suffisamment de l’idée pour savoir quels sont les sujets sur les lesquels je vais avoir besoin de me documenter. Pour celui-ci : début du XIVe siècle, Philippe Le Bel, les apothicaires du Moyen-âge, Paris à cette époque, le quartier de Saint-Denis en particulier, Compostelle, le Mont Sinaï et la gnose. J’ai beaucoup, beaucoup lu sur tous ces sujets. Plus je me documente, plus ça enrichit mon histoire. Je découvre un truc que je ne connaissais pas, je me dis : « Tiens, c’est pas con, ça, je peux l’intégrer dans mon histoire ! ». A un moment j’arrête mes recherches, là je fais mon synopsis, ensuite, je laisse toutes les informations intégrées bouillonner en moi avant de passer à la vraie phase d’écriture. Ce que j’apprends au fur et à mesure des romans que j’écris, c’est de faire en sorte que la documentation enrichisse le livre, mais qu’elle ne l’alourdisse pas. C’est très dangereux. C’est chiant un bouquin où tu sens trop que le mec s’est documenté comme un malade…

On peut te le reprocher dans les descriptions de certaines villes que tes héros traversent.

Mon éditrice est comme toi. Elle m’a fait cette réflexion précise. Moi, j’ai fait le choix de me dire que le lecteur qui s’emmerderait ferait le choix, lui, de tourner les pages, comme je le faisais gamin en lisant certaines descriptions dans les romans de Victor Hugo ou de Zola.

Dans L’Apothicaire, il y a beaucoup de faits historiques réels. L’inquisition, la gnose…

L’univers du roman est totalement historique, mais c’est l’intrigue qui est romanesque. Je me suis beaucoup amusé. On ne sait pas comment Guilhem de Nogaret (conseiller du roi de France Philippe IV le Bel, son Garde du Sceau et à partir de 1306 le véritable maître d'œuvre de la politique royale) est mort. Je me suis amusé à trouver une explication médicale à son décès. Il a été retrouvé réellement la langue pendante, donc mon apothicaire lui a trouvé, non pas un empoisonnement comme beaucoup l’on cru, mais une sorte d’anévrisme. Dumas faisait beaucoup ça dans ses romans. Il résolvait certains mystères de l’histoire. Pareil pour le grand inquisiteur de France. Il n’existe nulle part une explication sur sa disparition… c’est du pain béni pour mon imagination fertile.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewJe vais te poser la question que l’on te posera systématiquement. Mais, réellement, ça m’intéresse. Écris-tu un roman historique de la même manière qu’un thriller ou qu’un Fantasy ?

Tu sais, tous ces romans sont finalement des romans d’aventures. Depuis la sortie du livre, tout le monde me parle du roman d’Umberto Eco, Le nom de la rose. J’en suis ravi. Je préfère nettement cette comparaison que lorsqu’on me parle de Dan Brown… Thierry Gandillot à écrit un article dans Les Échos intitulé « Le nom de la gnose ». J’ai trouvé ça très drôle. Bon, en réalité, il y a plein de points communs : le livre, l’époque, le moine (moi, c’est un apothicaire qui se balade avec son apprenti). La grande différence, c’est que Le nom de la Rose, c’est un huis clos dans une abbaye. Et c’est un vrai polar. Le type, il vient, il y a des meurtres en série et il doit découvrir qui est le meurtrier, point final. L’Apothicaire, c’est une épopée. Eco a voulu rendre hommage à Agatha Christie et à Conan Doyle, alors que moi, c’est vraiment plus vers Alexandre Dumas et aux romans d’aventures du XIXe. Et pour répondre ta question, ce sont les mêmes codes que dans le Fantasy. On est dans un train, on est dans un voyage. Dans tous les romans, on est dans un voyage. Je n’ai jamais fait du huis clos, ni de roman urbain où tout ce passe dans la même ville.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewOui, ce n’est pas comme le dernier Franck Thilliez, Vertige.

Franck lui excelle dans ce domaine. Je vais justement essayer de m’y mettre. C’est un défi littéraire pour moi. Je me mets souvent des défis. Pour Le testament des siècles, je m’étais demandé si j’étais capable d’écrire un livre à la première personne. C’était mon 8e livre et je ne l’avais jamais fait. Je sais qu’un jour, il va falloir que j’écrive un livre au présent. Ça me fait très peur ça parce que c’est rare que j’aime un livre écrit au présent, à part Raymond Chandler.

Donc, le huis clos est un défi pour toi.

Je vais te dire franchement, il y a une deuxième raison. J’ai été contacté par plein de réalisateurs depuis deux ans. L’Apothicaire a même été lu et apprécié par Jean-Pierre Jeunet ainsi que par d’autres réalisateurs qui me téléphonent en me disant qu’ils ont beaucoup aimé, mais qu’il est inadaptable. Il faut 40 millions d’euros pour le faire. On ne les aura jamais en France. Il y a un de ces réalisateurs-là qui m’a dit qu’en revanche, il avait vraiment envie de faire un film adapté d’une de mes histoires. « Fais moi un truc où il y a un lieu, deux personnages et là, je te l’adapte ».

J’aimerais revenir à la notion de défi dans la littérature. L’Apothicaire est ton treizième henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewroman, c’est impératif de se lancer des défis pour ne pas s’ennuyer dans l’écriture.

Je peux le dire maintenant, Les cathédrales du vide, mon avant-dernier roman, je me suis fait chier. Ça se ressent et les lecteurs n’ont pas été dupes. C’est horrible et ça a été un choc pour moi. À partir du milieu du roman, c’était l’horreur, parce que je ne pouvais pas ne pas le finir. C’était un calvaire quotidien, mais je le devais à la fois à mes lecteurs et à mon éditeur. J’étais en plein divorce, alors je n’étais pas bien. Sur n’importe quel autre livre, je n’aurais pas été bien. Quand je me suis remis à écrire L’Apothicaire, j’ai retrouvé un plaisir d’écrire inimaginable.

Tu n’écris pas bien quand tu es dans la souffrance ?

Moi, je préfère écrire de bonne humeur que malheureux. J’ai l’impression d’être meilleur quand je prends du plaisir.

Sur certains points, ton « apothicaire » te ressemble un peu quand même ?

Je suis complètement agnostique et je remets toujours tout en question. C’est mon point commun avec lui. Être agnostique, c’est refuser tout principe d’explication spirituelle, mais aussi refuser tout principe de non-explication spirituelle, c'est-à-dire n’avoir aucune réponse. Quand tu n’a pas de réponse, tu en cherches. Un croyant, il a sa réponse, il ne cherche plus.

Je sais que tu peux être très intolérant avec ces sujets-là.

Oui (Rires). Par exemple, je ne supporte pas l’astrologie. Quand quelqu’un essaye de me convaincre que, si, c’est possible, ça me rend hystérique. Si on me raconte que les gens peuvent être influencés par leur date de naissance, je pars dans des démonstrations scientifiques qui vont à l’encontre de tout ça. Et je ne lâche rien.

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C’est quoi, en résumant un peu, la gnose ?

Le principe de la gnose c’est : le monde est une illusion créée par un dieu mauvais qui nous écarte de la vérité et qui nous écarte du vrai dieu. Et le devoir de l’initié, c’est de se débarrasser du monde qui n’est qu’une illusion pour rejoindre la vérité. Si tu réfléchis bien, c’est le thème de Matrix. Matrix, c’est le film gnostique par excellence.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewTu me disais tout à l’heure en off, que tu en faisais une analogie avec la littérature.

Ça m’amuse beaucoup de me dire que les personnages de roman, ce sont des gens qui sont prisonniers d’un monde illusoire créé par un dieu mauvais, à savoir l’écrivain. Il y a un gros parallèle avec la pièce de Luigi Pirandello, Six personnages en quête d’auteur.

Un écrivain comme toi a un monde imaginaire foisonnant. Tu fais rêver les gens avec ce qu’il y a dans ton propre cerveau. Tu réfléchis au sens de ton métier ?

D’abord, je reviens sur ce que tu dis sur mon imagination « foisonnante ». Tu sais, tout le monde à de l’imagination, il faut juste savoir la saisir. Il faut distinguer ce qui, dans cette imagination, va donner une histoire intéressante. Pour moi, l’objet de la littérature, c’est de relier les solitudes. Plus fort encore que ça, à part faire un enfant, je ne vois pas d’autre sens que l’on peut donner à son existence. Le livre, c’est un médiateur entre la solitude de l’écrivain et celle du lecteur. Ce sont des intentions qui se rencontrent, au-delà des frontières, même parfois. Moi, j’ai la chance d’être traduit dans 15 pays et je constate qu’il y a des lecteurs qui habitent à des milliers de kilomètres et qui partagent les mêmes émotions que moi grâce à mes livres.

Les lecteurs de tes livres sont-ils différents selon les pays ?henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Certainement. Par exemple, il y a des pays ou La Moïra marche mieux parce que ce sont des pays où on adore les loups. La Russie ou la Turquie par exemple, on me parle beaucoup de cette saga. Et plus généralement, il y a des livres qui marchent mieux dans tel ou tel pays sans que j’en sache vraiment la raison…

Où as-tu le plus de succès ?

Sans conteste, en Allemagne. C’est le pays où mes livres se vendent le plus. Plus qu’en France même. Après il y a la Turquie, la République tchèque. Là, mes lecteurs sont très jeunes. Entre 11 et 13 ans. C’est curieux.

En France, te sens-tu bien considéré ?

Ici, je n’ai jamais eu un succès monstrueux, mais j’ai toujours conservé mon lectorat. Depuis 13 ans, à chaque livre, j’ai 5 à 10% de lecteurs en plus. Je n’ai jamais eu le bouquin qui tout à coup a fait un gros carton, mais je n’ai jamais connu d’érosion dans mon lectorat.

Si ton nom est quand même connu du métier et du public, tu ne l’es pas autant que Maxim Chattam, Franck Thilliez ou Bernard Werber, trois de tes collègues de La Ligue de l’Imaginaire. Es-tu frustré de cela ?

Non, mais je suis conscient que j’ai besoin de franchir un nouveau pallier. Je n’ai jamais rêvé ou espéré faire les chiffres de Bernard. C’est pour moi un autre monde. Mais enfin, avec L’Apothicaire, ma maison d’édition commence à croire que je suis en train de franchir une étape supplémentaire. Je n’ai pas encore les chiffres de ventes, mais ça se passe plutôt bien. Tu sais, le fait d’avoir fait de la littérature de genre a cloisonné mon lectorat et moi, ça m’emmerde. Je ne supporte pas les chapelles, je ne supporte pas les clochers, je ne supporte pas les groupes, les familles d’auteurs. J’ai envie d’avoir un lectorat qui n’est pas indexé polar, thriller ou Fantasy. L’Apothicaire me permet de sortir de tout ça.

Tu gagnes bien ta vie ?

Je le dis souvent. Je gagne ma vie comme un prof. J’ai beau vendre beaucoup de livres… je gagne bien moins ma vie qu’un éditeur (rires).

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J’évoquais précédemment, La Ligue de l’Imaginaire et toi, tu me disais que tu n’aimais pas faire partie d’une chapelle. Tu es l’un des membres très actifs de cette ligue, ce n’est pas contradictoire avec tes propos ?

Tu n’as pas tort ! Sauf que l’imaginaire, c’est quand même large. Nous, on a envie de parler de l’imaginaire en général. L’imaginaire est important dans la littérature, mais pas seulement. Il est important partout. On manque d’imaginaire dans notre société. Surtout en occident. On a souvent opposé dans la philosophie, raison et imagination. C’est une connerie monstrueuse ! L’imagination, c’est un pouvoir d’abstraction qui permet au contraire d’avoir accès à des vérités sur la réalité auquel tu n’aurais pas accès si ton imagination était au point mort. Pour réfléchir, on a besoin d’imaginer.

A qui s’adresse La Ligue de l’Imaginaire ?

Pas uniquement aux lecteurs, elle s’adresse aussi aux journalistes, aux universitaires, aux libraires, aux bibliothécaires et aux documentalistes. On leur dit : allez voir ce qui se cache derrière l’imaginaire. C’est beaucoup plus vaste qu’on ne le pense. Shakespeare, Dumas, Jules Verne, c’est de la littérature de l’imaginaire.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Neuf des dix membres de la Ligue de l'Imaginaire sont réunis. Derrière le loup se cache Giacometti ou Ravenne... Saurez-vous le reconnaître ? Avec Maxime Chattam, Olivier Descosse, Eric Giacometti, Franck Thilliez, Laurent Scalese, Erik Wietzel et Patrick Bauwen.

Ce n’est ni une secte, ni une société secrète, en somme…

Mais c’est une très bonne idée, François. On devrait. Regarde, Ron Hubbard, il n’a rien gagné avec ses livres, mais avec l’Église de Scientologie, il s’en est mis plein les poches… Sans plaisanter, au contraire, plusieurs d’entre nous, comme moi, font partie d’une commission de vigilance contre les dérives sectaires. J’en ai pris plein la gueule par les « scientos », Werber aussi.

Cet été, tu es devenu Chevalier des Arts et des Lettres. C’est rare pour un écrivain de genre. Je crois d’ailleurs que c’est la première fois en France. Alors, heureux d’être ainsi reconnu ?

J’ai été très content pour mes parents. Je l’ai pris comme un honneur. La personne du ministère qui a proposé mon nom est quelqu’un qui aime mon travail. Elle a proposé de me donner l’ordre du Mérite. Là, j’ai trouvé que c’était un peu excessif. Je trouvais ça déplacé, je suis juste écrivain. Du coup, je suis décoré de l’ordre des Arts et des Lettres.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewJe trouve que c’est mérité parce que, dans les genres littéraires dans lesquels tu évolues, je trouve que tu es celui qui écrit le mieux. Tu fais très attention au style et à la syntaxe.

J’espère encore faire des progrès. Quand je lis mes premiers livres, j’ai un peu honte parfois. Je suis amoureux du français. J’ai été élevé à coup de Brassens et donc de François Villon. Mon père était un ami de Brassens. Je l’ai rencontré, mais j’étais encore henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewtrop gamin pour me rendre compte de cette chance. L’amitié entre mon père et lui est à l’origine de l’amitié que j’ai aujourd’hui avec Renaud. L’histoire est longue a raconter, mais en gros, Renaud savait que mon père était ami de Brassens et qu’il avait traduit des chansons de lui en anglais. Renaud avait lu Le syndrome Copernic, il savait que j’étais anglophone et son guitariste me connaissait. Un jour il m’a appelé pour me demander si j’acceptais de traduire ses chansons à lui en Anglais. J’ai accepté et un an plus tard, il m’a proposé de traduire des ballades irlandaises en français pour son album Molly Malone. Ce qui fut fait. Bref, j’ai été élevé par Brassens. Tout le temps, à la maison, dans la voiture, on l’écoutait. Ça a enrichi mon vocabulaire et ça m’a donné le goût de la belle phrase.

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Tu viens de parler de Renaud. On dit tout et son contraire en ce moment sur sa santé et son moral. Tu as eu de ses nouvelles récentes, toi ?

Il va beaucoup mieux. La presse a quelques mois de retard. J’ai passé une partie de mes vacances d’été avec lui, effectivement, il n’était pas au mieux. Il va mieux depuis plus d’un mois, mais la presse n’en parle pas évidemment. Il s’est vraiment remis à la flotte.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewParlons musique. Tu viens de sortir un EP. Première constatation. Tu chantes bien.

J’étais chanteur avant d’être écrivain. Entre 15 et 25 ans, j’étais chanteur et musicien et j’ai fait des centaines de concerts. J’étais clavier et chanteur de plein de groupes. À 25 ans j’ai arrêté parce que j’ai écrit mon premier roman. J’ai laissé tomber la scène pendant dix ans. Jusqu’à 35 ans. J’ai continué à écrire de la musique pour des courts métrages et pour des documentaires, j’ai écrit des textes pour des chanteurs et pour des groupes, mais plus rien pour moi. Puis, j’ai recommencé. Au bout de 10 ans de diète, je n’en pouvais plus. Il fallait que je revienne sur scène. J’en ai refait il y a deux ans. Je me suis éclaté. Je me suis mis à réécrire pour moi, en tout une vingtaine de chansons. Mélanger les deux carrières est un peu compliqué. Je n’ai plus vraiment le temps.

Que t’apporte la chanson ?

Tout ce que ne m’apporte pas l’écriture de romans. L’écriture est un métier où l’on est seul. La musique, c’est doublement du partage. Avec ses musiciens sur scène ou en studio et puis évidemment, avec le public. Et il y a autre chose. L’instant de la création dans la musique est concomitant avec celui de la réception. En gros, je ne vois jamais les gens lire mes livres, à part parfois dans le train, tandis que quand je joue sur scène, je vibre avec le public. Tu sais, pour être honnête, je pense être plus crédible en musicien qu’en écrivain. J’ai plus étudié la musique que je n’ai étudié la littérature. Certes, j’ai fait hypokhâgne et khâgne au lycée Chaptal, puis littérature américaine et anglaise à la Sorbonne, mais en musique, j’ai fait le conservatoire, du piano, de l’analyse, de l’écriture…

"Les enfants de la Terre".

"Ta tribu" (en duo avec Chloé Robineau)

Je comprends mieux pourquoi on sent dans ton écriture une petite musique...

Non, mais figure toi que le projet que j’ai avec Fabrice Mazza, il va y avoir aussi de la musique.. Pour les gens qui ont un Smartphone, il y aura un flash code dans le bouquin et au début de chaque chapitre, on balance de la musique que nous avons composée.

Ainsi, la boucle se boucle...

En quelque sorte.

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Après l'interview...

Une dernière page de pub avec de se quitter...

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Commentaires

Très belle interview avec une absence flagrante de langue de bois. Et un interviewer qui pointe du doigt les contradictions de l'auteur. Excellent !!

Écrit par : lynchmaniac | 05 janvier 2012

Plusieurs passages mériteraient d'être repris et collés sur ses murs tant ils résonnent bien. L'interview est belle, franche, et alléchante en ce qui concerne ce nouveau roman. La découverte de l'auteur attise la curiosité envers le roman autant que l'inverse.

Écrit par : Myrien | 05 janvier 2012

Merci!! Merci à tous les deux pour cette interview! Des questions intelligentes, des réponses sincères, une véritable complicité et un amour commun pour la lecture! Merci merci merci!

Écrit par : Maëlle | 05 janvier 2012

Merci pour cette interview que je lis, évidemment, avec un retard conséquent ! je viens de lire "L'Apothicaire". Excellent !!!!
http://www.christelle-pigere-legrand.com/l-Apothicaire-Henri-LOEVENBRUCK.php

Écrit par : CHRISTELLE PIGERE | 02 décembre 2013

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