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29 décembre 2011

Anne Malraux: interview pour l'EP Saisons

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(Photo: Olivier Allard)

anne 3.jpgRécemment, j’ai reçu un EP accompagné d’une biographie d’une chanteuse, Anne Malraux (son MySpace)… En voici quelques extraits :

Née en 1917, je conserve toute ma fraîcheur grâce à mon caisson cryogénisé à débit variable d’oxygène. Mais j’ai récemment entendu parler d’un abus de caisson qui a beaucoup nui à un chanteur…

C’est pourquoi, je voudrais, avant de mourir, vous faire partager ces quelques chansons composées par mes petites mains chantées. La forme originale de ces chansons est plutôt acoustique, cependant ici, nous nous sommes amusés à faire apparaître quelques touches électro.

Je fus comédienne dans une autre vie, et le suis toujours d'ailleurs, mais plutôt ailleurs qu’ici, ce qui peut-être me donne envie de faire de mes chansons des personnages qui auraient des trucs à nous dire.

Les textes sont au choix provocateurs, légers ou plus mélancoliques, et j’ai le malheur de citer deux ou trois personnes réputées… J’espère que l’auditeur fera la part des choses et n’aura pas volonté de me jeter en pâture aux susceptibilités des dites personnes !

Est-il besoin d’ajouter que j’ai le mauvais goût, en sus, d’être franco-américaine, et de revendiquer haut et fort mon désir de chanter et composer dans les deux langues ??

Enfin, telle que vous m’entendez, et sous réserve d’un enthousiasme modéré à intense de votre part, je suis l’auteure-compositrice-interprète-productrice-distributrice de ce travail, et il ne vous aura peut-être pas échappé que malgré ma programmation multi-tâches de femelle, je n’aurais rien contre un franc coup de main, voire une diffusion massive.

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Je lui ai donné rendez-vous à l’agence pour laquelle je travaille le 19 décembre dernier…

La forte personnalité décelable à la lecture de sa bio et, surtout, à l’écoute des textes de ses chansons s’est confirmée dès les premières secondes de notre rencontre. Décapante et acharnée… "Cette fille-là, mon vieux, elle est terrible!" (Johnny Hallyday, dans le texte… cette comparaison va lui plaire…).

Et pour ceux qui se posent La légitime question. Anne est la petite-nièce d’André (tout est raconté là). Voilà, c’est dit.

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Interview :

La biographie que tu m’as envoyée pour te présenter m’a beaucoup plu. Elle est aussi insolente qu’insolite.

Plutôt que d’envoyer une bio banale, j’ai préféré envoyer un message humoristique qui me correspond bien. Tu sais, ceux qui sont assis sur les places, ils sont bien assis, alors si tu ne vas pas leur mordre un peu les fesses à un moment donné, il n’y a personne qui va bouger. Ça me plait bien de bousculer les conventions pour me faire remarquer avec un style qui est le mien dans la vie.

Ça ressemble en tout cas aux textes de tes chansons qui sont mordants, provocateurs, ironiques et souvent bien sentis…

Depuis les années 90, je n’entends aucune chanteuse se saisir du sujet de la sexualité par exemple, comme je le fais avec « Avec mon scoot ». Je me souviens avoir bien tripé sur Guesh Patti et Étienne, ou quelques morceaux des Rita Mitsouko qui dégagaient des trucs un peu sexuels…

Tes textes sont moins abscons. Tu appelles un cul, un cul.

Je rassure tout le monde, ce que j’écris n’a rien de militant. Je suis juste partie du constat que c’est difficile de trouver quelqu’un avec qui ça peu marcher pour une vie de couple, tandis que le cul, il n’y a rien de plus facile à faire. Quand je dis ou chante les choses, j’aime ne pas passer par quatre chemins.

Et la chanson « Merci » ? Elle est pleine de messages et d’ironie...

Je suis franco-américaine et j’ai du mal à faire des chansons linéaires parce qu’avec les limites du français, très vite, je trouve ça neuneu. Je fais des chansons un peu impressionnistes… disons fragmentaires. Dans cette chanson je dis merci à beaucoup de monde. Je remercie une société qui vieillit. Ce n’est pas du racisme anti vieux, mais je trouve que la société est verrouillée et qu’elle ne laisse pas du tout la place aux jeunes. Je ne suis pas la seule à prétendre cela, il y a je ne sais pas combien de sociologues, philosophes et bien d’autres personnes qui ont tous tiré la sonnette d’alarme en disant clairement qu’on a sacrifié une génération. Cette France écrase complètement les jeunes. Il y en a qui ont bac+8 et qui se retrouvent à la photocopieuse… Moi, je ne suis pas là pour me plaindre, je suis là pour faire des chansons et m’amuser en parlant de ce qui me touche.

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Donner un coup de pied dans la fourmilière te plait bien, j’ai l’impression.

Cet esprit frondeur que je revendique à mort, je ne l’entends pas chez d’autres. J’évite d’être consensuelle.

Être grande-gueule, tu crois que ça ouvre les portes?

À ce stade, je ne peux pas te répondre. Ce dont je suis certaine, c’est que mon avenir professionnel ne passera pas par les maisons de disque. Je pense qu’elles vont toutes finir par fermer. Mince, quand même, Universal qui vient d’acheter EMI ! Ce sont des gros qui mangent des gros ! Ça devient vraiment la World Company que nous servent les guignols depuis des années ! En fait, il y a une grosse compagnie avec des mecs qui vont tout bouffer, qui ne laisseront rien aux gens et qui laisseront la planète dans un état épouvantable. Il y a une colère qui n’est pas seulement la mienne. Elle existe, je la rencontre partout. Dans « Merci », je raconte tout ça aussi…

Je vais te poser la question volontairement agaçante. Es-tu encore une comédienne qui veut devenir chanteuse ?

Le métier de chanter à été mon vrai premier désir. Moi, j’ai été poussée par ma famille à devenir comédienne. Mon père écrivait des pièces et, comme tu le sais, je viens d’une famille intéressée par l’art et la culture. Assez vite, j’ai commencé à travailler, à avoir des contrats, à être autonome, à gagner ma vie. J’ai donc tout le temps retardé le fait de m’y mettre et de voir si j’étais capable de réussir dans la voie de la musique. Je me sens plus comme une chanteuse qui a fait de la comédie que comme une comédienne qui s’essaye à la chanson parce qu’elle trouve que c’est vachement sympa.

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Tu suis des cours de chant ?

Oui, un peu, mais par intermittence. Mon idée, c’est à la fois de chanter bien, mais pas non plus à la perfection. J’entretiens bien mon organe et je le traite convenablement.

Tu ne fais donc pas d’excès ?

Je n’irai pas jusque-là. Je suis très bonne vivante, tendance excessive… (Rires). On n’a qu’une vie !

Sans vouloir être désobligeant avec toi, tu es à toi seule un sacré beau packaging marketing. Tu as de très bonnes chansons, une voix très agréable, tu es comédienne, tu as un grand-oncle illustre et tu es jolie…

J’ai commencé il y a juste deux ans demi à chanter seule avec ma guitare dans de toutes petites salles. Si je fais la moyenne avec la plupart des artistes qui n’ont pas de passe-droits et qui ne viennent pas de ces milieux-là, je ne m’inquiète pas encore. En terme de cercle étendu, je suis soutenue par pas mal de gens qui m’encouragent à persévérer, à ne rien lâcher, mais en gardant ma personnalité.

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25 décembre 2011

Wladimir Anselme: interview pour Les heures courtes

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(Photo Thomas Gabison)

Wladimir Anselme est un auteur-compositeur-interprète que j’ai découvert par l’entremise de son attachée de presse. Je me suis très vite rendu compte que, plus j’écoutais cet album, plus j’appréciais, plus j’aimais cet univers personnel foisonnant. En enquêtant un peu sur lui, je me suis aperçu que l’homme roulait sa bosse depuis longtemps. Je suis complètement passé à côté de lui et de son œuvre. Je ne sais pas comment, parfois, je parviens à faire l’impasse sur ce genre de talent-là qui pourtant est loin de se cacher et qui est pétri de talent. Bref, Wladimir Anselme existe (je suis ravi de le savoir) et je vais désormais suivre le cheminement de sa vie musicale.

Voici sa présentation « officielle » :

anselme-portrait1.jpg« Artiste protéiforme donc, mais avant tout un songwriter impétueux et délicat, qui gravite dans le paysage musical en franc-tireur, en tête brûlée, en doux excessif ! Avec son groupe LES ATLAS CROCODILES, il bricole des romances sauvages, à la mélancolie frondeuse et à la grâce désarmée, aux mélodies superbes. Où l’on croise des hommes-grabuge, des héros de gare routière, des carnavals glamoureux, des bribes de polar extatique, une conférence de presse de Mohammed Ali, des buicks roses qui foncent dans la nuit des brownings... »

Parmi toute la presse (je dois dire, uniquement dithyrambique) que j’ai lue sur Wladimir Anselme, je retiens celui de Marianne. Il résume parfaitement mon propre ressenti.

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(Les trois photos ci-dessus: Valérie Archeno)

Le 19 décembre dernier, Wladimir Anselme est venu me voir à MusiqueMag pour, du coup, faire connaissance. L’occasion de lui poser quelques questions à propos de son album, Les heures courtes

wladimir anselme,les heures courtes,interviewSi tu n’es pas très connu du grand public, il n’en reste pas moins que tu es un vieux routier de la musique…

Je fais de la musique depuis que je suis tout petit et j’ai commencé à faire de la scène à l’âge de 16 ans avec déjà mon propre répertoire. Aujourd’hui, j’ai presque 37 ans, c’est dire que je ne suis pas tout à fait un débutant.

Tu as commencé tes prestations scéniques dans une salle parisienne appelée « Le Club des Poètes »…

C’est un endroit étrange. On y lit des poèmes et on découvre donc beaucoup de poètes connus ou pas. C’est d’ailleurs là qu’a débuté Thiéfaine. Moi aussi, on me permettait de chanter mes propres textes. À cette époque, je sacralisais un peu le mot « poète ». C’est ce que je tentais de faire, mais je ne le revendiquais pas comme ça. Je trouvais ça indécent.

Thiéfaine faisait partie de ton Panthéon. Il t’a inspiré ?

Oui, je suppose. Quand j’étais au lycée, tout le monde associait son nom aux drogues, moi, j’écoutais simplement ses textes. J’écoutais aussi Léo Ferré, Julos Beaucarne, Jean Guidoni, Renaud... Bref, j’étais très « chansons à textes ». Dès que je voyais un chanteur barbu avec une guitare en bois, j’y allais…

Ces goûts musicaux ne te coupaient pas de tes copains de lycée ?

Un peu, effectivement, mais ça me permettait d’en avoir d’autres. Un noyau de pur eu dur avec ce secret-là ! Ça m’a forgé en tout cas une culture marginale. Je pense que j’aimais bien être dans la marge et pas dans le consensus. À cette époque-là, personne ne chantait en français. Le regain est venu plus tard grâce à Juliette et les Têtes Raides… Quand je disais que je chantais en français, on me répondait : « Ah bon ? Comme Florent Pagny ? »


Wladimir Anselme à l'Air du temps par images_et_sons_du_berry

Cet amour-là des belles chansons te vient de ce que tu entendais chez toi étant petit ?

Oui, en grande partie. Mon grand frère arrivait avec des disques de Thiéfaine et me le faisait découvrir comme un trésor. Quand j’étais tout petit, mes parents écoutaient Moustaki, Reggiani… j’étais passé complètement à côté de la culture anglophone. J’ai acheté mon premier disque peu avant le bac. Ca devait être Wish you were here des Pink Floyd et je me demandais si je n’allais pas m’emmerder avec ça. Pour moi, les Pink Floyd et les Beatles (que je ne connaissais pas), c’était la culture majoritaire… consensuelle. Du coup, je n’arrivais pas à aller vers ça. Depuis, ça c’est complètement renversé dans ma tête !

wladimir anselme,les heures courtes,interviewC’est ton deuxième album. Parle-nous du premier, Mauvaises herbes, que tu as sorties en 2000…

J’avais 24 ans et des envies de révolutionner la chanson en faisant rentrer la musique contemporaine, à laquelle d’ailleurs je ne connaissais rien. Pour l’orchestration, j’avais fait appel à Bernard Struber. J’avais des paroles absconses, des textes très durs et des musiques très compliquées. Parfois, je sortais de scène éprouvé par ce que je racontais. Pendant 6 ans, j’ai tourné avec le groupe de free jazz avec lequel j’avais fait ce disque et puis on a fait en 2004 un EP qui s’appelait 2e round. Ensuite, on a dissout le groupe et j’ai mis un peu de temps à reconstituer un autre groupe. Mais j’ai enfin réuni les gens qui sont devenus les Atlas Crocodile. Atlas Crocodile est née d’une rencontre entre le guitariste Csaba Palotaï et le pianiste claviériste Boris Boublil. Très vite, Jeff Hallam à la basse et Marion Grandjean à la batterie les ont rejoints.

Que s’est-il passé ensuite ?

Après avoir fait quelques concerts avec eux, on est rentré en studio et on a commencé les maquettes de l’album sans préparation. On arrivait, on réduisait les chansons à leur plus simple expression et à partir de ça, les Atlas Crocodile et moi, on construisait de manière très inventive.

Vous avez mis longtemps à enregistrer le disque ?

4 ans, à peu près. On a commencé dans un studio de Bagnolet. En 5 jours on a enregistré près de 9 morceaux. Ensuite, on a un peu arrêté d’y travailler puis on a recommencé. Après plusieurs tentatives infructueuses, on est parti dans une maison de campagne et on a pris notre temps. On avait des tas d’instruments vintage et un matos incroyable pour bosser… bref, je te passe les détails, mais on est content du résultat.

Certaines chansons furent une véritable épreuve…

Celle qui ouvre l’album, « La Palmeraie », était la plus difficile. On l’a enregistré au moins 4 fois. Je cherchais un truc précis que j’ai eu du mal à définir. Pour moi, l’arrangement n’est pas juste une décoration, alors je suis très pointilleux…

Ton album, pour rentrer dedans, il faut l’écouter au moins deux fois. Il est vraiment hors-norme.

Je sais qu’il y a des gens qui ne rentrent pas tout de suite dans cet univers. Pourtant, c’est vrai que j’avais le goût pour les choses alambiquées quand j’ai commencé la chanson, mais dans celui-ci, j’ai essayé vraiment essayé d’épurer au maximum pour aboutir à des chansons simples et agréables à écouter. Par rapport à mes débuts, je n’écris plus du tout en autiste. Je me pose la question de savoir ce que les auditeurs peuvent éventuellement comprendre de ma musique.

wladimir anselme,les heures courtes,interview

Je trouve que tu es un chanteur fragile et délicat…

Je ne vais pas le revendiquer. J’ai un côté avec beaucoup d’impudence et en même temps très vulnérable. Plus tu prends de la force, plus ta vulnérabilité peu paraître belle et pas gênante.

Tu as mis en musique un texte d’Apollinaire, « La cueillette »…

Ce poète représente une simplicité et une clarté qui me touche profondément. Il est lumineux. Je chante souvent des textes d’Aragon, mais je ne me revendiquerai pas d’Aragon, mais Apollinaire, oui.

Ton disque est une vraie épopée musicale.

Il a une espèce de charge. L’enregistrer a été une vraie aventure humaine. C’était très fort, il s’est passé plein de choses… A la manière de Claude Sautet, on voulait capter de la vie, des choses un peu humaines. J’espère que les gens vont entendre tout ce qu’il y a de brulants derrière. Mes chansons racontent des histoires, des explorations de sentiments dans un contexte qui n’est pas forcément dit.

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Pendant l'interview...

24 décembre 2011

Myriam Thibault: interview pour Orgueil et désir

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myriam_1_c96131dd6cae1a5d48b53648d0f00499.jpgVous connaissez tous l’expression :"Suis-moi, je te fuis; fuis-moi, je te suis". Elle résume parfaitement le premier roman de Myriam Thibault, Orgueil et désir. Après un recueil de nouvelles paru à la rentré littéraire 2010, Paris, je t’aime, la revoici avec un livre plus consistant (mais pas encore tout à fait insolent) qui prouve (tout de même) que cette jeune Tourangelle de 18 ans est en train, tranquillement, de se faire une place au soleil dans le monde littéraire français.

C'est mon ami Jérôme Attal qui me l'a présenté lors du Salon du Livre de Paris de l'année dernière... je l'ai recroisé à celui de Chateauroux quelques jours après. Je m’étais promis de m’intéresser à ses écrits. C’est chose faite aujourd’hui. Le 8 décembre dernier, elle est venue me voir à l’agence pour une mandorisation quasi improvisée et sans langue de bois…

myriam cover.jpg4e de couverture :

Un jeune chroniqueur télé, qui porte avec arrogance un regard ironique sur la vie parisienne, a un coup de foudre pour une femme croisée dans la rue. Il la suit jusqu’à ce qu’elle le remarque. Après quoi, il la fuit. Attirée à son tour par lui, c’est elle qui décide de le suivre. La rencontre se concrétise alors, mais aucun ne fait un pas décisif vers l’autre, car chacun préfère rester sur son quant-à-soi.

Avec une acuité particulière, Myriam Thibault décrit l’incapacité, si commune aujourd’hui, à exprimer ses sentiments, l’orgueil étant plus fort que le désir.

L’auteure :

En première année de licence à la Sorbonne Paris IV, en Lettres Modernes Appliquées. Après un recueil de nouvelles, Paris, je t'aime en 2010, aux Éditions Léo Scheer ; son premier roman est sorti en septembre 2011, Orgueil et désir (Prix du premier roman, de la Forêt des livres 2011). En parallèle, elle est également rédactrice pour La Cause Littéraire.

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Interview :

Tu es à peine majeure et tu sors déjà ton deuxième livre. Si jeune, d’où te vient cette boulimie d’écriture?

Vers 12-13 ans, j’écrivais déjà de petites histoires. À cet âge-là, j’avais déjà l’idée de devenir écrivain à 30-40 ans. Pas à 18 ans… pour moi, c’était de l’ordre de l’inimaginable. D’autre part, j’ai toujours beaucoup lu. Ma mère m’offre des livres depuis mon plus jeune âge. Je me jetais dessus. Toujours vers 12 ans, mes parents m’emmenaient même dans des salons du livre. Quand j’ai commencé à rencontrer des auteurs, ça m’a vraiment donné envie d’écrire pour être publiée. Quand j’ai vu que Boris Bergmann a été publié à 16 ans, j’ai compris que c’était possible.

Tu avais un côté midinette avec les écrivains ?

Oui, comme certains de mes camarades étaient fans de chanteurs ou d’acteurs, moi j’étais fan d’écrivains. Je le revendique.

Raconte-moi la rencontre avec Léo Scheer.

Symboliquement, je voulais que mes nouvelles soient publiées avant mes 18 ans. J’ai fait une liste d’éditeurs susceptibles de les accepter. Je les ai envoyées et j’ai eu plein de réponses négatives et positives. Dans ceux qui ont dit oui, il y avait Léo Sheer qui a bien voulu me rencontrer. C’est aussi simple et naturel que cela.

DSC02383.JPGJe crois savoir que tes parents n’étaient pas au courant de ta démarche.

Effectivement, il a fallu que je leur explique. Ils ont été surpris, mais au final, plutôt contents. Ils m’ont accompagné à Paris pour le rendez-vous.

Ils ont pensé quoi de ton recueil ?

Ils ont beaucoup aimé. Étonnant, non ? Très objectifs…

Ton recueil de nouvelles est sorti quand tu avais 16 ans. Tu viens tout juste d’avoir 18 ans… ce n’est pas gênant d’avoir pas mal de presse principalement parce qu’on est la benjamine de la littérature française ?

Ça ne me gêne pas outre mesure, mais je trouve que, finalement, on n’en parle pas beaucoup. Franchement, on parle plus de Marien Defalvart, par exemple. Cela étant, que je sois la benjamine de la littérature française, ça va bientôt se terminer. Ce genre d’argument n’a qu’un temps.

C’est plus simple pour toi, d’écrire des nouvelles ?

Oui. D’ailleurs, en toute honnêteté, certains ont dit que mon roman était une grosse nouvelle. Ca ne me vexe pas plus que ça. J’ai beaucoup de respect pour les auteurs de nouvelles.

Certaines critiques, Beigbeder ou le Figaro Magazine, par exemple, sont plutôt gentils avec toi, mais estiment que tu as encore les défauts de ta jeunesse… Beigbeder, il dit même que ton roman est « bâclé ».

Venant de lui, ça me fait rire. Il termine son papier en disant qu’il m’en veut beaucoup de le faire passer pour un ronchon épaté. J’ai pris cette critique très bien, mon éditeur, beaucoup moins. Quand même, Frédéric Beigbeder fait une comparaison avec Sagan… Et puis, après tout, il n’est pas là pour faire l’éloge de mon deuxième livre, alors ce qu’il exprime, je l’entends… et je vais faire en sorte que personne ne trouve mon troisième livre « bâclé ».

Il te reproche aussi d’avoir écrit 4 pages sur une chanson de Biolay et que dans un roman de 100 pages, c’est un peu beaucoup.

Je suis d’accord avec lui. (Rires)

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Dans le Figaro littéraire, ils titrent « Une surdouée mélancolique »… ça commence bien. Puis après, le critique ajoute : « Le trait des deux personnages sont parfois un peu forcés, les situations peuvent sembler improbables, les digressions un peu lourdes, mais la magie opère… ». Si on positive, tout le monde dit que c’est encourageant pour la suite de ton œuvre, mais qu'il te faut encore travailler…

La critique m’est très utile. Ce sont des choses que, de livre en livre, je vais tenter de corriger. Moi, j’aime la critique tant qu’elle est réellement constructive. Et souvent, en ce qui me concerne, elle l’est.

Tu ne te vexes pas facilement, dis donc…

J’ai 18 ans, je ne demande qu’à apprendre encore et encore. Donc, j’écoute. Ça ne peut que me faire progresser.

Je me fais un peu l’avocat du diable, mais ton livre est un peu un livre sur le désir… ce DSC02388.JPGn’est pas un peu prématuré de choisir ce thème à ton âge?

J’ai surtout voulu montrer une certaine vision de la société, sans pour autant l'approfondir. À mon âge, ce serait ridicule parce que je vais évoluer… mes idées avec. Mon roman n’est pas qu’une histoire d’amour, mais comme l’indique le titre, c’est surtout un livre sur l’orgueil. Mon héros, chroniqueur télé, sorte de Nicolas Bedos, a un orgueil tellement développé qu’il s’empêche l’amour.

Tu écris un nouveau roman en ce moment ?

Je suis dans la phase de recherche d’idées. Une fois que j’ai l’idée, ça part tout seul. Cette fois-ci, je ne vais certainement pas évoquer le rapport homme-femme et je vais tenter de me détacher de Paris. Je crains qu’on me reproche de situer mes histoires uniquement dans cette ville.

Que lis-tu pour te détendre ?

Je lis principalement des romanciers contemporains. Des gens qui sont encore vivants, car si je les rencontre, je peux discuter avec eux. J’aime échanger avec les auteurs que je lis. Évidemment, ça ne m’empêche pas de lire les classiques et d’autres auteurs qui ne sont plus de ce monde...

Je sais que tu apprécies Frédéric Beigbeider, Nicolas Rey, Jérôme Attal… des auteurs dont je ne connais pas d’équivalent féminin… Aimerais-tu avoir une écriture plus acerbe ?

Oui, j’aimerais arriver à ça. Une critique un peu cynique de la société actuelle, mais qui fait rire quand même tout en restant cohérente. Je souhaite diriger la suite de mes écrits vers cela.

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23 décembre 2011

Luc-Michel Fouassier: interview pour Un si proche éloignement

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Luc-Michel Fouassier vient de sortir son tout premier roman Un si proche éloignement… après avoir sorti deux recueils de nouvelles. (Mandorisé ici pour le premier et pour le second). J’aime sa plume et j’aime l’homme. Nous avons notamment des goûts communs pour la chanson française de qualité (ici, notre après-midi avec Yves Simon). J’ai décidé de le mettre de nouveau en avant sur mon blog, car son livre m’a touché. Beaucoup. Voici ma chronique du livre publiée dans le Addiction, le mag daté du mois de décembre/janvier 2012.

 

luc-michel fouassier,un si proche éloignement,interview

Luc-Michel Fouassier est venu à mon agence, le 7 décembre dernier… avec une bouteille d’Ouzo, « pour se mettre dans l’ambiance ! ». (Aurais-je une réputation?)

un si.jpg4e de couverture :

Un homme part pour l’île grecque de Naxos avec, dans son sac, un carnet noir et La lettre au Gréco de Nikos Kazantzaki. Cœur des Cyclades, lieu mythique où Thésée abandonna Ariane, que va-t-il chercher là-bas ? Pourquoi la nécessité impérieuse d’un tel éloignement ? Quelle est cette douleur latente qui le meurtrit ? De rencontres en illusions, de rêves en réminiscences, on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas d’un simple voyage d’agrément et que quelque chose de bien plus fort va se jouer sur l’île. Parti chercher la femme qui l’a quitté, peut-être le narrateur finira-t-il par se retrouver lui-même…
Ce roman, véritable hymne à la vie, nous entraîne dans une Grèce simple et vraie, loin des clichés touristiques.
Un premier roman au style limpide et sans maniérisme qui nous insuffle un peu de l’âme grecque.

lu.jpgL’auteur:

Après des études scientifiques, quatre années à l'université de pharmacie Paris XI, Luc-Michel Fouassier s’est tourné vers l'enseignement.
En tant que délégué à la gestion de l'événementiel littéraire, il organise le Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. D'autre part, il a créé le prix Ozoir'elles (parrainé par Régine Deforges) dont je jury de personnalités présidé par Simonetta Greggio récompense un recueil de nouvelles déjà publié.
Il est par ailleurs membre du comité de lecture de la revue littéraire Rue Saint Ambroise.

Deux recueils de nouvelles publiés à ce jour, aux éditions Quadrature et un roman, Un si proche éloignement, sortit pour la rentrée littéraire 2011 aux éditions Luce Wilquin...

Interview :

Toi qui es un défenseur acharné des nouvelles, te voilà devenu romancier. Pourquoi t’es-tu lancé dans le grand bain ?

D’abord, sache que le roman est construit avec des petits chapitres, de ce fait, certains pourraient être assimilés à des nouvelles. Ma façon de terminer le livre est aussi ressemblante à la nouvelle. Et puis, il y a un moment donné où tu as envie d’avoir un autre rythme d’écriture. Les nouvelles, c’est très intense, mais sur un temps court… quand tu as ton texte, tu ne peux pas le lâcher. Le roman, tu dois le mener jusqu’au bout. Tant que tu n’as pas écrit la dernière phrase, le dernier point, ton roman, ce n’est rien. C’est usant nerveusement.

L’habitude d’écrire des nouvelles a-t-elle pour conséquence de rendre plus difficile l’écriture d’un texte plus long ?

Pour moi, très franchement, c’est difficile de faire long. En règle générale, si je peux dire quelque chose en trois lignes, je choisis de l’écrire en 3 lignes et non en 15. Donc, avec cette conception de l’écriture, ça rend effectivement difficile l’écriture d’un roman. Cela dit, j’avais quelque chose à faire passer qui ne pouvait pas se dire en quelques lignes. Il y a une progression dans le personnage qui demande à ce que j’instaure un climat. C’est un homme qui va avoir sa vie changée, le processus de ce changement était long à décrire.

Justement, qu’est-ce que tu voulais faire passer à travers ce roman ?

Je crois qu’il n’y a pas un homme sur cette Terre qui ne soit pas dit : « je balance tout ! J’en ai marre de tout ça ! ». Un peu comme un ordinateur dont on nettoierait le disque dur, un homme a besoin de partir pour se nettoyer l’esprit et repartir sur de meilleures bases. Je raconte l’histoire d’un homme qui va tenter d’enlever de sa besace, toutes les choses inutiles, les petites mesquineries de la vie et essayer de se rattacher à des choses qui sont beaucoup plus importantes et qui sont les vrais enjeux de la vie.

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Interview à l'Ouzo... (c'est la première fois qu'un auteur fait tout pour me mettre dans l'ambiance de son livre lors d'un entretien. Je suis poli, j'ai bu. Hips!)

Quand on lit ton livre, on ressent une espèce d’apaisement.

Ceux qui ont lu ce livre, et principalement mes proches, sont ressortis du livre avec une forme de bien-être. C’est un livre qui apporte un secret de la vie qui vaut le coup d’être connu…  mais ne dit rien sur ton blog,  parce que c’est l’un des intérêts de ce roman.

C’est en Grèce que tu as eu l’idée d’écrire ce livre ?

En exergue du livre, il y a une phrase de Sophocle : Ce sont là choses qui n’ont pas l’honneur d’être mises en histoire, et qu’on apprend plutôt en fréquentant les lieux. Chaque fois que j’écris un livre, les lieux ont beaucoup d’importance. Si je n’ai pas le lieu, je ne peux pas penser à l’histoire. Tous les lieux que j’évoque dans le livre sont des lieux où mes pas m’ont entraîné. Par contre, les personnages sont inventés à partir de gens que j’ai croisés, sans les connaître ni leur avoir parlé. C’est juste ce qu’ils m’inspiraient.

Je sais que, parce que tu n’écrivais que des recueils de nouvelles, tu ne parvenais pas, jusqu’à présent, à te considérer comme un vrai auteur. Est-ce qu’avec ce premier roman, tu y es parvenu ?

Oui, tu sais, je vis pour l’écriture. L’organisation du salon du livre d’Ozoir, du concours de nouvelles « Ozoir’Elles », mes livres de nouvelles… aujourd’hui, je crois que je commence à assumer cette passion absolue.

luc-michel fouassier,un si proche éloignement,interview

C'est beau un écrivain qui signe son livre...

La construction des deux dernières pages est éblouissante.

Merci de me dire cela… ce sont les deux pages dont je suis le plus fier dans tout ce que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui.

Dans ton livre, il n’y a pas beaucoup d’action, mais il se dit beaucoup… de manière sous-jacente…

Le lecteur doit juste se laisser porter. Je n’aime pas les livres avec trop de rebondissements. Je n’aime pas être trop guidé, tenu au collier. J’aime bien pouvoir m’évader comme je le souhaite. J’écris des livres contemplatifs. Dans mon prochain roman, il y aura un côté Modianesque, une histoire plus construite et des attentes plus fortes, mais on reconnaîtra ma musique personnelle…

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22 décembre 2011

Jesers: interview pour "J'aimerais qu'on sème"

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Jesers (Serge Moniz) est un de mes récents coups de cœur. (Merci à Jean Hartleyb de me l’avoir fait découvrir !). Cet auteur interprète vient d’une famille de musiciens disséminés entre Praia, Dakar, Londres et New York. Son goût pour le bel ouvrage le conduit naturellement à l’art du verbe et du rythme. Comme l’indique son dossier de presse, « citoyen et conteur aux racines métissées, son univers musical est une rencontre entre plusieurs cultures, un voyage en chanson world emprunte de poésie urbaine ».

Le 8 décembre dernier, j’ai rencontré l'artiste Mulhousois lors de son récent passage à Paris à l’occasion de la sortie de J’aimerais qu’on sème. Un album « qui nous invite à bord d’un nuancier coloré et positif dans lequel il aborde ses racines, de la France à L’Afrique, du Cap Vert au Sénégal, pour tracer des horizons tous liés aux événements de notre monde et où l’importance des mots illumine les rimes ».

jesers,j'aimerais qu'on sème,interviewInterview :

Ta musique est fortement métissée… quels sont tes origines, très exactement ?

Je suis né en France, mon père est né au Cap Vert et a grandi au Sénégal. Ma mère est née au Sénégal de parents Cap Verdiens. Je me situe donc entre la France, le Cap-Vert et le Sénégal.

Est-ce qu’il est caricatural de prétendre que ta musique est inspirée de ces pays?

Disons que j’ai grandi à la maison avec les musiques de tous ces pays-là ! Mais je n’ai pas voulu forcément reproduire ce que j’entendais jeune. Moi, je suis plutôt tombé dans le hip-hop. Les années passent et puis finalement tu retournes aux sources et tu mélanges tout ça.

Comme je le disais en préambule, tu es issu d’une famille de musiciens.

Oui, mon papa et deux de mes frères le sont : le petit et le grand. J’ai aussi dans ma famille des danseurs classiques ou de hip-hop.

Tu abordes des sujets des plus personnels aux plus universels avec sensibilité, jesers,j'aimerais qu'on sème,interviewengagement, humour, dérision, mais surtout passion. Tes textes sont profondément humains, tournés vers les autres en tout cas.

On me le reproche parfois. J’ai voulu que J’aimerais qu’on sème soit un lieu de partage et de rencontre, un univers authentique et riche où je m’efface parfois au profit de nombreux invités. Il  y a 20 Syl, Sergent Garcia, Kasar, Mahooni, Edou, Cha, Nouara, Daddy Wise, Mika, Jupy, Petit Kara, Derrick, Karen… Certains me disent que ça peut me desservir d’avoir trop d’invités. Je ne comprends pas pourquoi.

Tu n’envisages pas la musique autrement que par le partage ?

Je fonctionne vraiment comme ça. Par le lien. Même mes compositions, les histoires que je raconte… ce ne sont pas des choses que j’invente. Ce sont des choses que je vis ou que je vois chez les autres. Quand on me parle, j’écoute, j’emmagasine des informations et je ressors tout ça en musique et en texte.

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Considères-tu que ce métier est trop fermé ?

Tu as raison, je me rends compte que c’est un milieu fermé et qu’il ne faut pas être naïf. Je suis peut-être un peu trop gentil… mais, je tiens à rassurer tout le monde, je suis parfaitement lucide.

Tu as un travail autre que la musique pour gagner ta vie… tu es carreleur.

J’ai besoin des deux activités aujourd’hui, parce que je n’ai pas envie de me lever le matin et attendre un truc par rapport à la musique. Je n’ai pas envie de chercher à écrire pour trouver la bonne formule qui me permettra de gagner de l’argent. Moi, j’écris avec les tripes et comme je le sens. Je n’ai aucune pression, si ce n’est celle que je m’inflige moi-même pour être le plus performant possible.

Tu cries au monde qu’il va mal, mais je sens qu’il y a toujours en toi une pointe d’espoir?

D’où le titre, « J’aimerais qu’on sème » !

Tu as une longue expérience de la scène. Le Printemps de Bourges, Les Francofolies de Montréal, LesEurockéennes, La foire aux vins de Colmar, des tournées au Japon et à Détroit, ou encore ses doubles plateaux avec MC Solaar, Jamiroquai, Gad Elmaleh, Sergent Garcia et Renan Luce. Ça t’apporte quoi ces expériences ?

Ça m’oblige à être le plus professionnel possible. Quand on fait la première partie de Gad Elmaleh devant 10 000 personnes et que les personnes présentes ne viennent pas pour toi, tu as intérêt à assurer. Quand je joue dans la cour des grands, je ne fais que jouer, mais avec une pression supplémentaire.

Un album, pour toi, c’était primordial ?

Oui, évidemment. Ca me permet de garder une trace de mon travail et de montrer mon écriture d’aujourd’hui. Moi, j’aime bien être en phase avec ce que j’écris. Et avec les mots que je choisis. Aujourd’hui, je suis moins dans l’ego trip qu’avec le groupe dans lequel j’officiais, La Vieille École… j’ai muri.

Depuis que tu as sorti cet album solo, tu as fait beaucoup de rencontres et pas mal d’ateliers d’écriture aussi.

Quand on m’a sollicité pour faire des ateliers d’écriture, chose que je n’avais jamais pratiquée, j’ai dit oui. J’ai rencontré des élèves, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’y suis allé pour apprendre. Je ne sais pas qui d’eux où de moi a suivi les ateliers d’écriture tellement l’échange était présent. Ce sont les gamins qui m’ont donné envie d’aller vers l’excellence…

Tu t’es aperçu très vite que tu étais un amoureux des mots?

Je n’étais pas très bon à l’école, même s’il paraît que j’avais des capacités. Mais j’ai toujours aimé les mots. J’aime jongler avec, les maîtriser et les manier avec dextérité.

Tu fais de la poésie urbaine, pourtant, je sais que tu n’assumes pas le mot poète.

Il faut pouvoir l’assumer. C’est quand même un grand mot, alors quand on en est affublé, on reste tout petit tant on a l’impression de ne pas le mériter.

Question complètement idiote, mais je te la pose quand même. Aimerais-tu gagner ta vie uniquement en tant qu’artiste ?

Aujourd’hui oui. Mais, je suis lucide, je regarde autour de moi… c’est vraiment très compliqué de ne vivre que de ce métier. Je me sens pourtant mature pour me lancer, mais bon, je garde mon travail de carreleur, pour le moment. Je préfère être raisonnable.

Que te faudrait-il pour te faire repérer des gens du métier ?

On a besoin de la rencontre, on a besoin de la scène parisienne, on a besoin d’une mini tournée seul ou avec un groupe plus populaire, on a besoin d’une plus grande visibilité pour que quelqu’un nous repère, on a besoin de personnes qui aient un gros coup de cœur pour nous… bref, on a besoin de montrer ce que l’on sait faire…

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20 décembre 2011

Gérald de Palmas: interview filmée pour "Sur ma route"

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Gérald de Palmas se faisait rare ses dernières années. Soucis avec sa maison de disque et besoin de se ressourcer. Aujourd’hui il revient avec un best of.

Voici ma chronique sur ce double CD, paru dans Addiction, le mag daté du mois de novembre 2011.

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Pour MusiqueMag le 3 novembre dernier, je suis allé à sa rencontre dans une chambre de l’Hôtel Renaissance. On ne peut pas dire que Gérald de Palmas soit l’artiste le plus chaleureux de la Terre. Il est « sympathique », mais on sent qu’il n’est pas très amateur de promo. Le minimum syndical, mais après tout, son métier c’est musicien-interprète, pas "expliqueur" de projets/chansons. L'homme reste professionnel, si professionnel qu'il ne laisse aucune faille visible dans laquelle s'infiltrer.

L’interview filmée.

After the interview (j'internationalise cette note, ne me remerciez pas!)...

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Et hop! Pour finir ce spécial De Palmas... petit souvenir: ici, après une interview à l'Hôtel Lutetia, le 2 mars 1995. 16 ans déjà!!!

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19 décembre 2011

Amanda Sthers: interview pour Lili Lampion (spectacle et carnet)!

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Si vous avez des enfants, n’hésitez surtout pas à les emmener voir Lili Lampion, le spectacle musical au Théâtre de Paris  jusqu'aux vacances de Pâques (le 29 avril 2012) ! Tirée du Carnet secret de Lili Lampion d’Amanda Sthers, cette comédie musicale m’a conquis autant que ma fille. En effet, en prévision de ma rencontre avec la créatrice de ce personnage « mordant », je suis allé avec elle juger par moi-même ce spectacle. Je ne sais pas lequel des deux à préféré, mais pour ma part, non seulement je ne me suis pas ennuyé, mais j’y ai trouvé un réel intérêt, voire beaucoup de plaisir. Vous comprendrez peut-être pourquoi en lisant mon interview qui vient de paraître dans Addiction, le mag daté de décembre-janvier 2012.

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Ici, le 13 novembre 2011, au Théâtre de Paris, à l'issue de la représentation, petite pose/pause avec Lili Lampion (Anne Frèches) et ma fille Stella (qui a réellement beaucoup apprécié le spectacle).

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Avec Amanda Sthers, à l'issue de l'entretien, le 29 novembre 2011, au Théâtre de Paris.

Pour Le Magazine des Loisirs Culturels des magasins Auchan, j'ai aussi chroniqué Le carnet secret de Lili Lampion.

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18 décembre 2011

Hommage à Cesaria Evora...

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Cesaria Evora est morte.

Je l’avais rencontré le 25 janvier 2006 à l’hôtel Abrial, dans le 17e arrondissement.

-Tu verras, cet hôtel ne paie pas de mine, mais c’est là qu’elle se rend depuis des années quand elle est en France.

Je réponds à son attachée de presse, que peu importe l’endroit, du moment que l’ivresse ne soit pas loin (ce qui n’est qu’une mauvaise parodie d’un dicton que j’aime bien).

Elle a raccroché sans faire de commentaires.

Le jour J donc, je débarque tout joyeux car j’aime beaucoup cet artiste.

Unique dans son genre.

Je papote avec son traducteur cap-verdien très sympa en attendant l’arrivée de la star.

Le monument arrive enfin, direction la salle à manger et discutons pendant 45 minutes.

Elle m’impressionne.

Très drôle, prolixe, taquine. Je ne m’attendais pas à ça…

Voilà pourquoi j’apprécie de rencontrer tout ce beau monde. Je suis souvent surpris.

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Voici l’article paru dans le Virgin de janvier 2006 à l’occasion de la sortie de son album Rogamar

medium_disco_rogamar2.jpg"Prier la mer avec la chanteuse Cap Verdienne. Un enchantement.

Césaria Evora, l’ambassadrice et la voix du Cap-Vert est restée profondément elle-même. Une femme du peuple de Mindelo, la ville principale de l’île de Sao Vicente, c’est à dire une femme simple et modeste. Aujourd’hui, elle étale ses sourires, ses succès et ses bonheurs et ça fait plaisir à voir. Je m’étonne d’un tel rayonnement dans ses yeux.

« On me dit souvent que j’ai l’air triste. Je suis exactement le contraire. Je suis toujours entourée d’amis, de musique et j’adore rigoler, me moquer avec tendresse des gens que j’aime et surtout faire la fête. »

Cigarette sur cigarette, « la diva aux pieds nus », décontractée, explique que son dixième album tire un trait d’union entre l’Afrique, l’Europe et le Brésil et qu’il célèbre, avant tout, la mer. Rogamar, comprenez : « Priez la mer ».

« Mais dans tous mes albums, je parle d’elle. Pour nous, les insulaires, elle est une source d’inspiration et d’espoir. Elle est la promesse de départ vers une vie meilleure, de retour et d’allégresse aussi. Quand on a le cafard, on regarde la mer parce que les ondes transmises sont positives. Evidemment, elle est aussi impitoyable car elle sépare parfois les gens qui s’aiment. »

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Césaria poursuit sa route discographique en abordant les thèmes capverdiens habituels : l‘exil, la critique sociale, la chronique îlienne, l’histoire coloniale de l’Afrique, la séparation et… le carnaval « Un jour de fête et d’harmonie. Le carnaval est une fête sans rivale ».

medium_Cesaria_Evora_noir_et_blacn.jpgA écouter Mas Un Sonho, on se croirait en plein cœur de celui de Rio. L’Afrique est très présente dans ce disque réalisé par Fernando Andrade. Césaria interprète Africa Nossa en duo avec la star sénégalaise Ismaël Lo.

« Une chanson sur ce qui rapproche le Cap-Vert et le Sénégal, deux pays qui ne font qu’un. Ses terres sont jumelles et elles ont le même destin.»

Autre duo, celui avec Cali, Um Pincelada, inattendu mais efficace. Si Césaria Evora a fait appel à ses auteurs habituels, (Manuel de Novas et Téofilo Chantre), elle a su faire confiance à deux jeunes de Mindelo (John Luz et medium_Cesaria_Evora_sable.jpgConstantino Cardoso).

« Je chante souvent des auteurs « classiques », je souhaitais, non seulement renouveler mes auteurs, mais aussi montrer qu’il y a du talent à revendre dans ma ville. Je me devais d’en mettre quelques uns en avant puisque j’en ai l’opportunité. Ils font vraiment des chansons magnifiques ».

 Belle âme, n’est-ce pas ? 15 ans après son succès planétaire Miss Perfumado, Césaria est plus que jamais à la mode. L’effet feu de paille qu’on lui prédisait à l’époque s’est transformé en une véritable carrière, parfaitement menée. Sa mélancolie tropicale s’est vendue à 5 millions d’albums... Ce qu’elle aimerait aujourd’hui ? « Je rêve de chanter en duo avec Charles Aznavour… »

Bonne idée."

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Pour terminer, voici ma chronique à propos de son dernier album sorti en 2009...

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17 décembre 2011

Christophe Maé: interview filmée pour "On trace la route-le live"

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Christophe Maé vient de sortir son deuxième album live, On trace la route-le live. Voici ma chronique publiée dans le Addiction, le mag daté du mois de novembre 2011.

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Cet artiste est l’un de ceux que je rencontre à chaque sortie de disque (ma précédente interview filmée, pour son album On trace la route, ici). J’ai suivi son début de carrière solo, disons… calme, et vu son incroyable évolution vers une forte popularité. Et si je ne suis pas fan de son répertoire, je dois dire que je suis épaté par son « non-changement » comportemental. Il garde la tête froide et reste toujours sympathique. Aussi, c’est à chaque fois avec beaucoup de plaisir que je vais à sa rencontre. Le 25 novembre dernier, je me suis rendu chez Warner pour MusiqueMag. Cette fois-ci, le but était de réaliser une interview "spéciale scène".

 
Lors de l'entretien...

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16 décembre 2011

Liz Cherhal: chronique et interview pour "Il est arrivé quelque chose"

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Quand l’attachée de presse de Liz Cherhal (bonjour Patricia !) m’a envoyé son disque, je l’ai écouté avec un mélange de curiosité, d’impatience et d’angoisse (enfin d’angoisse, c’est une façon de parler… ça ne m’a tout de même pas empêché de dormir !).

Et si la chanteuse d’Uztaglote me décevait en solo ?

Il n’en fut rien. A tel point que j’ai décidé de chroniquer son disque dans Addiction, le mag et de la mandoriser. Commençons par la chronique parue cette semaine (dans le numéro daté du mois de décembre -janvier 2012).

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Le 22 novembre dernier, dans un bar de la Place de la République, nous avons conversé sur cet album, entre autres joyeusetés.

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Votre carrière ne se résume pas à ce premier album.

Beaucoup connaissent mon expérience avec Uztaglote et mon album pour enfant avec Alexis HK (mandorisé là), Ronchonchon et compagnie. Si on me demande si je commence avec ce premier album, j’ai envie de dire oui aussi, parce que c’est comme un nouveau départ, le début de quelque chose. J’ai commencé à faire des scènes en « solo », c'est-à-dire sans le groupe Uztaglote, en 2005. Ce spectacle a tourné pendant 5 ans et on n’a pas fait de disque. Pour le deuxième spectacle avec les chansons de ce disque qui n’existait pas encore, on s’est dit que, cette fois-ci, elles devaient exister physiquement… pour passer une étape. Pour aller un peu plus loin. Pour moi, ce disque est un genre de carte de visite.

J’imagine que votre expérience de groupe vous a apporté beaucoup de choses?

Je considère cela comme un stage professionnel, dans le sens où on a fait des concerts dans des cafés, dans des petites salles et dans plein d’endroits. C’était une époque où on n’avait pas l’idée de devenir professionnelle. On faisait tout et on prenait beaucoup de plaisir. Avec Uztaglote, j’ai découvert ce qu’était une tournée et un enregistrement en studio. Ce sont mes années de formations intensives… et surtout, c’était une aventure d’amis qui était très agréable.

Ce disque est très autobiographique. Vous le revendiquez.ff.jpg

Je raconte une bonne fois pour toutes des histoires qui m’appartiennent. Maintenant que ces chansons existent, je me tourne vers autre chose. Aujourd’hui, je me retrouve à parler de beaucoup de choses qui datent d’il y a trois-quatre ans. J’ai commencé à maquetter ces chansons en 2008 et on est rentré en studio en janvier 2011. Ça a pris du temps et beaucoup de choses dans ma vie personnelle se sont déroulées depuis.

Maintenant que le disque est sorti, vous plait-il ?

Au niveau du son, et aussi de la pochette, il est comme je le souhaitai. En tant qu’indépendante, j’ai fait un peu ce que je voulais. Mon producteur était là pour me soutenir et pour m’aider à réaliser ce dont j’avais envie. Je suis hyper fier du disque et j’ai vraiment zéro regret. Ce disque est complètement en rapport avec ce que je suis. Tout à une raison d’être.

« Il est arrivé quelque chose » est une chanson, on s’en doute, très personnelle, pourtant je m’y suis retrouvé pour x raisons…

Pour moi, cette chanson était la plus intime du monde. Et pourtant, je ne compte plus le nombre de personnes qui m’ont dit que c’était leur histoire. C’est, finalement, hyper touchant. J’aime bien l’idée que quand on fait de la musique et que l’on chante des chansons, on chante pour soi et pour les gens qui sont autour.


Emission France 3 "Ce soir avec vous" | Il est... par LizCherhalofficiel

Ca fait du bien de raconter des choses personnelles ?

Oui. Il faut avoir vécu de vrais évènements pour pouvoir les raconter. C’est pareil pour la sculpture, la littérature ou la peinture. Il n’y a rien de pire que les chansons aux kilomètres qui ne racontent pas grand-chose. En ce moment, je vais vous avouer que je suis complètement vide. J’ai l’impression d’avoir tout mis dans ce disque.

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Vos chansons sont tristes, mais pas uniquement. Drôles aussi, cyniques beaucoup.

J’aime beaucoup faire rigoler. C’est agréable de rire et de faire rire. Au départ, les chansons étaient écrites pour la scène, pour les concerts et il n’est pas possible de faire des chansons uniquement plombantes. J’ai besoin, à un moment de faire rigoler les gens et de dédramatiser en étant positive.

Les textes sont beaucoup travaillés ou vous êtes une instinctive ?

J’écris et je réécris et je retravaille jusqu’à ce que je sois satisfaite de tous les mots.

Quand savez-vous qu’un texte n’a plus besoin d’être retouché ?

Quand les gens de mon entourage, qui écrivent des chansons, ne me posent plus de questions sur ce que j’ai voulu dire. Quand plus personne ne me fait de retour sur mes textes, je considère que c’est terminé. J’ai la sensation d’avoir fait une chanson correcte quand on me le dit. Il me faut un miroir.

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(Photo: Denis Prodhomme)

Vous chantez le cynisme avec tendresse, le malheur avec le sourire… Est-ce que l’album reflète ce que vous êtes dans la vie ?

Comment je suis dans la vie, je ne sais pas. Comment je suis sur scène, je ne sais pas plus. Je dois être tout ça à la fois, avec un fond gentil tout de même.

Je sais que vous faites le distinguo entre la vie professionnelle et la vie personnelle.

Je distingue vraiment la chanteuse et la fille de tous les jours. Ce sont deux personnes différentes. Par exemple, je n’aime que moyennement que mes amis ou ma famille viennent me voir en concert. Avec eux, j’ai envie de parler d’autre chose. Je pense que cette envie là de ne pas mélanger est plutôt saine.

Vous ne parlez jamais de chansons en famille ?

Si, mais comme une discussion de tous les jours.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier professionnellement. Il y a eu un déclic ?

Quand j’ai commencé avec Uztaglote, on a fait ça pour s’amuser. Et au bout d’un moment, on a constaté que l’on pouvait gagner de l’argent en vendant nos concerts. Et puis, j’avais l’exemple de ma sœur ainée, Jeanne, qui est chanteuse et qui gagne bien sa vie depuis quelques années… Aujourd’hui, c’est un confort de vie qui est extraordinaire parce que je suis contente d’aller à mon travail.

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