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29 octobre 2011

Gérard Lenorman: interview pour "duos de mes chansons"

 

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Dans ma vie d’intervieweur d’artistes, j’aime bien (aussi) rencontrer ceux qui ont bercé mon enfance ou mon adolescence. Ceux que mes parents ou que ma sœur, Florence, plus âgée de 3 ans, écoutaient. Du temps où Mandor cachait encore son faciès, j’avais écrit une lettre à Michel Delpech et raconté une anecdote enfantine sur Salvatore Adamo. Gérard Lenorman, je l’avais déjà croisé en janvier 2004 pour la sortie d’un album enregistré en public. Je n’en avais pas gardé un souvenir impérissable. Un peu sur la défensive. Cette fois-ci, l’homme à qui je sers la main au Zébra Square de Paris, le 3 octobre dernier, est souriant, épanoui presque...

(Il y a de quoi, depuis deux semaines, il est n°2 des ventes en France (physiques et digitales confondues).

Rapidement, il m’explique qu’il est très heureux de ce projet d’albums de duos, qu’il reprend confiance en lui, que la vie est formidable. Et tous ces articles élogieux qui paraissent sur ce disque... (moi, je signale la lettre à Gérard Lenorman, du pas toujours tendre Gilles Médioni, chef de la rubrique Musique à L'Express)

Je lui annonce au passage que je suis l’auteur de l'article paru dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois d’octobre 2011.

Il l’avait déjà lu et me remercie chaleureusement: « On me l’a envoyé, je me demandais qui était ce journaliste si gentil avec moi. La fin m’a beaucoup touché, vous savez ! ».

Avant l’interview, voici l’article en question :

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L’idée d’un album de duos n’était pas une idée qui vous intéressait à priori.

Quand on me l’a proposé, effectivement, j’ai d’abord dit non en expliquant que j’avais encore des choses à faire. D’autres artistes de ma génération l’avaient fait et je n’aime pas rentrer dans un moule. Notez que ceux de Michel Delpech et de Salvatore Adamo, je les trouve excellents. Mais, bon, je ne pensais pas que ce serait très intéressant que je m’adonne, moi, à cet exercice. Et puis les circonstances ont fait qu’à un moment, j’ai rencontré de jeunes artistes, à leur propre demande, et ils m’ont dit ce qu’ils pensaient de moi. Le premier, ça a été Grégoire. J’ai accepté tout de suite parce que je l’avais vu à la télé répondre à une interview dans laquelle il disait que ses références françaises étaient Ferré, Goldman et Lenorman. Ça m’a profondément touché. Moi, vous savez, je pense toujours que je suis perdu, oublié, que je n’intéresse que le public finalement (rires).

Bon, la valeur ajoutée, c’est que ce sont des chansons complètement revisitées.

C’est ça l’intérêt des duos. Quand vous chantez avec Anggun, Patrick Fiori ou Maurane, vous revoyez la copie. Ce n’est plus une chanson de Gérard Lenorman par Gérard Lenorman… il faut savoir ce qu’on en fait avec d’autres interprètes.

Le teaser de l'album.

lenorman.jpgVous m’avez dit tout à l’heure, avant l’interview, que chaque rencontre a vraiment été magique. Presque ému.

Il n’y a pas une rencontre qui a été douteuse, je vous assure. J’ai accepté ce projet à partir du moment où j’ai compris qu’il n’y avait que des gens que j’aime et réciproquement. Ca change tout.

Tous ces « petits jeunes » qui chantent avec vous, vous les suiviez un peu avant ?

Pas vraiment, même si je suis un peu ce qu’il se passe quand même. Quand j’entends une chanson avec une voix et avec un peu d’âme dedans, tout de suite, je cherche à savoir qui est-ce. J’adore la façon de chanter de tous les artistes qui figurent dans le disque. Ce que j’ai remarqué chez eux, c’est que leur but n’était pas de devenir des stars, mais tout simplement de chanter. Du jour où ils ont un succès, ils ne se prennent pas pour je ne sais pas qui. Ils aiment le partage. Je trouve cela formidable.  Je me sens plus proche des jeunes artistes que ceux de ma génération qui souvent se la pètent.

Ce n’est pas vous faire injure que de dire que certains d’entre eux n’étaient pas nés au temps de votre gloire… comment expliquer qu’ils connaissent bien votre œuvre ?

Ce sont leurs parents qui m’écoutaient. C’est ce qu’ils m’expliquent en tout cas.

La présence de Florent Pagny est importante pour vous ?

Tous les artistes présents le sont. Lui, c’est particulier. Un jour il m’a raconté un truc perso, par rapport à sa maman et la chanson Si tu ne me laisses pas tomber. Quand j’ai accepté le principe de l’album de duos, j’ai demandé à ce qu’il vienne la chanter avec moi. Il a été le premier a enregistrer pour ce disque. Ca nous a donné un coup de boost énorme parce que ce qu’il s’était passé entre nous était tellement magique qu’on a trouvé que c’était de bon augure pour la suite. J’ai vu un artiste avec une grande sensibilité, qui fondait avec les mots et avec la musique. En plus, il a une espèce d’humour qu’il porte en lui et qui m’a bien plu. Mon duo avec lui m’a rasséréné et rassuré.

À chaque fois que je vous ai rencontré, je vous ai toujours trouvé inquiet.

Mais, c’est parce que je ne suis jamais sûr de moi. Je suis un peu angoissé, un peu soucieux. J’ai toujours été comme ça et ça ne passe pas avec l’âge.

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Quand, j’étais en 6e, j’ai appris Tous les matins d’hiver en cours de musique. Je m’en souviens parfaitement, j’aimais beaucoup cette chanson qui est une grande chanson. Vous devez passer votre temps à écouter ce genre-là de témoignage, non ?

Oui, en effet. Mais, encore une fois, quand on m’offre ce genre de témoignage, je reste sceptique. J’ai tort. J’ai décidé de changer et d’accepter les témoignages de sympathie que je reçois. Être devenu une valeur acquise, c’était un truc auquel je n’avais même pas songé. Il faut que j’arrête de douter de l’existence de l’intérêt que les gens me portent…il faut que j’arrête d’être stupide. C’est surtout émotionnel chez moi. Je peux me bloquer très vite. Pas très bien fini… l’enfant.

Peu de gens s’en rendent compte, mais vous êtes un vrai insoumis. Je l’ai précisé dans l’article que j’ai écrit sur vous, hormis ce disque, pas question de revenir vers le glorieux passé, pas d’émissions télé « hommage », pas de tournées « nostalgiques » avec tout plein de vedettes des années 70…

Je ne suis pas du tout passéiste. C’est pour ça que je n’ai pas accepté ce projet dès qu’on me l’a proposé et que je ne voulais pas les playbacks d’avant. Je ne veux pas non plus d’intégral de mes chansons. De par mes nombreuses scènes, j’ai toujours fait évoluer mes arrangements. Depuis 40 ans, j’ai fait tout un travail sur mes chansons et je sais comment me les réapproprier et les faire évoluer.

Dans le teaser, on voit avec Zaz une sacrée complicité ?

Ça a été un vrai échange de bonheur. Ça se voit, la demoiselle ne triche pas. Elle a son caractère. Je n’ai eu à faire qu’à des artistes qui cherchaient la fusion et qui ont été touchés par ce qu’ils chantaient. C’est extraordinaire ! Chacun est à sa place et chacun cherche à compléter l’autre. J’ai adoré et je suis très fier de cet album.

On peut imaginer un concert avec tous les artistes ?

On y songe, mais ce n’est pas facile à organiser. Ce sont des gens plutôt occupés et il y en a qui ne sont pas forcément sur le territoire.

"Voici les clefs", duo avec Tina Arena.

Je suis content de vous voir heureux. Vraiment.

Je suis heureux, mais surtout très fier. Parce que mon disque est une réussite artistique et dans ma vie professionnelle, c’est mon principal souci. Créer est le but de ma vie, vous savez.

Votre dernier album original date d’il y a 9 ans. En avez-vous un autre en perspective ?

J’ai des choses qui sont prêtes. Quand vous avez fait plus de 300 chansons, c’est difficile de se renouveler. Vous pouvez regarder dans mon répertoire, je ne fais jamais deux fois la même chanson. Ce qui peut sauver un artiste, c’est qu’il lui reste encore un peu de jeunesse, d’envie, de goûts… à ce moment-là, c’est votre musique qui évolue et vos mots. Il faut une nouvelle écriture.

Meddley de quelques grands succès de Gérard Lenorman...

Je sais que vous avez en ligne de mire un certain Benjamin Biolay.

Encore une fois, je doute. Je me dis : « qu’est-ce que je vais embêter ce pauvre garçon, il n’a rien à faire de ma personne. » Et pourtant, je vois bien que c’est un artiste qui est assez ouvert.  La rencontre de nos deux univers serait intéressante. J’y songe.

On parle de la jeunesse éternelle de Julien Clerc… ça peut vous concerner aussi.

Nos vies, ce n’est que du bonheur. Bon, il y a bien quelques prises de têtes, un peu de fatigue, mais il ne faut pas exagérer. Je connais des gens qui aimeraient bien exercer notre métier. Je suis capable de comprendre cela et rester à la mesure de ce qui m’est offert, de l’accepter humblement et de remercier la vie qu’on m’a permis de vivre. Ce qui conserve, c’est l’envie. J’espère que c’est le cas pour Julien. L’envie de rester ouvert, créatif, ne pas ce cantonner à ce qu’on a fait.

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Le 3 octobre 2011 au Zébra Square de Paris.

Et pour finir, allez, hop! On ressort les archives. Ici, lors de notre première rencontre, à l'hôtel Royal Monceau, le 22 janvier 2004.

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28 octobre 2011

Piers Faccini: session acoustique et interview pour "My Wilderness"

 

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Piers Faccini est un artiste européen très complet. Il est né en Angleterre d’une mère anglaise et d’un père italien. Il arrive en France à l’âge de cinq ans, effectue ses études et ses débuts artistiques en Angleterre et est désormais signé sur un label français. Il vient de sortir son quatrième album, My Wilderness, après Two Grains Of Sand (2009), Tearing Sky (2006) et Leave No Trace (2004).

C’est avec enthousiasme que j’ai accueilli l’artiste à MusiqueMag pour une session acoustique (pour le site) et une interview (pour le journal Addiction, le mag).

Ah, la belle synergie d’entreprise !

Commençons par l’entretien (publié dans Addiction, le mag, daté du mois d’octobre 2011) :

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Quelques photos de l'entretien...

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Piers Faccini en session acoustique MusiqueMag. Le songwriter interprète ici, seul à la guitare acoustique le single "Tribe" issu de son quatrième album My Wilderness.

Pendant la session...

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26 octobre 2011

Rencontre Vinc-Stéphane Nolhart: un peintre et son biographe "particulier"

 

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Ici, vous le savez, je vous raconte tout sur ce qu’il se passe derrière mes rencontres/interviews. Pour la première fois, je vous livre de vrais échanges de mails avec un de mes invités. Certains d’entre vous le savent, Stéphane Nolhart est un ami. Que j’aime beaucoup. Je l’ai mandorisé parfois, j’ai préfacé son second livre et une de ses éditrices est aussi la mienne. (J’espère qu’il ne m’en voudra pas de publier nos échanges…).

François Alquier, 6 septembre :

Monsieur Nolhart,
Je suis un petit journaliste, sans grande envergure, certes, mais j'ai lu dans Le Monde des Livres la double page concernant votre livre sur Picasso. Je serais très intéressé de recevoir l’ouvrage en question.
Bien à vous,
José Macé-Scanner

Stéphane Nolhart, 7 septembre :

Francois, t'es trop c...

Après avoir reçu le livre…

François Alquier, 26 septembre :

Mon Stéphane à moi que j'aime.
Deux solutions: une mandorisation avec toi tout seul.
Une mandorisation avec toi et ce peintre qui me paraît diablement intéressant.
Bises madame!

Stéphane Nolhart, 26 septembre :

Mademoiselle,

Vinc n'est que très rarement en France, cet homme devrait être pisté par un GPS, je crois qu'il est à Zurich en ce moment avant Genève et Singapour ...
J'aurais tendance à dire, pour répondre à ta question, "moi tout seul", sauf que Vinc est un type génial, que j'adore, et tout ça, j'aimerais bien que ce soit tous les deux.

Pout tous les deux, il faut probablement qu'il soit là, non ?

François Alquier, 26 septembre :

En effet, pour vous avoir tous les deux, il faut probablement qu’il soit là. Cela étant, j’ai vu en direct les Black Eyeds Peas aux NRJ Awards sur TF1. Le groupe était bien présent sur scène, sauf, la chanteuse qui n’était là que virtuellement. Par hologramme. On devrait donc pouvoir faire la même chose.

Sinon, fais au mieux. Dis-moi quand c'est possible et si ce n’est pas possible, ce sera toi seul, mais ça me ravi d'aise quand même.
Bises!

Stéphane Nolhart, 30 septembre :

Vinc nous propose de se retrouver au déjeuner du Club des leaders, au Polo de Paris, mardi vers 14h, ça colle pour toi ?

François Alquier, 30 septembre :

Euh... tu sais, je suis pauvre et je n'ai pas de beaux habits...
Sans blague, c'est quoi ce club?

Stéphane Nolhart, 30 septembre :

Foutrement aucune idée. Et il y a des questions que je ne lui pose pas. Tsssss, j'adore Vinc !

 

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Ainsi le 4 octobre dernier, je me retrouve au Polo de Paris. En compagnie d’une compagnie qui n’est pas mon monde et parmi laquelle je ne me sens pas particulièrement à l’aise. Ce que je peux dire, c’est que toutes les personnes que nous a présentées Vinc pendant le déjeuner ont été tout à fait charmantes. Un bel accueil, du bon vin, de jolies femmes, j’ai connu de pires moments dans ma vie professionnelle. Ici, nous voyons Stéphane Nolhart en pleine discussion avec le peintre Vinc, à notre arrivée sur place.

 

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Après les agapes, nous nous sommes installés, Vinc, Stéphane Nolhart et moi, à l’intérieur du club pour une petite causerie autour de ce livre Vinc, Peintures 1989/2011.

Avant l’interview, voici la présentation du livre par Koryfée :

Rencontre entre Nolhart, l'écrivain parisien, et Vinc, l'artiste cosmopolite, deux acteurs de la création contemporaine: littérature française et peinture «Post-Pop Art» réunies...

A travers six cents illustrations en couleurs et une biographie du peintre, Stéphane Nolhart nous peint un tableau chatoyant de celui surnommé «  le fils de Wahrol ». Touche par touche, telle une toile de Seurat, le biographe nous dessine le parcours incroyable, les influences multiples et les œuvres fascinantes du petit genevois qui rêvait des Etats-Unis.

Un univers riche, surprenant, vivant, à l'image de l'artiste cosmopolite.

« Les toiles de Vinc font l'effet d'une boisson énergisante qui pousserait un paraplégique à se lever de son fauteuil et à danser le Rock'n roll. »

 

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INTERVIEW:

Qui est derrière la rencontre Vinc-Stéphane Nolhart ?

Vinc : C’est l‘éditeur Gilles Cohen Solal qui nous a mis en relation. A la base, ce livre ne devait être qu’un flyer expliquant et montrant quelques-unes de mes toiles. Un outil qui est une bonne amorce de conversation pour expliquer mon œuvre.

L’histoire de Vinc, Peintures : 1989-2011, mérite d’être racontée…

Vinc : L’été dernier, quand j’ai vu Luca Notari, éditeur qui tient une librairie au musée d’art et d’histoire de Genève, je lui ai dit que je voulais refaire quelque chose de nouveau qui ressemble à mon flyer, mais avec un volet supplémentaire. Il m’a proposé d’éditer un petit catalogue d’une quinzaine de pages et soudain, il est passé à 120 pages. Là, ça devenait autre chose, avec une notion monétaire conséquente. Du coup, ce livre a été étudié de manière à faire partie de la collection CuriosArt. Le concept est de réunir dans le même livre un artiste et un écrivain. Il a fallu trouver une charpente, une structure, c'est-à-dire un texte d’introduction.

Il me semble que le texte est primordial dans la structure de ce livre.

Vinc : Oui, il relate l’histoire de Vinc avant qu’il ne s’appelle Vinc. Ensuite on a les différentes périodes de mes tableaux. J’ai cherché quelqu’un pour écrire ce texte. Au départ, j’ai proposé à mon éditeur le nom d’un garçon que je connais depuis 30 ans qui est maître de cours à l’université de Genève en géographie politique… et ça n’a pas fonctionné. Je venais de lire un livre sur Richard Avedon dans lequel il y a avait une intro d’une trentaine de pages en deux langues, puis, les images.  J’ai suggéré à l’éditeur de faire exactement la même chose. Je voulais un texte sous forme d’interview.

Et quand tu as lu le résultat ?

Vinc : Dès que j’ai lu le contenu total de l’interview, j’étais désespéré de voir  que c’était une catastrophe et que rien ne correspondait à ce que je  désirais. Ca n’allait pas du tout pour ce travail là et j’ai pris peur. J’ai expliqué à Luca Notari que si on ne trouvait pas une solution, on ne ferait pas le livre et on rembourserait notre bien heureux donateur, une personne qui a l’habitude d’acquérir mes œuvres, soit dit en passant. Au passage, j’ai appris qu’il ne faut jamais faire travailler un ami. Tu perds un ami.

313728_2415934484499_1435441049_32777034_1074015327_n.jpgQu’as-tu fait ensuite ?

Vinc : J’ai rencontré Gilles Cohen-Solal à un salon du livre l’année précédente et nous avons eu un très bon rapport immédiat. Il est devenu mon seul espoir. J’avais besoin d’une belle plume, alerte, qui puisse écrire un texte en ne me connaissant pas. Gilles me demande 48h de réflexion et finit par me donner un numéro de quelqu’un. C’était Stéphane. On s’est ensuite skypé pendant des heures. Quand je l’ai vu, avec ses petites lunettes rouges, ce sourire et cette générosité, je me suis immédiatement dit : « j’aime bien ce gars ». Je savais que ça allait marcher. Il avait une forte personnalité, mais il était malléable et on pouvait discuter.

Stéphane : Et de mon côté, il n’y avait aucun a priori, je n’avais pas entendu parler de toi et je te découvrais. Moi qui adore faire des biographies, je découvrais aussi ta peinture qui m’a intéressé, du coup j’ai accepté sans hésiter.

 

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Ce n’est pas une biographie traditionnelle. Je n’ai jamais vu un tel texte dans un catalogue ou même une biographie officielle de quelqu’un.

Stéphane : C’est aussi très technique cette affaire. Un texte comme ceux de Proust, tu prends ton temps pour le lire. Le style d’un texte doit correspondre au sujet. Mon écriture survole comme Vinc survole l’Amérique. En terme de style, je trouve que ça lui correspondait bien. J’y suis allé en profondeur, sans que cela se voie… avec ce dosage, ce texte permet d’aller dans ce qu’il fait lui.

Vinc : Comme je suis un artiste un peu atypique dans le milieu, qui fait ses propres lois pour son travail, ce texte m’a immédiatement plu. Cette espèce d’authenticité que j’ai, tu as très bien su le mettre en page. Ton état d’écriture peut s’intégrer parfaitement dans ma manière de vivre. Ce texte que tu as écrit en trois semaines, il y a eu une heure et demie de relecture ensemble et 3 virgules à changer. Comment ne pas être joyeux d’avoir réussi à mettre ensemble ces deux forces ? Un texte qui se confond avec les images, je n’ai jamais vu ça ! Je ne pense pas que l’on trouve deux livres d’art comme ça dans le monde, ni au point de vue du texte, ni dans la conception. Je vais être tout à fait franc, ce livre est aussi un instrument de travail et de propagande.

Vinc, ce que tu es n’est pas l’image que j’ai des artistes peintres. Tu n’énerves pas les gens de ton milieu ?

Vinc : Nous sommes trois à être dans ce milieu, commercial, un peu glamour. Un peintre allemand et un peintre brésilien qui habite à Miami. On a chacun notre chemin et personne n’empiète sur le territoire des autres. On est dans ce segment pop art, after pop si tu préfères, avec un immense réseau mondial. Tu as vu aujourd’hui comment ça s’est passé au Polo Club... Les mondanités vont très bien avec mon genre de peinture. Une peinture qui est  contemporaine, mais que j’ai voulu compréhensible par tout le monde. Elle est un peu plus commerciale et ne correspond pas à une élite de ce segment d’art contemporain.

 

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Revenons au livre en lui-même, Stéphane, toi tu n’as pas eu de pression quand on t’a proposé le projet d’écrire sur Vinc ?

Stéphane : Je me suis demandé si j’allais être à la hauteur du challenge et surtout du livre. Après, il y a eu une histoire de rapport humain. Vinc me plaisait, donc c’était très motivant. Avant toute chose, c’est une histoire d’amusement et de plaisir.

Vinc : Maintenant que je connais mieux Stéphane, quand il m’a raconté l’histoire de son fils de 22 ans, je me suis demandé s’il n’avait pas fait d’amalgame entre son fils et Vinc. Quelque chose comme ça.

Stéphane : C’est à dire ?

Vinc : Tu m’as parlé de ton fils en disant que c’était quelqu’un qui avait quand même une vie littéraire étonnante. Je me suis demandé s’il n’y avait pas un lien quelque part. Notamment sur ma jeunesse qui aurait pu te rappeler celle de ton fils aujourd’hui. Je ne sais pas.

Stéphane : Oui, il y a sûrement une ligne directrice. Mais tu sais, j’en reviens toujours à l’humain. Ce qu’il se passe autour de l’humain, quelque soit sa position sociale, je m’en moque. C’est son cœur, c’est sa tête, c’est sa logique, c’est son parcours qui m’intéressent.

 

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Stéphane Nolhart, à gauche et Vinc, à droite... le 4 octobre 2011 dans le salon du Polo de Paris.

Ce qui m’a amusé en vous regardant tout à l’heure, quand nous étions à table, c’est que vous aviez la même attitude. Un peu en représentation, mais parfaitement à l’aise. Vous vous ressemblez sur bien des points…

Stéphane : On a quelque chose de commun dans l’approche humaine de la vie.

Vinc : On n’a pas peur de l’autre. En règle générale, autour de moi, je trouve qu’il y a beaucoup de gens introvertis, qui ne savent pas communiquer.

Le fait d’avoir beaucoup voyagé, ça aide à l’ouverture vers les autres. Vinc, toi, tu es parti à l’âge de 21 ans à Los Angeles.

Vinc : C’est exact. Mes parents ont fait un effort, ils m’ont dit que je partais 3 mois, je suis resté 10 ans. Dans mon livre, tout mon abécédaire photographique de cette période est présent. Quand, je suis rentré, je m’ennuyais à mourir de cette ville, je suis donc devenu peintre par nostalgie de l’Amérique.

Vinc, quand tu as ce livre dans les mains, tu te dis : « j’ai une œuvre quand même ! » ?

Je peux te dire que je n’ai aucun ego. Ma devise c’est « je m’en fous de tout ». Ce livre ne m’impressionne pas. C’est un beau catalogue avec, c’est vrai, des photos de moi avec de nombreuses personnalités planétaires, mais c’est pour impressionner les autres. Moi, ça ne me fait rien. Je connais beaucoup de monde, autant le montrer. Moi, ça ne me fait ni chaud, ni froid. Ce qui m’intéresse, c’est quand je finis un tableau. Le dernier s’appelle Far West, c’est mon bébé, c’est le plus beau. Ça fait un moment que je n’ai pas eu la satisfaction d’avoir peint un beau tableau comme ça.

 

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Stéphane : Moi, par rapport à notre livre, je ne ressens pas les choses comme ça. Il est très important, car c’est mon dernier bouquin.

Selon vous deux, qui peut-être intéressé par cet ouvrage ?

Vinc : Il y a deux cas de figure. Celui qui a un tableau de moi et qui veut le retrouver dans le livre et celui qui souhaite découvrir l’œuvre d’un artiste qu’il ne connait pas.

Stéphane : Tu n’es pas très objectif. C’est aussi un livre à offrir aux amateurs d’art. Ceux qui aiment l’Amérique et les jolies toiles…

Vinc : As-tu en projet un autre livre ?

Vinc : J’ai dit à mon éditeur que j’aimerais faire un road movie en images. Je vais à Los Angeles au mois de décembre. De la sortie de l’avion à l’arrivée au retour dans l’avion, je veux faire des clichés, du motel en passant par les soirées un peu folles, aux bas fonds de Los Angeles et aux belles maisons d’Hollywood. D’ailleurs Stéphane, tu serais prêt à écrire pour ce livre ?

(Éclat de rire général et fin de l’interview).

Ensuite, Vinc, Stéphane et moi, on est rentré en taxi jusqu'à Los Angeles, comme ça, pour voir... et parce qu'on est des fous (et moi, un peu mytho)! Ce fut un beau voyage.

J'aime ces deux-là!

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24 octobre 2011

Oldelaf: session acoustique+interview pour "Le monde est beau"

oldelaf, interview, session acoustique, la tristitude, le monde est beau, musique magLe samedi 29 octobre prochain, Oldelaf  sera en concert à La Cigale. L’occasion pour moi de le rencontrer pour la première fois (c'est d'ailleurs étrange que depuis 10 ans qu'il écume les salles de France et de Navarre, nous ne soyons jamais croisés). Bref, Oldelaf (Olivier Delafosse), on le connait pour avoir été un membre du duo de chansons humoristiques, Oldelaf et Monsieur D, entre 2000 et 2010. Aujourd’hui, Oldelaf commence une carrière solo avec un premier album, sorti au mois d’octobre 2011, Le Monde est Beau. Sur ce premier opus, Oldelaf est accompagné par Julien Breton, Fabrice Lemoine, Victor Paillet et Alexandre Zapata et chante la vie quotidienne, l'amour et les rencontres amoureuses de manière plus classique qu'en duo avec Monsieur D, sans pour autant oublier d'user un humour quelque peu décalé et doux amer. Comme dans son premier single "La tristitude", qu’il est venu chanter en session acoustique dans les locaux de MusiqueMag. En exclusivité, un guest exceptionnel l’accompagne : Tony Montana.

Après cette prestation, pour le moins original, je lui ai posé quelques questions, histoire de comprendre un peu mieux qui se cache derrière cet artiste plutôt secret…

oldelaf,interview,session acoustique,la tristitude,le monde est beau,musique magVos trois précédents albums avec Monsieur D étaient déjà un mélange d’humour et de tendresse. Maintenant que vous êtes en solo, quelle est la différence ?

Avec Monsieur D, j’étais contraint à l’humour. On ne s’était fixé que cela comme but. Faire rire en allant presque dans le parodique. Du coup, il me manquait quelque chose. Aujourd’hui, je m’autorise le fait de traiter des sujets plus jolis, plus sensibles et évoquer des choses plus intimes. Ce projet me ressemble beaucoup plus.

Est-ce qu’il y a une connotation péjorative de n’être considéré que comme un chanteur « drôle » ?

Je ne sais pas, mais ce dont je suis certain, c’est que, même pour les sujets graves, on n’a pas à s’empêcher d’utiliser le rire. Il est est un outil qui me permet de faire passer des idées plus facilement. C’est en tout cas mon mode d’expression. Les gens qui me suivent depuis le début semblent apprécier mon revirement en douceur. Je continue à faire rire, avec « La Tristitude » par exemple, mais ils considèrent qu’il y a une barrière de franchit.

Dans ce premier album solo, vous parlez de « la jardinière de légumes ». Vous allez très loin dans les sujets polémiques !

Oui, je sais… et ce n’est pas fini. Dans le prochain album, je parlerai des dauphins orphelins ou même des poneys nuls en math, voilà. Je pense qu’il y a encore des sujets intéressants à traiter dans la chanson française.

Parlez-nous de la FODO ?

C’est la Fondation Oldelaf pour les dauphineaux orphelins. C’est quelque chose qui compte beaucoup pour moi. Je tiens à dire que je suis toujours du côté des gentils. Les dauphins sont des êtres gentils donc je suis de leur côté, mais les méchants pêcheurs de dauphins, là, je ne suis pas de leur côté. Ce sont des méchants, donc, je ne suis pas pour.

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On a toujours tendance à considérer que des artistes qui sont drôles sur scène le sont dans la vie. Vous, je sens un côté clown triste.

C’est compliqué de répondre quelque chose à cette remarque. Oui, avec mes amis, j’aime traiter les choses avec humour, mais ces gens-là, mes proches, savent aussi quand j’ai envie d’arrêter. Je ne suis pas une machine à débiter sans cesse des blagues, il y a des moments pour tout. D’ailleurs, chez moi, ça se ressent d’une interview à l’autre. Parfois, je pars complètement en saucisse et parfois, c’est très grave.

Aujourd’hui, j’ai la version soft ?

J’étais partie pour délirer et puis, non, du coup. J’ai eu envie de vous parler normalement. Ca dépend comment on me parle…

oldelaf,interview,session acoustique,la tristitude,le monde est beau,musique magEn tout cas, on ne sent jamais de méchanceté dans vos albums, plutôt beaucoup de tendresse… dans votre disque pour enfants, Bête et méchant,  par exemple.

Effectivement, foncièrement, je crois qu’il n’y a jamais eu de chansons méchantes, en tout cas,  j’espère qu’aucune d’entre elles à été prises comme telle. Dans "la Tristitude", il y a beaucoup de vacheries, mais, c’est aussi beaucoup de vacheries que j’ai connu moi-même. Quand je tacle Jamel Debbouze sur le fait qu’à priori, il ne fera pas de solo de piano, je me permets ce trait d’humour parce que j’ai moi-même un enfant handicapé. Ca ne m’empêche pas d’en rire. Je sais que ma vie est plus joli que celle de quelqu’un qui vit dans un taudis en Inde, mais on a tous nos déconvenues quelque soient nos univers… et j’en ai.

Le rire, c'est la politesse du désespoir ?oldelaf,interview,session acoustique,la tristitude,le monde est beau,musique mag

Peut-être, mais ce n’est pas pour cela que j’aime faire rire. Ce n’est pas pour masquer un désespoir,ni une quelconque névrose, mais j’ai envie de trouver à rire sur tout, c’est différent. Vous savez, mon album s’appelle, Le monde est beau, ce n’est pas un hasard. Je veux que les choses soient réalisées avec optimisme et je ne veux surtout pas me morfondre dans une noirceur déprimante en dépeignant un monde horrible. Je veux garder l’espoir et le sourire.

Pour finir, ça vous a fait quoi de chanter avec Tony Montana ?

Très peu de chanteurs ont fait un duo avec Al Pacino, de surcroit avec un flingue dans la main. Si ça se trouve, tiens, je suis le seul !

Vous avez senti un peu de pression quand même ?

Bon, à un moment, il m’a donné un petit coup, mais, bon, j’ai géré mon trac l’air de rien, même si je n’en menais pas large. Tony, c’est mon ami, Tony, c’est mon frère, Tony c’est mon… tana.

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23 octobre 2011

Prix Ozoir'Elles 2011

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Michel Lambert avec Dieu s'amuse, paru aux éditions Pierre-Guillaume de Roux a reçu jeudi le Prix Ozoir’Elles 2011.Ce prix récompense un recueil de nouvelles parmi 4 ouvrages publiés par une maison d’édition de renom.

Ceux qui me suivent ici le savent, je suis l’animateur du Salon du Livre d’Ozoir-la-Ferrière depuis trois ans (prochaine édition, le samedi 19 novembre de 10h à 19h), c’est la raison pour laquelle je me suis rendu aux délibérations de ce Prix.

Au Café des Éditeurs, carrefour de l’Odéon à Paris.

(Comme l’année dernière à la même époque, et l’année précédente…)

L’artisan de ce prix est Luc-Michel Fouassier, conseiller municipal chargé de l’événementiel littéraire et lui-même nouvelliste et romancier (par la même occasion, très bon ami de Mandor), et sous l’impulsion de Jean-François Oneto, Maire d’Ozoir-la-Ferrière.

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Le jury était composé de : Simonetta Greggio (présidente), Victoria Bedos, Astrid Eliard, Véronique Genest, Macha Méril et Colombe Schneck. Certaines Ozoiriennes ont, elles aussi, participé en votant. Voir la photo ci-dessus (en présence du maire de la ville).

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Ci-dessus, Simonetta Greggio interviewée juste avant la délibération.

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Luc-Michel Fouassier (Charlie) et ses trois drôles de dames. De gauche à droite: Colombe Schneck, Macha Méril et Victoria Bedos.

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De gauche à droite, Simonetta Greggio, Macha Méril, Victoria Bedos et Astrid Eliard.

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En haut et en bas: il faut des forces pour délibérer...

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Merci à Simonetta Greggio d'avoir choisi le bon objectif! :-)

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Ci-dessous: photo de "famille" avant l'annonce du lauréat du prix. En haut, de gauche à droite, Jean-François Oneto, maire d'Ozoir-la-Ferrière, Colombe Schneck, Simonetta Greggio (Présidente), Mandor. En bas: Macha Méril, Victoria Bedos et Astrid Eliard. Manquait Véronique Genest (retenue sur un tournage).

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Enfin, photo finale, le lauréat 2011 du Prix Ozoir'Elles: Michel Lambert avec Dieu s'amuse, paru aux éditions Pierre-Guillaume de Roux (et la boucle de cette chronique est bouclée).

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Important: Au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, le samedi 19 novembre prochain, il y aura un espace réservé aux "P'tis Courageux" (étant papa d'une petite fille atteinte de la maladie de Crouzon, j'en suis devenu naturellement le responsable communication) pour faire connaître l’association et éventuellement permettre d'adhérer, à ceux qui le souhaitent. Merci à l’organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier, d’ouvrir ses portes à l’association. C’est plus important pour nous qu’il peut l’imaginer.

22 octobre 2011

CD'Aujourd'hui: Lisa Angell

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Parmi mes activités (de plus en plus nombreuses), il y en a une qui me tient particulièrement à cœur, c’est ma collaboration à l’émission de France 2, CD’Aujourd’hui (diffusée du lundi au vendredi à 10h45, 18h45 et 00h30). Je regarde cette émission depuis des années, alors, quand Olivier Bas, le directeur artistique de l’émission, m’a proposé de faire partie de son pool de journalistes, j’ai accepté tout de suite.

Quitte à bousculer un emploi du temps déjà bien chargé…

lisa-angell-les-divines.jpgMon premier sujet diffusé, le 13 octobre dernier, était celui consacré à une nouvelle chanteuse à voix : Lisa Angell. Pour voir l'émission, cliquez ici!

Depuis, je tourne en moyenne, un sujet par semaine (selon les besoins de l'équipe de production et mes disponibilités). Je les ajouterai ici au fur et à mesure de leur diffusion.

Bien à vous.

 

20 octobre 2011

Salon: "A la rencontre des auteurs" à Avon

salon du livre,avon,à la rencontre des auteursOK, dimanche dernier, j’ai fait des infidélités à mes deux salons préférés (entendez que j’anime depuis plus de trois ans), ceux d’Ozoir-la-Ferrière et de Provins !

J’ai été contacté pour animer le Salon du livre d’Avon, intitulé fort judicieusement, « À la rencontre des auteurs ». Je ne sais pas résister. Si on me demande d’aller dans un endroit pour rencontrer/interviewer une pléiade d’auteurs, je rapplique. (Je veux dire, si on me demande poliment et si on veut bien rétribuer mon immense talent d’intervieweur professionnel. Aheum…).

En tout, une cinquantaine d’auteurs de Seine-et-Marne et des environs ont échangé avec le public, dédicacé leurs ouvrages et à une dizaine d’exceptions près, sont passés par mon micro.

Voici quelques clichés…

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Ici, Jean-Pierre Le Poulain, le maire de la ville et 1er vice-président de la Communauté de Communes du Pays de Fontainebleau.

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19 octobre 2011

Prix Constantin 2011: Coup de gueule!

Prix-Constantin-2011-a-l-Olympia_diaporama.jpgCe lundi 17 octobre 2011, pour son dixième anniversaire, le Prix Constantin, rendez-vous annuel censé distinguer les jeunes talents émergents (les entrants doivent avoir produit deux disques au maximum et n'avoir pas été certifiés disque d'or) m’a déçu. Beaucoup. Pas par le spectacle en lui-même. Je ne l’ai pas vu. J’ai choisi de rester dans les coulisses pour me transformer en photographe d’un jour. Habituellement, quand je vais dans ce genre de soirée, je travaille, j’interviewe les artistes quoi. Là, non. Je suis venu en observateur. En immortalisateur. Beaucoup des nominés au Prix Constantin 2011 sont des gens que je connais un peu personnellement. Lisa Portelli et Bertrand Belin par exemple. L, Cascadeur, Cyril Mokaiesh sont des artistes que je suis depuis le début et qui m’en sont un peu reconnaissants. J’étais donc en terrain « conquis ».

Pourquoi étais-je donc déçu ?

Par le résultat.

La gagnante est Selah Sue ! Je ne remets pas du tout en cause le talent de la jeune artiste belge de 22 ans, ce qui m’exaspère au plus haut point, c’est qu’elle est l'artiste qui a vendu le plus de disques (115 000 exemplaires de son album éponyme en France) parmi la sélection de cette année. Elle vient d'ailleurs d'annoncer qu'elle serait au Zénith de Paris le 28 mars 2012, preuve que le succès était déjà au rendez-vous avant le Prix Constantin et qu’elle n’a absolument pas besoin d’un tel coup de pouce.

Elle.

De plus, la lauréate 2010 était Hindi Zahra et Asa en 2008. Je ne veux pas faire mon nationaliste, mon franchouillard, mon chauviniste, mais merdouille ! On pourrait éventuellement récompenser des artistes français qui chantent en français.

Ce prix porte le nom de Philippe Constantin, directeur artistique décédé en 1996 et figure respectée du milieu musical, qui a notamment accompagné les débuts des Rita Mitsouko, Téléphone ou Noir Désir. Il défendait la langue française comme personne.

Quelle est la logique du jury, pourtant composé de professionnels compétents?

Derrière le rideau (en coulisse, donc), je peux vous dire que certains artistes et beaucoup de personnes du « métier », dès l’apparition de la rumeur faisant état du résultat final, le discours que je tiens ici, je n’étais pas le seul à le tenir. J’en ai vu des dégoutés, j’en ai vu quitter l’Olympia en douce, amer.

Ai-je une légitimité à tenir un tel discours? Non.

Enfin, si finalement. Depuis des années, je passe mon temps à tenter de faire découvrir de jeunes artistes français en devenir. (A ce propos, quand va-t-on célébrer le talent de Babx?). Dans mon coin, discrètement ou pas. Dans tous les médias où je passe. Aujourd'hui encore, dans les journaux et le site musical pour lesquels je travaille. On se fout parfois de ma gueule avec mes "chanteurs français" que je m'évertue à défendre. Je m'en tape.

Et quand le Prix Constantin est arrivé, j'étais content. Il correspondait à une philosphie du métier qui correspondait à la mienne.

Je suis déçu par le Prix Constantin. Ca ne tuera personne et il y a bien plus grave dans la vie (je suis bien placé pour le savoir…). De beau et utile, à continuer à récompenser des artistes qui vendent dans le monde entier et qui chantent en anglais, il en deviendra ridicule et pathétique.

J'espère sincèrement que les organisateurs tomberont sur cette chronique. Je le souhaite même ardemment. Et évidemment, je leur ouvre volontiers cet espace pour un droit de réponse éventuel.

Plus personne ne les comprend. Autant qu'ils s'expliquent...

Voici pour conclure quelques photos prises ce soir-là. J'étais parti pour y ajouter des commentaires, donner les noms des "photographiés", ajouter une dose d'humour, tout ça, tout ça... Et bien non. Je fais grève.

Démotivé.

(Vous pouvez utiliser ces photos sans me demander l'autorisation, elles sont libres comme l'air. Et si vous êtes dessus et que cela vous chiffonne, un petit mail pas agressif et je l'enlève. La vie est belle!)

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15 octobre 2011

Franck Thilliez: interview pour "Vertige"

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Le 30 septembre dernier, j’ai rencontré l’auteur de thriller, Franck Thilliez. Mes amis auteurs de la même catégorie m’en ont toujours parlé de manière dithyrambique. Ma connaissance de cet écrivain se limitait à la lecture de La Chambre des morts et La forêt des ombres. Que j’avais adoré. Un choc même. Il faut avoir lu ces deux romans glaçants et effroyables pour comprendre ce que je veux dire. Le terme « roman noir » n’a jamais été autant de circonstances. Mais, j’en étais resté là. En sachant que je devais l’interviewer pour Le magazine des espaces culturels Leclerc, j’ai lu son dernier né, Vertiges. Je déteste faire ça, comparer, mais là, je me lance. Franck Thilliez n’est pas loin d’être le Stephen King français. Balancez-moi des pierres, ce que vous voulez, mais Thilliez m’impressionne tout autant que l’auteur américain. C’est dire…

Pourtant, quand il arrive au Terminus Nord, tout juste sorti de son train, il est souriant, avenant, modeste et simple. Une heure de conversation que je n’oublierai pas.

Avant l'interview pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc, voici le trailer (réalisé par mes amis de eXquisMen).


Book Trailer long - Vertige - Franck Thilliez... par eXquisMen

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franck thilliez,vertige,interview,addictionLe petit bonus mandorien...

Je reviens à ce que vous me disiez au début de l’interview… cette idée d’avoir toujours un livre d’avance. C’est amusant, c’est une réflexion que me font les écrivains de thriller, pas vraiment ceux de la littérature dite « blanche ».

Quand je finis un livre, alors que je sais qu’il ne sortira que dans un an, je ne peux pas m’empêcher de m’angoisser sur ce que sera le prochain. Tant que je ne connais pas la substance du livre suivant, ça me stresse, je ne suis pas bien. Une fois que j’ai l’idée, c’est bon, je peux me reposer et laisser murir tout ça dans ma tête. Il peut se passer trois mois sans que la matière ne vienne, mais j’en profite pour regarder des documentaires sur les sujets choisis. Alzheimer, par exemple, tout ce qui touche à la mémoire… Quand j’ai l’idée, c’est comme si j’avais déjà écrit le roman. Le reste après, c’est juste du travail. Jusqu’à présent, je faisais des romans policiers, avec des enquêtes, une trame scientifique, mais j’adore aussi écrire les récits à suspense, qui font un peu peur… quand j’étais jeune, je lisais beaucoup Stephen King.

C’était quoi le déclic pour écrire Vertige ?

J’adore les récits de l’extrême. Ca me fascine.les gens qui sont capables d’aller au-delà de leur propre limite. La survie dans les conditions extrêmes est un sujet inépuisable. Ma grosse documentation, c’était vraiment les récits d’alpinistes, ils m’ont toujours passionné.

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Pourquoi ça vous fascine tant les limites de l’être humain ?

Dans tous mes romans, je cherche à essayer de comprendre ce qu’il y a dans le cerveau des gens. Je parle de la mémoire, de psychiatrie, de l’évolution de l’homme et j’en profite pour essayer de comprendre comment tout ça marche. J’ai eu une enfance complètement normale. Cela étant, tous les tueurs en série disent cela. En tout cas, je ne veux pas analyser le pourquoi du comment avec un psy, j’aurais trop peur de gâcher mon processus créatif. Ce dont je suis certain, c’est que toutes les images accumulées de mon enfance de mes lectures et des films que j’ai ingurgités devaient sortir par un moyen ou par un autre. C’est l’écriture qui s’est imposée à moi. Plus on garde en soi ce qui nous ronge, plus on peut franchir des limites répréhensibles… moi, j’ai tout lâché en écrivant mes thrillers.

Vous êtes sur la scène littéraire depuis 10 ans maintenant. Vos livres sont chaque année très attendus. Vous êtes flatté « d’avoir la carte »?

Oui, bien sûr. C’est rassurant de savoir qu’il y a un public de base relativement important qui va me suivre systématiquement. Maintenant, d’un livre à l’autre, mes ventes fluctuent. Le contexte économique du milieu de l’édition étant ce qu’il est, je me sens privilégié d’être là où j’en suis. Si je continue à faire le boulot, les lecteurs seront sans doute encore là. Plus on écrit, plus on se dit qu’il faut continuer à assurer, se renouveler, ne pas faire deux fois le même livre.

La Ligue de l'Imaginaire est un collectif de dix auteurs français : Bernard Werber, Henri Loevenbruck, Maxime Chattam, Olivier Descosse, Erik Wietzel, Patrick Bauwen, Laurent Scalese, Eric Giacometti, Jacques Ravenne et vous. Parlez-nous de cette ligue…

En faisant beaucoup de salons, on a été plusieurs à constater que nous étions finalement assez isolés. Il y avait un aspect même concurrentiel assez développé.  Avec certains auteurs, on s’est senti quelques affinités parce qu’on se ressemble. On a les mêmes sources, les mêmes racines, on écrit des livres qui ne sont pas aux antipodes les uns des autres, on aime les livres des autres. On s’est vite demandé pourquoi nous ne monterions pas un petit groupe. Vous dire exactement, ce qu’on y fait est un peu difficile. On a des projets d’écriture en commun, on se voit, on mange ensemble, bref ça existe.

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Parlons cinéma, après La Chambre des morts, à priori, c’est La forêt des ombres qui va être adapté.

Gaumont avait pris les droits à l’époque de la sortie du livre. L’option est retombée, du coup quelqu’un d’autre a repris les droits en juin dernier. Il veut le tourner directement en anglais. Il est question aussi d’une adaptation de Syndrome E.Ca bouge, mais j’ai compris avec le cinéma que tant que rien n’est tourné, il fallait se méfier.

Voir en images ses propres mots, ce doit procurer une sensation étrange.

Surtout que moi je suis venu à la littérature grâce à des sensations de cinéma. C’est assez jouissif de savoir qu’une cinquantaine de personnes travaillent sur ton idée, qu’il y a des acteurs qui ont aimé le texte, que je vois des décors créés par mon imagination… parfois je trouve que ça devient un peu surréaliste.Il y a dix ans, jamais je n'aurais pu imaginer une telle évolution autour de mes écrits.

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 Après l'interview, le 30 septembre 2011...

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13 octobre 2011

Lili Cros et Thierry Chazelle: interview pour Voyager Léger

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Lili Cros et Thierre Chazelle sont ce soir aux Trois Baudets, salle mythique parisienne.

Cela faisait un moment que je suivais de loin Lili Cros et Thierry Chazelle. Au début, leur carrière en solo, ensuite, leur duo. Leur premier album commun, Voyager Léger, est sorti cet été (chez L’Autre Distribution). Ce sont deux mélodistes et interprètes entiers et généreux. Voilà leur portrait (rapide) lu dans leur dossier de presse. Je ne change pas une ligne.

Lili Cros : Un sourire qui chante les voyages intérieurs et les méandres de l’âme ; une présence lumineuse, une voix exceptionnelle qui fait vivrer les cœurs et parfois trembler les murs.

Thierry Chazelle : la voix chaleureuse d’un trublion pince-sans-rire qui dégaine sa plume pour des portraits à la fois tendres et impertinents.

Je les ai rencontrés avant-hier au Corso. (Merci à Christelle Florence pour l’organisation de la chose, et mandorisée pour un autre projet musical!)

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Interview :

C’est votre premier album en commun alors que vous avez chacun une carrière personnelle. Vous êtes mariés dans la vie, pourquoi avoir attendu pour travailler ensemble si concrètement ?

Lili : Moi, j’avais envie depuis longtemps. On avait une première expérience de partage de scène, dans un petit café, on jouait guitare voix chacun. J’avais adoré cette sensation de liberté, de ranger nos câbles, nos instruments ensemble, boire un verre après et puis de rentrer à la maison…  il y avait un côté tellement léger, tellement simple, tellement évident. De son côté, Thierry avait peur de travailler systématiquement avec celle qui partage sa vie.

Thierry : J’avais surtout peur de souffrir la comparaison d’avec Lili. Elle chante très bien et avait un répertoire très rock, tonique et moi, je suis dans une chanson française plus calme. J’avais tellement la trouille qu’au début de notre duo, je chantais toutes mes chansons d’abord, on faisait un duo au milieu et après, c’est elle qui chantait. On s’est rendu compte aujourd’hui, que nos chansons allaient presque par paire. Il y avait des réponses d’une chanson à l’autre, presque comme une partie de ping-pong.

lili cros,thierry chazelle,voyager léger,interview,trois baudetsVous ne travaillez pas encore les textes en commun quand même ?

Lili : Et bien, si, justement. On vient d’avoir une expérience de travail en commun. C’était super, alors qu’on redoutait vraiment. La profondeur des histoires qu’on avait envie d’écrire et qui nous trottent dans la tête, même l’esprit, le style, la façon de le dire, on est vraiment différent. C’est d’ailleurs là qu’on le ressent le plus, je trouve. Bref, avant, on n’était pas prêt à écrire ensemble, aujourd’hui oui.

Thierry : On s’est rendu compte très vite qu’en composant à deux, on obtenait des résultats qui nous paraissaient d’une autre qualité. Il y a eu un bond en avant naturellement.

Quand on travaille comme vous le faites, désormais à deux, on abandonne ce qu’on a été avant, pour faire une entité ?

Lili : C’est le contraire. Dans le rock, il y a un côté spontané, très juvénile aussi, une énergie brute, mais il y a aussi une posture, une attitude. Moi, j’ai l’impression que le duo m’a permis d’aller vers quelque chose qui me ressemble plus, en réalité. Ca vient peut-être aussi de l’âge… c’est un peu paradoxal, c’est comme si j’avais suivi un chemin vers autre chose complètement, alors que non. C’est tout à fait un chemin vers moi.

C’est une forme d’apaisement ?

Lili : Oui, et de recentrage sur qui on est, qui on veut être. Se poser.

Thierry : Moi, c’est l’inverse. J’ai pu m’acheter une guitare électrique et m’autoriser à faire beaucoup de bruit. Ça m’a fait beaucoup de bien. C’est complètement inattendu ce revirement de situation. Mais je crois qu’au-delà de ça, la séparation entre la chanson et le rock est quelque chose qui est en train de devenir un peu flou.

Quand on est un couple dans la vie et à la scène, est-ce qu’on a envie d’épater l’autre ?

Lili : Carrément. C’est d’ailleurs une des raisons qui fait que c’est compliqué aussi. Au début, j’avais peur de montrer mes limites, ma médiocrité, s’il y en avait une. Je ne veux pas qu’il me voie en souffrance, d’avoir des difficultés à écrire par exemple ou à jouer de la guitare. On a chacun notre spécialité, je crois être plus chanteuse qu’il ne l’est et lui est bien meilleur guitariste que je ne le suis. Du coup, on se porte réellement vers le haut. Il y a une émulation certaine… et puis aussi, on est un peu jaloux des bonnes chansons de l’autre.

Thierry : Oui, il y a une espèce de compétition très saine.

Lili : Toujours légère et rigolote.

Lili Cros et Thierry Chazelle, finalement, ça devient une entreprise familiale ?

Lili : On est très attaché à notre indépendance. Je m’occupe de trouver des concerts, Thierry s’occupe de tout ce qui est image et nous avons des collaborations ponctuelles avec des personnes qui nous correspondent et notre projet se développe petit à petit. Ça nous convient comme ça. On est ouvert à plein de choses qui pourraient se déclencher, mais on n’a ni un réseau, ni des moyens de major. Franchement, j’aime bien la tournure que ça prend, parce que ça se développe réellement. Tout vient à point… c’est ce que je ressens en tout cas.

Thierry : Dans le métier, il y a un certain nombre de croyances, dont celle qu’il faut taper un grand coup pour se faire remarquer, qu’il faut faire du battage. Des professionnels ont tenté de nous décourager en nous disant qu’on n’y arriverait jamais comme ça. On ne mène pas une carrière par petites touches, prétendent-ils. Nous, on est en train de comprendre que, si, ça peut fonctionner autrement.

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Une autre façon de fonctionner qui commence par la scène.

Lili : Oui, mais pas seulement. On a pu faire notre duo, parce qu’on s’est extrait de Paris, qu’on habite désormais en Bretagne, qu’on a trouvé une écoute.

Thierry : En effet, on a trouvé là-bas un collectif d’artistes qui s’est organisé pour tout l’aspect administratif et juridique. La réglementation administrative dans notre métier est très lourde, vous savez. Ça faisait longtemps que je voulais que les artistes se regroupent, il n’y a qu’en Bretagne que nous avons trouvé ça, pour l’instant. C’est un groupement d’employeurs naturels.

Pour en revenir à votre répertoire, j’aime beaucoup vos histoires personnelles parce qu’elles deviennent universelles. C’est poétique, ironique et même parfois, drôles.

Thierry : Avec la chanson Erotika, par exemple, j’ai vraiment eu un tournant dans ma vie musicale. J’avais toujours refusé l’humour dans la chanson. Pour moi, c’était quelque chose de sérieux, de profond, dans laquelle il fallait délivrer des messages. Et puis, dès que l’humour est arrivé dans mes chansons, ça a été comme une libération. Même aujourd’hui, je ne veux pas que ce soit des chansons de « grosses déconnes ». Je ne veux pas être estampillé « chanteur drôle ».

Lili : Tu es comme ça dans la vie. Tes chansons te ressemblent beaucoup. Dans la vie, tu es cassant, alors que moi, je plane à 10 000.

Thierry : Toi tu es très enthousiaste et très solaire et moi, je suis un peu plus, pas terre-à-terre, mais un peu plus négatif.

Vous avez des chansons très sarcastiques parfois, mais sans atteindre la méchanceté.

Thierry : Je veux rester dans une certaine observation, avec rien de gratuit pour amuser la galerie.

Vous n’écrivez pas ensemble, mais vous jetez un regard sur ce qu’écrit l’autre, j’imagine. Si Thierry va trop loin, Lili, vous lui dites ?

Lili : En général, c’est le contraire, je le pousse à aller encore plus loin.

Votre album est réalisé par un artiste que j’aime beaucoup, c’est Ignatus.

Thierry : Jérôme Rousseau, alias Ignatus,’est un garçon extraordinaire doublé d’un pédagogue exceptionnel. Il anime d’ailleurs des ateliers d’écriture qui sont courus dans toute la France. Quand Lili et moi on a commencé à travailler ensemble, évidemment, on a perdu le recul, donc on a eu besoin d’une tierce personne. Lui, il était capable de nous dire des choses franchement sur à la fois les textes, la musique, les arrangements, la façon d’enregistrer et sur l’équilibre général de l’album. Il a été d’une aide extraordinaire.

Vous aussi vous animez des ateliers d’écriture…

Thierry : On a une formule d’atelier qui permet à  une classe d’écrire une chanson en trois heures.

Lili : C’est un commando d’écriture ! Le résultat est toujours bien et même parfois extraordinaire. On ressent vraiment le besoin de transmettre notre savoir-faire. Moi, personnellement, ça me sert à me sentir utile. Ouvrir une petite fenêtre vers autre chose à certains élèves, ça peut ne pas être anodin.

Thierry : C’est vrai que pour les classes où il y a des élèves en difficulté par rapport au scolaire, on leur ouvre tout à coup la possibilité de réussir quelque chose au même titre que les élèves très adaptés.

Sur scène, y a-t-il des chansons qui captent l’attention plus que d’autres ?

Thierry : Oui, on a deux, trois chansons qui sont des rendez-vous avec le public. J’avoue, ce sont celles qui possèdent le plus d’humour. L’humour est la manière la plus commode de rentrer en communication avec le public, mais pas seulement, la poésie de Lili avec le grand lyrisme qu’elle a dans sa voix et l’engagement qu’elle a quand elle chante, c’est quelque chose qui sur scène est très impressionnante et à laquelle le public est aussi très réceptif. Je suis d’ailleurs toujours très fier, d’être celui qui est derrière à la guitare et qui accompagne cette chanteuse qui séduit la foule.

En concert, testez-vous les chansons ?

Thierry : Notre principe à nous, désormais, c’est de ne jamais enregistrer une chanson sans l’avoir testé en public. On s’est rendu compte que la chanson se transformait au contact du public. C’est là qu’elle trouve son corps, sa vitesse, son intensité, donc sa force.

Chantez-vous dans vos concerts d’anciennes chansons de vos répertoires respectifs ?

Lili : Oui, mais on les a réorchestré pour le duo. On chante l’intégralité de notre album commun et un « mix » de nos albums personnels.

Tendresse, humour, nostalgie et beaucoup de sensualité… ça résume bien votre œuvre ?

Lili : On est un couple, vous savez. C’est la vie. C’est marrant d’être un couple et de chanter des chansons un peu personnelles sur notre couple… mais, je suis sûre qu’on peut aller encore plus loin.

Thierry : Il n’y a aucune censure sur ce que l’on écrit sur notre couple.

Justement, quand on est mari et femme, est-ce toujours facile de travailler tout le temps ensemble ?  Principalement, quand vous êtes en froid dans votre couple, comme ça arrive à tout le monde…

Lili : D’abord, on s’engueule rarement. Par contre, il peut y avoir des tensions, où des moments où nous sommes plus distants l’un envers l’autre. Justement, la scène, c’est le moment où on oublie tout et où on se retrouve.

Thierry : La scène est même devenue un élément important de notre couple. On a aussi besoin de faire des concerts ensemble, c’est un lien supplémentaire.

Lili : On tombe souvent dans les bras après un concert. On est tellement heureux dans ces moments-là. On vit un rêve éveillé par rapport à nos vies d’avant. Partager la scène avec la personne qu’on aime, c’est formidable, mais aussi, on rêvait d’avoir quelque chose qui fonctionne vraiment… et ce spectacle tourne vraiment bien. On a un spectacle, on a un album, on a une vie artistique en commun… c’est magique !

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