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07 octobre 2011

Flow: interview pour "Larmes Blanches"

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Ce soir la chanteuse Flow est au Café de la Danse. L’occasion pour moi de la rencontrer dans un restaurant des Halles pour une interview. Son deuxième album, Larmes Blanches, n’est pas de ce temps, tout en étant dans d’une modernité déconcertante. Son histoire en est pour quelque chose. Florence Vaillant, alias Flow a été reporter photographe et a réalisé des reportages en Israël, en Amérique Latine et à Gaza. Une baroudeuse incorruptible doublée d'une écorchée vive. Dorénavant passée à la musique, Flow a gardé une approche réaliste de la chanson qui transparaît dans ses textes à fleur de peau, servis de sa voix éraillée et profonde.

flow,larmes blanches,interview,café de la danseInterview:

Tu as une chanson qui explique qu’il faut se méfier des apparences. Toi, tu donnes l’image d’une femme de caractère qui dit ce qu’elle pense et qui lance des messages. Tu sembles te moquer de ce que les gens peuvent penser de toi.

Ce qui compte dans le bonbon, ce n’est pas le papier, c’est bien le bonbon. C’est un peu la maladie du siècle de s’arrêter à la première couche de vernis et de ne pas aller voir ce qu’il se passe derrière. Par exemple, quand on rencontre un artiste, c’est intéressant qu’on ne s’arrête pas à son single. Certes, on peut être déçu, mais je vous garantis qu’il y a encore pas mal d’artistes à univers. J’espère que j’en fais partie.

Ton disque est un patchwork musical. Difficile de le cataloguer dans une quelconque catégorie. Il y a de la chanson française traditionnelle, du rock, du folk… mais pas que.

Il y a effectivement, plusieurs orientations, plusieurs lectures et plusieurs formes musicales. Quand on me demande ce que je fais comme musique, j’ai inventé un terme qui est : valse-punk-acoustique. Je me demande ce qu’aurait répondu un artiste comme Brel, à la grande époque de la chanson française, si on lui avait demandé ce qu’il faisait comme musique.

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As-tu l’impression de ne pas être née à la bonne époque ?

J’ai toujours eu cette impression parce que j’ai été élevée par des parents gaullistes catholiques rigoureux de l’ancienne époque et des professeurs soixante-huitards. A 15 ans, en échappant à l’autorité parentale, je découvre d’un coup, Janis Joplin, les Doors, les Rolling Stones, les Béru… tout à la fois ! Le choc. Je me demande comment j’ai pu vivre jusqu’à ce moment-là sans connaître ce monde, cette musique.

Tu chantes depuis 2003, mais c’est avec ce deuxième album que tout semble se débloquer pour toi.

Moi, je n’avais jamais fait de chansons de ma vie. Dans mon environnement de jeunesse, « artiste », c’est un quolibet. Je suis quelqu’un de travailleur, mes parents sont auvergnats, ça bosse dur, on n’a rien par l’opération du Saint-Esprit. Artiste, chanteuse, ça ne faisait pas sérieux. Moi, en vrai, j’étais journaliste, reporter photographe. En l’an 2000, je romps mon intérêt pour ce métier  parce que je ne m’y retrouve pas. Je suis une utopiste, j’aimerais bien qu’on dise la vérité. Après mon arrêt, je commence à chantonner et un soir, Yannick Noah me découvre sur l'île de Saint Barth où je m’étais retirée, plus ou moins. Ensuite, on a fait 12 000 exemplaires du premier album, sans radio.

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Comment expliques-tu que tu émerges en 2011 ?

Je surfe sur une vague. La vague de ce que l’on défend depuis toujours. Depuis que je suis maman, je regarde le monde qui m’entoure avec encore plus d’acuité. Si j’ai l’occasion de faire un tout petit truc pour que ça change, si je peux apporter ma pierre à la construction d’un monde qui ne ressemble pas à ce qu’on me propose et ce que l’on propose à mes enfants, je me lance à corps perdu dans cette bataille. Je pense que c’est l’heure du réveil et que les gens ont arrêté d’être dupes. Personne ne sait encore comment faire. Comment fédérer sans passer pour un enfoiré ? Dès que tu fédères, tu passes pour un de ces guignols qui essaient de récupérer des voix à la course à la présidence. Personne n’a le talent d’un Abbé Pierre ou d’un Coluche ! Alors, à plusieurs, on va peut-être y arriver. En ce moment, je me fais engueuler par mes copains punks parce que je travaille avec Yannick Noah. Ils me disent que je me « variétise ». Je dis : « Man, il faut rentrer. Le gars, il nous donne un coup de main, pourquoi je ne rentrerais pas dans la bergerie pour faire bouger les choses?".

Je comprends que l’on vous dise que Flow et Yannick Noah, ce sont deux mondes.

Non, je ne suis pas d’accord. Il n’y a pas plusieurs mondes. Ce sont les vendeurs de tapis et les vendeurs de produits qui nous ont saboté et saccagé le plaisir qu’on a entre artistes de travailler ensemble. Ils n’arrêtent pas de détruire tout ce qui est humain, tout ce qui est joli, tout ce qui est beau, tout ce qui est vrai. Moi, si je pouvais donner de l’argent sur des Zéniths que je remplis à des gamins pour que ça aille mieux dans leur vie, comme lui fait avec l’association de sa mère, je le ferais. Yannick Noah, c’est la personnalité préférée des français, il ne peut pas faire comme tout le monde. Il ne peut même pas aller boire un café tranquillement, sans qu’il y ait 25 demandes de photos avec lui avec un IPhone. Et discrètement, sans faire de pub, il donne ses sous. Et discrètement, il me permet de délivrer mes messages face à son public.

flow,larmes blanches,interview,café de la danseTu n’aimes pas évoquer ton métier de reporter photographe. Tu as vu pas mal de guerres… Je trouve cela dommage, car ça explique beaucoup tes chansons.

Un jour, je me suis astreint à me dire que ce que j’écrivais pour les journaux n’était pas objectif. Quand tu es journaliste, tu dois l’être. Tu dois dire la vérité. Etre journaliste, c’est prendre le maximum d’informations, vérifier leur exactitude et les retranscrire dans leur état, sans donner ton point de vue. Un bon reporter rapporte ce qu’il a vu, ce qu’il a entendu et il le donne en l’état. Alors, quand j’ai commencé à écrire des chansons, j’ai pu enfin donner mon avis personnel. C’était important que j’exprime ce que je ressentais, car je ne pouvais plus le garder à l’intérieur. Pour moi, les chansons, c’est thérapeutique.

Tu es très fâchée avec les médias ?

Je suis contre la communication, c’est pour ça que j’en fais avec mes petits bras, mes petites mains, ma grande bouche. Quand je rencontre des gens comme Melissmell ou Yanick Noah qui ont ce genre de puissance artistique, je m’accroche.

Tu as changé depuis que tu es chanteuse ?

Je pense qu’il faut travailler sur soi dans la vie, avant de travailler sur les autres. Quand on se fait évoluer soi, on fait évoluer les autres. Je me suis aperçue que quand tu mets une claque à quelqu’un, tu ne peux plus parler avec lui. Et bien, on le fait tous les jours avec les mots. Ce ne sont pas de vraies claques physiques, mais le résultat est le même. Si on communique avec agressivité, que voulez-vous que vous donne l’autre ? Rien. J’ai mis très longtemps avant de comprendre que la diplomatie n’était pas des courbettes. C’est juste peut-être même la forme nécessaire pour pouvoir commencer quelque chose avec quelqu'un. Moi, j’ai pris beaucoup de temps pour comprendre ça, parce que je suis une hyperactive, directe et plutôt rentre dedans. Je prends sur moi tous les jours. C’est un travail au quotidien.  

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J’avais de toi l’image d’une femme qui n’aime pas trop la promo, un peu farouche…

Tout le monde pense que je suis un doberman très méchant. C’est faux, mais n’approchez pas trop quand même ! C’est comme avec les enfants, c’est vraiment libre chez moi, mais tu ne dépasses pas les bornes. On est vraiment bien ensemble, mais si tu commences à marcher sur ma figure, je vais rouspéter un petit peu. Punk, cash !

La scène, pour toi, c’est quoi ?

Le bonheur total. C’est un endroit où je suis à 100% moi-même. Si j’ai envie de pleurer sur ma chanson, je pleure. Si j’ai envie de crier merde dans mon micro, je le fais. On ne peut pas tricher sur scène.

Tu dis que tu fais ce métier, pas pour être chanteuse, mais pour amener quelque chose aux gens.

Sinon, ça ne sert strictement à rien. Je veux que les gens qui sortent de mes concerts soient pleins. De nostalgie, d’émotion… en tout cas pleins de quelque chose.

Toi, tu donnes beaucoup sur scène, mais tu veux que le public te donne aussi. Ce sont des concerts interactifs, finalement.

Je ne suis pas là pour être gentille, ni être en complaisance, encore moins  pour faire mon numéro. Il faut être très prétentieux pour faire ce métier. Vous vous rendez compte ? Monter sur une scène et dire aux gens : « Regardez ! Ce que j’ai à dire est très intéressant !».  Donc, si ça ne sert à rien, j’arrête. Et si je continue, c’est que ça sert à quelque chose. Je voudrais qu’il y ait plusieurs alternatives à la révolte.

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 Petits souvenirs mandoriens, après l'interview...

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Ce soir, donc, au Café de la Danse...

Commentaires

coucou, j'aime ta révolte, elle réchauffe mon cœur, tu fais parties de ma famille comme mélis smell, mamabéa, mano solo, keny arkana et tous les autres... merci d'être là

Écrit par : creux | 03 juin 2013

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