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29 septembre 2011

10 minutes pour le dire: l'interview boucle bouclée!

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10 minutes pour le dire,gora patel,interview,les chroniques de mandorArtistes, musiciens, sportifs, chefs d'entreprises, comédiens, responsables d'associations, écrivains ou encore hommes politiques ultramarins qui font l'actualité en métropole répondent aux questions de Gora Patel tous les jours sur France O. Les sujets sont aussi variés que les invités reçus sur un plateau où chacun a "10 minutes pour le dire".

Gora Patel m'a invité et j'ai vécu ce moment comme une espèce de boucle bouclée. Je vous donne quelques explications plus bas. En attendant, voici le lien qui vous permet de voir mon "10 minutes pour le dire" à moi.

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A la fin des années 80, j'étais directeur des programmes et animateur d'une radio libre guyanaise. Radio Plus à Kourou. Je recevais tout ce qu'on comptait le département de célébrités artistico-culturels. Plusieurs fois, Gora Patel, alors, animateur vedette d'RFO Guyane, est venu me rendre visite en direct. C'est ainsi qu'il m'a remarqué. Un jour, il m'a donc proposé d'être chroniqueur dans son émission de télévision, Midi Week-end. Je devais présenter les dernières nouveautés vidéo (des VHS à l'époque, ma petite dame!).

Je n'étais pas très bon, mais Gora, à la fin de chaque émission, me disait toujours: "la prochaine sera meilleure, tu verras!", tout en me prodiguant quelques conseils et me rassurant.

Dans mon livre, à la fin, je le remercie. Parce que je lui dois beaucoup.

On ne remercie pas assez les gens qui ont changé le cours de nos vies.

J'ai évidemment envoyé à Gora Patel. Il m'a invité à son émission immédiatement.

Curieuse sensation de le revoir plus de 20 après. Lui et moi avons fait nos bouts de chemins, mais ce fut un réel plaisir de se revoir... voire très émouvant (mais pudique).

Quelques archives guyanaises...  ici, à Kourou, devant Radio Plus en novembre 1988, avant qu'il ne m'engage.

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Pendant une émission...

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Le 26 janvier 1989 dans une autre émission, avec Dominique Detain (ex-spécialiste "spatial " d'RFO Guyane et aujourd'hui, responsable de la communicationde l'Agence spatiale européenne (ESA)) et Gora Patel.

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28 septembre 2011

Mort de Cizia Ziké... l'hommage!

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"L'écrivain et aventurier français Cizia Zykë, qui avait connu le succès dans les années 1980 avec son roman "Oro", sur ses périples de chercheur d'or, est décédé mardi à Bordeaux à l'âge de 62 ans, au terme d'une vie mouvementée, a annoncé son frère Jean-Claude à l'AFP."

Merde! Les boules.

Ceux qui me connaissent savent que j'aimais ce type-là (que tout le monde n'aimait pas). Il fuyait les médias, mais acceptait pourtant toujours de me voir (même avec un micro).

Je republie donc ma dernière mandorisation.

Elle date du 9 juillet 2009.

 

C’était un soir du mois dernier. J’avais rendez-vous dans un hôtel parisien avec l’aventurier de mon enfance.

Cizia Zikë.

Il pleuvait à torrent.

J’arrive trempé de la tête au pied. Une allure de chien errant.

Je m’ébroue devant l’entrée de l’hôtel, mais me retiens de faire pipi sur le mur.

Personne à la réception. Pendant 10 minutes. Je cherche partout. Aucune âme qui vive.

Ça y est, je suis en retard.

15 minutes plus tard, je vois un type souriant qui arrive tranquillement.

-Ça fait 30 minutes que j’attends ! (Quand je suis en colère, j’exagère toujours un peu.)

-Excusez-moi monsieur, je ne vous avais pas entendu.

C’est un peu normal, il n’était pas là.

Bref, je la fais courte (Waldheim).

Je lui demande de prévenir mon héros que je suis là (et las).

5 minutes plus tard, il descend.

Pas seul.

Avec un jeune homme de 36 ans, au visage avenant.

 

Cizia ne me le présente pas encore.

On parle météo, puis décidons d’aller nous sustenter dans une brasserie du coin, spécialisée dans les poissons.

À notre menu : sole grillée, lotte, pavé de thon purée, avec une modeste bouteille de blanc.

(J’ai le sens de la précision…)

Cizia Zikë me présente son camarade.

Karim Djelouah, 36 ans.

"Le Karim ?", je demande.

Oui, LE.

Karim est un des héros de l’ultime livre de Cizia Zikë. Monsieur Catastrophe et monsieur Pad’chance réunis.

Très curieuse la sensation de diner avec deux personnes dont on vient de lire les aventures.

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Cizia Zikë et son "disciple", Karim Djelouah.
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Karim tout seul. Hilarant dans Oro and Co.

Pour ceux qui ne le savent pas, Cizia Zikë, pour beaucoup (confrérie dont j’appartiens) est une légende vivante. Le dernier aventurier des Temps modernes.

C’est la deuxième fois que je le mandorise.

La première fois, ça avait fait toute une histoire...

Je n’ai jamais compris pourquoi il acceptait de me rencontrer. Il ne parle jamais (où extrêmement rarement) aux journalistes.

Pas sa tasse de thé.

Avec lui, le facteur humain compte.

Il ne fait pas ce qu’il ne sent pas.

Je crois qu’il a perçu en moi une sincérité et une bienveillance à son égard.

9782265088368R1.jpgLe fait est que nous sommes réunis pour évoquer Oro and Co. Il y raconte dans les premières pages son aventure éditoriale, puis très vite, sa dernière aventure dans la jungle amazonienne. Au Surinam et en Guyane française.

Au début, Cizia veut bâtir une ville au bord du fleuve, puis il devient trafiquant d’or pour pénétrer le monde des garimpeiros, les orpailleurs clandestins brésiliens qui pillent l’or de la Guyane française.

 

Voici un podcast de 4 minutes enregistré ce soir de pluie et de poissons.

Il vous permettra d’en savoir plus.

 
podcast

Et d'autres questions venues glanées ici et là, pendant le repas.

 

-Votre réputation sulfureuse, vous arrange-t-elle dans vos nouvelles aventures ?

 

-Non, pas du tout. Elle me dérange. Ma réputation a démarré avec la question de Pivot, en 1984, quand je suis allé présenter Oro (voir à la toute fin de la note). Il m’a demandé si j’avais déjà tué. C’est le genre de question à laquelle il est impossible de répondre. Si je dis la vérité, que je n’ai jamais tué quiconque et que je préfère préserver la vie humaine, ça ne marche pas. Pour beaucoup, je n’ai pas pu aller dans tous les coins chauds de la terre pour y faire du bizness sans avoir du sang sur les mains. J’aurais eu à me disculper ou à me justifier, j’ai donc toujours éludé la réponse.

 

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Zikë version sourire...

-Que pensez-vous de votre lectorat ?

 

-Du bien évidemment. Là aussi, on fantasme sur mes lecteurs. J’ai lu maintes fois qu’ils étaient constitués uniquement de fachos, de gens d’extrême droite, de fascistes… il y en a, je le sais bien, mais ce n’est pas tout mon lectorat. Vous, je sais que vous me lisez depuis des années, vous n’êtes pas comme ça je suppose ? Il y a beaucoup de femmes qui me lisent, mais aussi des jeunes en quête d’aventures, de dépaysement et de liberté… Ce sont, d’ailleurs, souvent les parents qui ont donné mes livres à leurs enfants. Je vends la liberté et la liberté ne devient pas obsolète, ni le désir d’entreprendre, soit dit en passant. Ma légende est parfois lourde à porter, mais il n’y a rien que je puisse faire pour la mettre en miette.

 

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Zikë, version "faut pas me chercher"...

-Quels sont les inconvénients liés à la réputation qui colle à votre peau ?

 

En Guyane, par exemple, quand je me suis fais arrêter, je savais que j’étais dans l’illégal depuis le début, mais c’était pour effectuer une enquête. Et quand on effectue un travail de journaliste d’investigation, tous les moyens sont bons, n’est-ce pas ? Comme on me prête encore l’image d’aventurier, le juge d’instruction a été choqué que je puisse être un enquêteur. Alors que j’ai déjà enquêté sur la drogue à Amsterdam par exemple… mais qui que ce soit que je rencontre représentant la justice préfère ne voir de moi que le côté malfrat. Du coup, ce juge m’a interdit de fréquenter la moitié de la Guyane, et évidemment, la partie la plus intéressante pour mon enquête. Je vais donc retourner à Cayenne pour aller négocier le droit d’aller partout. Je ne lâche jamais vous savez.

 

Pourquoi avoir signé chez Fleuve Noir ?

J’étais en guerre contre tous les éditeurs parisiens, comme je l’explique dans mon livre. Depuis mon premier roman, j’ai eu des relations bizarres avec ces gens-là. Je me suis heurté au manque de respect et à l’hypocrisie. J’ai fait entre 10 et 12 maisons d’édition. Chez Fleuve Noir, les gens ont l’air honnête…

 

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Je remercie d’ailleurs ici Estelle Revelant, l’attachée de presse de Fleuve Noir, (que je connais un peu) et qui m’a organisé cette rencontre rapidement et impeccablement.

Voici, pour finir, mon article paru dans le Culturissimo du mois de juin qui vient de sortir (et trouvable dans les espaces culturels Leclerc).

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Le milieu de l'édition étant ce qu'il est, Pocket en profite pour sortir conjointement son premier best-seller planétaire, Oro (1984).
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La meilleure publicité que je puisse faire pour ce livre, c'est de vous proposer l'interview culte de Bernard Pivot dans Apostrophes en 1984, à la sortie d'Oro.
Un Pivot destabilisé et un Zikë calme et implacable.
A voir en intégralité... car gratiné.

Valérie Bettencourt: interview pour "Sombre lagune"

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(Photo: Laure Jacquemin)

Cela faisait un moment que je croisais Valérie Bettencourt dans des salons du livre que j’animais. Longtemps, elle s’amusait à ne pas vouloir répondre à mes questions. (J’étais vexé comme un pou, soit dit en passant.)

Ce jeu a duré un moment, jusqu’à ce que je lise son deuxième roman, récemment.

Sombre lagune m’a fasciné par son étrangeté et son originalité. Là, j’ai arrêté de rigoler et je lui ai officiellement donné rendez-vous pour une mandorisation. Je ne lui ai pas donné le choix. (Bon, j’exagère un peu là !).

A la fin du mois d’août, nous avons déjeuné ensemble (et sournoisement, j’ai déclenché mon enregistreur tout petit et ultra discret… elle n’a rien remarqué.)

Sombre-Lagune1-212x300.jpgPrésentation de l'éditeur

Dans un monde ravagé par des catastrophes naturelles de plus en plus violentes, Venise commence à sombrer dans sa lagune. Toute la ville est évacuée en urgence. Mais d'étranges personnages sont restés cachés dans un somptueux palais gothique au cœur du sinistre labyrinthe vénitien : ils ont décidé de se laisser engloutir avec la cité et organisent des bals costumés dont le thème change de siècle chaque soir. Dans cette atmosphère baroque et onirique, Marie retrouve Laurent. Ils se sont croisés dix ans plus tôt et toute la vie de Marie en a été bouleversée. Laurent, lui, a totalement oublié cette brève rencontre. Chaque jour, Marie et les autres personnages sombrent un peu plus profondément dans la folie de leur sensuel univers d'amour et de mort. De bal en bal, elle donne à Laurent des indices pour qu'il se souvienne d'elle. Et s'il ne retrouve pas la mémoire, elle laissera Venise les emporter tous les deux. Ce roman a remporté la Plume d'Or romanesque du prix Plume Libre 2011 (Vote des lecteurs).

vb10.jpgBiographie de l'auteur tirée de son site officiel 

"Intermittente du spectacle" depuis près de trente ans, Valérie Bettencourt a été tour à tour comédienne dans de petits rôles au théâtre et au cinéma, assistante mise en scène sur des films, assistante en studio et sur des concerts dans la musique, et elle a aussi prêté sa voix à de nombreuses pubs en radio et télé...
Et puis il y a quinze ans, elle a commencé à écrire... des scénarios de courts et de longs métrages, des manuscrits de romans, des sujets de documentaires, des projets de série télé...
Elle a voyagé, aussi... parce que les voyages extérieurs inspirent les voyages intérieurs de l’écriture...
Bref, un parcours éclectique, qui lui donne envie de continuer à écrire dans tous les domaines et sous toutes les formes : roman, scénario, documentaire... peut-être un jour théâtre...

valérie bettencourt, sombre lagune, interview

(Photo: Davide Capelli)

Interview :

Tu montres une Venise qui est en train de disparaître de la surface de la Terre, mais tu décris aussi la ville telle qu’elle est aujourd’hui. Moins peut-être les clichés.

Quand on ne connait pas Venise, on a l’image des gondoles, de la place Saint-Marc, qui sont les deux clichés de la ville, mais dès que tu t’éloignes de ces endroits-là, il n’y a plus rien, plus de touristes en tout cas. C’est un véritable labyrinthe qui n’a rien à voir avec ce que l’on en connait.

Tu connais très bien Venise pour t’y être rendue de nombreuses fois… c’est parce que tu es amoureuse de cette ville que tu as décidé d’en faire l’héroïne principale de ton roman ?

En fait, la première version de ce roman, je l’ai faite en 1994. En un quart d’heure, cette histoire est arrivée dans ma tête, alors que j’étais tranquillement chez moi. Cette Venise qui s’effondre, tous les personnages avec leurs noms, la trame complète de l’histoire, tout m’est tombé dessus, je ne sais pas comment ni pourquoi… C’était complètement fou parce que je n’avais jamais mis les pieds à Venise, mais j’avais déjà une espèce de fascination inexplicable.

Quand tu as commencé à écrire, c’était quasiment de l’écriture automatique ?

Je ne suis pas un écrivain qui écrit tous les jours avec une discipline rigoureuse. Moi, je n’écris que quand j’ai de l’inspiration et donc, à chaque fois, ce sont des sujets qui s’imposent à moi. Donc, pour Sombre Lagune, je l’ai d’abord écrit comme un scénario, puis j’ai laissé un peu tomber cette histoire. Et, après, je suis allée à Venise. Là, ça a été le choc ! Je m’en faisais une telle idée que j’avais peur d’être déçu. Et bien, c’était encore plus incroyable que ce que j’avais pu imaginer.

Ca a remis en question le premier scénario ?

Oui. Je l’ai évidemment réécrit, puis j’ai laissé passer du temps. Après je suis allé à Katmandou, à Bénarès, au Caire, bref dans tous les lieux que j’avais décrits. Ensuite, j’ai compris que pour le cinéma, ça devenait compliqué et très cher. C’est là que j’ai eu l’idée d’en faire un roman. Une fois que le roman a été fait, je me suis remise au scénario. Je l’ai fait traduire en Anglais pour le marché international. Je ne désespère pas que Sombre lagune devienne un film un jour.

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Qu’est-ce que le maire de Venise pourrait penser de ton livre ?

Je n’en sais rien, mais c’est marrant ce que tu dis. J’aimerais vraiment lui envoyer pour qu’il le lise. Il y a aussi les associations pour sauver Venise. Car ce que je raconte n’est pas que de la fiction. Il y a des bases saines et réelles sur ce que je décris de l’état de Venise actuellement. Depuis que j’y vais, au fil des années, je vois qu’il y a de plus en plus de travaux de réfection partout. Dans ce livre, je lance aussi un cri d’alarme. Je dis qu’il faut faire attention à Venise et à la soigner avec les grands moyens.

Quel est le problème exactement ?

C’est un cercle vicieux. Il y a des bateaux dans la lagune, non seulement les bateaux de commerce qui vont au bord de Mestre, mais aussi des bateaux de tourisme plus haut que les palais. Ce sont carrément des minis villes. Et tout ça se promène dans la lagune qui n’est pas très profonde. Vous imaginez les ravages que ça peut faire ? Alors, là est le paradoxe. D’un côté, ça bousille tout, de l’autre côté, Venise vit du tourisme, donc il faut faire venir les gens pour qu’ils laissent de l’argent à la ville. C’est un peu la faute aux politiques. Venise à très peu de crédits de l’état. Ils versent tout à Rome, Venise est carrément délaissée. Donc, plus ça va, plus ils font appels à des sponsors privés. Il y a des gigantesques écrans de pubs partout dans Venise, qui permettent de récolter de l’argent et faire des travaux. Mais, mince ! Tu ne vois même plus le pont des Soupirs parce qu’il est envahi de pubs de partout !

Et les habitants, ils en pensent quoi ?

Ils le savent, mais ça les fait marrer quand tu leur dis que Venise va s’effondrer. Personne ne peut croire à une chose pareille. Pour eux, c’est la plus belle ville du monde et donc elle est immortelle. Ils sont super fiers de leur ville, à juste titre d’ailleurs.

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(Photo: Laure Jacquemin)

Dans ce roman, tous tes personnages sont excessifs dans les sentiments. 

Les personnages ont perdu pied avec la réalité, ils sont dans leur monde fantasmagorique et jouent à de drôles de jeux. Et puis ils savent qu'ils vont mourir dans quelques jours, alors tout ce qu'ils vivent prend des proportions démesurées. L'héroïne, particulièrement, va très loin, peut-être trop loin, dans ses sentiments et dans ses actes. C'est une sorte de "romantique" au vrai sens du début du 19eme siècle: le romantisme était un mouvement excessif et sombre, pas du tout rose et idyllique comme on le pense maintenant. Les romantiques étaient souvent alcooliques, désespérés et suicidaires. J'ai une passion pour Alfred de Musset, George Sand et toute cette époque...

Ryel est la clé de ton roman. C’est une espèce de chaman. Est-ce le personnage qui te ressemble le plus ?

Il ressemble surtout à des gens que j’ai connus. De temps en temps, dans le livre, il case des pensées qui viennent de maitres tibétains que j’ai connus.

Tu as épousé cette philosophie-là.

J’ai commencé à m’intéresser à cette philosophie en 2001, à la mort de mon père. J’ai un copain qui m’a conseillé de lire un bouquin qui s’appelle Le livre tibétain de la vie et de la mort  de Sogyal Rinpoché. Ça a été le choc intégral, un mois après, je suis parti dans le sud où il a un centre. J’ai suivi son enseignement. J’y ai rencontré des gens qui vivaient dans des monastères en Inde et j’ai fini par les rejoindre dans ce pays. J’ai passé pas mal de temps en Inde et au Népal notamment. Ca a été comme une évidence et tous les préceptes évoqués me correspondaient complètement. J’ai entendu qu’on a des choses à faire dans nos vies. Si j’ai un talent d’écriture, par exemple, c’est peut-être ça qu’il faut utiliser. Pas forcément finir dans un monastère.

Du coup, mine de rien, tu délivres des messages parcimonieusement et quelques enseignements initiatiques du tarot.

C’est le seul truc qui m’intéresse dans l’écriture. Je veux que ça apporte des choses et qu’il y ait des questionnements. Il faut que cela fasse réfléchir les lecteurs. Si c’est juste pour écrire des histoires, je m’en fous complètement. L’écriture doit être utile à la réflexion.

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Le 25 août dernier 2011 dans un restaurant parisien... (photo: un serveur).

26 septembre 2011

Marie-Laure Bigand: Interview pour "Et un jour, tout recommencer"

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 Rien ne sert de le cacher, je connais Marie-Laure Bigand depuis longtemps. Et nous sommes dans la même maison d’édition. Je l’ai mandorisé une première fois, alors que ce n’était pas le cas et que nous ne nous étions jamais rencontrés. Aujourd’hui, je l’apprécie autant pour son amitié sans faille et pour sa gentillesse que pour ses qualités littéraires. Non, pas autant. Ses qualités humaines l’emportent. Mais j’ai toujours lu avec beaucoup de plaisir ses livres. Certains considèrent qu’ils sont "féminins", du moins qu'ils s'adressent aux femmes. Je ne trouve pas. En tout cas, pas que. Ma part de féminité ne se sent pas étranger à ce qu’elle écrit… s'y retrouve, même.

Nous nous sommes donc récemment retrouvés dans un restaurant parisien pour évoquer son nouveau roman Et un jour, tout recommencer.

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252303_2082788787767_1186510993_2547113_2850787_n.jpg4e de couverture : C’est parce que Valérie n'arrive plus à avancer qu'un matin d'avril, alors que la région parisienne en est à son début de printemps, elle quitte son appartement sur la pointe des pieds, pour ne pas réveiller les siens encore endormis. Elle part sans laisser d'adresse, en ayant pris toutes les précautions pour qu'on ne puisse pas la retrouver. Valérie a juste conscience qu'elle a perdu l'essentiel de ce qu'elle était, que tous ses repères se sont effondrés, et que pour ne pas s'égarer davantage, elle doit se reconstruire. Pour le reste, elle refuse d'y penser et de se retourner sur ce passé qu'elle abandonne. Durant les premiers jours de sa fuite, elle progresse, telle une ombre, avec le sentiment d'évoluer à tâtons. Commence alors une quête, un parcours initiatique, toujours entre deux gares, une errance où les rencontres serviront de révélateur à ce qu'elle a enfoui au fond d'elle, sans en avoir perçu la véritable raison : son manque d’envie de vivre...

L’auteure : Marie-Laure Bigand, femme forte et fragile à la fois, sait se montrer convaincante en nous offrant des personnages qui nous ressemblent. Sa sensibilité, sa douceur et sa générosité respirent à travers sa plume et nous entraînent dans des récits captivants qui laissent, longtemps après la lecture, une empreinte, comme si les héros et les héroïnes de ces fictions étaient une partie de nous-mêmes. Une romancière dans l’air du temps qui se plaît à transporter le lecteur dans un ailleurs. Avec son quatrième roman, Marie-Laure Bigand aborde des thèmes qui lui sont chers, comme les destins croisés, la recherche du bonheur et la propension de chacun à exister au travers des épreuves. Son style impeccable, léger et maîtrisé, s’efface naturellement en arrière plan, pour laisser place à l’intrigue et au suspens.
Un road-movie passionnant !

ML Bigand 18.07.11 2.JPGInterview :

Oser tout quitter, à commencer par les siens, résister aux assauts de la culpabilité, regarder droit devant et ne surtout pas se retourner... Penses-tu avoir créé un comportement possible chez une femme ?

Oui, bien sûr, même si c’est sûrement plus surprenant de la part d’une femme que d’un homme. Dans notre société la femme est souvent au cœur du noyau familial, celle par laquelle tout transite, celle viscéralement reliée à ses enfants, mais pourquoi une femme ne ressentirait pas à un moment de sa vie un grand besoin d’évasion, de souffler peut-être…

Oui, tu as raison. Parce que Valérie à le sentiment de ne plus exister dans le regard des autres, parce qu’elle à l’impression de n'être plus que transparence, elle décide de créer le manque. Elle plaque tout pour souffler, bien sûr, s’évader, vivre autre chose, mais surtout, montrer aux autres à quel point elle est un maillon essentiel de la famille ?

Lorsque Valérie part elle ne pense pas à tout cela bien sûr. Elle part parce qu’elle n’arrive plus à avancer. Le lecteur apprendra au fur et à mesure de la lecture pourquoi elle en est venue à un tel extrême. Alors bien sûr tout au fond d’elle, elle espère en effet que son absence manquera à ceux avec qui elle partageait son quotidien, peut-être même cherche-t-elle à leur faire du mal, mais d’une manière inconsciente…

Tu dis, « c'était partir ou mourir... ». Valérie prononce-t-elle cette phrase au sens propre ?

Au moment où elle le dit elle le pense très sincèrement. Elle était si mal, si enfermée dans son mal être qu’elle se sentait clouée au sol. Après elle ne dit pas qu’elle serait passée à l’acte… On peut aussi mourir à petit feu en perdant l’envie de tout, stade auquel était arrivé Valérie.

Comment expliquer son manque d’envie de vivre ?

Là ce serait raconter tout le livre. Comment vient un manque d’envie de vivre serait peut-être la question à poser… Dans une vie on peut encaisser toutes sortes d’épreuves, résister, continuer malgré tout, jusqu’à ce qu’il y ait la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Valérie, mon héroïne, sera terriblement marquée par la perte d’un être cher, et c’est là qu’elle vacillera, et qu’autour d’elle tout s’écroulera. Elle va se sentir de plus en plus seule au milieu des siens, avec l’impression d’être incomprise, de ne plus être à sa place, et surtout de ne plus servir à grand-chose…

Certaines femmes pourraient argumenter qu’il y  un peu de lâcheté chez Valérie ?76450_1669229969055_1186510993_1846984_7417143_n.jpg

Moi je la trouve plutôt courageuse Valérie J. Beaucoup la trouvent égoïste, mais pas lâche. C’est vrai qu’elle fuit… D’ailleurs au début de sa fuite elle s’interdit de penser, car sinon elle reviendrait très vite vers les siens pour finalement se retrouver au point de départ. Il lui faudra du temps avant de s’autoriser enfin à analyser sa fuite. Mais au début elle se protège. Il faut comprendre qu’elle est dans un état de fatigue extrême, tant physique que moral.

Je l’aime bien Valérie, mais je me fais l’avocat du diable… Si elle est touchante, presque parfaite, elle est aussi pleine de contradiction et pourraient apparaitre comme une égocentrique.

 

Certaines lectrices l’ont en effet trouvé égoïste. Bizarrement les lecteurs la comprennent mieux… Au moment où elle part, elle devient en effet égoïste, sinon comment pourrait-elle se couper ainsi des siens ? Elle a toujours été là pour eux mais le jour où elle part elle décide de vivre pour elle. Alors en ce sens, en effet, elle se centre uniquement sur elle, mais dans l’unique but de se reconstruire. Elle est loin d’être parfaite, elle est simplement humaine et tente de se débattre avec l’existence.

De gare en gare, d'étape en étape, de la Lozère à la Rochelle en passant par le Lubéron, le périple de Valérie est aussi et surtout l'opportunité d'un cheminement intérieur. Elle part à sa propre rencontre. C’est un peu ça ?

Valérie aurait aimé partir au bout du monde, seulement mon héroïne n’est pas très riche. Elle doit faire avec ses petits moyens. Au début la seule chose qui lui importe est d’être seule. Elle se créait sa propre île déserte dans un coin perdu. Au fur et à mesure qu’elle reprend vie, elle reprend contact avec des endroits plus animés, et avec elle-même. Les lieux où elle séjourne et les personnes qu’elle rencontre lui permettent de progresser dans son propre cheminement intérieur.

Et paradoxalement, tu écris : « Elle réalisait que c’était grâce à sa fuite qu’elle avait réussi à prendre de la distance avec elle même. » Alors « prendre de la distance avec elle-même » où se retrouver ?

Prendre de la distance c’est un moyen de se retrouver. Valérie était tellement mal qu’elle ne voyait plus rien, elle y compris. Au tout début, en refusant de penser aux vraies raisons qui l’ont poussée à partir, elle s’oblige en effet à prendre de la distance avec elle-même, un peu comme si elle s’observait de loin. C’est grâce à ce recul qu’elle finira par se confronter avec sa vie passée.

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Des rencontres plus ou moins importantes ponctuent les trois pèlerinages. Elles lui offrent, au contact des autres, l’opportunité de mieux se connaître tout en analysant des épisodes de sa propre existence. Finalement, c’est comme une auto psychanalyse ?

Les autres c’est aussi s’enrichir et mieux se connaître, même si au début elle refuse de s’attacher aux gens qu’elle croise. Je parlerai plus de quête que d’auto psychanalyse. Valérie tente de se débrouiller avec l’existence qui l’a malmenée. Elle tente surtout de comprendre pourquoi elle s’est ainsi disloquée. Au début elle reste indifférente aux autres car elle est tout simplement incapable de s’y intéresser, jusqu’à ce qu’une rencontre la bouscule vraiment et l’oblige à réagir enfin.

As-tu un jour éprouvé l’envie de tout laisser derrière toi?

Non, j’aurais été bien incapable de faire comme Valérie, et avec ce quatrième roman, c’était intéressant pour moi de pousser mon héroïne aussi loin. J’observe et j’écoute beaucoup. Je suis partie sur ce ras-le-bol qu’éprouvent parfois les gens, et puis j’ai toujours été fascinée par les gens qui partent un jour sans qu’on ne les retrouve jamais. J’ai eu envie de me mettre de l’autre côté, de tenter de comprendre ce qui pouvait amener quelqu’un à tout quitter comme ça.

Dans « Et un jour, tout recommencer », finalement, c’est un hommage et un regard tendre sur toutes ses femmes qui, la quarantaine accomplie et l’éducation des enfants terminée, se posent des questions sur leur vie trop vite passée ?

Je ne sais pas si c’est un hommage, mais il est vrai qu’aujourd’hui les femmes approchant de la cinquantaine, libérées de l’éducation des enfants, osent davantage s’affirmer dans ce qu’elles ont vraiment envie de faire. Autour de moi je connais des femmes qui ont élevé leurs enfants avec bonheur, leur ont donné tout ce qu’elles pouvaient, et une fois les enfants partis du foyer familial s’épanouissent en renouant avec le milieu professionnel ou dans des activités artistiques ou autres. Elles orientent différemment leur vie.

On peut dire que c’est un road-movie, mais contemplatif, non ? Je veux dire par là que Valérie fait des longues haltes pour faire le point. Elle ne se précipite jamais entre deux voyages…

Elle a toujours tellement couru dans sa vie entre travail, vie de famille, gestion du quotidien, que le jour où elle part, elle prend le temps et en quelque sorte, elle redécouvre la nature, une nature dans laquelle elle se ressource. Sa reconstruction passe aussi par l’écoute de son corps qu’elle soumet à un rythme plus sportif au travers du vélo et de la marche.

Elle prend le temps de souffler, et surtout elle se protège de toutes contraintes.

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J’ai lu quelques critiques littéraires dire de ton livre que c’est « une quête », « un parcours initiatique ». C’est ainsi que tu as voulu ton roman ?

Comme toujours, lorsque je me lance dans l’écriture d’un roman, j’ai ma ligne directrice autour de laquelle il se passe des évènements qui se révèlent au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire. Ici ma ligne directrice était l’histoire « d’une femme qui quitte tout parce qu’elle n’arrive plus à avancer dans sa vie. » Je la voulais très blessée pour qu’elle puisse se reconstruire, et donc c’est en effet une quête, une recherche de soi…

Ce livre n’est pas un roman d’action. Et pourtant, on le lit avec avidité. On a envie de savoir ce qu’il va se passer, comment les personnages, et principalement Valérie, vont évoluer. C’est difficile d’écrire un livre sensible, qui touche au cœur ?

Lorsque l’on écrit un livre on doit avant tout penser au lecteur. Il ne suffit pas d’écrire une histoire, encore faut-il réussir à captiver un lectorat. Je tente de procurer, à travers mes livres, de l’émotion car c’est ce que j’aime ressentir à la lecture d’un livre. Ici comme il s’agit de la reconstruction d’un personnage très abîmé par la vie, il y a forcément une lenteur dans le récit, mais au travers des rencontres qui jalonnent le parcours de Valérie, j’ai essayé de créer une attente, et un suspens quant aux vraies raisons qui l’ont poussée à tout quitter. En fait sous un aspect très calme il se passe beaucoup de choses.

page24_1.jpgC’est important pour moi ce que tu dis là, que ce livre « se lit avec avidité », car si le lecteur s’y ennuie, c’est que quelque part j’ai échoué dans la construction de mon histoire.

Après je pense que l’on ne peut pas toucher tout le monde…

On ne peut jamais savoir à quoi tient le succès d’un livre. J’aime écrire, raconter des histoires, je tente de travailler au maximum mon texte. Ensuite il appartient au lecteur, c’est lui qui lui donne vie.

Je note qu’il y a plus de sensualité que dans tes précédents romans… Ai-je raison ?

 Eh bien, en effet, je me suis lâchée un peu plus, même si cela reste très correct ;-))

Et puis c’est bien aussi de surprendre un peu son lectorat ;-))

As-tu commencé l’écriture de ton 5e roman ?

J’ai commencé à écrire mais j’en suis vraiment au tout début. J’ai écrit 4 romans en 6 ans et je crois qu’actuellement j’ai besoin de faire une petite pause.

De toute façon l’écriture ne me quitte jamais…

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Retour sur le Prix Constantin 2011.

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Le 21 septembre dernier, je me suis rendu à la conférence de presse de la 10e édition du Prix Constantin. Mon prix musical préféré. Parce que je suis souvent d'accord avec leur choix et parce que je trouve que c’est un sacré encouragement que de récompenser les nouveaux artistes qui ont marqué l'année par leur talent, leur originalité et leur potentiel. Souvent, contrairement à ce que l'on pourrait penser, ils ont peu de moyens. Si, être artiste en 2011, même remarqué par la presse et les médias en général, ça ne signifie pas vivre dans l'opulence, encore moins vivre de son/sa métier/passion. De plus, « ce prix a pour ambition d'offrir aux talents d'aujourd'hui, que l'on pressent être ceux de demain, un véritable tremplin, une vitrine mettant en valeur la qualité et la diversité de la production musicale française », dixit la version officielle.

Pour cette nouvelle édition, c'est Gaëtan Roussel, grand vainqueur des Victoires de la Musique 2011, qui présidera la cérémonie. Et donc, ce mercredi, les noms des dix artistes révélations ont été donnés.

Voici une photo prise à l’Olympia de 8 des 10 sélectionnés :

En haut, de gauche à droite : Cyril Mokaeish, The Shoes, Cascadeur et Bertrand Belin.

En bas, de gauche à droite : Alex Beaupain, Brigitte (x2), Gaëtan Roussel (le parrain), Lisa Portelli et Sly Johnson.

On note deux absents pour cause de concerts. L et Selah Sue.

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Les mêmes, dans le désordre, devant la salle...

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Quand le parrain de l'édition 2011, Gaëtan Roussel, se joint aux photographes pour immortaliser les nominés…

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Découvrez la vidéo de présentation de la conférence de presse et la sélection des nommés pour le Prix Constantin 2011, le tout présenté par l’excellentissime Thomas VDB (pour en savoir plus sur ce monsieur, voir là!)

Les caméras de France Inter (paradoxe quand on parle d'une radio) étaient là...

Alors qu'habituellement le nom du vainqueur est connu courant novembre, exceptionnellement à l'occasion des dix ans du Prix Constantin la cérémonie se déroulera à l'Olympia le 17 octobre prochain.(En cliquant sur le lien précédent, vous saurez tout sur ce prix. Historique, règlements... bref, le pourquoi du comment du Prix Constantin).

Je ne suis pas membre du jury.

J’ai donc le droit de donner mon avis.

Non ?

Déontologiquement, un journaliste ne devrait pas s’employer à influencer quiconque !

Je ne suis pas un vrai journaliste.

Enfin si, mais je ne pratique pas le métier de manière parfaitement conventionnelle.

Et surtout, je n’ai aucune influence auprès de mes confrères.

Bref, je soutiens à fond Lisa Portelli (qui (je le dis et le répète) est quelqu’un que je défends depuis 2009, mais qui n’est pas, à proprement parlé, une « amie ». Ce qui est sûr, c’est que l’on aime bien se voir dans le cadre professionnel (avant-hier encore, aux Muzik’Elles) et boire du thé (???) ensemble en refaisant le monde (de la chanson)).

Cette photo a été prise après la cérémonie du Prix Constantin 2011. Nous étions avec Laurence Goubet et Vicken Sayrin, deux de ses protecteurs professionnels au bar de l’Olympia.

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24 septembre 2011

Muzik'Elles 2011 à la Fnac Val d'Europe: Brune, Lisa Portelli et Anna Bell

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Alors que débute à Meaux aujourd’hui le Festival Muzik’Elles, comme chaque année, (là en 2008, ici en 2009 et enfin en 2010), je reviens en photo sur le Plateau FNAC Muzik'Elles que j'anime chaque année pour 77FM, une semaine avant le début de ce festival musical féminin.

C’était donc le samedi 17 septembre dernier. Au programme : interview suivie de questions-réponses avec les organisateurs. Puis, rencontre Show case avec 3 artistes du Festival : Brune, Lisa Portelli et le coup de cœur du festival, Anna Bell.

Commençons avec cette dernière. Cette "cast member" de chez Disney a été découverte en juin dernier pendant une soirée d'employés. Et très vite, Anna Bell a été intégrée au Festival. Il faut bien l'avouer, sa voix est exceptionnelle et elle a du chien. J'en mets ma main à couper, demain dimanche, un producteur, un manager, enfin, quelqu'un du métier va forcément la repérer. On en reparle bientôt ici...

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Il n'existe encore aucun clip d'Anna Bell. Voilà donc un petit aperçu de son talent vocal..

Avec Pierre Corbel, directeur des Muzik'Elles (et par ailleurs, directeur du Théâtre Luxembourg de Meaux). 

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À présent, Lisa Portelli. Les lecteurs de ce blog savent bien que je suis avec assiduité cette chanteuse hors norme depuis longtemps. Avoir deux mandorisations à son actif est, de ma part, un signe de soutien total à un artiste. (Voir là en 2009 et ici en mai dernier). Elle chantera ce soir deux chansons au côté de Raphael, puisqu’elle sera avec Dani, l’une de ses deux invités.

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Le dernier clip de Lisa Portelli, "L'échelle".

Avec Tina Charrier, conseillère municipale de Meaux, déléguée aux Muzik'Elles.

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Enfin, la chanteuse Brune. Elle écrit, compose, joue et chante. Lyonnaise d'origine, son arrivée sur Paris lui a inspiré des chansons à l'allure french pop lumineuse ou plus noire et révèlent une femme déterminée et sensuelle, au regard acide et léger sur les relations amoureuses et le temps qui passe. Son premier album n’est pas passé inaperçu. Le second devrait la révéler complètement…

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Le dernier clip de Brune, "Un cheveu blanc".

Le festival commence aujourd'hui et se termine demain... je m'y rends évidemment. Voir les concerts et retrouver des amis (artistes, photographes, collègues journalistes, meldois...). Peut-être vous y retrouverai-je...

16 septembre 2011

Nadeah: chronique, photos et session acoustique

nadeah,session acoustique,chronique,musiquemagLe  2 septembre dernier, Nadéah est venue dans les locaux de MusiqueMag pour une session acoustique

Avec déjà trois groupes à son actif et des origines indiennes, serbes et portugaises, la chanteuse ne manque pas d'horizons différents pour trouver  l'inspiration. Ses chansons pop-folk oscillent entre mélancolie et explosion de bonne humeur. Déjà disponible sur le net et ce lundi (19 septembre 2011) en format CD, son nouvel album Venus gets Even devrait confirmer ce goût pour le mélange des genres et révéler au grand public une artiste qui a lancé sa propre croisade musicale contre le pessimisme et la mauvaise humeur.

Avant de continuer, voici ma chronique sur son disque, paru dans le dernier Addiction, le mag, celui daté du mois de septembre 2011.

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Nadéah est donc venue avec son attaché de presse (salut Éric !), pimpante et souriante. Elle est très grande (si elle ne fait pas 1m 85, elle n’en est pas loin) je suis très petit (comme si j’allais préciser les centimètres… Tsss…). Pour lui faire la bise, il a fallu que je me mette sur la pointe des pieds, mais le pire, c’est qu’elle s’est baissée ostensiblement (certainement pour me foutre la honte, hein ? J’vois que ça).

Bref, elle a pris sa guitare, répétée une petite fois et nous l'avons filmée interprétant Suddenly Afternoon.

J'en ai profité (vous me connaissez) pour prendre quelques clichés de la prestation de Nadéah. En douce, comme d'habitude.

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Et pour finir, le clip officiel de Odile.


Nadéah - Odile [Official Video] par CInq7

14 septembre 2011

Lyonel Trouillot: interview pour "La belle amour humaine"

lyonel trouillot,la belle amour humaine,interview addiction,le mag

Dans ce qui m’a été donné de lire lors de cette rentrée littéraire 2011, le roman de Lyonel Trouillot, La belle amour humaine, est une des très belles surprises. Au point qu’à la rédaction d’Addiction, le mag (le journal que l’on trouve dans les Virgin), nous avons décidé de le mettre en avant. Coup de fil en Haïti, pays d’origine de l’auteur, un beau matin…

Ce qui a donné ceci dans le numéro daté du mois de septembre 2011:

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Le bonus Mandorien (ce que vous ne lirez pas dans Addiction, le mag) :

- L’histoire se met en place doucement, puis nous sommes happés très rapidement par votre style et les propose tenus. Savez-vous précisément quand le lecteur ne pourra plus lâcher votre roman ?

Non, je ne sais pas. En écrivant, je pense plus à l’impression générale, à une sorte d’atmosphère qui viendrait tendrement, brutalement quelquefois, piéger le lecteur. Lire est toujours une imprudence. L’histoire ne peut être qu’un prétexte, une invitation à la conversation. C’est pour cela qu’il y a justement un travail de mise en place qui fait que l’histoire « prend forme », et c’est dans cette prise de forme qu’elle devient dangereuse, troublante.

-Quand on dit qu’il y a une littérature antillaise, caribéenne. Qu’elle est plus puissante que les autres, vous êtes d’accord ?

Non. Il y a peut-être des moments durant lesquels quelque chose se concentre dans un lieu. On peut penser à la grande vague du roman latino-américain, par exemple. Peut-être certains textes produits dans la Caraïbe ou par des Caribéens ont-ils proposé des choses nouvelles. Et la spécificité de l’histoire régionale incline vers des thématiques ou même vers des choix langagiers qu’on peut juger propres à telle région, mais c’est toujours sur des durées limitées. Je comprends qu’on parle d’une littérature caribéenne en référence au contexte historique et géographique. Qu’elle soit plus puissante que les autres, j’en doute. Déjà il n’y a pas une littérature caribéenne au sens où tous les écrivains feraient la même chose. Et dire qu’elle est plus puissante que les autres, c’est un cadeau empoisonné, cela veut dire qu’elle pourrait l’être moins…

-Anaïse est venue chercher la vérité sur la mort de son grand-père. Mais au fond, on comprend que le message que vous voulez faire passer est : qu’est-ce que la vérité et la connait-on vraiment jamais ?

Il y a de cela. La vérité est souvent une construction, ou une reconstruction.

-Tout ce qui compte, c’est le bonheur, dit Thomas. C’est un peu la morale de votre livre ?

Le bonheur conçu comme une création collective. Oui.

13 septembre 2011

Rencontre Jean Fauque/François Staal

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Le 11 novembre prochain François Staal sera à l'Olympia !

C’est l’événement musical de cette fin d’année !

Qui ça ? François Staal ?

Effectivement, votre interrogation est légitime. Moi-même, j’ai découvert il y a peu de temps cet artiste, pourtant fort talentueux. Son attachée de presse de l’époque, Flavie Rodriguez m’avait envoyé un Ep du chanteur musicien. Après enquête approfondie, je découvre que François Staal n’est pas un débutant et que c’est un homme de goût: 4 albums, des concerts dans tout les lieux parisiens (et tous les mois au Zèbre de Belleville), un duo avec CharlElie Couture, un duo avec Jean Fauque, et plus de 40 musiques de film.

Le duo avec CharlElie, le voici...

Quant à Jean Fauque, outre le fait qu’il a écrit des chansons pour lui, il participe aussi à ses concerts très régulièrement, ce sera le cas le 26 septembre prochain.

fauque.jpgPetit portrait de monsieur Fauque au passage :

Frère de croisade linguistique Alain Bashung, avec qui il a ouvert de nouvelles voies dans la jungle de la langue française chantée : Novice, Osez Joséphine, Chatterton, Fantaisie Militaire, L’imprudence…, c’est lui.  Dans son tandem avec Bashung, il est devenu le plus légitime successeur de Gainsbourg dans l’élite de l’écriture voltigeuse, jonglant avec les techniques et transgressant les codes avec une rigueur folle. On le sait moins (quoique), mais Jean Fauque a aussi écrit pour  Jacques Dutronc, Johnny, Guesch Patti, Vanessa Paradis… liste non exhaustive.

Il m’a donc paru intéressant de les réunir. Je n’étais guère optimiste, mais en fait, Flavie Rodriguez  a organisé cette rencontre en deux temps, trois mouvements. Dire que cette attachée de presse est efficace est un euphémisme.

Le rendez-vous s’est tenu cet été sur une terrasse (enfin sur le trottoir sur lequel des tables ont été installées) d’un café parisien de la rue des Petites-Ecuries…

L’ambiance est joviale et tout le monde est de bonne humeur. Je constate que Jean Fauque est un geek. Avec François Staal et Flavie Rodriguez, ils parlent de la Logitech  G3, de l’Ipad 2 « qui n’a pas assez de giga » enfin des trucs comme ça. Que je ne comprends pas. Ça donne ça : « Non, c’est une question de paramétrage. Tu sais, dans la plupart des ordis, 2 fois sur 10 ce sont des problèmes de logiciels et pas des problèmes techniques. Une petite mise à jour, tout ce corrige. Tu vas dans « préférence », tu rétablis les touches et puis ça marche… »

Je tousse… pour rappeler que je suis là et qu’il serait de bon ton de revenir vers ce qui nous réunit.

La musique.

jean fauque,françois staal,interview,olumpia,canyonFrançois, vous vouliez travailler avec Jean, c’est un peu ça la base de votre rencontre artistico-amicale ?

François Staal : Je n’osais même pas l’envisager. Le rencontrer était de l’ordre de l’impossible. Rencontrer un mythe, ce n’est pas chose courante. Pour moi, très clairement, Jean est le plus grand auteur français. C’est finalement Flavie (Rodriguez, leur attachée de presse respective) qui s’est proposée de me le présenter.  Et puis un jour, ce fut fait.

Jean, comment vivez-vous le fait d’être considéré comme un auteur culte, au-dessus des autres ?

Jean Fauque : C’est gentil, mais dans la réalité, on ne se rend pas bien compte. C’est difficile à définir. En fait, moi, quand je suis devant ma machine pour écrire un texte,  le passé et tout ce que j’ai pu faire n’entrent pas en ligne de compte. À chaque fois, je recommence comme au début. C’est toujours un défi. Je me considère plus comme un artisan que comme un artiste… je suis un trafiquant de mot et puis voilà, rien de plus.

Rien n’est jamais facile, ni jamais acquis dans ce difficile métier d’auteur de chansons. Avec Alain Bashung, par exemple, ce n’était pas gagné d’avance.

Jean Fauque : C’est étrange parce j’ai rencontré Alain en 1975 en faisant des chansons qui n’ont jamais vu le jour. Après plusieurs tentatives, on a vraiment collaboré ensemble en 1988 sur l’album Novice. Aujourd’hui, c’est un album culte, mais à l’époque, il n’a pas fait un carton. Le premier carton réel de notre collaboration, c’était Osez Joséphine, mais le succès est arrivé très progressivement. Ça paraît bizarre, mais je ne me suis d’ailleurs pas rendu compte du succès. Si on estime qu’il peut-être une rentrée d’argent soudaine et inopinée, on n’est pas arrivé… en tout cas, je ne sais pas où est passé cet argent. Cette période-là à quand même changé quelque chose à ma vie : après 20 ans de galère, j’avais enfin la reconnaissance du public et de mes paires. Je crois que ce dont on souffre le plus quand on est artiste ou créateur, c’est de l’ignorance…

 

Trois des grands succès de Jean Fauque, version Bashung...


Alain Bashung - Osez Joséphine par Quarouble

Alain Bashung - La nuit je mens


Alain Bashung - Ma Petite Entreprise par Alain-Bashung

 

François, quand on a Jean Fauque devant soi, on lui demande directement de travailler avec lui.

François Staal : Ça ne s’est pas passé comme ça du tout. Je vais vous dire un truc personnel. Quand il a tourné la tête vers moi, on s’est regardé dans les yeux et dans ma tête, c’était comme si je le connaissais depuis toujours. Ceci étant, Jean a un regard tellement gentil et sympathique que ça doit faire ça à tous les gens qu’il rencontre… c’est incroyable! Le fait qu’il m’écrive un texte un jour, je trouvais ça invraisemblable. Moi, j’étais déjà content de le rencontrer et de boire un coup avec lui. Le lendemain, un peu intimidé par l’homme, j’ai envoyé un mail à Flavie en lui demandant si elle pensait que je pouvais me permettre de lui demander d’écrire une chanson pour moi. Je ne voulais pas apparaître comme un goujat ou un opportuniste.

Jean, vous voyez souvent des artistes… vous devez sentir que, parfois, tel chanteur aimerait bien avoir un texte de vous, ce qui doit représenter pour eux, la classe absolue.

Jean Fauque : Oui, je ne vais pas nier que ça m’arrive relativement fréquemment. Comme je suis un peu feignasse, j’ai tendance à me planquer, à faire l’ignorant… après, il ne faut pas hésiter à me harceler un peu. François m’a relancé plusieurs fois et voilà ! Mon premier réflexe quand quelqu’un envisage une collaboration, c’est d’aller sur le net pour m’informer un peu, pour connaître l’état d’esprit de la personne et surtout pour connaître sa musique. On finit par avoir une vision globale des choses. J’ai vu dans quelle mouvance musicale et dans quel style se situait François et j’ai vite remarqué que je nageais en plein dans les eaux que j’aime bien. Rapidement, je suis passé chez lui, sur sa péniche. Nous avons discuté et il m’a fait écouter le projet en cours. C’est une méthode finalement assez classique.

Quand on a une réputation telle que la vôtre et qu’on écrit pour un artiste inconnu est-on, tout de même, la proie du doute ?

Jean Fauque : Quel que soit le niveau de notoriété de l’artiste, je ne suis jamais sûr de moi. C’est même une position assez délicate parce que je me dis toujours que si j’envoie quelque chose qui ne convient pas, c’est plus ennuyeux pour l’artiste de me le dire.  Il faut quand même savoir que quand tu écris 100 chansons, statistiquement, il y en a 5 qui finissent par paraître, alors un auteur est relativement blindé concernant les retours négatifs. Une fois que j’avais cerné où François voulait en venir, j’ai pensé à des choses que j’aimais bien et qui pouvaient, je pense, le toucher. À partir de là, je lui ai donné deux/trois textes et il en a mis deux en musique.

 

Terre m'atterre - François Staal - (paroles: Jean Fauque)

 

François, je vous retourne la question, qu’est-ce qu’il se passe quand on reçoit les textes de Jean Fauque ?

François Staal : Il vient de répondre à la question. Ma plus grande angoisse c’était de me dire : « si ça ne me plait pas, comment je vais lui dire ? ».  En l’occurrence, la première qu’il m’a donnée c’est « Où » et en gros, « Où » c’est complètement mon univers. Ce n’est pas pour rien que j’ai de l’admiration pour Jean Fauque. On a le même monde, le même univers intérieur. Cette chanson, c’était exactement ce que j’avais envie de chanter. Les textes de Jean, déjà, il faut les comprendre… il y a tellement de sens dedans, et puis après, il faut parvenir à les chanter. Pour me faciliter la tâche, on a réaménagé certaines phrases afin de parvenir à me les approprier complètement. Quel que soit le respect qu’on a pour un auteur ou pour un texte, il ne faut pas hésiter à déplacer un mot si on pense qu’on sera plus à l’aise pour le chanter.

Inversement, Jean, quand on écrit un texte pour quelqu’un, se demande-t-on ce qu’il va en faire, premièrement, musicalement et deuxièmement, dans la façon de l’interpréter?

Jean Fauque : Il y a deux solutions : soit j’ai une musique avant, c’est une méthode que j’aime bien qui donne une limite et une espèce de carcan dont on ne peut pas trop s’échapper, soit c’est un texte à blanc. Franchement, ça m’est arrivé de donner un texte et de trouver que la musique n’était pas à la hauteur. C’est un peu ennuyeux… Quand j’ai eu des doutes, malheureusement, ils se sont souvent avérés exacts. Moi, je me considère comme un amateur de musique, je suis un musicien d’instinct et un très mauvais instrumentiste. J’ai juste une bonne oreille et pas un trop mauvais goût quand j’écoute. Je n’aime pas les démonstrations de musiciens. Ca ne sert à rien de vouloir m’épater, on fait de la variété, on fait de la chanson, on ne fait pas de symphonie pour concurrencer Malher, ce n’est pas le même boulot.

Jean, est-ce qu’on écrit différemment selon la façon de chanter de l’interprète…  Bashung étant un cas extrême.

Jean Fauque : Ce que j’ai donné à François est complètement dans la lignée de ce que j’aurais pu donner à Alain. Ils ont tous les deux beaucoup de liberté dans la forme et dans le fond.  C'est-à-dire que tout à coup, ça part ailleurs, on ne sait pas trop où. Chacun en fait son propre sujet et interprète un texte à sa façon. Ce que j’ai fait pour Alain et ce que je fais pour François n’est pas conforme et structuré. Je dis toujours à des gens qui débutent et qui veulent essayer de s’approcher de notre travail, qu’il faut d’abord avoir la maîtrise de la forme la plus classique et la plus traditionnelle de la chanson, c'est-à-dire avoir des strophes, avec des pieds et des rimes le plus précis possible… quand on a fait beaucoup de chansons comme ça, on peut ensuite commencer à casser tout ça. Casser ce qu’on a appris, démonter l’apprentissage, pulvériser les structures. On ne peut pas modifier ce que l’on ignore…

François, êtes-vous d’accord avec la thèse de Jean ?

François Staal : Oui, évidemment, c’est même un truc que je revendique. J’écris aussi des chansons et je peux vous dire qu’il y en a de mon propre album dont je ne sais pas encore trop de quoi elle parle. Dans le temps, les poètes parlaient d’écriture automatique... Moi, j’aime quand ça part un peu là-haut, quand on se perd un peu, comme nous les êtres humains.

staal disuqe.jpgJean, que pensez-vous de l’histoire de François… de son Olympia prochain ?

Jean Fauque : C’est un grand fou ! Je trouve ça aussi courageux qu’inconscient. Ca rejoint des actes héroïques au sens noble du terme. Ça m’épate autant qu’un type qui décide de traverser l’atlantique sur un petit radeau comme l’avait fait Alain Bombard ou comme l’homme-araignée qui grimpe avec des ventouses l’Empire State Building…  des trucs de oufs, des trucs invraisemblables. J’aime la folie chez les gens, on est dans un monde tellement régulé par cette espèce de masse indéfinie et informe, c'est-à-dire les fonctionnaires de Bruxelles qui passent leur temps à pondre des lois pour faire chier (ou vouloir leur bonheur malgré eux) 300 millions de citoyens. Tout à coup, un truc allumé comme ça, ça me plait.

Alors François l’allumé, pourquoi ce défi insensé ?

François Staal : D’abord, je ne trouve pas cette idée si folle que ça. Qu’est-ce qui est fou ? C’est la notion du risque. A un moment donné, si on veut faire quelque chose d’exceptionnel, il faut accepter l’idée d’en payer le prix. Le prix, et donc le risque, c’est que je me plante, que personne ne vienne. Si je me plante, je ne serai ni le premier, ni le dernier mec qui se sera planté à l’Olympia. Bon, en même temps, si ça ne marche pas, ce sera la fin de mon projet de chanson, en tout cas la fin de ma tentation d’en vivre professionnellement. Au fond, on n’a qu’une vie… au pire, je raconterai à mes petits enfants que j’ai fait l’Olympia…

Jean, vous avez l’air de ne pas être d’accord !

Jean Fauque : Non, ce n’est pas vrai François. Si l’Olympia ne marche pas, ça ne sera pas la fin de ta carrière de chanteur. D’abord, je ne vois pas pourquoi tu te planterais.

François Staal : Mais c’est un moteur pour moi de prendre ce risque à fond. Je le vis bien parce que je me suis envisagé le pire. De toute façon, ce ne sera que du bonheur, parce que j’ai décidé que l’on fera un concert d’enfer, même si on est que 50!

Jean, vous allez participer à ce concert.

Jean Fauque : Oui, nous allons faire un duo et puis il y a une forte probabilité que je fasse une version de La Nuit, je mens avec le pianiste de François. Je n’ose pas me mettre dans les traces d’Alain, il chante cette chanson tellement magnifiquement, que je la détourne en gardant juste une partie du thème de la chanson. Je la récite plus que je ne la chante. C’est une version hommage et en même temps très personnelle.

 

 

François, il y a un disque qui sort en même temps que ton Olympia.

François Staal : Il sortira un peu avant, le 7 novembre. Il s’intitule « Canyon » et il y a deux chansons de Jean, dont un duo. En tout 14 titres que j’ai mis trois ans à faire. J’ai signé chez Paul Beuscher Arpège. Ils ont l’air d’avoir envie de faire plein de choses avec moi. Ils m’ont trouvé un label avec lequel ils ont l’habitude de travailler, 10 heures 10.

 

Lacher l'affaire - François Staal -

 

Jean, vous aimez regarder les balbutiements d’un artiste…

Jean Fauque : Je vois ça avec un regard un peu nostalgique, parce que ça me rappelle l’aventure d’Alain Bashung avant Gaby, entre 75 et 80. La joie de la signature du premier album chez Barclay du temps d’Eddie Barclay, le deuxième album où déjà les difficultés se posent, le doute parce qu’il n’a pas vendu assez son premier, mais on garde quand même de l’espoir… François, à la différence d’Alain, assume un peu mieux les bonnes nouvelles. Un jour, j’ai tenu une théorie à Alain. Je lui ai dit : « En fait, tu es le plus grand looser que je connaisse. Un looser est condamné à réussir. Un looser qui rate sa vie, il est dans la norme. Il est heureux. Un looser qui tout à coup à du succès, c’est un vrai looser, parce qu’il s’est mis en contradiction avec sa looserie ».

Il n’a pas bien vécu la reconnaissance, il me semble ?

Jean Fauque : Après Gaby, Alain a fait une dépression terrifiante. Il a failli se foutre en l’air. J’étais spectateur, voire acteur de cette période-là. Quand il a fait « Play Blessures », c’était pour gerber tout ça. D’ailleurs, paradoxalement, on n’a jamais autant rigolé qu’en enregistrant cet album. Avec Gainsbourg, on s’est fendu la gueule comme pas possible !

J’aime bien discuter avec vous Jean… vous parler d'un mythe, là !

Loin de moi le fait de vouloir impressionner la galerie. Quand Alain nous a annoncé qu’il allait nous présenter Gainsbarre, on n’en menait pas large. On était chez le bassiste comme si on attendait des résultats d’examens. On l’a emmené sur notre territoire, dans un restau que l’on fréquentait. J’étais impressionné une minute trente. Quand j’ai vu sa tête de déconneur, j’y suis allé allègrement. A l’époque, je ne pouvais pas dire une phrase sans faire 40 jeux de mots. Pour me faire chier, il me coupait tous mes effets… nous étions jaloux de l’humour qu’avait l’autre...

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Je vous pose la question chiante de fin : François, que pensez-vous de Jean ?

François Staal : Jean, c’est comme un joker pour moi. C’est un mec génial, sérieux, qui a de l’humour. Ses textes sont pour moi tout ce que j’aime dans la manière d’écrire des chansons. En plus de ça, Jean est d’une gentillesse et d’une générosité incroyable. C’est quelqu’un de rare et d’exceptionnel.

Jean que pensez- vous de François ?

Jean Fauque : J’ai de la tendresse pour lui. C’est un bon gars dans le bon sens du terme. Il dégage quelque chose et je trouve que dans ses envies. En 35 ans, j’ai collaboré avec une centaine de personnes. Pour moi, il y a deux sortes de gens. Ceux avec lesquels je collabore et après que je ne vois plus et puis, il y a ceux avec lesquels il reste des liens de camaraderies intenses. Il n’y en a pas eu tant que ça, mais j’ai l’impression que c’est ce qui est en train de se passer avec François.

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12 septembre 2011

Delphine de Vigan : interview de la lauréate du Prix du roman FNAC 2011

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Rien ne s’oppose à la nuit est un véritable choc. Je l’avais lu pour le chroniquer dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc. L’idée de la rencontrer m’avait traversé l’esprit… parce que je trouvais dans son livre beaucoup de résonances.

Beaucoup.

Du coup, lorsque j’ai appris que je devais l'interviewer pour ActuFNAC parce qu’elle était la lauréate du Prix du roman FNAC, je me suis dit que : "quand même, la vie..." (ce qui, certes, n'est pas une réflexion d'un grand intérêt, mais on ne choisit pas ce que l'on pense.)

Nous nous sommes donnés rendez-vous le 30 août dernier dans un bar parisien.

Elle m’avait dit 15h, j’ai noté 15h30.

Bien joué!

Je débarque donc avec une demi-heure de retard. Delphine de Vigan, tout sourire, ne m’en a pas tenu rigueur…  (le paradoxe de l'histoire, c'est que je suis arrivé à l'heure prévue, mais m'estimant en avance, j'ai lu sur un banc jusqu'à ce que l'auteure m'appelle pour me demander, avec diplomatie, si j'arrivais bientôt. Être là, mais ne pas l'être, telle est la question.)

L’entretien a duré une heure. En voici la substantifique moelle pour le journal de la FNAC (et un peu plus pour ce blog).

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delphine de vigan,rien ne s'oppose à la nuit,interview,prix du roman fnac 2011Le bonus mandorien (ce que vous ne lirez pas dans ActuFNAC...):

Rien ne s’oppose à la nuit est un livre qui parle à tout le monde.

J’ai l’impression. C’est toujours la question que je me pose quand j’écris. Qui ça va intéresser à part moi ? C’est ma deuxième expérience d’écriture un peu personnelle. On se pose davantage la question dans ce cas que quand on écrit de la fiction. Avec les retours que j’ai sur ce livre, je me rends compte que les thèmes que j’évoque à des degrés divers sont assez universels et trouvent des échos.

Le seul proche que vous n’avez pas interviewé, c’est votre père…

Ça n’était pas possible d’interviewer mon père pour des raisons personnelles. En tout cas, j’ai estimé qu’il ne pouvait pas apporter un regard objectif sur ma mère. Et puis, malgré tout, par loyauté pour lui, je n’ai pas voulu non plus interroger les autres hommes qui ont traversé la vie de ma mère. Si sa vie d’épouse m’aurait intéressée, celle d’amante, pas du tout. Ce n’est pas quelque chose que j’aurais pu traiter.

Il n’y a aucune révélation de ce qu’il se passait quand vous alliez chez votre père, les relations que vous aviez avec lui… vous écrivez juste que ce n’était pas facile, mais sans en expliquer les raisons.

C’est le livre dans le livre. C’est le livre qui ne pouvait pas s’écrire. S’il reste un non-dit, c’est celui-là. Il est de taille, je vous l’accorde, mais je ne pouvais pas l’écrire.

Je n’ai pas beaucoup vu le bonheur familial dans ce livre, plutôt le désastre et le gâchis.

Pour ce livre, les gens sont plus ou mois sensibles à la lumière qu’ils y trouvent. Certains m’ont dit avoir vraiment ri, reconnu des choses de leur propre famille… et j’aime à dire que c’est un livre lumineux parce qu’il est question de famille, mais aussi d’amour. Parce qu’il y a de l’amour dans tout ça !

Parlons de Liane et Georges, les parents de Lucile.

Liane est avant tout une femme de sa génération. Elle a connu l’époque ou une femme n’avait pas le droit d’avoir un compte en banque et pas le droit de vote. Il y a ça aussi dans son histoire. Ma grand-mère avait une très forte personnalité, très forte à sa manière. C’est tout ce paradoxe qu’elle abrite. Elle a su et dû encaisser la mort répétée de certains de ses enfants, mais elle a su garder une vitalité, une gaité, une énergie absolument inattaquable.

Vous avez plus de mal à parler de son mari, Georges. Vous écrivez des choses dont on ne peut pas parler ici, ce serait dévoiler un peu trop l’histoire.

Ma position sur la relation qu’a eue Lucile avec son père entre de manière négative dans sa construction psychique. Ce n’est pas la seule raison. C’est aussi perdre 3 frères. Elle n’a pas bien vécu toute une succession d’évènements malheureux.

Vous vous êtes peut-être délestée d’un poids, mais j’imagine que votre famille aussi se sent plus « légère »… 

C’est difficile pour moi d’en parler parce que je pense que c’est à double tranchant. Je suis tentée de vous dire que, oui, ce livre était nécessaire, que ça remue les choses, en même temps, je ne peux pas nier que c’est compliqué pour eux. Entendre les commentaires que mon livre suscite, ce ne doit pas être évident. Les membres de ma famille font preuve de beaucoup d’intelligence en se disant : « on va y arriver, il faut faire avec ». Ils m’ont même demandé de leur faire savoir ce qu’il se passait autour du livre. Je ne peux que les remercier d’appréhender tout ça de la manière dont ils le font.

A un moment, avez-vous senti le besoin d’abandonner le projet ?

Oui, j’ai eu quelques moments de découragements. C’est surtout quand je me suis rendu compte à quel point je le payais physiquement. J’ai eu mal au cou, mal au dos… Je le décris dans le livre, j’espère avec humour. À un moment, je me suis demandé si j’allais y laisser ma peau.

delphine de vigan,rien ne s'oppose à la nuit,interview,prix du roman fnac 2011

Vous demandez vous comment vous êtes sortie de ce contexte/passé difficile ?

La seule raison qui fait que mes frères et sœurs s’en sont sortis, c’est qu’il y avait beaucoup d’amour entre nous. J’ai été quelqu’un d’aimé et c’est la base de tout développement et de tout équilibre. Concernant ma mère, j’ai l’intime conviction qu’elle nous aimait et que nous étions sa raison de vivre. C’est amour-là était parfois maladroit, parfois douloureux, parfois dangereux, mais c’était de l’amour.

Vous avez écrit ce roman aussi pour vos enfants ?

Oui, aussi. Ça fait partie des moteurs qui m’ont permis d’aller au bout. Je suis très heureuse que ce livre existe pour mes enfants. Même si les deux ne l’ont pas lu, c’est déjà un support de dialogue assez important. Ils ont 13 et 16 ans. Ma fille de 16 ans ne veut pas encore le lire, mais je sais qu’elle n’ignore rien de ce qu’il y a à l’intérieur. Je pense qu’elle perçoit très bien le potentiel de bouleversement que ça peut entraîner pour elle.

Et votre sœur ?

C’était la seule personne qui aurait pu m’arrêter, c’est d’ailleurs la seule personne qui a lu le manuscrit. Elle m’a demandé quelques tout petits changements sur des choses qui l’ont heurté, ce que j’ai fait. Je me sens extrêmement liée à elle. S’il est question dans ce livre de ma souffrance, je voulais qu’il soit aussi question de la sienne. Elle a été complètement solidaire de ce projet depuis le début.

La structure narrative de l’histoire, on y pense qu’on écrit une histoire si forte ?

On y pense tout le temps. Il ne fallait pas que cela devienne juste une confession intime. Pourquoi je passe de la première à la troisième personne… tout cela est volontaire et étudié. J’ai travaillé ce livre de manière obsessionnelle et j’ai eu beaucoup de mal à le lâcher. La langue que j’ai trouvée pour écrire ce livre-là, elle est au maximum de ce que je peux en faire. C’est un système qui se met en place pour chaque livre, qui a son propre vocabulaire, son propre rythme. Moi, je suis convaincue que l’on progresse en écrivant.

Avec la promo de ce livre qui vous attend, vous n’avez pas peur de saturer ?

Si, franchement, j’ai peur que ça devienne très lourd pour moi. Je viens de rentrer de vacances, je vous avoue que ce week-end, j’ai eu un moment de panique. J’ai parfois le sentiment, que je ne vais pas y arriver.

Vous êtes déjà sur le prochain livre ?

Je n’enchaîne jamais l’écriture de deux livres. Ça m’est absolument impossible. J’ai besoin de temps de jachère, de reconstruction entre deux romans. Après l’écriture de ce livre, je n’envisage rien. Je laisse passer un peu de temps avant d’attaquer d’autres projets, peut-être un peu plus légers. Je suis d’ailleurs en train d’écrire une comédie pour le cinéma. J’espère que le projet ira jusqu’au bout.

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Merci à Delphine de Vigan d'avoir le joué le jeu... avec gentillesse.

Ici, après l'entretien, le 30 août 2011, aux "3 Passages".