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28 septembre 2011

Valérie Bettencourt: interview pour "Sombre lagune"

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(Photo: Laure Jacquemin)

Cela faisait un moment que je croisais Valérie Bettencourt dans des salons du livre que j’animais. Longtemps, elle s’amusait à ne pas vouloir répondre à mes questions. (J’étais vexé comme un pou, soit dit en passant.)

Ce jeu a duré un moment, jusqu’à ce que je lise son deuxième roman, récemment.

Sombre lagune m’a fasciné par son étrangeté et son originalité. Là, j’ai arrêté de rigoler et je lui ai officiellement donné rendez-vous pour une mandorisation. Je ne lui ai pas donné le choix. (Bon, j’exagère un peu là !).

A la fin du mois d’août, nous avons déjeuné ensemble (et sournoisement, j’ai déclenché mon enregistreur tout petit et ultra discret… elle n’a rien remarqué.)

Sombre-Lagune1-212x300.jpgPrésentation de l'éditeur

Dans un monde ravagé par des catastrophes naturelles de plus en plus violentes, Venise commence à sombrer dans sa lagune. Toute la ville est évacuée en urgence. Mais d'étranges personnages sont restés cachés dans un somptueux palais gothique au cœur du sinistre labyrinthe vénitien : ils ont décidé de se laisser engloutir avec la cité et organisent des bals costumés dont le thème change de siècle chaque soir. Dans cette atmosphère baroque et onirique, Marie retrouve Laurent. Ils se sont croisés dix ans plus tôt et toute la vie de Marie en a été bouleversée. Laurent, lui, a totalement oublié cette brève rencontre. Chaque jour, Marie et les autres personnages sombrent un peu plus profondément dans la folie de leur sensuel univers d'amour et de mort. De bal en bal, elle donne à Laurent des indices pour qu'il se souvienne d'elle. Et s'il ne retrouve pas la mémoire, elle laissera Venise les emporter tous les deux. Ce roman a remporté la Plume d'Or romanesque du prix Plume Libre 2011 (Vote des lecteurs).

vb10.jpgBiographie de l'auteur tirée de son site officiel 

"Intermittente du spectacle" depuis près de trente ans, Valérie Bettencourt a été tour à tour comédienne dans de petits rôles au théâtre et au cinéma, assistante mise en scène sur des films, assistante en studio et sur des concerts dans la musique, et elle a aussi prêté sa voix à de nombreuses pubs en radio et télé...
Et puis il y a quinze ans, elle a commencé à écrire... des scénarios de courts et de longs métrages, des manuscrits de romans, des sujets de documentaires, des projets de série télé...
Elle a voyagé, aussi... parce que les voyages extérieurs inspirent les voyages intérieurs de l’écriture...
Bref, un parcours éclectique, qui lui donne envie de continuer à écrire dans tous les domaines et sous toutes les formes : roman, scénario, documentaire... peut-être un jour théâtre...

valérie bettencourt, sombre lagune, interview

(Photo: Davide Capelli)

Interview :

Tu montres une Venise qui est en train de disparaître de la surface de la Terre, mais tu décris aussi la ville telle qu’elle est aujourd’hui. Moins peut-être les clichés.

Quand on ne connait pas Venise, on a l’image des gondoles, de la place Saint-Marc, qui sont les deux clichés de la ville, mais dès que tu t’éloignes de ces endroits-là, il n’y a plus rien, plus de touristes en tout cas. C’est un véritable labyrinthe qui n’a rien à voir avec ce que l’on en connait.

Tu connais très bien Venise pour t’y être rendue de nombreuses fois… c’est parce que tu es amoureuse de cette ville que tu as décidé d’en faire l’héroïne principale de ton roman ?

En fait, la première version de ce roman, je l’ai faite en 1994. En un quart d’heure, cette histoire est arrivée dans ma tête, alors que j’étais tranquillement chez moi. Cette Venise qui s’effondre, tous les personnages avec leurs noms, la trame complète de l’histoire, tout m’est tombé dessus, je ne sais pas comment ni pourquoi… C’était complètement fou parce que je n’avais jamais mis les pieds à Venise, mais j’avais déjà une espèce de fascination inexplicable.

Quand tu as commencé à écrire, c’était quasiment de l’écriture automatique ?

Je ne suis pas un écrivain qui écrit tous les jours avec une discipline rigoureuse. Moi, je n’écris que quand j’ai de l’inspiration et donc, à chaque fois, ce sont des sujets qui s’imposent à moi. Donc, pour Sombre Lagune, je l’ai d’abord écrit comme un scénario, puis j’ai laissé un peu tomber cette histoire. Et, après, je suis allée à Venise. Là, ça a été le choc ! Je m’en faisais une telle idée que j’avais peur d’être déçu. Et bien, c’était encore plus incroyable que ce que j’avais pu imaginer.

Ca a remis en question le premier scénario ?

Oui. Je l’ai évidemment réécrit, puis j’ai laissé passer du temps. Après je suis allé à Katmandou, à Bénarès, au Caire, bref dans tous les lieux que j’avais décrits. Ensuite, j’ai compris que pour le cinéma, ça devenait compliqué et très cher. C’est là que j’ai eu l’idée d’en faire un roman. Une fois que le roman a été fait, je me suis remise au scénario. Je l’ai fait traduire en Anglais pour le marché international. Je ne désespère pas que Sombre lagune devienne un film un jour.

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Qu’est-ce que le maire de Venise pourrait penser de ton livre ?

Je n’en sais rien, mais c’est marrant ce que tu dis. J’aimerais vraiment lui envoyer pour qu’il le lise. Il y a aussi les associations pour sauver Venise. Car ce que je raconte n’est pas que de la fiction. Il y a des bases saines et réelles sur ce que je décris de l’état de Venise actuellement. Depuis que j’y vais, au fil des années, je vois qu’il y a de plus en plus de travaux de réfection partout. Dans ce livre, je lance aussi un cri d’alarme. Je dis qu’il faut faire attention à Venise et à la soigner avec les grands moyens.

Quel est le problème exactement ?

C’est un cercle vicieux. Il y a des bateaux dans la lagune, non seulement les bateaux de commerce qui vont au bord de Mestre, mais aussi des bateaux de tourisme plus haut que les palais. Ce sont carrément des minis villes. Et tout ça se promène dans la lagune qui n’est pas très profonde. Vous imaginez les ravages que ça peut faire ? Alors, là est le paradoxe. D’un côté, ça bousille tout, de l’autre côté, Venise vit du tourisme, donc il faut faire venir les gens pour qu’ils laissent de l’argent à la ville. C’est un peu la faute aux politiques. Venise à très peu de crédits de l’état. Ils versent tout à Rome, Venise est carrément délaissée. Donc, plus ça va, plus ils font appels à des sponsors privés. Il y a des gigantesques écrans de pubs partout dans Venise, qui permettent de récolter de l’argent et faire des travaux. Mais, mince ! Tu ne vois même plus le pont des Soupirs parce qu’il est envahi de pubs de partout !

Et les habitants, ils en pensent quoi ?

Ils le savent, mais ça les fait marrer quand tu leur dis que Venise va s’effondrer. Personne ne peut croire à une chose pareille. Pour eux, c’est la plus belle ville du monde et donc elle est immortelle. Ils sont super fiers de leur ville, à juste titre d’ailleurs.

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(Photo: Laure Jacquemin)

Dans ce roman, tous tes personnages sont excessifs dans les sentiments. 

Les personnages ont perdu pied avec la réalité, ils sont dans leur monde fantasmagorique et jouent à de drôles de jeux. Et puis ils savent qu'ils vont mourir dans quelques jours, alors tout ce qu'ils vivent prend des proportions démesurées. L'héroïne, particulièrement, va très loin, peut-être trop loin, dans ses sentiments et dans ses actes. C'est une sorte de "romantique" au vrai sens du début du 19eme siècle: le romantisme était un mouvement excessif et sombre, pas du tout rose et idyllique comme on le pense maintenant. Les romantiques étaient souvent alcooliques, désespérés et suicidaires. J'ai une passion pour Alfred de Musset, George Sand et toute cette époque...

Ryel est la clé de ton roman. C’est une espèce de chaman. Est-ce le personnage qui te ressemble le plus ?

Il ressemble surtout à des gens que j’ai connus. De temps en temps, dans le livre, il case des pensées qui viennent de maitres tibétains que j’ai connus.

Tu as épousé cette philosophie-là.

J’ai commencé à m’intéresser à cette philosophie en 2001, à la mort de mon père. J’ai un copain qui m’a conseillé de lire un bouquin qui s’appelle Le livre tibétain de la vie et de la mort  de Sogyal Rinpoché. Ça a été le choc intégral, un mois après, je suis parti dans le sud où il a un centre. J’ai suivi son enseignement. J’y ai rencontré des gens qui vivaient dans des monastères en Inde et j’ai fini par les rejoindre dans ce pays. J’ai passé pas mal de temps en Inde et au Népal notamment. Ca a été comme une évidence et tous les préceptes évoqués me correspondaient complètement. J’ai entendu qu’on a des choses à faire dans nos vies. Si j’ai un talent d’écriture, par exemple, c’est peut-être ça qu’il faut utiliser. Pas forcément finir dans un monastère.

Du coup, mine de rien, tu délivres des messages parcimonieusement et quelques enseignements initiatiques du tarot.

C’est le seul truc qui m’intéresse dans l’écriture. Je veux que ça apporte des choses et qu’il y ait des questionnements. Il faut que cela fasse réfléchir les lecteurs. Si c’est juste pour écrire des histoires, je m’en fous complètement. L’écriture doit être utile à la réflexion.

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Le 25 août dernier 2011 dans un restaurant parisien... (photo: un serveur).

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