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12 septembre 2011

Delphine de Vigan : interview de la lauréate du Prix du roman FNAC 2011

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Rien ne s’oppose à la nuit est un véritable choc. Je l’avais lu pour le chroniquer dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc. L’idée de la rencontrer m’avait traversé l’esprit… parce que je trouvais dans son livre beaucoup de résonances.

Beaucoup.

Du coup, lorsque j’ai appris que je devais l'interviewer pour ActuFNAC parce qu’elle était la lauréate du Prix du roman FNAC, je me suis dit que : "quand même, la vie..." (ce qui, certes, n'est pas une réflexion d'un grand intérêt, mais on ne choisit pas ce que l'on pense.)

Nous nous sommes donnés rendez-vous le 30 août dernier dans un bar parisien.

Elle m’avait dit 15h, j’ai noté 15h30.

Bien joué!

Je débarque donc avec une demi-heure de retard. Delphine de Vigan, tout sourire, ne m’en a pas tenu rigueur…  (le paradoxe de l'histoire, c'est que je suis arrivé à l'heure prévue, mais m'estimant en avance, j'ai lu sur un banc jusqu'à ce que l'auteure m'appelle pour me demander, avec diplomatie, si j'arrivais bientôt. Être là, mais ne pas l'être, telle est la question.)

L’entretien a duré une heure. En voici la substantifique moelle pour le journal de la FNAC (et un peu plus pour ce blog).

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delphine de vigan,rien ne s'oppose à la nuit,interview,prix du roman fnac 2011Le bonus mandorien (ce que vous ne lirez pas dans ActuFNAC...):

Rien ne s’oppose à la nuit est un livre qui parle à tout le monde.

J’ai l’impression. C’est toujours la question que je me pose quand j’écris. Qui ça va intéresser à part moi ? C’est ma deuxième expérience d’écriture un peu personnelle. On se pose davantage la question dans ce cas que quand on écrit de la fiction. Avec les retours que j’ai sur ce livre, je me rends compte que les thèmes que j’évoque à des degrés divers sont assez universels et trouvent des échos.

Le seul proche que vous n’avez pas interviewé, c’est votre père…

Ça n’était pas possible d’interviewer mon père pour des raisons personnelles. En tout cas, j’ai estimé qu’il ne pouvait pas apporter un regard objectif sur ma mère. Et puis, malgré tout, par loyauté pour lui, je n’ai pas voulu non plus interroger les autres hommes qui ont traversé la vie de ma mère. Si sa vie d’épouse m’aurait intéressée, celle d’amante, pas du tout. Ce n’est pas quelque chose que j’aurais pu traiter.

Il n’y a aucune révélation de ce qu’il se passait quand vous alliez chez votre père, les relations que vous aviez avec lui… vous écrivez juste que ce n’était pas facile, mais sans en expliquer les raisons.

C’est le livre dans le livre. C’est le livre qui ne pouvait pas s’écrire. S’il reste un non-dit, c’est celui-là. Il est de taille, je vous l’accorde, mais je ne pouvais pas l’écrire.

Je n’ai pas beaucoup vu le bonheur familial dans ce livre, plutôt le désastre et le gâchis.

Pour ce livre, les gens sont plus ou mois sensibles à la lumière qu’ils y trouvent. Certains m’ont dit avoir vraiment ri, reconnu des choses de leur propre famille… et j’aime à dire que c’est un livre lumineux parce qu’il est question de famille, mais aussi d’amour. Parce qu’il y a de l’amour dans tout ça !

Parlons de Liane et Georges, les parents de Lucile.

Liane est avant tout une femme de sa génération. Elle a connu l’époque ou une femme n’avait pas le droit d’avoir un compte en banque et pas le droit de vote. Il y a ça aussi dans son histoire. Ma grand-mère avait une très forte personnalité, très forte à sa manière. C’est tout ce paradoxe qu’elle abrite. Elle a su et dû encaisser la mort répétée de certains de ses enfants, mais elle a su garder une vitalité, une gaité, une énergie absolument inattaquable.

Vous avez plus de mal à parler de son mari, Georges. Vous écrivez des choses dont on ne peut pas parler ici, ce serait dévoiler un peu trop l’histoire.

Ma position sur la relation qu’a eue Lucile avec son père entre de manière négative dans sa construction psychique. Ce n’est pas la seule raison. C’est aussi perdre 3 frères. Elle n’a pas bien vécu toute une succession d’évènements malheureux.

Vous vous êtes peut-être délestée d’un poids, mais j’imagine que votre famille aussi se sent plus « légère »… 

C’est difficile pour moi d’en parler parce que je pense que c’est à double tranchant. Je suis tentée de vous dire que, oui, ce livre était nécessaire, que ça remue les choses, en même temps, je ne peux pas nier que c’est compliqué pour eux. Entendre les commentaires que mon livre suscite, ce ne doit pas être évident. Les membres de ma famille font preuve de beaucoup d’intelligence en se disant : « on va y arriver, il faut faire avec ». Ils m’ont même demandé de leur faire savoir ce qu’il se passait autour du livre. Je ne peux que les remercier d’appréhender tout ça de la manière dont ils le font.

A un moment, avez-vous senti le besoin d’abandonner le projet ?

Oui, j’ai eu quelques moments de découragements. C’est surtout quand je me suis rendu compte à quel point je le payais physiquement. J’ai eu mal au cou, mal au dos… Je le décris dans le livre, j’espère avec humour. À un moment, je me suis demandé si j’allais y laisser ma peau.

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Vous demandez vous comment vous êtes sortie de ce contexte/passé difficile ?

La seule raison qui fait que mes frères et sœurs s’en sont sortis, c’est qu’il y avait beaucoup d’amour entre nous. J’ai été quelqu’un d’aimé et c’est la base de tout développement et de tout équilibre. Concernant ma mère, j’ai l’intime conviction qu’elle nous aimait et que nous étions sa raison de vivre. C’est amour-là était parfois maladroit, parfois douloureux, parfois dangereux, mais c’était de l’amour.

Vous avez écrit ce roman aussi pour vos enfants ?

Oui, aussi. Ça fait partie des moteurs qui m’ont permis d’aller au bout. Je suis très heureuse que ce livre existe pour mes enfants. Même si les deux ne l’ont pas lu, c’est déjà un support de dialogue assez important. Ils ont 13 et 16 ans. Ma fille de 16 ans ne veut pas encore le lire, mais je sais qu’elle n’ignore rien de ce qu’il y a à l’intérieur. Je pense qu’elle perçoit très bien le potentiel de bouleversement que ça peut entraîner pour elle.

Et votre sœur ?

C’était la seule personne qui aurait pu m’arrêter, c’est d’ailleurs la seule personne qui a lu le manuscrit. Elle m’a demandé quelques tout petits changements sur des choses qui l’ont heurté, ce que j’ai fait. Je me sens extrêmement liée à elle. S’il est question dans ce livre de ma souffrance, je voulais qu’il soit aussi question de la sienne. Elle a été complètement solidaire de ce projet depuis le début.

La structure narrative de l’histoire, on y pense qu’on écrit une histoire si forte ?

On y pense tout le temps. Il ne fallait pas que cela devienne juste une confession intime. Pourquoi je passe de la première à la troisième personne… tout cela est volontaire et étudié. J’ai travaillé ce livre de manière obsessionnelle et j’ai eu beaucoup de mal à le lâcher. La langue que j’ai trouvée pour écrire ce livre-là, elle est au maximum de ce que je peux en faire. C’est un système qui se met en place pour chaque livre, qui a son propre vocabulaire, son propre rythme. Moi, je suis convaincue que l’on progresse en écrivant.

Avec la promo de ce livre qui vous attend, vous n’avez pas peur de saturer ?

Si, franchement, j’ai peur que ça devienne très lourd pour moi. Je viens de rentrer de vacances, je vous avoue que ce week-end, j’ai eu un moment de panique. J’ai parfois le sentiment, que je ne vais pas y arriver.

Vous êtes déjà sur le prochain livre ?

Je n’enchaîne jamais l’écriture de deux livres. Ça m’est absolument impossible. J’ai besoin de temps de jachère, de reconstruction entre deux romans. Après l’écriture de ce livre, je n’envisage rien. Je laisse passer un peu de temps avant d’attaquer d’autres projets, peut-être un peu plus légers. Je suis d’ailleurs en train d’écrire une comédie pour le cinéma. J’espère que le projet ira jusqu’au bout.

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Merci à Delphine de Vigan d'avoir le joué le jeu... avec gentillesse.

Ici, après l'entretien, le 30 août 2011, aux "3 Passages".

Commentaires

tut tut tut tut tut ! 30 mn de retard Mandor ! tu te rends compte ce que vit et pense une jolie jeune femme qui attend dans son coin ???
ceci dit, merci pour l'interview, il est beau son livre (et le titre aussi)

Écrit par : wictoria | 13 septembre 2011

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