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12 juillet 2011

Ariane Charton: interview pour "Marie d'Agoult, une sublime amoureuse"

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J’ai rencontré Ariane Charton le 16 juin dernier, dans un café littéraire où j'ai mes habitudes, afin d’évoquer son dernier livre en date, Marie d’Agoult, une sublime amoureuse. Cette spécialiste du romantisme narre la relation amoureuse entre elle et le compositeur Franz Liszt. Curieusement, cette liaison n’est pas aux antipodes d’une relation d’aujourd’hui. Les mœurs sont restées les mêmes malgré le changement d’époque. Il me semblait intéressant d’en savoir plus…

charton cover.jpg4e de couverture :

Une femme, grande aristocrate et mère de deux enfants, s’éprend d’un musicien plus jeune qu’elle et quitte tout pour lui. Ce pourrait être un roman, c’est une histoire vraie. Celle de Marie d’Agoult, maîtresse du génial Franz Liszt. Leur passion durera dix ans et verra naître trois enfants, dont la future Cosima Wagner.

Ariane Charton, spécialiste du romantisme, brosse avec ferveur ce portrait d’une femme qui osa vivre son amour jusqu'à l'absolu tout en restant une intellectuelle exigeante, soucieuse de défendre ses idées politiques et féministes. Par les élans de son cœur comme par ses préoccupations, cette comtesse romantique nous parle toujours aujourd’hui.

Précision sur le site de la maison d’édition :

Ariane Charton analyse cette liaison célèbre pour montrer que Marie d’Agoult a été bien plus que la mère des enfants de Liszt, dont la fameuse Cosima, future Mme Wagner. Elle fut aussi une inspiratrice pour un jeune musicien qui sans elle n'aurait jamais vécu et composé ses magnifiques Années de pèlerinage. Si Marie incarne à merveille certaines valeurs féminines faites de douceur et d'hypersensibilité, elle a eu aussi à cœur de montrer, par ses écrits, que la femme devait conquérir  une place dans la société. Être une alliée pour l'homme non une esclave. Marie d'Agoult a été une féministe romantique qui mérite  sa place au côté de George Sand et de Simone de Beauvoir, deux autres grandes amoureuses éprises aussi de liberté et d'absolu.

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorL'auteure :

Ariane Charton s’est spécialisée dans l’étude de l’époque romantique. Elle a publié Le Roman d’Hortense (Albin Michel, prix littéraire de la ville de Mennecy 2010), consacré à Hortense Allart, la dernière maîtresse de Chateaubriand et a établi l’édition de la correspondance amoureuse entre Marie Dorval et Vigny (Mercure de France, coll. Le Temps retrouvé). Elle est aussi l’auteur de pièces radiophoniques et d’une anthologie, Cher papa, les écrivains parlent du père (J.-C. Lattès).
En 2010, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, elle a publié une biographie d’Alfred de Musset (Gallimard, coll. Folio biographies).
En 2011, elle publie Marie d’Agoult, une sublime amoureuse (éditions Kirographaires).

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorInterview:

Marie d’Agoult/Franz Liszt, c’est une histoire d’amour finalement très moderne.

Marie d’Agoult et Franz Liszt sont l’incarnation d’un couple. Ils représentent les constances des relations amoureuses entre un homme et une femme. La passion amoureuse ne change pas avec les époques.

Marie d’Agoult est une femme en avance sur son temps.

Elle fait partie des féministes un petit peu romantiques, comme George Sand, comme Hortense Allart, c'est-à-dire des femmes qui assument leur destin et qui écrivent aussi pour que d’autres femmes se libèrent et réfléchissent à une autre société où la femme aurait plus de place.

Elle était supérieurement intelligente par rapport à la moyenne…

Elle était plus douée que Georges Sand, qui d’ailleurs avouait elle-même qu’elle n’avait pas fait énormément d’étude. Marie d’Agoult lit et parle très bien allemand et anglais, elle lit l’italien, elle est capable de tenir une conversation avec un philosophe allemand comme avec un écrivain français. Elle ressent d’ailleurs une petite pesanteur de cette culture.

Est-ce une des raisons pour lesquelles elle était tant jalousée ?

Ce qui a été écrit sur elle n’a pas toujours été très sympathique, c’est vrai. Au profit de Liszt d’ailleurs. Bon, son caractère y était aussi pour quelque chose. Elle était par moment assez froide, assez rigide, avec un comportement d’aristocrate. Paradoxalement, elle défend des valeurs démocratiques. Elle a écrit par exemple un livre sur la révolution de 1848. Littérairement, c’est vrai qu’elle réussit moins bien que George Sand, or, elle avait des prétentions, du coup, on l’a traitée de prétentieuse. Je pense qu’il y a un ensemble de malentendus à son égard. Elle n’a rien fait pour les dissiper, considérant qu’elle devait être prise comme elle était et qu’elle n’avait pas besoin de faire sa propre promotion.

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorS’il fallait simplifier, Marie d’Agoult passait pour la méchante et Franz Liszt pour le gentil?

Je pense que dans le cas d’un artiste homme qui est avec une femme qui a sacrifié beaucoup, sans vouloir faire la féministe exacerbée, on donnerait plutôt raison à l’homme qui est un artiste. Marie d’Agoult s’est plus sacrifiée pour Liszt que lui ne s’est sacrifié pour elle.

Dans cette relation, il y a un mélange de mysticisme, de culture, de sensualité, voire de sexe. Est-ce paradoxal qu’il y ait tout cela ?

C’est étrange parce que dans les autres liaisons romantiques que j’ai étudiées, il y avait quelque chose de moins complexe, de plus unifié. Avec eux, il y a un mélange de quelque chose de sublime, de chose très terre-à-terre, de sensualité et d’esprit. C’est peut-être lié à leur personnalité et à leur orgueil. Ce sont deux êtres très orgueilleux qui rivalisent d’esprit pour s’imposer l’un à l’autre.

Ils voulaient que leur amour approche le divin…

Marie d’Agoult représente un peu  pour Liszt la muse divine et elle, elle rêve une solitude à deux qui rendrait leur amour unique et divin.

Marie d’Agoult n’était pas très bien dans sa peau.

Elle est dépressive, elle a fait des tentatives de suicide. Elle a une lourde hérédité qui aurait beaucoup intéressé Zola parce qu’il y a beaucoup de suicides dans sa famille. Ça vient aussi de sa nature mélancolique allemande. Par moment, elle aurait toutes les raisons d’être heureuse, mais elle ressent tout de même toutes les pesanteurs de l’existence et elle a conscience d’empoisonner son entourage à cause de cet état.

Quelle est votre approche littéraire du romantisme ?

C’est d’utiliser les textes de l’époque, c'est-à-dire les correspondances, les journaux intimes, les témoignages des gens qui ont vécu cette époque précise. Pour plus d’exactitude sur ce qu’est vraiment le romantisme, je vais toujours vers les textes et documents de l’époque. C’est comme ça qu’on a une vision réelle d’une période.

Pourquoi vous êtes-vous penchée vers le romantisme ?

Nous sommes peu nombreux à nous intéresser à la littérature romantique, parce que c’est passé de mode. C’est aussi une époque sur laquelle on a beaucoup de lieux communs. On assimile le romantisme à quelque chose de fleur bleue, pour tout public, une histoire d’amour un peu naïve.

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ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorC’est quoi votre définition personnelle du romantisme ?

C’est compliqué. Je ne peux pas vous en donner une claire et nette. Même dans la liaison entre Marie d’Agoult et Frant Liszt, il se pose un tas de problématiques par exemple sur la démocratie, l’art dans une société qui devient industrielle et capitaliste. À partir de cette histoire d’amour, c’est au fond réfléchir  sur une époque qui ressemble beaucoup à la nôtre et qui l’annonce. Les problématiques des écrivains  et des artistes à l’époque romantique sont les mêmes que ceux qu’ils connaissent aujourd’hui… à un niveau plus mondialisé et plus industriel, mais c’est la même chose. C’est une période qui a beaucoup à nous dire sur le monde d’aujourd’hui et que l’on devrait étudier sans a priori.

Qu’a-t-elle à nous dire, cette époque ?

Elle doit nous apprendre à relativiser sur aujourd’hui. Ce n’était pas mieux avant. Par exemple, le problème de la place de la littérature qui devient un produit commercial, ce n’est pas nouveau. Dans « L’illusion perdue » de Balzac, quelqu’un dit à un jeune homme : « si vous voulez réussir en littérature, il faut écrire quelque chose qui se vend, pas quelque chose de beau » C’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui. Le pouvoir de la presse aussi. Il peut être très bon et avoir des effets pervers, c’était les prémices de cela lors du romantisme. C’est toute une société moderne qui se met en place à cette époque-là.

Vous-même, vous sentez-vous bien en 2011 ?

Pour un certain nombre de conforts matériels, c’est plus agréable de vivre aujourd’hui qu’en 1830, mais intellectuellement, j’aurais préféré vivre à cette époque-là. J’aurais aimé croiser Musset, Liszt, Chopin…

Je sais que vous n’aimez pas cette question, mais franchement, c’était mieux avant ?

(Silence). Oui (silence). Oui, sans doute.

Vous arrivez facilement à vous extirper de la fin de l’écriture de vos livres ?

C’est toujours très difficile de finir un livre. À la fois on est content quand on voit qu’il est publié parce que c’est l’aboutissement d’un travail  et en même temps, c’est au fond s’en arracher un peu.  Après, il ne vous appartient plus complètement. On est obligé de  se séparer d’un personnage avec lequel on a vécu des semaines, des mois, voire des années.

Vous vous sentez proche des femmes dont vous racontez la vie ?

Oui, déjà parce que lorsque l’on vit avec quelqu’un, même de cette façon-là, on arrive à voir et avoir  des affinités. Dans la vie d’Hortense Allart que j’ai racontée dans un roman, j’ai comblé les trous « historiques » en mettant beaucoup de moi-même, tout en respectant le fil de son existence. J’ai plus accentué les moments mélancoliques de son existence, plutôt que les moments d’énergie et d’indépendance.

Comment est venu ce goût pour cette période ?

J’ai commencé à m’y intéresser au lycée. J’avais un bon professeur qui nous avait fait apprendre par cœur « Le Lac » de Lamartine en entier, en seconde. Il aimait beaucoup Chateaubriand. Il m’a vraiment donné envie de lire des textes. Moi, le premier, c’était Musset. Mon intérêt pour la période romantique provient donc à la fois d’un bon professeur et d’un environnement familial favorable. De plus, faisant du piano, je connaissais le répertoire romantique, notamment Chopin et de Liszt…

Vous animez des « mercredis littéraires ».

Je les organise et présente avec Lauren Malka. Au fait, au lieu d’inviter des romanciers, on a choisi de mettre en valeur le patrimoine français ou étranger et d’inviter, soit des essayistes, soit des personnes ayant fait une édition d’œuvre un peu ancienne. Nous avons abordé des thèmes comme les parents d’écrivains, le centenaire de Gallimard, les fables ou encore, les écrivains et la bible…

Vous travaillez sur quel personnage « romantique », en ce moment.

Je termine ma biographie de Debussy. 

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A découvrir, le blog d'Ariane Charton. A son image...

"Les âmes sensibles" ne doivent surtout pas s'abstenir!

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