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22 juin 2011

Rodrigue : interview d'un fabriquant d'imaginaire (libertaire)

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Je ne me lasserai jamais de découvrir de nouveaux artistes (et par la même occasion, de faire découvrir). Ceux qui tournent depuis quelques années, qui parfois ont déjà un large public (ou pas), mais qui n’ont toujours pas la notoriété qu’ils méritent. Par le biais de son attachée de presse, Flavie Rodriguez, j’ai écouté les deux albums d'un certain Rodrigue, que je ne connaissais pas du tout. Je suis aussi allé voir toutes sortes d’articles et de vidéos le concernant. Et je suis tombé sur une émission d’LCI dans lequel il était invité par Michel Field... l’artiste autant que l’être humain (mais est-ce indissociable ?) m’ont intéressé.

Il n’en a pas fallu plus pour que nous calions un rendez-vous le 13 mai dernier dans un bistrot parisien.

rodrigue, interview, l'entre-mondesVoici la biographie (copié/collé sur sa page Facebook):

Rodrigue, c’est une ode aux illuminés, à l’évasion, à la liberté.
Il a acquis ses lettres de noblesse en concert par un sens audacieux de la mise en scène.
Là, l’artiste interpelle et vient secouer nos âmes pour les éprouver.
De la pop française axée sur « l’idée », rageuse, éléphantesque ou impromptue, dopée à la folie, furieuse, ingénieuse ou ingénue.
Rodrigue est un fabriquant d’imaginaire où pourtant notre réalité ne cesse d’être questionnée en filigrane.
Un premier album en 2008 chez PIAS, une centaine de dates et un dvd sorti en 2009,
Rodrigue soigne maintenant l’éclosion de son deuxième album "L’Entre-Mondes" (sorti le 14 Mars dernier.)
De la chanson rock avec un côté théâtral décalé.

Pour en savoir plus:

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Interview:

rodrigue,interview,l'entre-mondesJ’aime bien quand un artiste à son propre univers. Ce deuxième album, L’Entre-Mondes, est la suite logique du premier, Le jour où je suis devenu fou.

Oui, il y a toujours une moitié « pop » et une moitié « chanson à histoire »  qu’on peut assimiler à du conte ou du théâtre. Mais le style s’apparente plus à ce que font les Anglo-saxons que ce qu’on entend dans la chanson française actuelle. J’aime bien raconter des histoires et quand je raconte des histoires, je fais en sorte qu’elles se déroulent comme dans un film. Du coup, je ne m’impose pas de règles de durée ou autres.

Tu as un imaginaire hyper développé. Il te vient de lectures de jeunesse.

C’est vrai que j’ai beaucoup plus d’influences littéraires que musicales. La première chanson de l’album, « Square Morrison », parle d’une troupe de théâtre avant tout, mais il y a plein de clins d’œil littéraires. J’adore Desnos par exemple, Vian aussi, tous les courants surréalistes. À travers des images, ils arrivaient à faire passer des idéesbeaucoup plus dures.

Tu considères que ton travail est proche du surréalisme ?

Pour moi, le surréalisme, ça peut être allié au psychédélisme des années 60/ 70, la deuxième période des Beatles que j’aime vraiment beaucoup. J’aime bien aussi le travail de quelqu’un comme Tim Burton. En fait, je me sens proche des allumés.

Toi, sur scène, tu es complètement barré !

En tout cas, j’espère donner quelque chose de différent. J’aime bien faire dans mes albums quelque chose de très pop, de très cadré et puis monter sur scène avec un costume, une bougie et d’essayer de rentrer en inter action avec le public. J’ai envie qu’à un moment, le spectateur ne soit pas là que pour voir de la musique, je veux leur proposer du spectacle vivant.

Tu as deux formules de spectacle, il me semble…

En fait, j’ai deux spectacles.  Un, un peu « unplugged ». Ce set-là, je l’ancre dans la réalité. J’ai enlevé ce qui était un peu « rêve » et je l’ai plutôt conçu comme un voyage. J’ai un autre set, électrique, celui-là. Là, j’essaie plutôt de rentrer dans l’imaginaire et de donner un lien par rapport aux chansons.

Dans ton nouvel album, il y a une retranscription de ce que tu faisais sur scène…rodrigue,interview,l'entre-mondes

Il y a peu de compromis sur l’album par rapport à une structure radiophonique. Il y a un moment, je veux la rupture parce que pour moi, elle a un vrai sens. Si je ressens quelque chose à faire musicalement, je ne m’interdis rien. J’aime le côté : «  Tiens le pont arrive, mais le pont est totalement différent de la chanson ! ».

J’ai lu tes textes sans musique. Ça le fait bien !

Merci, c’est un compliment. Il y avait une sorte d’introspection dans tous mes premiers textes. Au bout d’un moment, on a envie de parler d’autre chose de plus pertinent, sans être démago non plus.

Au fond, tu es un chanteur libertaire.

Ce terme-là, je le revendique. La liberté est dans tout mon album. Mais si je dois dire quelque chose d’engagé, je n’aime pas le dire frontalement. Souvent, c’est sous le texte, il faut gratter.

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Un artiste sert à rêver, mais penses-tu qu’un artiste sert aussi à faire réfléchir son auditoire ?

Moi, c’est comme ça que j’envisage ce métier. Des chansons doivent au moins exprimer des nouvelles visions du monde, apporter de nouvelles informations pour pulvériser les œillères de tout le monde. L’art apporte des liens entre  les gens, j’en suis persuadé.

Ta conception du métier est originale. Comment te sens-tu dans ce milieu ?

Malheureusement, j’ai tendance à être considéré comme assis le cul entre 10 chaises. J’aime bien la chanson, le rock, le théâtre et je ne suis pas typiquement tout ça. Moi, ce que j’aime bien, ce sont les mariages des genres. Mon disque est un disque de partage, que ce soit avec les graphistes ou les musiciens. Il y a même trois textes qui ne sont pas de moi…

Tu casses les barrières comme nul autre.

Avec mon réalisateur, on s’est dit que, soit toutes les chansons allaient être dans le même moule, soit elles allaient toutes être différentes. J’ai trouvé ça beaucoup mieux de donner à chaque chanson son univers. 

rodrigue,interview,l'entre-mondesComment travailles-tu ?

Toutes les chansons ont été enregistrées en même temps, mais j’avais déjà en l’idée que cette chanson-là serait rock, cette chanson-là serait folk, cette chanson-là aurait un univers années 20 et celle-là électro rock. Les textes ont été écrits entre 2007 et 2010.

Les textes ne sont pas frontaux, il y a beaucoup de poésie.

 Je n’aime pas si tout le travail est mâché. Je veux laisser la place à l’imagination. Il faut que l’auditeur fasse le chemin pour aller dans votre univers, pour qu’il soit en adéquation avec l’œuvre de l’artiste.

Quand on te voit, là, tu sembles très sage. Ce n’est pas le même homme que j’ai vu sur scène.

Dans mes chansons, il y a des histoires de clés et de serrures. C’est évident, je cherche à me libérer de quelque chose. J’aime bien être à mi-chemin entre le théâtre et la musique, entre le rock et la chanson.

Tu évoques Peter Pan dans « Square Morrison ». Est-ce qu’il faut avoir le syndrome de Peter Pan pour faire ce métier ?

Il faut avoir une part d’insouciance en tout cas. Il faut être peut-être un peu torturé, avoir des choses à dire, à ressentir, avoir envie de partager ce qui nous indigne. Ca n’a rien à voir avec la jeunesse physique. L’important, ce n’est pas d’être bien dans le monde, c’est d’être bien dans sa peau.

Faut-il que tu sois dans un état particulier pour créer ?

J’ai besoin d’être mal dans ma peau pour écrire et bien pour monter sur scène. La scène c’est vraiment un moment de plaisir. Je ne stresse pas, je n’ai pas peur, j’ai juste envie d’y aller !

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Te sens-tu compris par rapport à ton œuvre ?

J’ai l’impression que je travaille pour toute une discographie. Petit à petit, je rencontre un public qui est intéressé par ce que je fais et ce que je dis. Je n’arrive pas à me dire que j’ai déjà un public, mon public, mais quand même un peu dans le nord. Je suis nordiste.

Y a-t-il des gens qui font le même métier que toi, avec lesquels tu te sens proche ?

Des gens comme Jacques Higelin ou Ange, je ne me sens pas aux antipodes de ce qu’ils font, même si je ne suis pas fan, fan. J’ai en tout cas beaucoup de respect pour eux. Par contre, il y a des gens que j’aime beaucoup, mais qui n’envisagent pas le métier de la même façon que moi. Batlik, par exemple ou encore Thomas Fersen. En rock, j’aime bien Eiffel. Je suis très Beatles, sinon. Dans ma jeunesse, j’étais très les Guns, Metallica, Nirvana… j’ai eu aussi ma période Daft Punk et j’écoutais beaucoup de techno.

Jean-Jacques Goldman a écouté ton album…

Oui par l’intermédiaire d’une fan à moi qui a des liens avec lui. Il a répondu 10 lignes. J’ai beaucoup apprécié ce qu’il a écrit parce que c’est exactement ce que je pense. En gros, il disait : « On ne peut pas savoir ce qu’avait les Beatles ou ce qu’avait les Rolling Stones. La musique n’est pas qu’une question de talent, c’est à un moment réussir à être séduisant et désirable par rapport à l’ensemble de la profession ». Être désirable, c’est peut-être encore ce qu’il me manque aujourd’hui.

Son clip de "Square Morrison"...

Et hop! Rodrigue, en flagrant délire de lecture essentielle!

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Commentaires

Pour avoir croisé Rodrigue sur la Scène du Nord je vous conseille de le voir ABSOLUMENT en live! On embarque pour un vrai show et c'est très agréable!!!

Écrit par : Chloé | 22 juin 2011

Rodrigue, c'est un monde, un univers, un voyage que l'on peut faire juste en fermant les yeux... Je ne me lasse pas de le voir "grandir" sur scène, de voyager dans son Entre -Mondes et de me perdre dans ses mots.
Je suis encore surprise de pas l'entendre sur les grands ondes quand parfois mes oreilles se font agresser par un truc "archi" commercial et déjà entendu.... Patience, patience, sure qu'un jour proche ça se produira!...
Bref, un seul conseil aussi : A ÉCOUTER ET A VOIR ABSOLUMENT !!!

Écrit par : C-line | 25 juin 2011

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