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15 juin 2011

Dominique Dyens: interview pour "Intuitions"

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La question de l’amour dans le temps, voilà un questionnement pour le moins universel.  Les conflits de génération, les équilibres familiaux qui s’effondrent, les fantômes du passé (pas si lisse que ça) qui ressurgissent, les grains de sable qui se glissent dans un quotidien trop beau pour être vrai. Mais aussi, la lassitude, le délaissement, l’usure du couple, l’adultère, les faux semblants… autant de sujets que l’on retrouve constamment dans l’œuvre de Dominique Dyens.

J’aime lire cette auteure.

Nous nous sommes rencontrés le 6 juin dernier, à l’occasion de la sortie de son 5e roman, Intuitions (Editions Héloïse d’Ormesson). Les lecteurs assidus de ce blog  le savent bien, ce n’est pas la première fois qu’elle apparaît ici, mais c’est la première « vraie » mandorisation.

cover dyens.jpg4e de couverture :

Un pavillon cossu dans une banlieue résidentielle, de belles situations, des enfants superbes : les Royer semblent comblés. Mais lorsque leur fils annonce par SMS son prochain mariage, l’image de la famille idéale se fissure. Guidée par une intuition paranoïaque, Nathalie, mère protectrice, décide de mener une enquête sur sa future belle-fille et d’infiltrer son intimité, au risque de faire voler en éclats une vie bien rangée. Car, chez ces gens-là, renoncer à sauver les apparences, c’est se mettre en péril.
Avec un sens aigu du suspense et une délicieuse ironie, Dominique Dyens craquelle le vernis lisse du microcosme bourgeois et épingle ses valeurs et ses bonnes manières.

L’auteur :

Si la femme est le sujet Dominique Dyens, elle n'avait jamais écrit de texte à l'humour aussi débridé que son Éloge de la cellulite et autres disgrâces (2006). Avec Délit de fuite et Intuitions, elle renoue avec le suspense psychologique qui fit le succès de son premier roman, La Femme éclaboussée. Elle vit à Paris.

Dyens-Dominique-06.jpgOn vous considère comme une spécialiste du suspense psychologique. Cela vous convient-il?

Le premier roman que j’ai publié, La femme éclaboussée était déjà du suspense psychologique.  C’est le seul livre dans lequel il y eu un meurtre et donc, où il y a intervention de la police. Mais, en règle général, mes livres ne sont  ni des polars, ni des thrillers. Spontanément, je me suis rendu compte que je faisais quelque chose entre le thriller psychologique et la peinture de société.

Comment définissez-vous votre style ?

Il m’a fallu sortir six livres pour constater que j’ai un style, alors que je croyais que j’écrivais très différemment, d’un livre à l’autre. J’ai toujours trouvé idiot de prétendre que, finalement, un auteur écrit le même livre toute sa vie. Mais avec le recul, je suis obligée de reconnaître que ce n’est pas si éloigné de la réalité. Moi, j’ai des thématiques qui reviennent régulièrement. Je me sens bien dans le drame bourgeois et le drame psychologique.

Vous dépeignez avec beaucoup d’ironie le dérèglement d’un couple. Pourquoi aimez-vous gratter, aller voir ce qui se cache derrière les façades d’un couple?

Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fascine. Si on me demandait de faire un vœu, je crois que je demanderais à être transparent un petit moment et savoir comment vivent les gens. Comme tous les romanciers, j’adore observer les gens, imaginer leur vie. Je m’invente complètement des histoires sur les gens que je croise. Je ne m’ennuie jamais. J’aime partir d’une situation lisse, parce que ça cache toujours quelque chose de louche. Un couple qui ne s’engueule jamais par exemple, à mon avis, ce n’est pas sain.

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Le couple Royer implose à cause des non-dits et d’un secret de famille.

Il y a toujours des petits secrets de famille. Dans la mienne, il y en a un qui me concernait, mais je l’ai su très vite dans ma jeunesse et ce n’était pas du tout traumatisant.  Il y a beaucoup de gens qui cultivent les non-dits et les secrets de famille et qui ne se rendent pas compte du mal que ça peut faire, même sur plusieurs générations. Ce n’est pas tant que les gens connaissent la vérité, c’est le fait de sentir qu’il y a une chape de silence et quelque chose qui plane au-dessus de leur entourage. Ils devinent des choses et l’interprétation qu’ils en font est parfois pire que la vérité. Je prône vraiment le dialogue. Je ne prône pas l’explication à tout prix. On n’est pas obligé de tout expliquer, mais dialoguer c’est permettre l’ouverture et d’entendre ce que dit l’autre.

Nathalie et Patrice Royer ne dialoguent pas du tout. Parlez-moi de Nathalie, la mère de famille et l’épouse fragile ?

Elle est insatisfaite de sa vie. Son mari ne la désire plus du tout, ne la touche plus depuis des années. Elle n’a jamais été très portée sur la chose, mais avec les années, ses sens s’éveillent.  On sent, en tout cas, que c’est une femme fragile. Dans tous mes romans, il y a et il y aura une femme fragile ou fragilisée par quelque chose dans sa vie. J’aime quand il y a une petite brèche dans laquelle s’engouffrer.

Et Patrice, son mari ?

L’adultère, c’est très romanesque, donc, oui, il a une maîtresse. Il ne se pose pas de questions du moment que les apparences sont sauves. Il est un peu lâche, pas très sensible et égoïste.

Mais est-ce que sa femme l’a rendu heureux ?

Très bonne question. J’aime bien que mes personnages soient complexes. On est tous fait avec plusieurs facettes. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas le seul fautif de cette situation. 

Pourquoi Grégoire, le fils Royer, annonce-t-il son mariage avec Gala par SMS ?

C’est volontaire. C’est une famille qui manque de chaleur et lui, c’est un garçon qui rêve  d’échapper à sa condition. En même temps, comme par hasard, il va rencontrer une fille qui est exactement du même milieu que lui. Il la rencontre à New York, alors que les parents de la jeune fille  habitent à quelques kilomètres de ses parents à lui.

Les doutes et la peur de Nathalie commencent lors du repas de présentation aux parents des deux futurs mariés.

A un moment donné, Nathalie apprend par hasard que les parents de Gala ont habité à Bois-Joli pendant plusieurs années. La famille Mallet de Puysere élude toutes les questions sur cette période.  Elle ne sait pas ce qu’il se passe et surprend le regard de Gala. Ce regard lui fait penser à quelque chose. Elle l’associe clairement au mal et au danger. Cela éveille en elle une terreur profonde. La mémoire de Nathalie n’est pas une mémoire de fait, mais une mémoire de sensation.

dominique dyens,interview,intuitionsVous êtes toujours souriante, charmante, bienveillante à chaque fois que je vous croise. Et vous écrivez des livres très noirs… c’est le paradoxe des écrivains.

Je suis très gaie comme ça, mais je suis quelqu’un de très inquiet de nature. Mes personnages sont toujours borderline. Je suis persuadée qu’on a tous un potentiel de folie en nous et que si on n’a pas une structure personnelle, familiale, amicale… un terrain un peu solide, on peut tous basculer de l’autre côté. Je suis fasciné par la folie.

Avant d’être écrivain, vous exerciez quel métier ?

Quand j’étais jeune, j’étais directrice de la publicité de la presse jeune chez Hachette Filipacchi. Il y avait OK !, Salut, Podium et Jeune et Jolie. J’ai aussi travaillé dans la presse professionnelle, sur les voyages d’affaires, des choses comme ça…  J’ai donc eu une vie professionnelle pendant 17 ans. Un jour, je n’en pouvais plus. J’ai tout lâché. Parfois, on prend des décisions liées à la tranche d’âge dans laquelle on pénètre. Il fallait que j’arrête ce travail, c’était vital, sinon je crevais. Je me sentais devenir vieille. Le marketing et le commerce, c’est un métier qui use jusqu’à la corde. Et puis, au fond de moi, j’ai toujours eu envie d’écrire. Quand j’ai été enceinte de mon troisième enfant, j’ai tenté le coup avec La femme éclaboussée. Et ça a marché.

Comment vivez-vous votre vie de femme écrivain?

Je pense que dans ce métier, on n’est strictement rien. La chose positive, c’est quand on sait que l’on apporte du plaisir aux gens. Dans la vie, il ya les métiers utiles et il y a les métiers inutiles. Quand j’étais dans la pub, je faisais un métier inutile qui ne faisait que susciter les besoins. La question c’est : "quand tu es artiste, est-ce que tu fais un métier utile ?" Après réflexion sur le sujet, j’en ai tiré la conclusion que oui, parce que tu donnes quelque chose. Un jour une femme est venue me voir lors d’un salon du livre et m’a dit : « Écoutez, votre livre m’a sauvé ».  J’étais bouleversé.

dominique dyens,interview,intuitionsDans Thé ou Café, Tatiana de Rosnay a présenté votre livre. Sacré coup de pub !

Extraordinaire ! Ça m’a touché à un point... Je pourrais presque en pleurer en y repensant, c’est idiot. Je sais que Tatiana aime beaucoup ce que je fais et c’est réciproque.  Nous avons des champs très proches dans nos thématiques, dans la façon d’aborder les drames et les femmes que nous évoquons. Avant d’être dans la même maison d’édition, nous suivions nos carrières littéraires respectives, mais nous nous sommes connues assez tard finalement. Ce qu’elle a fait dans Thé ou Café, c’était d’une grande générosité. J’étais bouleversée par cette marque d’amitié. Elle m’a donné quelque chose par cet acte.  Je ne m’y attendais pas du tout. Il y a très peu de gens avec une telle notoriété qui auraient fait ça. Tatiana est resté comme elle était avant le tourbillon Elle s’appelait Sarah, je ne sais pas comment elle fait. Avoir autant les pieds sur Terre et garder autant de simplicité, c’est assez bluffant.

D’autres livres déjà en préparation après Intuitions ?

Là, je vais sortir un recueil de nouvelles pour adolescents chez Thierry Magnier/Actes Sud. Il va s’appeler Par cœurs. J’aimerai aussi beaucoup écrire pour le cinéma. Quant à mon prochain roman, il commence à couver dans ma tête.

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Commentaires

Belle rencontre. J'adore les livres de Dominique qui est une personne absolument adorable :-)

Écrit par : Marie-Laure | 16 juin 2011

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