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14 juin 2011

Rachel des Bois : Interview pour la sortie de "Un peu plus à l'ouest"

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Dans les années 90, j'avais beaucoup apprécié la provocante, farouche, et aiguisée Rachel des Bois. 2 albums au compteur et des prix d’importance tels que : Révélation féminine de l’année aux Victoires de  la Musique en 1995, Grand Prix de l’Académie Charles Cros, Grand Prix de la Ville de Paris…etc.

cover rachel.jpgRachel des Bois sort aujourd’hui son troisième album intitulé Un peu plus à l’Ouest. Sa voix s’est faite plus blues et les guitares plus rock. Aujourd’hui, elle chante « la monogamie sans illusion mais sans faiblesse, elle regarde droit au fond des sentiments ». Rencontre avec l’incisive Rachel des Bois, le 9 juin dernier, dans un cagé cuturel parisien, quelques jours avant son concert à la Maroquinerie (mercredi 15 juin 2011).

Pourquoi as-tu décidé de revenir 15 ans après?

C’était vital. J’ai essayé plusieurs fois de revenir, mais à chaque fois, je suis tombée enceinte. C’est un truc de fou ! Après mon deuxième album, quand ça s’est arrêté avec Barclay, je suis revenu 3 ans plus tard, 5 semaines au Sentier des Halles et j’ai beaucoup tourné avec « le chaînon manquant »… 300 dates dans l’année.

Bon, après, il fallait aussi que tu gagnes ta vie correctement.

Oui, c’est pour ça que j’ai commencé à coacher des acteurs qui devaient chanter dans des films. Après, j’ai fait de la formation professionnelle. C’est une époque où je me sentais très équilibrée. Je vivais une vie plus normale que lorsque ça marchait bien pour moi. Et puis, il y a toujours un moment où je commence à avoir une suractivité cérébrale, qui est également le moment où j’ai envie d’aller chanter.  Chanter moi, et pas de faire chanter les autres.

C’est le comédien Pascal  Elbé qui vous a incité à revenir dans le circuit.

Il m’a demandé un jour : « Rappelle-moi pourquoi tu ne chantes plus ? J’ai commencé à avoir le menton qui tremble et j’ai répondu : « Personne ne m’a appelé ». Il a rétorqué : « Rachelle, il faut se multiplier. Si tu ne chantes pas, écrit. Si tu n’écris pas, fais une mise en scène, mais tu as besoin de laisser ta créativité s’exprimer. »  Ce qu’il m’a dit est rentré directement dans le cœur. Parce que lui et Olivier Sitruk sont deux mecs qui m’ont toujours soutenu. S’ils sont tous les deux dans mon clip « Sorry My Love », ce n’est pas pour rien, ce sont mes frères. Après cette réflexion, en tout cas, je suis parti à New York et je suis revenue complètement électrisée, galvanisée. Ensuite, tout est allé très vite.


Pascal Elbe aime Rachel des Bois, et le fait... par Mediaholic

Dans les années 90, il y avait 3 femmes chanteuses guitare voix qui dépotaient : Toi, Clarika et La Grande Sophie. Aujourd’hui, elles sont pléthores, les filles « insolentes » qui chantent. Qu’est-ce que tu en penses ?

Au tout début, quand je me suis fait virer par Barclay, ça m’a ennuyé. J’ai senti une frustration, mais elle n’a pas duré. J’ai senti qu’il ne fallait pas que je bascule vers l’aigreur. Si j voulais refaire ce métier, à aucun moment, il fallait que j’ai de la rancœur envers ce métier. Quand je regardais certaines chanteuses, parfois même primées aux Victoires de la Musique, j’avais l’impression d’avoir ouvert une voie vers laquelle je ne pouvais plus me diriger.

Tu avais l’impression que ton retour était attendu ?

Pour le public d’aujourd’hui, je ne suis pas connu, mais j’ai une belle image.  Il y a un truc qui s’est bonifié avec le temps. Ce n’est pas grave s’il y a autant de temps qui est passé, il y a de jolies choses qui sont restées. Pour mon retour, je ne m’attends à rien et prendrai tout ce qui me tombera dessus.

Ce nouvel album a été élaboré et enregistré avec Kris Sanchez (guitariste du Cri de la Mouche, d’Ultra Orange ou de Tomahawk …)..

C’est une histoire d’amitié entre nous. J’admire son talent depuis longtemps. J’ai été le voir et je lui ai demandé de faire un album ensemble.  Au début, il a un peu rechigné, mais quand je lui ai expliqué quelle direction je voulais prendre, il a accepté. Ce que je faisais avant était rock par l’attitude, pas vraiment musicalement. C’était pop saupoudré de musique de l’est. Mes origines polonaises et tunisiennes ressortaient beaucoup plus qu’aujourd’hui.

rac 2.jpgPourquoi cette direction rock ?

Kris est un guitariste qui compose à la guitare et Gilles Martin (Indochine, Venus, Miossec, Dominique A, Claire Diterzi, dEUS, Hector Zazou), le réalisateur, nous a emmenés dans cette voie. J’ai mis les guitares en avant.

Quand on revient 15 ans après, est-ce qu’on a une pression supplémentaire ?

La pression elle était surtout envers les gens qui continuaient à me suivre alors qu’il n’y avait pas d’albums depuis des lustres. Je ne voulais pas les décevoir. Je ne souhaitais surtout pas être où l’on m’attendait.  La seule solution que j’ai trouvée à ça : être pure et ne pas chercher à plaire. Tu ressors de ta cuisine 15 ans plus tard pour dire : « j’ai un truc à dire ! ». Il faut vraiment que ce soit ce que tu as dans les tripes et non essayer de plaire à la masse. Pour moi, il y avait urgence de sortir tout ça, je n’en dormais plus. Je ne pouvais pas faire autrement que de revenir en me retrouvant, ou plutôt, en trouvant la Rachel des Bois d’aujourd’hui. Il a fallu que je mette en avant le côté sauvage qui me caractérise dans la vie. J’ai abandonné le côté « glamour » pour laisser la place à zéro faux semblant, quitte à me faire dégommer.

La presse est unanimement conquise. Même la presse la plus exigeante, Le Monde, Télérama…

Je suis heureuse d’avoir réussi mon pari, tu ne peux pas t’imaginer. La reconnaissance de ses paires, c’est très important.

Rachel des Bois 09.06.11 5.JPGTu es quelqu’un qui doute ?

Je suis le genre d’artiste qui ne cesse de se dire que personne ne l’aime. Je me retrouve souvent comme un bébé. (Rires) Tu vas me prendre dans tes bras pour me consoler dans deux minutes, tu vas voir. En fait, j’avais tout simplement peur que personne n’attende mon retour. J’avais même dit à Yvan Taïeb de Roy Music que je ne voulais plus m’appeler Rachel des Bois. Je voulais m’appeler juste Rachel. Il m’a répondu : « Mais Rachel, le peu que tu as, exploite le ! »

Cet album est notamment dédié à Marie Trintignant et une chanson lui est consacrée.

Je la connaissais bien et la considérais comme une fée clochette. Je l’ai coaché pour un film qui s’appelle Janis et John. Je n’avais pas encore cette activité avant qu’elle insiste pour que je la coache. Je lui ai autant appris qu’elle m’a appris. C’était une femme d’une immense générosité. Je vais jusqu’à dire que je n’aurais pas refondé une famille ou refais un album si je ne l’avais pas eu en exemple. Marie, c’est vraiment une des personnes qui m’a redonné confiance en moi.

Si musicalement, tu as un peu changé de style, côté texte, tu as gardé ton naturel provocant.

Je ne le fais pas exprès. Quand j’écris, j’ai vraiment l’impression d’écrire la chanson d’amour lambda, mais comme je dis ce que je ressens avec ma personnalité. À l’âge que j’ai, maintenant, j’ai conscience d’avoir toujours été une femme libre. C'est-à-dire qu’à la moindre astreinte conjugale ou maternelle, je n’ai jamais compris pourquoi il fallait que je subisse. Pourtant, je t’assure que je pense être une bonne mère et une bonne épouse… je fais le mieux que je peux en tout cas. Je n’ai jamais été adepte des concessions. Tant qu’il y a de la joie et de l’envie, c’est super. À partir du moment où tu commences à faire des efforts, ça devient problématique. Je ne dis pas qu’il ne faut pas travailler une relation d’amour. J’agis comme un homme, mais je suis une femme bien dans son sexe. Dans mes textes, cet état d’esprit doit se ressentir.

Ton concert de mercredi à la Maroquinerie, tu dois l’attendre avec une certaine impatience…

Depuis février de l’année dernière, sur Paris, c’est mon 5e concert et à chaque fois les salles étaient remplies et les concerts des succès. A La Maroquinerie, c’est mon premier concert de sortie d’album. C’est un rendez-vous important avec le public et les professionnels. Je vais être terrorisé avant le concert, mais tout devrait bien se dérouler… c’est à chaque fois comme ça que ça se passe.

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Voici son clip "Sorry My Love", réalisé par Bertrand Jacquot avec Michel Boujenah, Pascal Elbé et Olivier Sitruk.

Deux photos... (merci à Rachelle et à Flavie Rodriguez pour ce délicieux moment!)

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